
Mondialisation et délocalisations d’emplois
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Sommaire
La crise économique qui frappe de plein fouet la planète soulève plusieurs questions. Quelles en sont
les causes ? D’où vient-elle ? Quels processus en ont permis l’avènement ? Dans cette étude, l’Institut
de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) se penche sur l’un des phénomènes qui accé-
lérera la course aux prots maximums à la base de l’effondrement du monde des nances : les déloca-
lisations d’emplois. Par le déplacement des unités de production des pays à hauts salaires vers les pays
à bas salaires, les délocalisations d’emplois constituent un élément révélateur de la déstructuration
du monde du travail que rend possible la mondialisation néolibérale. Dans le monde de l’emploi tout
comme dans le monde de la nance, le droit au prot prend le pas sur le droit au travail.
L’ouverture des marchés mondiaux aux ux de capitaux •
facilite le recours à la délocalisation d’emplois et permet le
déplacement de certaines activités économiques des pays à
hauts salaires vers les pays à bas salaires. En 2007, 57 % des
nouveaux emplois à l’échelle mondiale ont été créés en Asie.
Cette ouverture des marchés n’est pas le fruit du hasard, •
mais bien d’un projet de libéralisation des échanges écono-
miques. On vise ainsi à lever les obstacles à la libre circula-
tion du capital.
Actuellement, plus de 230 traités de libre-échange et quel-•
que 2300 traités d’investissement bilatéraux servent de
cadre légal à la libéralisation des échanges. Ainsi, la mon-
dialisation économique n’est pas le résultat d’un dévelop-
pement naturel de l’économie, mais bien le fruit d’une série
de traités politiques.
Le pendant de la libéralisation des échanges est la mise en •
concurrence des salarié-e-s du Nord et du Sud, ce qui inten-
sie les pressions à la baisse des conditions de travail des
travailleurs et travailleuses d’ici. Par exemple, on constate
que le salaire horaire d’un employé chinois ou indien œu-
vrant dans le domaine manufacturier est de 19 fois infé-
rieur à celui d’un employé canadien.
Entre 2005 et 2008, de 4900 à 7175 emplois ont été perdus au •
Québec en raison des délocalisations. Ce nombre relative-
ment limité cache une réalité qui tend à faire diminuer les
revenus des travailleurs et travailleuses du Québec : près
de 17,5 % de l’emploi total est considéré à risque de déloca-
lisation, ce qui explique l’utilisation répétée de cette « me-
nace » par la partie patronale lors de négociations. L’objectif
est d’utiliser une menace mal dénie – la délocalisation –
enn de soutirer des concessions aux salarié-e-s.
Aussi, de nombreux emplois de qualité sont désormais •
crées dans les pays à bas salaires, ce qui limite la création
d’emplois au Québec et au Canada. En suivant l’évolu-
tion du décit commercial canadien envers la Chine, on
constate que le Canada a ainsi été privé de la création de
146 460 emplois depuis 1995. Par son rôle dans l’instaura-
tion et le renforcement du décit commercial canadien, la
multinationale Wal-Mart est responsable à elle seule de
18 577 de ces emplois « perdus ».
À ce jeu, les seuls gagnants sont les détenteurs de capitaux •
qui peuvent ainsi choisir « librement » des lieux de produc-
tion toujours meilleur marché sans considération pour les
conséquences sociales liées à ce type d’opération.
Comme c’est souvent le cas dans ce type de situation, les •
Québécoises sont plus à risque de subir les conséquences
négatives de cette déstructuration du monde de l’emploi,
les emplois « typiquement » féminins étant plus à risque de
subir une délocalisation.
Sans être directement à la source de la présente crise éco-•
nomique, la tendance à la baisse du niveau des salaires et
des conditions de travail qu’instaurent les délocalisations
fragilisent notre économie en la privant d’emplois de qua-
lité en plus d’augmenter la précarité des emplois restants.
Depuis 30 ans, 80 % de la population canadienne a vu di-
minuer sa part de revenu dans le revenu total du pays, et on
constate une augmentation du travail précaire.
Principales conclusions