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VOTRE CERVEAU N’A PAS FINI DE VOUS ETONNER
De Patrice Van EERSEL chez Albin Michel
Notre cerveau est encore plus fabuleux qu’on le croyait : il est totalement élastique ! Même
âgé, handicapé, partiellement amputé, le système nerveux central peut se reconstituer. Il est
aussi totalement social, il donne sa pleine mesure en entrant en résonnance avec d’autres :
nous sommes constitués pour entrer en empathie avec autrui. Ce livre va aborder ces
questions passionnantes avec 5 angles de vue différents, avec 5 médecins et chercheurs.
- Boris CYRULNIK, neuropsychiatre et éthologue, promoteur du concept de résilience,
nous explique que toute relation affective forte modifie matériellement notre cerveau.
- Pierre BUSTANY, chercheur à l’Université de Caen, spécialiste de l’imagerie du
cerveau nous parle des neurones miroirs.
- Jean-Michel OUGHOURLIAN, psychiatre à l’Hôpital Américain de Neuilly et professeur
de psychologie à La Sorbonne, nous présente le concept du mimétisme.
- Christophe ANDRE, psychiatre, spécialiste des thérapies cognitives et des effets de la
méditation aborde la vision neuro-spirituelle du cerveau.
- Enfin, Thierry JANSEN, chirurgien devenu psychothérapeute, nous développe le
concept de neuroplasticité dans notre quotidien.
PREMIERE PARTIE : NOTRE CERVEAU EST PLASTIQUE
Nos neurones se remodèlent et se reconnectent jusqu’à la fin de notre vie. On a la preuve
aujourd’hui que presque n’importe quelle zone du cerveau est modelable, au prix d’efforts
certes puissants mais accessibles. Ainsi, les zones corticales spécialisées dans une fonction
sensorielle (toucher, vision, …) ou motrice peuvent se remplacer les unes les autres.
Certaines personnes fonctionnent par exemple avec un demi cerveau !
Les étudiants apprennent la triple plasticité du système nerveux . En peu de temps, sous
l’influence d’émotions, d’images, de pensées, d’actions diverses peuvent se produire
plusieurs phénomènes : 1/de nouveaux neurones peuvent naître dans notre cerveau .2/nos
neurones peuvent se développer (X10 ! ) et multiplier leurs synapses ou au contraire se
ratatiner. 3/nos réseaux de neurones peuvent même remplacer un sens par un autre (la vue
par le toucher par ex). Enfin, l’ensemble de notre cerveau peut entièrement se réorganiser
suite à un accident par exemple.
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Jusque dans les années 70, cette notion de plasticité neuronale était taboue chez les
neurologues et psychiatres. On peut donc garder un esprit élastique jusqu’à notre mort, si
nous cultivons 2 aspects : notre gout pour la nouveauté et notre capacité à l’empathie.
Au départ une incroyable histoire, celle des frères BACH Y RITA aux USA. En 1959, le père,
poète érudit, se retrouve paralysé suite à un AVC / diagnostic lapidaire : ses jours sont
comptés et il restera hémiplégique. Son fils ainé, jeune psychiatre refuse de croire son père
fichu. Intuition, folie…il va considérer son père comme un nouveau-. Il va mettre le vieux
monsieur à plat ventre dans le jardin, le faire ramper à 4 pattes sous les yeux horrifiés des
voisins. Au bout d’un an d’exercices quotidiens acharnés, son père jouera du piano, dansera
et redonnera des cours à la faculté. Personne n’y comprend rien. Le fils cadet qui revient de
longs voyages, parle pour la première fois de neuroplasticité. C’est un génie, médecin,
psychopharmacologue, qui a vécu dans 10 pays, parle 6 langues, qui se met à l’ingénierie
biomédicale et à la neurophysiologie de l’œil. Quand son père meut 6 ans après, de sa belle
mort, il fait autopsier son cerveau : 97% des nerfs reliant son cortex cérébral à sa colonne
vertébrale avaient été détruits par l’AVC. Il avait donc vécu avec seulement 3% de
connexions, qui ont été fortement développées pendant sa rééducation, ce qui était
impossible en théorie à l’époque. Ses premiers articles datent de 1967, mais il ne sera pris au
sérieux qu’après 1990 ! Ainsi, il a détourné quelques nerfs de la langue pour redonner vie à
des parties mortes du visage de certains accidentés…avec bien sur une volonté de fer des
patients pour des exercices quotidiens pendant des mois ou des années. L’adaptabilité de
notre système nerveux dépasse l’entendement.
