
Introduction
Le cerveau est un organe d’une tr`es grande complexit´e. Il est constitu´e de tr`es nombreux
neurones (environ 1011 chez l’homme) fortement interconnect´es qui sont responsables de la trans-
mission de l’information au sein du cerveau. En particulier, les neurones sensoriels transforment
les stimuli ext´erieurs (images, sons) en train d’impulsions ´electriques (les potentiels d’action).
Ce sont les potentiels d’action qui sont transmis d’un neurone `a l’autre au sein du cerveau.
Individuellement, les neurones effectuent des op´erations relativement ´el´ementaires sur les po-
tentiels d’action entrants. Mais les tr`es riches interactions entre les neurones sont responsables
de l’´emergence de comportements globaux extrˆemement complexes (perception, langage, cogni-
tion. . . ).
La structure et le fonctionnement tr`es particuliers des neurones rendent leur ´etude possible
dans un cadre math´ematique et informatique. Il s’agit, en s’aidant de donn´ees exp´erimentales,
de mod´eliser et de simuler le fonctionnement des neurones, que ce soit `a une ´echelle individuelle
ou collective, pour comprendre comment des processus complexes ´emergent de leurs interactions.
Ce domaine de recherche relativement r´ecent, qui est actuellement en plein essor, porte le nom
de neurosciences computationnelles.
Les chercheurs en neurosciences computationnelles ne s’accordent pas toujours sur certains
principes cl´es portant sur le fonctionnement du cerveau. Un des d´ebats majeurs, qui est tou-
jours d’actualit´e, concerne le codage de l’information. Dans l’approche fr´equentielle, seule la
fr´equence instantan´ee (variable dans le temps) d’´emission des potentiels d’action par les neurones
est porteuse d’information. Dans l’approche impulsionnelle au contraire, les temps pr´ecis
d’´emission jouent un rˆole computationnel important. Si l’approche fr´equentielle permet une plus
grande simplicit´e d’´etude th´eorique, les outils math´ematiques existants ´etant plus adapt´es, les
donn´ees exp´erimentales obtenues grˆace aux avanc´ees technologiques de ces derni`eres ann´ees
tendent plutˆot `a l´egitimer l’approche impulsionnelle.
Mon projet de th`ese s’inscrit pleinement dans ce d´ebat. L’une des hypoth`eses faites quasi-
ment implicitement par les partisans de l’approche fr´equentielle est l’ind´ependance des entr´ees
dans les neurones du cortex c´er´ebral. Cette hypoth`ese revient `a mod´eliser les trains de poten-
tiels d’action entrants comme des processus de Poisson ind´ependants. Or l’apparition r´ecente de
technologies multi´electrodes a permis de mettre en ´evidence des corr´elations non n´egligeables
dans les entr´ees. L’approche fr´equentielle repose donc sur une hypoth`ese qui n’est pas v´erifi´ee
exp´erimentalement. Cela justifie que l’on s’int´eresse de plus pr`es `a ces corr´elations.
Il y a principalement deux grandes questions que l’on peut se poser suite `a ces d´ecouvertes.
D’abord, ces corr´elations sont-elles suffisamment importantes exp´erimentalement pour qu’il faille
abandonner l’hypoth`ese d’ind´ependance dans les mod`eles ? Autrement dit, peut-on montrer que
la prise en compte des corr´elations dans les mod`eles fr´equentiels a une influence importante sur
leur fonctionnement ? Dans l’affirmative, cela signifierait que l’approche fr´equentielle repose sur
une hypoth`ese clairement fausse, et cela justifierait un renouveau de l’approche impulsionnelle.
D’autre part, si l’on prouve que ces corr´elations doivent ˆetre prises en compte dans les
mod`eles, il s’agit de comprendre quel est leur rˆole computationnel. Dans le cas particulier de
la vision, une hypoth`ese est que la synchronisation des entr´ees thalamiques dans les neurones
du cortex visuel primaire (V1) permet une d´etection de contours par d´etection de co¨ıncidences
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