Introduction `
a la logique
27 ao ˆ
ut 2015
1 Introduction
Qu’est-ce qu’une preuve math´
ematique ? Si l’on se donne des axiomes
de base, que peut-on prouver `
a l’aide de ces axiomes ? Peut-on trouver
un ensemble d’axiomes qui permettent de prouver tous les th´
eor`
emes des
math´
ematiques ? Il est naturel de commencer par la sous-question : Peut-on
trouver un ensemble d’axiomes qui permettent de prouver tous les th´
eor`
e-
mes de l’arithm´
etique. Ceci nous am`
ene `
a d’autres questions de base. Qu’est-
ce qu’un ´
enonc´
e math´
ematique ?
Avant de se mettre `
a d´
efinir ce qu’est un ´
enonc´
e math´
ematique, et par
l`
a, on veut dire un ´
enonc´
e qui a un contenu math´
ematique, on peut s’int´
e-
resser `
a la pure d´
eduction logique : on se donne des ´
enonc´
es (ou proposi-
tions) qui peuvent ˆ
etre, soit justes, soit faux, et on s’int´
eresse `
a´
etablir cette
v´
eracit´
e ou fausset´
e`
a partir de r`
egles de base. Dans le langage courant, nos
´
enonc´
es sont des phrases. `
A partir d’´
enonc´
es de base, on peut consruire
des ´
enonc´
es plus complexes en utilisant les op´
erations ∧(ET), ∨(OU) et ∼
(NON), aussi not´
e¬dans d’autres r´
ef´
erences. `
A partir de ces op´
erations de
base, on pourra d´
efinir d’autres op´
erations comme l’implication, →(IM-
PLIQUE), et l’´
equivalence, ↔(´
EQUIVALENT). Cette partie de la logique
s’appelle le calcul propositionnel.
On traitera le calcul propositionnel de deux fac¸ons. D’un cˆ
ot´
e on pourra
utiliser des tables de v´
erit´
e pour v´
erifier si un ´
enonc´
e est une tautologie,
c’est-`
a-dire qu’il est toujours vrai, quelles que soient les valeurs de v´
erit´
e
que l’on donne aux variables propositionnelles. C’est le point de vue s´eman-
tique. De l’autre cˆ
ot´
e, on se donnera une infinit´
e d’axiomes de base qui se-
ront des tautologies, et on s’int´
eressera `
a l’ensemble des formules que l’on
pourra d´
eduire de ces axiomes en utilisant la r`
egle du modus ponens : ces for-
mules seront appel´
ees th´eor`emes du syst`
eme formel. C’est le point de vue
1
syntaxique. On montrera que les deux points de vue se rejoignent, et que les
tautologies sont exactement les th´
eor`
emes du syst`
eme formel.
Tout cela plafonne tr`
es vite si on ne met pas de contenu math´
ematique
dans ces propositions. Faisons le parall`
ele entre une proposition et une
phrase. La phrase a un sens lorsqu’elle est ´
ecrite dans un langage. Dans un
langage, on a des mots de base et des r`
egles pour les agencer de mani`
ere `
a
faire des phrases. On voudra, de mˆ
eme, d´
efinir un langage math´ematique,
dont les phrases seront appel´
ees formules bien form´ees (abbr´
eviation for-
mules bf), parce que conformes `
a la grammaire du langage. Les ´
el´
ements de
base seront des constantes et des variables et on pourra les combiner en uti-
lisant des symboles de fonctions et de relations, aussi appel´
ees pr´edicats. On
verra qu’une fonction est un cas particulier de pr´
edicat et on parlera donc
de calcul des pr´edicats. On pourra ´
egalement utiliser les quantificateurs : le
quantificateur universel ∀(POUR TOUT), et le quantificateur existentiel ∃
(IL EXISTE). On parle de logique du premier ordre quand les quantificateurs
ne peuvent ˆ
etre appliqu´
es qu’aux variables et pas aux pr´
edicats. Les grands
r´
esultats de la logique concernent la logique du premier ordre.
Comme pr´
ec´
edemment, on traitera le calcul des pr´
edicats de deux points
de vue. Dans le point de vue s´
emantique, on interpr´
etera les symboles du
langages dans des mod`
eles ou interpr´
etations, et on s’int´
eressera aux for-
mules qui seront vraies dans toute interpr´
etation.
