
Connaître l’histoire de la maladie
Il est nécessaire de connaître l’histoire de la maladie et des
éventuels traitements antérieurs, ainsi que l’environnement et le
fonctionnement psychosocial du patient (isolement social,
domicile ou non, emploi, problèmes judiciaires). Tous ces
éléments permettent de personnaliser les suggestions des guides
de prescription.
Déterminer les symptômes cibles
thérapeutiques et les hiérarchiser
Mais que choisir sachant qu’ils se situent principalement dans
trois domaines ? pensée, affect et cognition. Différents modèles
sont retrouvés dans la littérature :
• modèles à deux dimensions (ICD-10
[10]
et DSM IV
[11]
), avec
les manifestations positives ou délirantes et les manifestations
négatives ou déficitaires ;
• modèle à trois dimensions, avec syndrome de pauvreté
psychique, syndrome de désorganisation, syndrome de
distorsion de la réalité
[12]
;
• modèle à cinq dimensions, avec les dimensions positive ou
délirante, cognitive ou de désorganisation, négative ou
déficitaire, excitation-hostilité, angoisse et dépression
[13]
;
• modèle à sept dimensions, avec les manifestations positives,
manifestations négatives, manifestations dépressives, mani-
festations et comportements suicidaires, abus de substances,
comorbidité médicale, troubles liés à un stress posttrauma-
tique
[2]
.
Mais les profils thérapeutiques des psychotropes sont-ils
suffisamment variés pour agir séparément sur chaque cible
choisie ?
Faire un bilan organique du patient
Cet acte est nécessaire afin de connaître les éventuelles
comorbidités et de détecter une organicité (Tableau 1). Cela
permet également d’apprécier les facteurs de risques thérapeuti-
ques, une contre-indication aux neuroleptiques ou une éven-
tuelle précaution d’emploi, sans oublier la recherche de prise de
toxiques. Ces bilans sont à répéter au cours du traitement, avec
une fréquence variant suivant les patients et conditions de
traitement, et comprennent alors la recherche des effets indési-
rables médicamenteux. En général, un bilan doit être fait avant
mise sous traitement ou avant changement ou association de
molécule. Ce bilan somatique s’ajoute à l’évaluation psychopa-
thologique précédemment citée (symptomatologie positive,
négative, désorganisation, humeur, risque suicidaire, agressivité
ou impulsivité), ainsi qu’à celles des capacités cognitives et des
niveaux de fonctionnement (social, condition de vie, activité),
sans oublier la recherche d’antécédents familiaux de psychoses.
Le guideline canadien
[4]
préconise également la recherche
clinique du syndrome de délétion du chromosome 21q11.
Créer une alliance thérapeutique
Il s’agit enfin d’informer le patient, la famille, et de créer une
alliance thérapeutique dont un des buts est d’améliorer l’obser-
vance
[14]
, et donc le pronostic. Cette information peut se situer
dès le début de la prise en charge du patient et doit être
évolutive.
Actuellement, l’évolution des pratiques cliniques et thérapeu-
tiques ainsi qu’une meilleure connaissance des patients concer-
nant ces pathologies rendent ce sujet d’actualité. Cette annonce
est de pratique courante dans les pays anglo-saxons et en
particulier aux États-Unis, mais plus difficilement instaurée en
France.
Cela est peut être lié au fait que cette pathologie demeure un
des troubles psychiatriques les plus invalidants du fait du
caractère potentiellement déficitaire de l’évolution.
L’information des patients est considérée comme primordiale
dans le cadre de la relation thérapeutique et de la qualité des
soins. Il apparaît donc légitime de répondre à cette demande
des patients souffrant de schizophrénie en apportant une
information complète et compréhensible sur la maladie et sa
prise en charge
[15]
.
■Données générales
sur la chimiothérapie
des schizophrénies
Médicaments des schizophrénies
La base de la thérapeutique médicamenteuse des schizophré-
nies repose sur les antipsychotiques qui sont utilisés dans toutes
phases de la maladie en association avec les autres formes de
thérapeutique non médicamenteuse. Ces antipsychotiques
peuvent être associés à d’autres psychotropes comme les
anticonvulsivants, les régulateurs de l’humeur, les anticholiner-
giques, les antidépresseurs et les benzodiazépines. Ces associa-
tions peuvent être utiles lorsque la réponse à l’antipsychotique
seul est insuffisante, et pour le contrôle de troubles comporte-
mentaux, pour le traitement d’effets indésirables de l’antipsy-
chotique, et pour le traitement de symptômes dépressifs ou
anxieux.
L’arrivée des antipsychotiques atypiques (AA) dans les années
1990 a entraîné une meilleure tolérance thérapeutique et a eu
un impact positif sur les symptômes négatifs et affectifs des
schizophrénies.
La liste des antipsychotiques, leur profil thérapeutique et
principaux effets indésirables sont présentés dans les Tableaux
2-4.
En raison de l’évolution des mises sur le marché des antipsy-
chotiques dans les différents pays, toutes les molécules qui
existent dans les divers guidelines de référence figurent dans ce
document.
Sur le choix de l’antipsychotique
Les experts s’accordent pour dire que tous les antipsychoti-
ques existants ont une efficacité similaire lorsqu’ils sont
prescrits à la posologie optimale. Les différences de profil
d’effets indésirables vont fortement orienter le choix lors de la
première prescription. Bien que d’activité thérapeutique compa-
rable, l’assez bon rapport bénéfice/risque des AA en comparai-
son avec celui des antipsychotiques typiques (AT) entraîne une
utilisation quasi-systématique des AA en premier choix, aussi
bien au cours d’un premier épisode aigu que lors de rechute, ou
que chez des patients souffrant d’effets indésirables liés aux AT.
Les AA sont en effet associés à un plus faible risque d’effets
extrapyramidaux, en particulier de dyskinésies tardives, et
d’arrêt intempestif de traitement. Leur principal inconvénient
est la prise de poids et le risque de diabète.
Mais une étude récente (2006) (non commerciale) chez des
patients dont la thérapeutique devait être changée pour des
raisons cliniques (réponse insatisfaisante ou mauvaise tolérance)
ne montre pas, sur un an, de supériorité des AA sur les AT en
termes de qualité de vie, d’efficacité sur les symptômes et de
coût des soins associés
[16]
.
Dans de nombreux guidelines on retrouve les recommanda-
tions suivantes :
• dans la mesure du possible le choix de l’antipsychotique doit
être fait avec l’avis du patient informé ;
• lorsqu’un patient est répondeur à un AT avec une bonne
tolérance, il n’est pas conseillé de le changer pour un AA ;
• les patients considèrent que les effets indésirables les moins
bien tolérés sont les effets extrapyramidaux, la prise de poids,
les troubles sexuels (souvent non rapportés), et la sédation ;
• le risque de diabète et de prise de poids avec les molécules
dont ce sont les effets indésirables connus doit être surveillé
régulièrement.
Traitement chimiothérapique des schizophrénies
¶
37-295-A-10
3Psychiatrie