
tique. Les premiers anatomistes les ont nom-
més ainsi parce que ces cellules ressemblent
à des étoiles. On pensait qu’elles n’assuraient
que des tâches ménagères, tels le transport
des nutriments du sang aux neurones et l’éva-
cuation des déchets des neurones vers le sang.
En effet, on a observé que de nombreux astro-
cytes sont ancrés aux vaisseaux sanguins par
certains de leurs prolongements, et qu’ils agrip-
pent les neurones et leurs synapses avec d’au-
tres de ces prolongements (voir la figure 3).
Puis les scientifiques ont montré que les neu-
rones dépendent de la glie pour émettre leurs
potentiels d’action et transmettre des messa-
ges dans les synapses. Ils ont découvert que
les cellules gliales portent les mêmes récep-
teurs des neurotransmetteurs que les neuro-
nes. Ces récepteurs permettent aux cellules
gliales d’« écouter» les neurones et de com-
muniquer entre elles sans utiliser l’électricité.
La glie contrôle la discussion
entre neurones
Pour ce faire, il a fallu attendre l’invention
de nouvelles techniques permettant aux scien-
tifiques de suivre l’activité électrique sous
forme de lumière. En général, on utilise des
microélectrodes avec les neurones, mais elles
ne détectent pas la communication gliale. C’est
grâce à la vidéo et aux microscopes laser, déve-
loppés dans les années 1980 et 1990, que les
chercheurs ont suivi les décharges neurona-
les en ajoutant des « traceurs» colorés dans les
cellules. Ces colorants brillent quand des ions,
tel le calcium, entrent dans les neurones, preuve
que leurs axones transmettent un signal.
En utilisant cette méthode, on a observé que
quand on stimule un neurone pour lui faire
émettre un potentiel d’action, les astrocytes réa-
gissent aussi. Ils détectent l’activité électrique
des neurones et des ions calcium entrent dans
les cellules gliales. En outre, cette technique a
permis de montrer que les astrocytes commu-
niquent entre eux. Lorsque les neurotransmet-
teurs issus des neurones activent les récepteurs
des cellules gliales, ces dernières libèrent aussi
des neurotransmetteurs. Et cette sécrétion
active une réaction en chaîne, le message étant
transmis à d’autres cellules gliales. La commu-
nication gliale est visible sous forme d’une
lumière fluorescente qui se propage d’une cel-
lule à une autre dès qu’un neurone actif libère
un neurotransmetteur.
Le réseau glial utilise-t-il cette information
récupérée dans les synapses pour contrôler
l’activité d’autres synapses dans des régions
cérébrales éloignées ? Si tel est le cas, la glie
pourrait jouer un rôle central dans le traite-
ment de l’information. Des recherches récen-
tes semblent confirmer cette hypothèse.
En 2011, en utilisant un laser pour provo-
quer l’entrée d’ions calcium dans un astro-
cyte situé près d’un neurone, l’équipe du neu-
robiologiste Norio Matsuki, de l’Université
de Tokyo, a montré que les neurotransmet-
teurs libérés par l’astrocyte augmentent la
puissance de l’impulsion électrique dans
l’axone. En 2005, l’équipe du neurobiologiste
Philip Haydon, de l’Université Tufts, a
confirmé que les astrocytes fournissent un
mode de communication non électrique
entre synapses dans une région cérébrale par-
ticipant à la mémoire, l’hippocampe. En effet,
les astrocytes réagissent à un neurotransmet-
teur, le glutamate, sécrété dans les synapses,
et libèrent un autre neurotransmetteur, l’adé-
nosine. Ce dernier augmente l’activité du
neurone voisin et celle de synapses éloignées.
Ainsi, en contrôlant l’information transmise
dans les synapses, la glie participe au traite-
ment des données visuelles, mnésiques, à la
contraction musculaire et à des fonctions
cérébrales inconscientes telles que le sommeil.
La vitesse et l’étendue de la communica-
tion gliale renforcent le rôle de la glie dans
le traitement de l’information. Contrairement
aux neurones qui communiquent de proche
en proche, de synapse en synapse, la glie dif-
fuse ses signaux sur de grandes distances.
© Cerveau &Psycho - n°54 novembre-décembre 2012 69
Les cellules oubliées du cerveau
© Hybrid Medical Animation
Vaisseau sanguin Astrocyte
Neurone
Synapse
3. Les « bras»
des astrocytes
s’ancrent aux vaisseaux
sanguins et aux neurones.
Ils apportent ainsi
les nutriments
aux neurones
et en éliminent
les déchets, rejetés
dans le sang.
Les astrocytes assurent
aussi la transmission
des signaux
d’un neurone à l’autre
dans les synapses.
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