3 L`agronomie en renfort de la génétique

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DOSSIER PHOMA DU COLZA
Stratégies de contrôle
3
L’agronomie en renfort de la génétique
Le phoma est aujourd’hui principalement contrôlé par le recours à des variétés résistantes. Néanmoins, différents leviers agronomiques peuvent également être mis en
œuvre pour limiter le développement de la maladie et contribuer à la durabilité des
résistances génétiques.
L
© N. Cornec
es résidus de récolte
ont été soit enfouis, soit suffisamdes années précément dégradés pour que leur rôle
dentes, présents en
devienne négligeable.
surface dans les parcelles du voisinage,
constituent une source d’inocuLe rôle clef du travail du sol
lum. La maturation des périthèces
L’enfouissement des résidus par le
s’effectue sur ces résidus. Lorsque
travail du sol a donc des effets diles conditions de milieu sont favorects sur la quantité de spores pourables, les ascospores sont émises,
vant être disperpuis dispersées
sées. Néanmoins,
par le vent et
La gestion du phoma tous les outils n’ont
contaminent les
doit être raisonnée à pas les mêmes efnouveaux couverts de colza.
l’échelle de groupes fets (figure 1). La
conséquence praPlusieurs aude parcelles et pas
tique est claireteurs s’accorseulement au niveau ment de procéder
dent à dire que
à un enfouissement
les résidus de la
d’une parcelle, une
suffisant des résicampagne préannée donnée.
dus de récolte des
cédente constiparcelles voisines
tuent la source
avant l’émergence des nouveaux seprincipale des contaminations,
mis. Il y a donc là un élément qui ne
avec une contribution minoritaire
se raisonne pas seulement à la pardes résidus de l’année n-2. Aucelle mais qui intègre un ensemble
delà, on considère que les résidus
de parcelles, les ascospores se disséminant à plusieurs dizaines, voire
plusieurs centaines de mètres.
Ce type de mesure, limitant la
quantité d’inoculum, peut être
extrêmement efficace. Un parfait
contre exemple est donné par les
systèmes de culture de l’ouest australien dans lesquels le colza revient tous les 2 ans sur de grandes
parcelles conduites en semis direct et où les résidus de culture
sont laissés en surface. Ceci se traduit par des niveaux d’attaque de
phoma particulièrement spectaculaires, rarement vus en Europe.
Des feuilles trop
développées
à l’automne
augmentent les
surfaces pouvant
être potentiellement
infectées par les
ascospores.
Gérer le développement
du couvert
Un couvert végétal peut être plus
ou moins réceptif aux ascospores.
À nombre d’ascospores équivalent, un couvert à un stade précoce (avant 6 feuilles) présentera
davantage de symptômes foliaires
qu’un couvert plus âgé, voire endurci par le froid.
Des températures moyennes inférieures à 15 °C et une humidité suffisante consécutive à une
pluie sont nécessaires à l’émission
des ascospores. L’occurrence de
ce type de conditions est en fréquence plus probable au fur et à
mesure que l’automne avance. En
conséquence, un semis suffisamment précoce doit pouvoir réduire
les risques de rencontre entre des
ascospores et un couvert sensible.
Indépendamment du développement, la croissance du couvert
est également importante. Plus
les feuilles seront développées,
plus les surfaces potentielles d’infection par les ascospores seront
grandes. Cette question est en parPERSPECTIVES AGRICOLES - N°366 - AVRIL 2010
DOSSIER PHOMA DU COLZA
(Pollen) en jouant sur les dates de
semis et la disponibilité en azote.
On peut obtenir une plage complète de sensibilité au phoma, de
la meilleure note G2 (1,5) à la plus
mauvaise qui soit (8), malgré la
réputation « peu sensible au phoma » de Pollen. Ces cas extrêmes
illustrent la large gamme d’ajustements qu’offre le levier agronomique pour le contrôle du phoma.
Le semis précoce permet de limiter
l’incidence (% de plantes avec macules) et la disponibilité en azote
se traduit par des croissances et
des niveaux d’index G2 très différents.
© N. Cornec
Éviter les semis denses
ticulier sensible pour les situations
à forte disponibilité en azote dans
lesquelles, dès qu’il y aura humidité et températures favorables à
la croissance, les surfaces foliaires
augmenteront. La gestion de la
date de semis pourra alors devenir plus délicate puisqu’il faudra
trouver des compromis entre les
risques liés au stade, ceux liés
à la surface foliaire déployée et
éventuellement d’autres aspects
comme les stratégies d’implantation et de compétition avec les
adventices.
Une date de semis
précoce limite le
risque lié au stade
précoce sensible, mais
renforce celui lié à des
surfaces foliaires trop
développées.
La gestion du
phoma du colza
s’inscrit à l’échelle
d’un groupe de
parcelles. Enfouir
les résidus des
parcelles voisines
avant la levée
du colza limite
considérablement
les risques.
Entre le cover-crop, le chisel, la
charrue et la houe rotative, cette
dernière est l’outil qui enfouit le
moins de résidus.
Figure 1 : Qualité d’enfouissement des résidus,
initialement en surface, offerte par différents outils.