Autre défricheur américain de génie, MERZENICH, qui suit les travaux de HUBEL et WIESEL
prix Nobel de médecine, prouvant que la spécialisation du cerveau n’est pas 100%
prédéterminée génétiquement, et que tout se joue dans les premiers mois de la vie. Ainsi un
nouveau- à qui on banderait les yeux pendant un an ne verrait jamais. La fonctionnalité
cervicale se développe dans l’action. MEZERNICH découvre que nos aires cérébrales
changent en quelques mois, quelques semaines, voire quelques jours. Il va mathématiser
une loi fondamentale du processus « le temps sensoriel engendre de l’espace neuronal ! » .
Ainsi, si avec votre pouce, vous sentez systématiquement, dans l’ordre temporel, votre
index, puis votre majeur, puis votre annulaire, les neurones correspondant à l’index, au
majeur et à l’annulaire se rangeront spatialement dans cet ordre- à l’intérieur de votre
cerveau. Une logique globale règne sur l’ensemble. Il va donc parler de plasticité en
neurologie et développer la méthode « Fast for Words » pour personnes en difficulté
(enfants avec déficiences verbales et mentales et seniors souffrant de maladies
dégénératives) . En suivant des exercices audiovisuels, d’abord très lents, puis de plus en
plus rapides, des milliers de personnes mettront leur plasticité neuronale au service d’une
rééducation et d’une guérison inespérée. Il prodigue des conseils simples : toujours
apprendre, se méfier de la pollution sonore, ne pas se décourager de la lenteur de la
rééducation, comprendre que les médicaments aident mais ne remplacent pas l’exercice,
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éviter tension, diabète, cholestérol et tabac, aimer les aliments antioxydants, l’exercice
physique, le calme, la gentillesse, le rire et l’empathie !
Mais surtout l’espoir le plus formidable réside dans la découverte de la neurogénèse adulte,
à savoir que nos neurones peuvent repousser ! Un équipe de chercheurs de l’Institut
Pasteur, menée par Pierre-Marie LLEDO, a découvert en 2004 que l’olfactif, notre sens le
plus archaïque avec le toucher, joue un le essentiel dans la reconstitution de nos
neurones ! En voulant comprendre pourquoi les odeurs sont si puissamment articulées à nos
réminiscences les plus fortes, ils ont suivi la piste de la Ténascine, et découvert que de
nouveaux neurones apparaissent en permanence dans le cortex olfactif, d’où ils migrent
ensuite vers toutes les autres aires corticales. L’objectif est de contrôler la molécule de
ténascine, pour qu’elle expédie les nouveaux neurones vers telle ou telle zone malade.
La neuroplasticité change donc toute notre vision du cerveau. Ainsi, en lisant ou écoutant cet
article, vous modifiez vos neurones.. ! Une mutation autocontrôlée de l’être humain est
donc neurologiquement possible. Mais elle doit se dérouler sur les plans individuel ET
collectif, car nos cerveaux sont fondamentalement bâtis pour être reliés à d’autres. Sans
cela, ils ne pourraient même pas s’édifier.
Voyons maintenant comment s’articule cette notion de plasticité neuronale avec la théorie
de la résilience de CYRULNIK.
Son concept de résilience dit qu’il est possible de « renaître » aps une très grande
souffrance traumatique. Ainsi, il affirme que si on donne de l’affection à un enfant
abandonné, ses connexions synaptiques pousseront comme des primevères au printemps.
Ainsi, dans des orphelinats, des enfants placés en situation d’isolement et de carence
affective présentaient des atrophies neuronales sévères. Images à l’appui, après une année
passée dans une famille d’accueil, sous l’effet d’une vie normale on leur parlait, on les
touchait, on leur témoignait de l’affection, les cerveaux de la plupart de ces orphelins se
modifiaient : leur cortex était « regonflé » ! Cette atrophie des orphelins mis en isolation
sensorielle, comme leur résilience ultérieure, sont des preuves de la plasticité neuronale et
corticale. Toutefois, le plus important n’est pas que des neurones puissent repousser, mais
qu’ils s’interconnectent. Un neurone isolé ne sert à rien. L’intelligence, la sensibilité,
l’empathie, toutes les fonctions psychiques dépendent du degré d’interconnection et de
vivacité des neurones.
