Synthèse
État de stress post-traumatique
chez le sujet âgé
ÉRIC CHARLES
1
LUCAS GARAND1
FRANÇOIS DUCROCQ
2
JEAN-PIERRE CLÉMENT
1
1
Service hospitalo-
universitaire de psychiatrie
adulte, Centre hospitalier
Esquirol, Limoges
2
CUMP-Samu 59,
CHRU de Lille
Tirésàpart:
É. Charles
Résumé. Le diagnostic d’état de stress post-traumatique (ESPT) nécessite la présence
conjointe d’un traumatisme psychique dans les antécédents du sujet et de symptômes
psychotraumatiques caractéristiques (syndrome de répétition, conduites d’évitement,
hypervigilance et perturbations neurovégétatives). Chez le sujet âgé, la présentation clini-
que de ce trouble, dont la prévalence serait d’environ 0,9 % après 60 ans, est proche de
celle décrite chez l’adulte. Il existe cependant plusieurs formes d’ESPT, selon que l’exposi-
tion traumatique a eu lieu chez un sujet vieillissant ou plus tôt dans sa vie adulte ; l’ESPT
de novo, consécutif à un traumatisme psychique subi après 65 ans ; l’ESPT chronique,
persistance chez le sujet âgé d’un ESPT apparu à l’âge adulte ; l’ESPT retardé, spécifique du
sujet âgé et qui correspond à la décompensation tardive d’un traumatisme psychique
ancien ou à la réactivation d’un ESPT après plusieurs décennies sans symptômes ; enfin
l’ESPT complexe, conséquence de traumatismes répétés au cours du développement pré-
coce, qui pourrait être relié à la description de modifications durables de la personnalité
chez certaines personnes âgées exposées à des traumatismes répétés. La prise en charge
thérapeutique repose, comme chez l’adulte, sur les traitements pharmacologiques (anti-
dépresseurs et anxiolytiques) et différentes formes de psychothérapies, en tenant compte
des changements pharmacodynamiques et des réaménagements psychiques liés au
vieillissement.
Mots clés : état de stress post traumatique, traumatisme psychique, sujet âgé
Abstract. Diagnosis of post traumatic stress disorder (PTSD) requires a past history of
psychic traumatism and characteristic psychotraumatic symptoms like re-experiencing of
the traumatic event, avoidance of stimuli associated with the traumatic event and increased
arousal. In the elderly, PTSD prevalence rate is about 0.9% after 60 years of age. Clinical
features are almost identical to those observed in younger patients. However there are
various types of PTSD: PTSD de novo, occurring after exposure to extreme trauma in old
age; chronic PTSD when symptoms persist since the time of the trauma; delayed-onset
PTSD when patients exhibit signs of the disorder decades after the trauma; complex PTSD,
generated by exposure to repeated traumatisms in early development, who could be linked
up to changes in personality in older exposed to repeated traumatisms. Pharmacological
and psychotherapic interventions used in younger populations can be applied for treatment
to older adults, when taking into account the pharmacodynamic and psychic changes
associated with aging.
Key words:post traumatic stress disorder, psychotraumatic event, elderly
L’ état de stress post-traumatique (ESPT),
consécutif à un traumatisme psychique, se
caractérise par l’association d’un syndrome
de répétition traumatique à une perturbation des activi-
tés relationnelles et à des troubles cognitifs et affectifs
(hypervigilance, anxiété, conduites d’évitement) [1].
Ce syndrome n’a été reconnu sur le plan nosogra-
phique que de façon récente (apparition en 1980 dans
le DSM-III) [2]. Toutefois, les médecins militaires
connaissaient ce trouble de longue date et ont utilisé
divers vocables pour le désigner : « vent du boulet » de
Larrey, « cœur irritable » de Da costa, « shell shock »
durant la Seconde Guerre mondiale, ou encore la
fameuse « névrose de guerre » décrite par Honingman
[3].
Ces dernières années, les écrits concernant cette
entité clinique se sont multipliés et ont très largement
dépassé le cadre de la médecine de guerre. La notion
de traumatisme psychique, condition nécessaire mais
non suffisante au diagnostic d’ESPT, ne se limite plus
aux seules situations de guerre mais s’est étendue à
nombre d’autres situations, qu’elles soient collectives
(catastrophes naturelles, attentat) ou individuelles
(prise d’otage, agression, viol...).
