
patient apnéique, c’est la fatigue. Elle se manifeste par un
manque d’énergie, de concentration et de motivation. Il y a
ensuite le phénomène de la somnolence le jour. Le patient
cherche à dormir, ses yeux se ferment. Il a peur de s’assoupir
au volant, au travail, au téléphone, devant les gens dans une
réunion », explique le Dr Baltzan.
Une étude à laquelle le pneumologue a participé montre que
les patients subissent les symptômes de l’apnée du som-
meil en moyenne neuf ans avant qu’un diagnostic soit posé3.
« Ceux qui ont le plus de chance d’avoir une consultation
en médecine du sommeil sont les patients qui insistent et
refusent d’accepter d’être fatigués tout le temps. »
L’apnée du sommeil n’est pas toujours grave. « Il y a faci-
lement de 20 % à 30 % des gens qui en font, ressentent ses
effets sans le savoir, mais réussissent à fonctionner quand
même dans la journée », affirme la Pre Gosselin.
L’affection toutefois s’aggrave souvent avec le temps. « La
prise de poids qui survient avec les années empire l’apnée
du sommeil. La perte de tonus musculaire, surtout dans le
cou, accentue aussi le problème avec l’âge. On sait qu’avec
les années, les gens ont tendance à avoir plus d’arrêts res-
piratoires durant la nuit », mentionne la neuropsychologue.
LES HOMMES ET LES FEMMES
Quand on pense à l’apnée du sommeil, on voit un homme de
plus de 65 ans, obèse, somnolent, qui ronfle bruyamment
la nuit. Ce type de patient a effectivement plus de 80 % de
risque de faire de l’apnée. Mais 50 % des personnes qui en
sont atteintes n’émettent pas de ronflement sonore, et 40 %
ne sont pas obèses1. Et beaucoup ne sont pas des hommes.
Les femmes apnéiques sont souvent difficiles à détecter.
Elles nient ronfler régulièrement. Elles ne se plaignent
généralement pas de somnolence. Elles vont plutôt parler
de fatigue. « Le médecin va souvent leur dire qu’elles font
une dépression. Donc, non seulement elles ne présentent
pas le tableau classique d’apnée du sommeil, mais quand
elles parlent à leur clinicien, elles ne l’aident pas à les diriger
vers un spécialiste de la médecine du sommeil », affirme la
Dre Champagne.
Mais chez quelles femmes faut-il soupçonner l’apnée du
sommeil ? « Toute femme en âge de procréer qui a un tableau
de dépression, de diabète ou une hypertension chronique
devrait être interrogée et évaluée en médecine du sommeil.
Celles qui ont déjà eu une grossesse compliquée d’hyperten-
sion devraient l’être également, parce que la majorité fait de
l’apnée du sommeil. »
Durant certaines phases de la vie, l’apnée du sommeil
devient plus fréquente chez la femme. Sa prévalence croît,
par exemple, pendant la grossesse. Quand l’apnée apparaît,
elle peut être associée à l’hypertension de la grossesse et à
la prééclampsie. L’une des solutions novatrices est d’inter-
venir sur la première affection. « Des données préliminaires
semblent indiquer que le traitement de l’apnée du sommeil
a un très grand effet sur la pression artérielle pendant la
grossesse. Cela permet de donner moins de médicaments. »
L’apnée reste toutefois rare chez les femmes dont la pres-
sion est normale et la grossesse, à faible risque4.
La fréquence de l’apnée du sommeil augmente également
chez les femmes ménopausées. « La prévalence devient
aussi importante que chez les hommes », précise la pneu-
mologue.
L’APNÉE DU SOMMEIL AU TROISIÈME ÂGE
L’apnée du sommeil frappe souvent au troisième âge. « Ce
problème est plus fréquent chez les personnes âgées, parce
qu’elles ont souvent eu le temps d’avoir plus de complica-
tions, comme le diabète, un infarctus, l’hypertension, etc.,
des affections qui peuvent en favoriser l’apparition. Elles
font également moins d’exercice et accumulent plus de
tissus adipeux », mentionne la Dre Champagne.
L’un des risques associés à l’apnée du sommeil après un
certain âge est l’émergence de la démence. « Si un pro-
cessus neurodégénératif est enclenché dans le cerveau,
l’apnée du sommeil l’accélérerait. Les conséquences sur le
comportement apparaîtraient alors plus rapidement, selon
nos études », dit la Pre Gosselin.
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DOSSIER SPÉCIAL
ENCADRÉ 1 DÉPISTAGE DES PROBLÈMES
LIÉS AU SOMMEIL
Un questionnaire à faire remplir au patient
Des chercheurs québécois, Mme Sally Bailes, psychologue à
l’Hôpital général juif, et son équipe, ont créé le Questionnaire sur
les symptômes liés aux problèmes de sommeil ou SSC (Sleep
Symptom Checklist). Cet outil rapide et facile à utiliser est des-
tiné à aider les médecins à évaluer le sommeil d’un patient. Ce
dernier y indique la gravité de divers symptômes liés à quatre
aspects : l’insomnie, le fonctionnement diurne, les troubles du
sommeil et l’état psychologique (voir p. 16).
RÉFÉRENCES
h Bailes S, Baltzan M, Rizzo D et coll. Sleep disorder symptoms are
common and unspoken in Canadian general practice. Fam Practice
2009 ; 26 (4) : 294-300.
h Bailes S, Baltzan M, Rizzo D et coll. A diagnostic symptom profile for
sleep disorder in primary care patients. J Psychosom Res 2008 ;
64(4) : 427-33.
h On peut obtenir la version anglaise du questionnaire à : http://bit.ly/
1DkJWxu ou https://fmoq-mdq.s3.amazonaws.com/2015/05/SSC.pdf
15
lemedecinduquebec.org