100
La modélisation en appui
de l’expérimentation
La gestion du phoma doit s’inscrire dans le temps et dans l’espace. Dans le temps, car la maîtrise quantitative des populations
de phoma et la durabilité des résistances génétiques amènent à
considérer des pas de temps plus
larges que la seule année culturale.
Dans l’espace, car le contrôle des
pathogènes est forcément en interaction avec différents éléments
du milieu, variables d’un lieu à
l’autre.
Les ascospores contaminent plus
facilement des plantes jeunes à des
stades antérieurs à 6 feuilles.
% de résidus à la surface du sol
80
60
40
20
0
Le tableau 1 illustre des cas extrêmes de variabilité de résultats
obtenus pour une même variété
La densité de peuplement peut
également induire des effets. Un
couvert trop dense, en particulier en situation favorable à la
croissance, va produire des biomasses importantes et un risque
de compétition entre plantes pour
la lumière. Cela peut se traduire
par des élongations avant hiver
et la chute des feuilles les plus
âgées. Les portes d’entrée pour les
pycniospores issues des macules
foliaires sont alors plus nombreuses. Ce cycle secondaire va
provoquer une surinfection de la
plante.
La nuisibilité de la nécrose au collet s’exprime en fin de cycle par
une rupture des vaisseaux liberoligneux. Plus le diamètre au collet
sera important, plus cette rupture
d’alimentation sera tardive. Il y a
donc intérêt à générer des pivots
larges issus d’un peuplement à
faible densité, plutôt que des collets fins issus d’une compétition
entre plantes pour les ressources.
© J. Palleau, CETIOM
30
Cover-crop
Houe
rotative
Chisel
Semis seul
Labour
Source : Schneider et al, 2006
En conséquence, il est difficile
de définir des stratégies agronomiques de contrôle du phoma
via la seule expérimentation.
Aujourd’hui, avec les moyens ouverts par les progrès de l’informatique, les agronomes investissent
dans des outils de modélisation
susceptibles d’aider à parcourir
et tester des scénarios de gestion
difficilement ou non accessibles à
l’expérimentation.
PERSPECTIVES AGRICOLES - N°366 - AVRIL 2010
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DOSSIER PHOMA DU COLZA
Tableau 1 : Effets de la date de semis et de la disponibilité en azote sur la sensibilité au phoma de la variété
Pollen.
Années
Disponibilité Semis
en azote
% plante avec % plante avec Indice nutrition Indice foliaire Note G2
macules à
macules à
azoté fin
fin novembre en fin de
6 feuilles
10 feuilles
novembre
cycle
2000-01 N fort
31 juillet
40 %
63 %
1,5
3
2,5
31 août
83 %
93 %
1,5
3,5
5,5
N faible
31 juillet
17 %
7%
0,6
0,7
1,5
31 août
80 %
43 %
0,6
1,0
2,5
2001-02 N fort
3 août
0%
51 %
1,5
2
5
4 septembre
82 %
80 %
1,5
3,4
8
N faible
3 août
0%
6%
0,7
0,7
2
4 septembre
82 %
92 %
0,7
1,9
4,5
Deux années d’essais avec contaminations d’ascospores importantes et précoces — INRA de Grignon
Indice nutrition azoté : indice élevé = statut azoté fort — Indice foliaire : indice élevé = surface foliaire importante — Note G2 : note élevée
= nombre de symptômes important
 Pour une variété, succès commercial de la fin des années 90, réputée peu sensible au phoma, les résultats obtenus
en jouant sur la date de semis et la disponibilité en azote vont du meilleur (note G2 de 1,5) au pire (note 8).
Le modèle SIPPOM aide
à la définition de stratégies
Ce type de travail a débuté pour
le phoma du colza sous la coordination de l’UMR d’Agronomie
de Grignon. Une première étape
a été franchie avec la construction
d’une première version du modèle
SIPPOM. Elle a permis de montrer
qu’il est possible, avec ce type
d’outil, de classer correctement,
conformément aux dires d’experts,
différents scénarios de gestion. On
a également pu montrer des effets de taille du parcellaire sur les
concentrations d’ascospores arrivant sur les feuilles et les notes G2
(index de gravité) engendrées. Ce
modèle a montré également lors
d’un test avec des données réelles
d’un site pilote du CETIOM, une
bonne aptitude à prévoir les périodes d’émissions des ascospores.
Nous avons également pu simuler
rétrospectivement le contournement de la résistance Rlm1 à partir
des données climatiques et épidémiologiques des années 90.
Néanmoins, le modèle n’intègre
pas l’ensemble des connaissances
disponibles et il a montré quelques
faiblesses, en particulier sur l’aptitude à prévoir le niveau de note
G2. Son amélioration est en cours.
Cet outil devrait permettre d’optimiser les moyens de lutte contre
le phoma aussi bien génétiques
qu’agronomiques. 
Un premier
modèle simule
les émissions
d’ascospores
et classe
différentes
stratégies de
gestion du
phoma.
Xavier Pinochet
CETIOM
[email protected]
Les densités de peuplement trop élevées mettent les plantes en compétition pour leurs ressources et notamment pour
la lumière. L’élongation de la tige renforce les risques d’attaque du phoma.
© CETIOM
Les résultats
présentés
dans cet article
sont issus de
travaux menés
en collaboration
entre le Cetiom
et l’Unité Mixte
de Recherche
Agronomie
de l’INRA de
Grignon.
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