Psychol NeuroPsychiatr Vieil 2005;3(4):291-300
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En dépit de l’abondante littérature consacrée à ce
syndrome, les travaux concernant spécifiquement les
sujets âgés restent, comme c’est le cas pour nombre
d’autres troubles psychiques, relativement peu nom-
breux. L’expérience clinique porte néanmoins à croire
que l’ESPT est loin d’être rare dans cette population,
mais qu’il peut facilement passer inaperçu chez des
sujets vieillissants, présentant de multiples plaintes
somatiques et une biographie souvent chargée.
L’objectif de ce travail est, à partir d’une revue de la
littérature, de confirmer la réalité de l’ESPT aux âges
avancés de la vie, de tenter d’en définir les particulari-
tés tant sur les plans épidémiologique et clinique que
nosographique et d’envisager les modalités de prise en
charge de ces sujets.
Données épidémiologiques
Dans la National comorbidity survey (NCS), la pro-
portion de sujets impliqués dans un événement trau-
matique était de 60,7 % pour les hommes et 51,2 %
pour les femmes ; la prévalence du trouble ESPT dans
l’ensemble de la population était de 7,8 % [4]. Le princi-
pal travail mené dans six pays d’Europe par l’European
study of the epidemiology of mental disorders (ESE-
MeD) donnait une prévalence de 1,9 % sur la vie entière
[5].
Les travaux concernant la prévalence des troubles
anxieux chez les sujets âgés sont rares. Le principal
d’entre eux, effectué par Blazer et al. en 1991 [6] avait
permis de mettre en évidence la forte prévalence des
troubles anxieux chez les sujets de plus de 65 ans
(19,7 % sur 6 mois et 34,05 % vie entière). Malheureu-
sement, cette étude de référence excluait l’ESPT.
Pour des raisons méthodologiques, l’âge avancé
représente généralement un critère d’exclusion dans
les études de prévalence de l’ESPT.
Néanmoins, plusieurs travaux semblent montrer
l’absence de différences selon l’âge en ce qui concerne
la prévalence et la sévérité des ESPT [7, 8].
Il a fallu attendre 2003 pour que soit publiée une
étude qui s’intéressait de manière spécifique à la pré-
valence de l’ESPT chez les sujets âgés. Menée auprès
de plus de quatre cents sujets de 61 ans et plus, dont
les deux tiers avaient plus de 70 ans, l’étude rapportait
un taux de prévalence à 6 mois de 0,9 %. Dans ce tra-
vail, un niveau élevé de neuroticisme et un niveau bas
d’efficacité personnelle ainsi que la notion d’antécé-
dents de traumatismes précoces durant l’enfance
représentaient des facteurs de risques majeurs de
développer un ESPT [9].
Exposition à un événement
potentiellement traumatique
Le traumatisme psychique peut être défini comme
les conséquences d’un phénomène d’effraction du psy-
chisme par un événement agressant ou menaçant la
vie ou l’intégrité physique et/ou psychique du sujet qui
y est exposé [10]. Selon le DSM-IV, l’événement trau-
matique s’accompagne d’un sentiment de peur
intense, d’impuissance ou d’horreur [11]. Crocq insiste
sur la rupture de la barrière de protection de l’appareil
psychique par une expérience de confrontation sou-
daine avec le réel de la mort (sa propre mort ou celle
d’autrui) et sur la notion d’effroi [3]. Le traumatisé psy-
chique a rencontré la mort, au-delà de toute représen-
tation, la mort dans sa dimension la plus réelle [10]. Le
vécu traumatique est central, un même événement
peut ainsi ne pas avoir été traumatique pour un sujet et
l’avoir été pour un autre.
Si le vieillissement produit une plus grande familia-
rité avec ce qui se rapproche d’une fin, il ne produit pas
de rencontre avec la mort en elle-même. Il faut ainsi
pouvoir différencier l’événement traumatique lui-
même, d’un événement de vie stressant, d’une situa-
tion de perte ou des traumatismes de l’âge, situations
pour lesquelles n’existent pas de notion d’effroi et de
confrontation au réel de la mort.
