
2
Jusque dans les années 70, cette notion de plasticité neuronale était taboue chez les
neurologues et psychiatres. On peut donc garder un esprit élastique jusqu’à notre mort, si
nous cultivons 2 aspects : notre gout pour la nouveauté et notre capacité à l’empathie.
Au départ une incroyable histoire, celle des frères BACH Y RITA aux USA. En 1959, le père,
poète érudit, se retrouve paralysé suite à un AVC / diagnostic lapidaire : ses jours sont
comptés et il restera hémiplégique. Son fils ainé, jeune psychiatre refuse de croire son père
fichu. Intuition, folie…il va considérer son père comme un nouveau-né. Il va mettre le vieux
monsieur à plat ventre dans le jardin, le faire ramper à 4 pattes sous les yeux horrifiés des
voisins. Au bout d’un an d’exercices quotidiens acharnés, son père jouera du piano, dansera
et redonnera des cours à la faculté. Personne n’y comprend rien. Le fils cadet qui revient de
longs voyages, parle pour la première fois de neuroplasticité. C’est un génie, médecin,
psychopharmacologue, qui a vécu dans 10 pays, parle 6 langues, qui se met à l’ingénierie
biomédicale et à la neurophysiologie de l’œil. Quand son père meut 6 ans après, de sa belle
mort, il fait autopsier son cerveau : 97% des nerfs reliant son cortex cérébral à sa colonne
vertébrale avaient été détruits par l’AVC. Il avait donc vécu avec seulement 3% de
connexions, qui ont été fortement développées pendant sa rééducation, ce qui était
impossible en théorie à l’époque. Ses premiers articles datent de 1967, mais il ne sera pris au
sérieux qu’après 1990 ! Ainsi, il a détourné quelques nerfs de la langue pour redonner vie à
des parties mortes du visage de certains accidentés…avec bien sur une volonté de fer des
patients pour des exercices quotidiens pendant des mois ou des années. L’adaptabilité de
notre système nerveux dépasse l’entendement.
Autre défricheur américain de génie, MERZENICH, qui suit les travaux de HUBEL et WIESEL
prix Nobel de médecine, prouvant que la spécialisation du cerveau n’est pas 100%
prédéterminée génétiquement, et que tout se joue dans les premiers mois de la vie. Ainsi un
nouveau-né à qui on banderait les yeux pendant un an ne verrait jamais. La fonctionnalité
cervicale se développe dans l’action. MEZERNICH découvre que nos aires cérébrales
changent en quelques mois, quelques semaines, voire quelques jours. Il va mathématiser
une loi fondamentale du processus « le temps sensoriel engendre de l’espace neuronal ! » .
Ainsi, si avec votre pouce, vous sentez systématiquement, dans l’ordre temporel, votre
index, puis votre majeur, puis votre annulaire, les neurones correspondant à l’index, au
majeur et à l’annulaire se rangeront spatialement dans cet ordre-là à l’intérieur de votre
cerveau. Une logique globale règne sur l’ensemble. Il va donc parler de plasticité en
neurologie et développer la méthode « Fast for Words » pour personnes en difficulté
(enfants avec déficiences verbales et mentales et seniors souffrant de maladies
dégénératives) . En suivant des exercices audiovisuels, d’abord très lents, puis de plus en
plus rapides, des milliers de personnes mettront leur plasticité neuronale au service d’une
rééducation et d’une guérison inespérée. Il prodigue des conseils simples : toujours
apprendre, se méfier de la pollution sonore, ne pas se décourager de la lenteur de la
rééducation, comprendre que les médicaments aident mais ne remplacent pas l’exercice,