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thèse de la personnalité actuelle (...) est celle qui reflète le mieux la
réalité » (
17
). Cette position serait fondée si le droit positif français
se prononçait pour la qualification de personne. Mais à la différence
de l’article 70 du code civil argentin, il n’existe aucune disposition
pour affirmer que « L’existence des personnes commence dès la
conception dans le sein maternel... » (
18
). En 1983, le Parlement
rejeta une proposition de loi relative au statut de l’enfant conçu et
aux expérimentations et recherches concernant la création de la vie
humaine qui commençait par un article 1
er
ainsi rédigé : « Dès le
moment de sa conception, l’enfant conçu est sujet de droit... » (
19
).
Lors de la discussion des lois bioéthiques, des amendements de
même nature (
20
) ont à nouveau été rejetés.
7. Les partisans de la personnification ne qualifient pas l’em-
bryon de « personne ». Ils ajoutent toujours un adjectif qui témoigne
d’une position difficilement tenable. Ainsi le Comité consultatif
national d’éthique a-t-il qualifié l’embryon de « personne humaine
potentielle »(
21
), des juges de « personne en devenir »(
22
)ou«en vir-
tualité »(
23
) et certains auteurs de « personne anticipée »(
24
). Toutes
ces formules démontrent le contraire de ce que leurs auteurs avan-
cent : on ne devient personne que le jour où on naît vivant et
viable. Avant on n’est que chose. Le recours à l’expression « être
humain » le confirme. Les pouvoirs publics tiennent compte de la
distorsion entre vie biologique et vie sociale. L’homme peut avoir la
première sans la seconde. « Alors que l’homme biologique est une
continuité de la fécondation à la mort, l’homme juridique, au
444 Rev. trim. dr. h. (54/2003)
(17) R. Andorno, La distinction juridique entre les personnes et les choses :
l’épreuve des procréations artificielles, thèse Paris XII, 1994, p. 153.
(18) Conclusions des XII
e
journées nationales de droit civil, Bariloches, 1989,
R. Andorno, op. cit., p. 157.
(19) Doc. Ass. nat., 1983-1984, n
o
2158. C. Jacquinot, « Le projet de loi sur l’uti-
lisation des fœtus humains », Gaz. Pal., 30/31 mars 1983, p. 7; Libération 27 mai
1983, p. 2; F. Meyer, « La protection juridique de la vie ante natale », R.D. sanit.
soc., 1987, p. 571, spéc. p. 579.
(20) J.O. Sénat, déb. 1994, pp. 352 et s.
(21) CCNE, Avis du 22 mai 1984 relatif aux « prélèvements de tissus d’embryons
ou de fœtus humains à des fins thérapeutiques, diagnostiques et scientifiques »,
G. Mémeteau, « Le premier avis du Comité consultatif national d’éthique », J.C.P.,
éd. G., 1985, I, 3191.
(22) T. corr. Bobigny, 22 nov. 1972, Gaz. Pal. 1972, 2, p. 890.
(23) C.A. Toulouse, 21 sept. 1987, D. 1988, 2, p. 184, note D. Huet-Weiller,
J.C.P. éd. G., 1988, II, 21036, obs. E. Sallé de la Marniere.
(24) Dictionnaire permanent « Bioéthique et biotechnologies », Embryon humain
in vitro, sept. 1997, p. 815, spéc. p. 821.