Chez le sujet âgé souffrant d’ESPT, il paraît crucial
de distinguer les événements traumatiques vécus par
un sujet vieillissant, d’une effraction traumatique
ancienne chez un jeune adulte, à l’origine d’une persis-
tance ou d’une décompensation d’un trouble psycho-
traumatique après 65 ans.
Événements potentiellement traumatiques
chez le sujet âgé
Avant tout, il est nécessaire de différencier les trau-
matismes de l’âge (au sens du langage courant), liés
aux effets du vieillissement (retraite, deuils, isolement
affectif, solitude, déficits sensoriels ou moteurs, perte
d’autonomie), d’un traumatisme psychique, dans une
acceptation psychopathologique c’est-à-dire, en
s’affranchissant des théories psychanalytiques, qui
provoque une effraction traumatique et une confronta-
tion au réel de la mort.
Plusieurs travaux, menés depuis une dizaine
d’années, ont confirmé le risque d’apparition d’un syn-
drome de stress post-traumatique chez des sujets âgés
confrontés à divers types de catastrophes naturelles :
accident d’avion et de train [12], tremblement de
terre [8], inondation [13], ouragan [14], feux de
logement [15].
E
´. Charles, et al.
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Le risque d’exposition traumatique serait renforcé
par certaines caractéristiques des sujets vieillissants :
perte d’autonomie à l’origine de plus grandes difficul-
tés à évacuer leur domicile en cas de catastrophe natu-
relle, plus grande résistance à quitter un lieu de vie
particulièrement investi et moindre accès aux informa-
tions d’évacuation [13]. Si l’on prend l’exemple du
tremblement de terre de Kobe en 1996, les personnes
de plus de 60 ans ont présenté de plus importantes
difficultés d’évacuation et une plus grande précarité
que le reste de la population exposée à cette catastro-
phe [16]. Selon Santé Canada, certaines variables ren-
dent le sujet âgé plus vulnérable lors d’une catastro-
phe : âge supérieur à 75 ans, perte d’autonomie, décès
récent d’un proche, hospitalisation ou déménagement
récent, confusion ou incontinence, isolement, per-
sonne vivant dans un lieu à forte concentration de
personnes âgées [13].
Évidemment, les conséquences de ce type d’événe-
ments ne se limitent pas à l’ESPT et l’on retrouve,
pêle-mêle, une baisse durable de la qualité de vie, une
détresse psychique (trouble du sommeil, asthénie,
troubles cognitifs, anxiété, dépression), une plus mau-
vaise perception de leur état de santé conduisant à une
surconsommation médicamenteuse ou encore une
perturbation importante de la vie sociale de ces sujets
âgés [13]. Tous ces facteurs associés sont d’ailleurs
susceptibles de favoriser la résurgence traumatique et
ne doivent en aucun cas être négligés.
D’autres événements négatifs comme la mal-
traitance, des situations de négligence ou les vols à la
tire semblent avoir vu leur fréquence augmenter ces
dernières années chez les sujets âgés [17]. Ces situa-
tions, particulièrement bouleversantes dans cette tran-
che d’âge, peuvent être assimilées à un traumatisme
psychique comme tend à le montrer l’étude de Simp-
son et al. [18] qui a constaté que, sur un groupe de
sujets âgés victimes d’actes de délinquance (crime, vol,
agression, cambriolage) qui avait été pris en charge
dans un service de psychiatrie, 5 % présentaient un
authentique ESPT. Une chute ou certaines pathologies
organiques menaçant directement le pronostic vital
(infarctus, AVC, œdème aigu du poumon...), peuvent
également conduire à un ESPT chez les sujets
âgés [19].
Il ne fait donc aucun doute qu’une expérience trau-
matique extrême puisse être à l’origine d’un ESPT, quel
que soit l’âge de survenue, les personnes âgées étant
susceptibles d’être exposées à l’ensemble des situa-
tions traumatiques décrites chez l’adulte. Le risque
d’être confronté à ce type d’événements potentielle-
ment traumatiques serait même majoré dans cette
tranche d’âge du fait que certains événements de vie
deviennent traumatogènes chez ces sujets fragilisés, et
que les conséquences du vieillissement sont elles-
mêmes susceptibles d’accroître ce risque.
