Les neurones à hypocrétines (Hcrt) ou oreéxines découverts en 1998 appartiendraient à cette catégorie. Ils jouent un rôle
clef dans l’éveil et leur absence conduit à une pathologie très invalidante, la narcolepsie. Les patients atteints mais aussi
les souris et les chiens sans hypocrétines ou sans son leur deuxième récepteur ont un sommeil fragmenté et présentent des
épisodes de cataplexie caractérisés par l’intrusion de périodes d’atonie musculaire au cours de l’éveil actif (16, 17). Notre
hypothèse actuelle est que ces neurones excite les neurones GABAergiques SP-off localisés dans la vlPAG et le dDPMe
pendant les émotions positives et renforcent ainsi l’inhibition des neurones glutamatergiques du SLD. Du fait de leur
absence chez le narcoleptique, les émotions positives induiraient une activation des neurones descendants du noyau de
l’amygdale central qui en retour exciterait les neurones glutamatergiques du SLD induisant l’atonie musculaire
caractéristique de la cataplexie.
Nos résultats récents indiquent que l’arrêt de l'activité de l'ensemble des neurones SP-OFF nécessaire à l’apparition du
sommeil paradoxal serait induite par l'action d'autres neurones SP-on de type GABAergique. Ces neurones seraient
situées dans l'hypothalamus postérieur (PH), la substance grise périaqueducale ventrolaterale (vlPAG) et la partie
dorsomédiane du bulbe rachidien (noyau dorsal paragigantocellulaire, DPGi). Les neurones GABAergiques SP-on du PH
inhiberaient pendant le sommeil paradoxal les neurones SP-off voisins histaminergiques et à hypocrétines.
Approximativement un tiers de ces neurones GABAergiques contiennent également un neuropeptide appelé "hormone de
mélanoconcentration" (MCH). L'injection intracérébroventriculaire de ce neuropeptide induit une très forte augmentation
des quantités de sommeil paradoxal. Ce peptide est à notre connaissance la seule substance neuroactive de type
hypnogène. Une deuxième population de neurones SP-OFF on GABAergiques se localiserait dans la vlPAG. Ils
inhiberaient les neurones GABAergiques SP-off localisés dans la même structuremême structure et les neurones SP-off
sérotoninergiques. Enfin, les neurones SP-on GABAergiques localisés dans le DPGi bulbaire inhiberaient les neurones
SP-off noradrénergiques du locus coeruleus. Notre hypothèse actuelle est que la mise en route de l'ensemble de ces
populations de neurones SP-on GABAergiques est l’élément clef dans la mise en route du sommeil paradoxal. Leur mise
en route induirait l'arrêt des neurones SP-OFF en particulier GABAergiques et par la-même la désinhibition des neurones
SP-on glutamatergiques du SLD. Ces Les neurones GABAergiques SP-on intégreraient un grand nombre de paramètres
physiologiques et possèderaient une horloge endogène leur permettant de calculer les quantités de sommeil paradoxal
nécessaires. Ils se mettraient en route uniquement au cours du sommeil lent quand leur inhibition par les neurones SP-ON
off serait au plus bas (4).
Le sommeil paradoxal comme pacemaker
L'ontogenèse du sommeil paradoxal est à l'origine de cette interprétation. Au cours de la maturation cérébrale, le SP est le
premier état de veille et de sommeil à apparaître dans la seconde moitié de la gestation et occupe la quasi-totalité du
temps, comme cela a été observé chez le fœtus de cobaye. Les structures responsables du déclenchement et du maintien du
sommeil paradoxal sont situées dans le tronc cérébral qui est la première région où débute la myélinisation cérébrale. Ce
réseau fonctionnant en permanence peut être assimilé à un pacemaker dont l'activité continue dépend de l'influence de
mécanismes inhibiteurs. Chez le fœtus, les mécanismes inhibiteurs représentés par les systèmes inhibiteurs (SP-OFF)
aminergiques (5-HT, NA, HA), orexinergiques et GABAergiques, ne semblent pas fonctionnels, bien que la synthèse de
leurs neurotransmetteurs soit détectable très précocement. Progressivement, les systèmes inhibiteurs deviennent matures et
contrôlent le déclenchement du SP entraînant la diminution de sa durée.
Chez l'adulte, cette interprétation est confirmée par la possibilité d'obtenir un état équivalent à celui du fœtus soit à la suite
de l'injection de muscimol, agoniste GABA, dans l'hypothalamus postérieur ou dans la substance grise périaqueducale qui
contiennent une partie des neurones SP-OFF.
Ainsi, les mécanismes du déclenchement du sommeil paradoxal sont relativement simples. La levée simultanée des
différentes inhibitions s'exerçant sur les réseaux exécutifs permet à ces derniers de s'exprimer. Cependant, les systèmes
inhibiteurs contrôlent de façon très stricte le déclenchement du SP et empêchent sa survenue en dehors du sommeil. En
effet, le SP rend l'animal particulièrement vulnérable (élévation des seuils sensoriels, paralysie musculaire) et ne peut
survenir que dans des conditions optimales de sécurité.
Conclusions
Le sommeil paradoxal est généré par des neurones glutamatergiques localisés dans le SLD. Ces neurones induisent
l’activation corticale via des projections sur les neurones thalamiques intralaminaires et l’atonie musculaire via une
projection sur des neurones glycinergiques et GABAergiques localisés dans la formation réticulé bulbaire. La mise en
route des ces neurones dépendrait de l’arrêt d’une inhibition des neurones SP-off GABAergiques localisés dans la vlPAG
et le dDPMe. L’arrêt de ces neurones et des autres neurones SP-off seraient du à la mise en route simultané des trois
groupes de neurones GABAergiques SP-on localisés dans l’hypothalamus latéral, la vlPAG et le DPGi.
Légendes des figures
Fig 4, 5 et 6 impossible à ouvrir…fichier AI (différent de figures 1, 2 et 3 : fichiers tiff)
Figure 1
Schéma du réseau du sommeil paradoxal
Voir détails dans le texte.
Abréviations : 5HT, sérotonine; Ach, acétylcholine; BF, Télencéphale basal, DPGi, noyau réticulé dorsal
paragigantocellulaire; dDpMe, Noyau profond réticulé mécencephalique dorsal; DRN, noyau raphé dorsal; GiV, noyau