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Dossier : Présidence française de l’Union européenne
38 • Sociétal n°60
• À court terme, l’écart de croissance est un paramètre très important, comme
on l’a vu pendant des années, dans une période où la croissance et les gains de
productivité résumaient la force et l’ « attractivité » de l’économie américaine.
Aujourd’hui, les tendances se sont inversées, les anticipations sur la croissance
sont peu favorables outre-Atlantique du fait de la crise immobilière et du
ralentissement inévitable de la consommation, les États-Unis sont peut-être
même d’ores et déjà en récession, et cela pèse clairement sur le dollar depuis
l’automne 2007.
• Les taux d’intérêt, enfin, sont gouvernés par des principes politiques différents
de part et d’autre de l’Atlantique. Pour la Fed, la baisse des taux est le moyen de
répondre aux difficultés des emprunteurs (en atténuant les charges d’emprunt
pour les ménages endettés à taux variables) et plus encore à celles du système
bancaire (en favorisant la reconstitution des fonds propres). En Europe, le sys-
tème financier est moins exposé alors que les pressions inflationnistes sont plus
manifestes, et la BCE a peu de raisons de suivre la Fed dans cette direction.
L’écart de taux joue également en défaveur du dollar.
Il faut, dans un tel contexte, poser la question théoriquement jugée incorrecte par
beaucoup d’économistes mais incontournable sur le plan politique : la déviation
excessive des taux de change par rapport à une parité « d’équilibre » (avec toute l’im-
précision de cette qualification) ne constitue-t-elle pas un grave danger pour le com-
merce international ? Comme on l’entend dire de plus en plus fréquemment, l’euro
à 1,20 dollar est à peu de choses près à l’équilibre, à 1,35 les exportateurs français
commencent à se plaindre, à 1,50 leurs homologues allemands aussi, mais au-dessus
de ce seuil, on entre clairement dans le champ des « dévaluations compétitives », un
terme introduit dans les années 1930 et de sinistre mémoire. Ce sont des niveaux où
les conflits d’intérêts en matière de commerce et d’emploi deviennent aigus et peu-
vent prendre une tournure politique mal contrôlée aux conséquences imprévisibles.
Il faut évidemment tout faire pour éviter de tels enchaînements.
La solution réside dans une meilleure coopération internationale entre les princi-
pales zones monétaires, les États-Unis, l’Asie, l’Europe. Pour l’instant, les autori-
tés américaines ne sont pas encore convaincues que nous entrons dans une zone
de danger, l’affirmation rituelle qu’un « dollar fort est dans l’intérêt de l’économie
américaine » est bien comprise par les marchés pour ce qu’elle vaut : le camouflage
d’une position qui, fondamentalement, trouve dans la stimulation des exportations
une planche de salut en matière d’emploi. Mais poussé trop loin, comme on le voit
aujourd’hui, ce réflexe de « benign neglect » est dangereux pour l’Amérique elle-
même : que ferait-elle si l’accélération de l’inflation s’accélérait ? Comment réagi-