Traumatismes psychiques anciens
chez un sujet âgé présentant un ESPT
Les premières descriptions de l’ESPT étaient basées
sur des traumatismes de guerre [20]. Ainsi, de nom-
breux auteurs se sont intéressés aux hommes exposés
à des situations extrêmes : combattants, prisonniers de
guerre, soldats victimes de tortures et, paradigme de
l’horreur, les rescapés de camps de concentration. Il est
donc naturel que l’on s’intéresse aujourd’hui au deve-
nir de tous ces sujets jadis exposés à une situation de
guerre [12].
La majorité des vétérans de la Seconde Guerre
mondiale considère, plus de 40 ans après la fin de la
guerre, que celle-ci représente l’expérience la plus
stressante de leur vie. L’existence d’un ESPT chez ces
vétérans ou chez ceux de la guerre de Corée a été
confirmée par plusieurs travaux [21-24]. Un quart de
ces anciens combattants présenterait un ESPT près de
quarante-cinq ans après l’issue du conflit [19]. Aux
États-Unis, depuis que ces vétérans souffrant de
séquelles psychiques et particulièrement d’ESPT sont
susceptibles de bénéficier d’aides financières, un nom-
bre croissant d’entre eux se présentent pour une prise
en charge psychiatrique [25]. Il se pourrait que nous
soyons confrontés également à des difficultés de ce
type en France.
Chez d’anciens prisonniers de guerre âgés, les taux
d’ESPT oscilleraient entre 29 et 50 % plus de 40 ans
après la fin de la Seconde Guerre mondiale [12]. Plus
impressionnant encore, 59 % d’anciens soldats améri-
cains capturés par les japonais présentaient un ESPT
plus de 50 ans après leur libération [26]. Les principaux
facteurs prédictifs de développement et de chronicisa-
tion d’un ESPT chez ces patients âgés seraient repré-
sentés par une longue période d’emprisonnement, des
sensations de stress subjectif plus sévères durant cette
période [27], une sévérité du traumatisme initial et le
grade au moment de la capture [28]. Il semblerait éga-
lement que la prévalence de l’ESPT soit plus élevé en
cas de guerres dites « oubliées », par rapport à des
guerres qui restent médiatisées et très présentes dans
nos consciences [17, 24].
L’holocauste est également un grand pourvoyeur
d’ESPT chez les sujets âgés, y compris chez ceux de
plus de 75 ans [29] et chez ceux qui ont vécu l’Holo-
causte pendant leur enfance [30]. Kuch et Cox ont ainsi
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observé 46 % d’ESPT au sein d’un groupe de sujets
âgés rescapés de l’Holocauste (dont les deux tiers
avaient vécu l’expérience des camps de la mort) avec
trois fois plus de EPST dans le groupe des rescapés
d’Auschwitz [31].
Variétés cliniques de l’ESPT
chez le sujet âgé
ESPT de novo
Ce type d’ESPT correspond au développement du
syndrome dans les suites d’un traumatisme psychique
subi après l’âge de 65 ans [17].
Précédemment il a été dit que le vieillissement pou-
vait être associé à un risque accru d’exposition à un
événement potentiellement traumatique. Cependant, à
notre connaissance, il n’existe aucune étude spécifique
concernant la prévalence de l’exposition à un trauma-
tisme psychique sévère et le développement ultérieur
d’un ESPT chez la personne âgée et des opinions diver-
gentes sont exprimées en ce qui concerne les consé-
quences d’un traumatisme psychique dans cette tran-
che d’âge [17].
