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Évaluer le coût de la non-Europe
Cette étude fait le point sur les travaux en cours dans le cadre d'un projet de longue durée entrepris
par l'unité Valeur ajoutée européenne du Parlement européen, en collaboration avec le cabinet du
secrétaire général et l'unité d'assistance à la gouvernance économique, en vue de déterminer et
d'analyser le "coût de la non-Europe" dans certains domaines d'action. Elle se veut une contribution
au débat grandissant relatif aux priorités thématiques de l'Union européenne pour le prochain cycle
institutionnel quinquennal, qui couvrira la période 2014-2019.
La notion du coût de la non-Europe remonte aux années 1980, lorsque les rapports Albert-Ball et
Cecchini de 1983 et 1988 ont fait entrer cette idée dans l'usage politique ordinaire. Ces rapports ont
respectivement repéré et cherché à quantifier les bénéfices économiques potentiels significatifs de la
réalisation d'un marché unique en Europe. L'élément central est que l'absence d'action commune au
niveau européen peut entraîner, dans un secteur donné, une perte d'efficacité de l'économie globale
et/ou la non-disponibilité d'un bien public collectif qui autrement pourrait exister. Cette notion est
étroitement liée à celle de "valeur ajoutée européenne", dans la mesure où cette dernière vise à
recenser les bénéfices économiques de la prise de mesures stratégiques au niveau européen dans un
domaine particulier, tandis que la première s'emploie à estimer les coûts économiques collectifs de
l'absence de ces mesures. Les bénéfices économiques potentiels de l'action peuvent être mesurés en
termes de produit intérieur brut (PIB) supplémentaire généré ou d'économies réalisées au niveau des
dépenses publiques ou autres, grâce à une affectation plus efficace des ressources dans l'économie.
Un exemple de PIB supplémentaire réside dans l'effet multiplicateur potentiel, dans le temps, de
l'élargissement et de l'approfondissement du marché unique numérique à l'échelle de l'ensemble de
l'Europe, tandis qu'un exemple d'efficacité accrue au niveau des dépenses publiques pourrait être une
meilleure coordination des politiques nationales et européennes de développement et de défense,
actuellement entachées de redondances ou de dysfonctionnements notables.
L'analyse présentée dans ce document repose en grande partie sur une série de travaux plus détaillés
entrepris ces deux dernières années par l'unité Valeur ajoutée européenne à l'attention des
commissions parlementaires, sous la forme d'évaluations de la valeur ajoutée européenne (au sujet
d'initiatives législatives proposées par le Parlement) et de rapports sur le coût de la non-Europe dans
certains secteurs thématiques. Elle s'inspire également de listes détaillées d'autres demandes
majeures formulées par le Parlement dans ses rapports législatifs et d'initiative.
La "carte du coût de la non-Europe" qui apparaît sur la page de couverture et à la page 9 vise à
représenter graphiquement les gains d'efficacité qui pourraient être retirés de la concrétisation de
certaines des demandes déjà formulées par le Parlement ou de certaines des autres politiques en
perspective. Chaque chapitre est ensuite "développé" dans l'analyse approfondie qui suit, en
fournissant des liens vers les sites internet des études, internes ou externes, dont le calcul de base
procède. Bien entendu, ni la carte ni l'analyse détaillée qui la sous-tend ne prétendent pas formuler
des prédictions exactes, sachant que toute prédiction dépend d'hypothèses qui doivent être
continuellement affinées, mais elles illustrent néanmoins l'ordre de grandeur potentiel des gains
d'efficacité qui pourraient naître d'une action commune dans ces domaines.
Par définition, les gains potentiels pour l'économie européenne recensés dans ce document ne
pourront être réalisés qu'avec le temps. Si les politiques et mesures énumérées étaient effectivement
mises en œuvre, le bénéfice économique retiré augmenterait chaque année, jusqu'à apporter à
l'économie européenne une contribution supplémentaire de l'ordre de 800 milliards d'euros (d'après
cette estimation initiale), soit environ 6 % du PIB actuel de l'Union.
Joseph DUNNE
Directeur faisant fonction
Direction de l'évaluation de l'impact et de la valeur ajoutée européenne
Mars 2014