Du point de vue syntaxique, on voudra d´
efinir la notion de preuve
dans ce langage. Pour cela on se donnera des axiomes de base qui com-
prennent les axiomes de base du langage propositionnelle et deux r`
egles
de d´
eduction : le modus ponens et la g´en´eralisation. Les formules seront di-
vis´
ees en deux groupes : celles qui contiennent des variables libres, comme
x=2 , et celles dont toutes les variables sont pr´
ec´
ed´
ees d’un quantifica-
teur (ou variables li´ees), comme ∀x(x=0∨x=1). Dans le deuxi`
eme
cas, il est naturel de se demander si la formule est vraie ou fausse, et ceci
d´
ependra de l’interpr´
etation que l’on fera de la formule. Une formule bf
dont toutes les variables sont li´
ees est un th´
eor`
eme du langage si elle peut
ˆ
etre obtenue `
a partir des axiomes de base et des r`
egles de d´
eduction du lan-
gage. On fera le lien entre les formules qui sont v´
erifi´
ees dans nos mod`
eles
et les th´
eor`
emes de notre langage. Le th´
eor`
eme d’ad´
equation nous dira que
ce sont les mˆ
emes `
a condition de regarder tous les mod`
eles du langage.
On construira ensuite des th´
eories du premier ordre en ajoutant de
nouveaux axiomes qui ne seront vrais que dans certains contextes. Ainsi,
(∀x)(∀y)((x=y)→(x=y)) est un axiome logique, alors que (∀x)(∀y)(x·
2
y=y·x)est vrai dans N, mais pas dans l’ensemble des matrices n×n
`
a coefficients r´
eels. On pourra le prendre comme axiome de la th´
eorie de
l’arithm´
etique.
On ´
etudiera quelques th´
eories du premier ordre. Un pr´
edicat tr`
es im-
portant sera l’´
egalit´
e, pour lequel on introduit des axiomes. Les exemples
de th´
eorie du premier ordre que nous consid´
ererons seront toutes des th´
eo-
ries avec ´
egalit´
e : la th´
eorie des groupes, l’arithm´
etique de Peano, la th´
eorie
des ensembles.
On terminera en ´
enonc¸ant et expliquant le th´
eor`
eme d’incompl´
etude
de G¨
odel qui affirme qu’il est impossible de trouver un syst`
eme complet
d’axiomes pour la th´
eorie de l’arithm´
etique et on expliquera bri`
evement
l’id´
ee de la preuve.
2 Calcul propositionnel informel
Dans ce contexte, on consid`
ere des propositions que l’on notera A, B, C, . . . .
Par exemple, la proposition Apourrait ˆ
etre la proposition 1+1=2. Une
proposition donn´
ee est vraie V(Tdans le livre) ou fausse F. Lorsqu’on veut
mentionner une proposition arbitraire, on utilisera les lettres p, q, r, . . . , de
la mˆ
eme mani`
ere qu’on utilise par exemple la lettre xpour d´
esigner une va-
riable qui peut prendre comme valeur un nombre quelconque. Les lettres
p, q, r, . . . sont appel´
ees variables propositionnelles. Ces variables peuvent
prendre deux valeurs {V, F}appel´
ees valeurs de v´erit´e.
`
A partir de propositions, on peut construire de nouvelles propositions
en it´
erant les r`
egles de construction suivantes :
– La n´egation d’une proposition Aest la proposition ∼A. Elle est vraie
si et seulement si Aest fausse.
– La conjonction de deux propositions Aet Best la proposition A∧B
(on lit Aet B). Elle est vraie si et seulement si Aet Bsont simul-
tan´
ement vraies.
– La disjonction de deux propositions Aet Best la proposition A∨B
(on lit Aou B). Elle est vraie si et seulement si au moins une des
propositions Aet Best vraie.
– Si Aet Bsont deux propositions, on construit la proposition A→B
(on lit Aimplique B, ou encore si A, alors B). Elle est vraie d`
es
que Best vraie ou Aest fausse.
– Si Aet Bsont deux propositions, on construit la proposition A↔B
(on lit A´
equivalent `
aB). Elle est vraie si et seulement si Aet B
sont simultan´
ement vraies et simultan´
ement fausses.
3
Ces nouvelles propositions sont des propositions compos´ees. En appliquant
de mani`
ere it´
erative ces r`
egles `
a des variables propositionnelles, on construi-
ra des formules propositionnelles. On les notera A,B,C, etc.