Les capacités d’adaptation à des situations stres-
santes (ou capacités de coping) semblent jouer un rôle
important dans le risque de développer un ESPT après
un événement traumatique [32]. Les résultats des tra-
vaux menés dans ce domaine chez les sujets âgés
apparaissent contradictoires. Si plusieurs chercheurs
pensent que les capacités d’adaptation augmentent
avec l’âge (Kato et al. ; Norris et al. ; Gibbs, cités dans
[13] ; Huerta et Horton, Bell et al., Bolin et Klenow,
Kilijanek et Drabek, cités dans [8]), pour d’autres, les
personnes âgées de plus de 65 ans ont moins de res-
sources physiques, un moins bon support social et une
tendance à sous-utiliser les ressources d’aide, que ce
soit auprès de leur proche ou des organismes commu-
nautaires, ce qui augmente les difficultés d’adaptation
aux événements de vie traumatisants [13]. Un travail
récent [12] montre cependant que les stratégies de
coping employées suite à un événement traumatique
sont les mêmes quel que soit l’âge. Comme cela a déjà
été décrit chez l’adulte jeune, le risque d’apparition
d’une symptomatologie psychotraumatique est diffé-
rent selon le type de stratégie utilisée, avec une plus
grande fréquence du trouble chez les sujets utilisant
des conduites d’évitement.
Ainsi, le fait que l’âge avancé puisse représenter un
facteur de vulnérabilité pour le développement d’un
ESPT après une agression ou une catastrophe naturelle
reste assez controversé [17, 33].
La question reste donc ouverte et l’âge pourrait
même représenter un facteur de protection contre
l’apparition éventuelle d’un ESPT, si le sujet a réagi
avec succès à un précédent traumatisme qui lui aurait
permis de mettre en place des stratégies de contrôle
plus efficaces et de développer un meilleur support
social [12].
ESPT chronique
Comme évoqué précédemment, un certain nombre
de travaux ont mis en évidence la persistance d’une
symptomatologie psychotraumatique plusieurs décen-
nies après l’apparition de ce trouble chez des adultes
jeunes.
L’ESPT chronique peut ainsi être défini comme la
persistance chez le sujet âgé d’un ESPT apparu à l’âge
adulte. Dans cette forme, le sujet présente une persis-
tance à travers les années des symptômes apparus
depuis le traumatisme initial [20].
L’intensité de la symptomatologie psychotraumati-
que serait maximale au début, puis diminuerait pen-
dant plusieurs décennies pour s’accroître à nouveau
après la retraite [34]. Certaines situations liées au
vieillissement (isolement, marginalisation, pauvreté,
pathologie organique, déclin sensoriel ou cognitif) ou
d’autres changements de vie majeurs peuvent égale-
ment exacerber un ESPT préexistant [17]. Une fois
décompensée, il semblerait qu’en l’absence de prise en
charge la symptomatologie s’aggrave inexorablement
chez les sujets âgés, comme le montre un suivi longitu-
dinal durant 4 ans d’anciens prisonniers de guerre
âgés [34].
Points clés
La fréquence de l’ESPT est largement sous-
estimée chez les sujets vieillissants.
L’apparition brutale ou l’évolution ancienne d’une
souffrance marquée avec une symptomatologie psy-
chiatrique polymorphe doit faire rechercher un évé-
nement potentiellement traumatique dans sa bio-
graphie et des symptômes évocateurs d’un
syndrome de répétition.
Il existe plusieurs variétés d’ESPT chez les sujets
âgés selon la date de survenue du traumatisme.
La prise en charge thérapeutique de ces patients
se superpose aux principes employés chez l’adulte
jeune, associant traitements pharmacologiques et
psychothérapiques, de façon séparée ou combinée,
en respectant les changements pharmacodynami-
ques et des réaménagements psychiques liés au
vieillissement.
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La persistance d’une symptomatologie traumatique
plusieurs décennies après les événements traumati-
ques reste importante. Dans l’étude de Engdahl et al.
[26], 26 % d’un groupe d’anciens prisonniers de guerre
présentaient un ESPT persistant plus de cinquante ans
après leur libération, ce pourcentage montant à 59 %
dans le groupe de sujets les plus sévèrement traumati-
sés. L’exposition à de violents combats et l’intensité de
la réponse physiologique au traumatisme initial
seraient des facteurs prédictifs d’évolution vers la chro-
nicité [23]. L’accumulation de traumatismes ultérieurs
au cours de la vie et des situations de stress plus récen-
tes semblent également être associées à une augmen-
tation du risque de chronicisation chez les sujets
âgés [35].
