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exemple. Globalement, on estime que la dénutrition touche au moins 5% de la population
européenne générale, ce chiffre étant au moins doublé dès qu’il existe une maladie évo-
lutive, en particulier chez les patients âgés. A titre d’exemple, une étude suédoise récente
montre que, parmi les plus de 75 ans vivant à domicile, près de 15% sont concernés par la
dénutrition, des données confirmant d’autres études françaises et européennes.
La dénutrition peut être favorisées par de multiples pathologies, médicales et chirur-
gicales. A son tour, elle entraîne une augmentation marquée du risque de complications, de
comorbidités, une dégradation de la qualité de vie et un recours accru aux soins aussi bien
à domicile que dans les hôpitaux ou les institutions de convalescence ou de personnes
âgées. Au bout du compte, les patients dénutris ont une mortalité plus élevée que les pa-
tients en bon état nutritionnel. Une grande étude européenne (Nutrition Day) menée à l’inia-
tive de la Société Européenne de Nutrition Clinique (ESPEN) a permis d’évaluer l’état nutri-
tionnel de 70 000 patients institutionnalisés. A partir de ces résultats, et de ceux d’autres
études en particulier anglaises,il est possible d’estimer que plus de 30 millions d’européens
souffrent de dénutrition. Le coût lié à cette dénutrition a été estimé à 15 milliards d’euros
au Royaume Uni, soit une extrapolation d’au moins 170 milliards d’euros à l’échelon euro-
péen.
Un appel à des actions concertées
De très nombreuses études ont montré qu’il est possible d’agir efficacement. Il
existe des outils simples et validés pour évaluer l’état nutritionnel, et la prise en charge
active nutritionnelle active des patients dénutris améliore leur évolution clinique, réduit les
complications, en particulier infectieuses ou de cicatrisation, améliore la qualité de vie,
réduit les durées d’hospitalisation et les coûts de santé. Cette prise en charge est très «
coût-efficace », une étude réalisée au Royaume Uni montrant par exemple que le coût de la
prise en charge nutritionnelle ne représente que 2,5% du coût liés aux complications de la
dénutrition. D’autres études montrent que les économies générées par l’utilisation de com-
pléments nutritionnels oraux à l’hôpital sont de l’ordre de 1000 € par patient, principalement
grâce à la réduction de la durée de séjour et des besoins d’autres prises en charge.
Dans ce contexte, la France est certainement déjà parmi les plus mobilisés. Dans
le cadre du Programme National Nutrition Santé (PNNS), depuis 2001, et au travers de la
Société Francophone Nutrition Clinique et Métabolisme, de nombreuses initiatives ont été
lancées pour promouvoir le dépistage systématique de la dénutrition, et former les équipes
médicales et paramédicales à la prise en charge de la dénutrition. La Haute Autorité de
Santé a promulgué des recommandations fortes et l’évaluation nutritionnelle fait mainte-
nant partie des figures imposées pour tout patient hospitalisé, et figure dans les critères
d’accréditation. Les acteurs de la prise en charge nutritionnelle à l’hôpital se retrouveront le
19 juin prochain au Mans pour la journée nationale des CLANs (Comité de Liaison Alimen-
tation Nutrition).Toutefois, beaucoup reste à faire encore pour transcrire ces recommanda-
tions consensuelles en pratique quotidienne.