
APPROCHE DE LA RECHERCHE CLINIQUE EN PSYCHOLOGIE
déprimé est un individu en situation, un sujet possé-
dant une histoire spĂ©cifique, qui sâexprime dans une
relation avec un autre individu et dont les propos
dĂ©pendent de ces Ă©lĂ©ments. Sâil existe un nombre limi-
té de formes de dépression, il y a de multiples façons
dâĂȘtre dĂ©primĂ©. Lâobjet de cette forme de recherche cli-
nique est dons dâĂ©tudier des organismes tels quâils
apparaissent et fonctionnent dans la nature, câest-Ă -dire
en situation concrĂšte, de sâintĂ©resser Ă des individus
dont on ne peut modifier lâhistoire, dâanalyser des faits
définis par un ensemble naturel de variables, le cher-
cheur faisant aussi partie de ce quâil observe. II ne
sâagit toutefois plus seulement de comprendre com-
ment un sujet singulier fonctionne mais de construire
des modÚles de fonctionnement et de dégager des pro-
cessus généraux (Bourguignon 1988).
II existe, comme lâa montrĂ© Giami
(1989),
un Ă©cart
entre les idéaux de la psychologie clinique et les
contraintes de la recherche, notamment la réduction
nécessaire des objets de recherche. La recherche cli-
nique se caractĂ©rise par le souci de restituer lâobjet de
recherche dans son contexte et par un nécessaire va et
vient entre la pratique et la théorie. Les hypothÚses qui
guident le travail ne sont donc plus des propositions
explicatives, mais des constructions qui permettent au
chercheur de formuler une représentation explicative,
une interprĂ©tation heuristique, de ce quâil observe. La
recherche nâest pas rigoureusement planifiĂ©e mais
dĂ©pend du contexte dans lequel elle sâinsĂšre, la com-
préhension intuitive du chercheur jouant un rÎle
important. Lâobjet de recherche bĂ©nĂ©ficie ainsi dâun
processus de construction-déconstruction permanente
permettant le recadrage du travail. Ce type dâapproche
pose des problĂšmes de validation dans la mesure oĂč il
ne vise pas Ă Ă©tablir des faits reproductibles dans des
dispositifs expérimentaux mais à décrire et rendre
intelligibles des modes de fonctionnement et de dys-
fonctionnement et à dégager les significations qui leur
sont affĂ©rentes. Ce qui laisse une plus grande place Ă
un travail de type compréhensif et donc à la subjectivi-
té du chercheur.
Les outils principaux de cette recherche naturaliste
sont naturellement lâĂ©tude de cas, lâentretien,
Iâobser-
vation et les techniques projectives (Rorschach, T.A.T.)
Ces techniques sont aussi utilisĂ©es dans dâautres types
de recherche mais, ici, elles doivent répondre aux cri-
tĂšres de la recherche clinique. On emploie principale-
ment lâĂ©tude de cas dont le matĂ©riel est recueilli par
entretien qui peut ĂȘtre complĂ©tĂ© par lâobservation et
par des techniques projectives. LâĂ©tude de cas vise,
selon Claude Revault dâAllonnes (1989)
«
Ă
dégager
la
logique dâune histoire de vie singuliĂšre aux prises avec
des situations complexes nécessitant des lectures
21
dif-
fĂ©rents niveaux, et mettant en Ćuvre des outils concep-
tuels adaptĂ©s. De ce fait, elle nâest plus essentiellement
rĂ©fĂ©rĂ©e Ă
IâanamnĂšse
et au diagnostic, et se dégage des
contraintes dâune psychologie mĂ©dicale, tout en restant
clinique et psychopathologique
».
Elle peut donc infor-
mer, illustrer, problématiser (dégager et étayer des
hypothÚses en rapport avec une problématique et des
référents explicites et implicites), étayer des résultats ou
des conceptions théoriques.
2-
La recherche planifiée en clinique
Cette approche correspond Ă celle qui se pratique dans
les autres disciplines et nâa de spĂ©cifique que ses objets
de recherches, les mĂ©thodes quâelle utilise et le cadre
de rĂ©fĂ©rence thĂ©orique quâelle utilise. Elle ne sâoppose
pas à la forme de recherche que nous venons de décri-
re mais la complĂšte, mais comme le rappelle Widlo-
cher (1981) :
«
La recherche clinique sâapplique aux
mĂȘmes rĂ©alitĂ©s sociales [que la pratique clinique],
mais elle tente de dĂ©gager les relations dâordre entre les
donnĂ©es. Elle peut tirer parti de lâexpĂ©rience clinique,
elle peut tenter de valider telle ou telle démarche cli-
nique, mais elle suppose que lâon se dĂ©gage de Iâaccu-
mulation des donnĂ©es au profit dâune sĂ©lection. On
abandonne lâesprit dâobservation le plus largement
ouvert au profit dâune hypothĂšse, on renonce Ă com-
prendre le maximum de faits pour en vérifier
quelques-
uns. La démarche de recherche est inévitablement
réductrice au regard de la pratique clinique
».
Le but dâune recherche clinique est de faire apparaĂźtre
des faits, de formuler des lois, dâen dĂ©finir le domaine
dâapplication, et de dĂ©montrer (câest-Ă -dire de rĂ©aliser
une construction générale rendant compte des phéno-
mĂšnes). La planification exclut lâabsence dâĂ©laboration
de la stratégie de recherche ou la reprise spontanée
dâun matĂ©riel rĂ©trospectif non standardisĂ©. Elle suppo-
se des objectifs définis et une stratégie hiérarchisée
dans le temps et les opérations. Elle vise à satisfaire aux
conditions de validité et de réfutabilité, à apporter des
informations nouvelles à la communauté scientifique
(et pas forcément de nouveaux paradigmes mais aussi
des faits), fournir des interprétations tenant compte des
résultats antérieurs dans un cadre théorique permettant
lâexamen de leur validitĂ©. Elle se fonde donc sur des
hypothĂšses liĂ©es Ă lâĂ©tat actuel des travaux dans le
domaine et sur un objet prĂ©cis et/ou Ă lâexpĂ©rience cli-
nique, sur des objets clairement définis ce qui suppose
des critÚres précis, une sélection de la population (cri-
tĂšres dâinclusion, critĂšres dâexclusion), lâexistence de
situations contrÎles (groupes témoins), une méthodolo-
Recherche en soins infirmiers
Nâ
59 DĂ©cembre 1999