ESPT chronique et comorbidité somatique sem-
blent étroitement liés. Si la chronicisation d’un ESPT
chez un sujet âgé augmente le risque de comorbidité
psychiatrique ou organique, une aggravation de la
symptomatologie psychotraumatique peut se dévelop-
per parallèlement à l’évolution d’une maladie organi-
que chronique [36, 37] ou être exacerbée par des inca-
pacités physiques, particulièrement lorsqu’elles sont
liées à une atteinte cardiaque ou neurologique [38].
ESPT retardé
Ce type d’EPST est spécifique du sujet âgé : il cor-
respond à la décompensation tardive d’un psychotrau-
matisme ancien ou à la réactivation d’un ESPT après
plusieurs décennies sans symptôme [20].
Le grand âge constitue en soi un « traumatisme »
difficile à intégrer, à l’occasion duquel ressurgissent
fréquemment d’anciennes situations traumatiques
[39]. Selon une perspective psychopathologique tenant
compte des théories freudiennes, Catherine Caléca
évoque ces « échos de traumatismes anciens à l’ori-
gine d’une réactivation de la symptomatologie
anxieuse qui pourraient représenter un processus de
réappropriation du passé » [39]. Ainsi, des expériences
traumatiques anciennes sont susceptibles de consti-
tuer une vulnérabilité pour des traumatismes plus
récents ou des événements de vie stressants allant de
pair avec le vieillissement (retraite, deuils, maladie,
handicap, déficits sensoriels, isolement, placement...)
[12]. Tous ces événements sont prompts à rouvrir les
cicatrices laissées par un traumatisme psychique
ancien jusqu’ici resté dans l’ombre [19].
Le syndrome de répétition traumatique, resté silen-
cieux pendant de nombreuses années, serait suscepti-
ble de surgir lors de la confrontation à deux types
d’événements : ceux qui sont à l’origine d’une perte de
l’étayage ou de ruptures sociales (hospitalisation ou
décès du conjoint, hospitalisation ou institutionnalisa-
tion du patient, pathologie organique sévère, examens
ou thérapies invasifs) ou ceux qui reproduisent les cir-
constances de la rencontre traumatique (guerre ou
catastrophe naturelle médiatisée, commémoration,
agression et violence) [19]. La retraite jouerait égale-
ment un rôle essentiel, du fait de la perte d’activités
sociales et professionnelles qui distrayaient le sujet
d’événements traumatiques passés : il est ainsi temps
de penser au passé ! [17].
Ces événements vont réveiller les émotions perçues
lors du traumatisme originel. Dans la littérature, on
retrouve plusieurs exemples de ce type : rescapés de
l’holocauste et prisonniers de guerre déclenchant leur
trouble après une entrée en maison de convalescence
où ils revivaient l’expérience d’une perte de leur liberté
et de leur autonomie ; vétérans décompensant suite à
une maladie organique ou à un traumatisme physique,
évoquant la période durant laquelle leur vie était en
péril ; survivants des camps de concentration exposés
au décès du conjoint ou à une institutionnalisation plus
de 50 ans après leur libération [40].
La couverture médiatique d’événements compara-
bles au traumatisme initial, telles que des attaques
terroristes ou des guerres contemporaines, peuvent
également déclencher un ESPT retardé [9]. Robinson
et al. [41] ont ainsi rapporté que 50 % des survivants de
l’Holocauste résidant dans des lieux attaqués par des
missiles irakiens durant la première guerre du golfe ont
présenté une pathologie traumatique
ESPT complexe
Décrite chez l’adulte par Herman, cette forme parti-
culière d’ESPT serait consécutive à l’exposition à des
traumatismes répétés au cours du développement pré-
coce [42]. La majorité des sujets souffrant d’un ESPT
complexe serait des adultes ayant subi des abus
sexuels et certaines similitudes existeraient entre ce
trouble et la personnalité de type limite.
À l’heure actuelle, il n’existe à notre connaissance
aucun travail de recherche concernant sa prévalence et
sa présentation clinique chez la personne âgée. Cepen-
dant, la description de modifications durables de la
personnalité chez certains groupes de sujets âgés
exposés à des événements traumatiques répétés peu-
vent être reliés au concept d’ESPT complexe : syn-
drome des camps de concentration, tortures prolon-
gées, femmes âgées victimes de violences
domestiques répétées [17].
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