2.1 Fonctions de v´erit´e et tables de v´erit´e
On peut associer une fonction de v´erit´e `
a une formule construite `
a par-
tir des r`
egles pr´
ec´
edentes. Ces fonctions de v´
erit´
e seront not´
ees respecti-
vement f∼
,f∧,f∨,f→,f↔. La premi`
ere fonction f∼est une fonction d’une
variable, alors que les autres sont des fonctions de deux variables. Les va-
riables ne peuvent prendre que les deux valeurs Vet F. Donc, on donne les
valeurs de la fonction dans une table, appel´
ee table de v´erit´e.
Table de v´erit´e de f∼
.
p∼p
V F
F V
Tables de v´erit´e de f∧,f∨,f→,f↔.
p q p ∧q
V V V
V F F
F V F
F F F
p q p ∨q
V V V
V F V
F V V
F F F
p q p →q
V V V
V F F
F V V
F F V
p q p ↔q
V V V
V F F
F V F
F F V
D´
EFINITION 2.1 1. Une formule propositionnelle est une tautologie si sa
fonction de v´erit´e ne prend que la valeur V.
2. Une formule propositionnelle est une contradiction si sa fonction de v´erit´e
ne prend que la valeur F.
D´
EFINITION 2.2 1. Si Aet Bsont deux formules propositionnelles, on dit que
Aimplique logiquement Bsi (A→B)est une tautologie.
2. Si Aet Bsont deux formules propositionnelles, on dit que Aest logique-
ment ´
equivalent `
aBsi (A↔B)est une tautologie.
2.2 R`egles de manipulation et de substitution
Elles sont r´
esum´
ees dans le th´
eor`
eme suivant.
TH´
EOR `
EME 2.3 1. Si Aet A→Bsont des tautologies, alors Best une tau-
tologie.
4
2. Soit Aest une formule propositionnelle dans laquelle des variables propo-
sitionnelles p1, . . . , pnapparaissent et soient A1,...,Andes formules pro-
positionnelles. Si Aest une tautologie, alors la formule propositionnelle B
obtenue de Aen rempla¸cant chaque occurrence de pipar Aiest aussi une
tautologie.
3. Pour toutes formules propositionnelles Aet B,(∼(A∧B)) est logiquement
´equivalent `a ((∼A)∨(∼B)), et (∼(A∨B)) est logiquement ´equivalent `a
(∼(A)∧(∼B)).
4. Si B1est une formule propositionnelle obtenue de la formule propositionnelle
A1en substituant la formule propositionnelle B`a quelques occurrences de
Adans A1et si Best logiquement ´equivalent `a A, alors B1est logiquement
´equivalent `a A1.
5. Soit Aune formule propositionnelle ne contenant que les connecteurs ∼,
∧et ∨(on dit que Aest restreinte). Soit A∗la formule propositionnelle
obtenue de Aen ´echangeant ∧et ∨et en changeant chaque variable propo-
sitionnelle par sa n´egation. Alors, A∗est logiquement ´equivalente `a ∼A.
6. Soient A1,...,Andes formules propositionnelles. Alors, (Wn
i=1(∼Ai)) est
logiquement ´equivalente `a (∼(Vn
i=1Ai)). Aussi, (Vn
i=1(∼Ai)) est logique-
ment ´equivalente `a (∼(Wn
i=1Ai)).
2.3 Formes normales
D´
EFINITION 2.4 Une formule propositionnelle ne contenant que les connecteurs
∼,∧et ∨est appel´ee formule propositionnelle restreinte.
TH´
EOR `
EME 2.5 Toute fonction de v´erit´e d´efinie sur un ensemble de nvariables
propositionnelles p1,...,pnest la fonction de v´erit´e f:{V, F}n→{V, F}d’une
formule propositionnelle.
TH´
EOR `
EME 2.6 Toute formule propositionnelle contenant des variables proposi-
tionnelles p1,...,pnet qui n’est pas une contradiction est logiquement ´equivalente
`a une formule propositionnelle de la forme (Wm
i=1(Vn
j=1Qij)), o `u chaque Qij est,
soit pj, soit ∼pj. Cette forme est appel´ee forme normale disjonctive.
COROLLAIRE 2.7 Toute formule propositionnelle contenant des variables propo-
sitionnelles p1,...,pnet qui n’est pas une tautologie est logiquement ´equivalente
`a une formule propositionnelle de la forme (Vm
i=1(Wn
j=1Qij)), o `u chaque Qij est,
soit pj, soit ∼pj. Cette forme est appel´ee forme normale conjonctive.
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