
REVUE DE PRESSE dirigée par
le Pr T. Moreau
104 | La Lettre du Neurologue •Vol. XII - n°4 - avril 2008
Une piste pour le traitement des patients en état
de conscience minimal
L’état de conscience minimal (MCS) est observable chez certains patients à la suite d’un
grave traumatisme cérébral. Il se distingue de l’état végétatif par la présence, chez le su-
jet, de phases ponctuelles durant lesquelles il présente un certain niveau d’éveil. Durant
ces phases, le patient va en particulier se montrer capable de répondre de manière
adéquate à des stimulations extérieures. En partant de l’hypothèse selon laquelle la
difficulté de ces patients à accéder à leurs fonctions cognitives serait en partie due à
une hypo-activité cérébrale, N.D. Schiff et al. postulent que stimuler l’activité cérébrale
de sujets en MCS devrait augmenter la fréquence des comportements conscients obser-
vables dans de tels cas cliniques. Cette étude, menée sur un patient en MCS, a analysé
l’effet de stimulations profondes du thalamus central (une région cérébrale impliquée
dans les processus d’éveil) sur la quantité des phases conscientes. Durant les périodes
de stimulations, les auteurs notent une augmentation de l’éveil émotionnel, de la com-
munication ainsi que de la prise d’alimentation orale du patient. Ils suggèrent que cette
amélioration comportementale du patient pourrait être due à une activation du cortex
frontal et des ganglions de la base (des régions cérébrales fortement impliquées dans
la conscience, l’éveil et les mécanismes attentionnels) faisant suite à la stimulation du
thalamus central.
F. Esclassan,
CNIC, université Bordeaux I,
CNRS UMR 5228
Les cellules souches et la question de l’intégration
La thérapie cellulaire, qui consiste à greffer, chez l’adulte, des cellules embryonnaires dans
des zones endommagées, constitue une stratégie prometteuse pour le traitement de
diverses pathologies du système nerveux (par exemple, la maladie d’Alzheimer, la maladie
de Parkinson, etc.). Des études préalables avaient montré que des cellules transplantées
dans un cortex moteur endommagé pouvaient survivre, mais aucune donnée fiable n’était
disponible sur la capacité de ces neurones à reconstruire des connexions cohérentes loin
de leur site de transplantation. De manière à pouvoir suivre les connexions que formaient
les cellules transplantées, la stratégie utilisée par les chercheurs a consisté à transplanter,
chez des souris adultes lésées au niveau du cortex moteur, des cellules issues d’embryons
de souris transgéniques dont toutes les cellules exprimaient une protéine fluorescente : la
green fluorescent protein (GFP). Les résultats de cette étude sont spectaculaires, puisque
les cellules transplantées établissent des connexions à distance vers des zones motrices
(thalamus, moelle épinière). De manière importante, il apparaît que ces connexions ne
résultent pas de la simple fusion des cellules greffées avec des cellules corticales de l’hôte,
et qu’elles sont fonctionnelles, puisqu’elles établissent des contacts synaptiques avec les
cellules hôtes et qu’un nombre important d’entre elles sont myélinisées.
E. Coutureau,
CNIC, université Bordeaux I,
CNRS UMR 5228
Traitement de Parkinson et comportements impulsifs
Dans un précédent numéro (Les actualités, suppl. de La Lettre du Neurologue, vol.
VIII, n°1), nous évoquions l’étude de Fiorillo et al. concernant le rôle du système
dopaminergique mésolimbique dans les processus de récompense et les comporte-
ments de prise de risque. C’est en se plaçant dans ce cadre théorique que W.G. Ondo
et D. Lai se sont intéressés aux modifications comportementales observées lors de la
prise d’agonistes dopaminergiques (DA) chez des patients atteints de la maladie de
Parkinson (PD) ou du syndrome des jambes sans repos (RLS). Cette étude a été menée
durant 10 mois sur 300 sujets tous âges et sexes confondus. Elle montre effectivement
que ces traitements induisent une augmentation des comportements impulsifs liés à
la recherche de récompense (jeu, dépense d’argent, activité sexuelle) chez 19,7 %
des patients (24,6 % des parkinsoniens et 8,6 % des sujets souffrant de RLS). De
plus, l’augmentation observée est plus forte si le patient est jeune et si la dose du
traitement est élevée. Par ailleurs, plusieurs DA ont été testés, et il apparaît que les
modifications comportementales induites sont indépendantes de la nature du DA. Il
est cependant à noter que seuls les patients recevant un DA ayant la plus forte affinité
pour les récepteurs D3 (pergolide et pramipexole) développent des comportements de
jeu pathologique.
F.E.
Commentaire
Cette étude n’est menée que sur un patient pré-
sentant des caractéristiques bien particulières
telles que l’observation par neuro-imagerie d’un
circuit du langage intact. Ainsi, les résultats obte-
nus ne peuvent être généralisables à l’ensemble
des patients présentant un MSC. Cependant, il
s’agit de la première étude mettant en avant un
traitement potentialisant certaines des fonctions
cognitives préservées dans de tels cas cliniques,
offrant ainsi un espoir aux patients, mais aussi et
surtout à leur famille.
Référence bibliographique
Schiff ND, Giacino JT, Kalmar K et al. Behavioural impro-
vements with thalamic stimulation after severe traumatic
brain injury. Nature 2007;448(7153):600-3.
Commentaire
Cette étude, très élégante, constitue une contri-
bution significative tant sur le plan fondamental
que sur le plan thérapeutique. En effet, en mon-
trant pour la première fois que le système ner-
veux central adulte est permissif à la repousse
axonale, ces résultats offrent de nouvelles pers-
pectives dans le cadre du traitement de maladies
neurodégénératives.
Référence bibliographique
Gaillard A, Prestoz L, Dumartin B et al. Reestablishment of
damaged adult motor pathways by grafted embryonic cor-
tical neurons. Nat Neurosci 2007;10:1294-9.
Commentaire
Ce travail est particulièrement intéressant, puis-
qu’il constitue la première étude longitudinale
comparant l’ampleur des comportements liés à
l’impulsivité et des comportements de jeu (patho-
logique et non pathologique) chez des patients
parkinsoniens et souffrant du RLS avant et après
traitement par DA. Il est à remarquer que l’éva-
luation du changement dans les comportements
liés à l’impulsivité ne repose sur aucun critère
standard mais sur une évaluation subjective de la
part du sujet et de son entourage.
Référence bibliographique
Ondo WG, Lai D. Predictors of impulsivity and reward see-
king behavior with dopamine agonists. Parkinsonism Relat
Disord 2008;14(1):28-32.