Chez les humains, il y a en gros 4 périodes sensibles :
La première : bouillonnement synaptique des premières années, avec l’intégration du
langage. Tout enfant apprend sa langue maternelle en 10 mois : 3.000 mots, la grammaire,
l’accent. Incroyablement intense.
La seconde va de la naissance à la mort, chaque fois que l’on connaît des émotions très
fortes, agréables ou négatives. L’hyper-émotion suscite une hyper mémoire.
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La troisième, dérivée de la deuxième, ne se renouvelle quasiment pas : le premier grand
amour, émotion forte s’il en est ! On est totalement imprégné de ce sentiment, et les pistes
neuronales correspondantes se gravent de façon profonde et indélébile.
La quatrième période sensible couvre toute l’adolescence, avec ses multiples découvertes,
ses bonheurs et ses contrariétés, l’on assiste à un élagage synaptique, un vrai
« resserrage de boulons ».
Contrairement à ce que disent les Media, la plus grande maltraitance n’est pas physique
mais liée à une carence affective. Celle-ci fait des ravages. L’enfant n’est pas mal traité, ni
agressé. Il est juste seul…
Ce qui amène à parler du cerveau neurosocial. En effet, mon cerveau fonctionne en « wifi ».
Si je m’entends bien avec une personne, les mêmes zones vont s’allumer dans nos 2
cerveaux, et idem si nous nous haïssons ! Pour qu’un cerveau, même sain, fonctionne, il lui
faut au moins un autre cerveau pour se développer.
En 1996, en Italie, RIZZOLATTI travaille avec des singes, portant des casques à résonnance
magnétique. Pause déjeuner, il tend la main droite vers un sandwich : le cerveau du singe
qui le regarde fait crépiter le casque. Le chercheur arrête son geste, puis le recommence ; à
nouveau crépitement. L’IRM lui montre que le singe, resté immobile, envoie de l’énergie à
son cerveau « comme si c’était lui qui levait la main droite pour attraper le sandwich ! Il
venait de découvrir le principe des neurones miroirs ! Mais pour cela, il faut que l’objet soit
signifiant pour le singe. Une banane, crépitement. Vouloir prendre un stylo, rien.
Ainsi, un enfant seul ne parle pas. Si personne autour de lui ne parle, il ne parlera pas. Le
bébé entend des mots, est stimulé par eux, et vers 10 ou 12 mois, il pointera le doigt ers un
objet signifiant. C’est le coup linguistique de la désignation. L’enfant ne peut pas ne pas
imiter. Vous souriez, il sourit. Il faut donc 2 cerveaux en résonnance pour que l’enfant
apprenne à parler. La visualisation est bien connue des sportifs, c’est comme si leur corps
s’entraînait. Le pouvoir des mots sur nos réseaux neuronaux est aussi colossal. Seuls, nous
avons tendance à ruminer et nous aggravons les processus négatifs. Le fait d’avoir à nous
décentrer de nous-mêmes pour communiquer par des mots, donc agir sur le monde d’un
autre, fait que la psychothérapie modifie notre maillage neuronal, donc nos pensées,
croyances, attitudes et comportements. Quand je me confie, je suis en état de bien-être.
Aujourd’hui, l’épigénétique nous dit que même nos gènes ne déterminent que très
partiellement ce que nous sommes, car ces gènes s’expriment…ou pas en fonction de leur
environnement multifactoriel.
Un enfant a besoin de rituels d’interaction, notamment faits de milliers de mimiques,
hochements de tête, regards, intonations de voix qui nous font réagir au centième de
seconde pour pouvoir bien se développer. Dans une grande ville, entre le départ de son
domicile et son arrivée au travail, s’accumulent près de 400 rituels d’interaction différents.
Les rôles sociaux sont extrêmement codés jusqu’au plus petit signe.
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Actuellement, le « cyberhumain » ne traite plus ces milliers de micro-signaux infraverbaux
envoyés par ses congénères. La diminution des rituels dinteraction émotionnelle inhibe
l’empathie, cette aptitude à se décentrer de soi-même pour se représenter le monde de
l’autre. La communication s’est donc incroyablement améliorée, mais la coexistence s’est
terriblement altérée. D’où peut-être une explication possible de la violence des tout-petits.
DEUXIEME PARTIE : NOTRE CERVEAU EST SOCIAL
Nos neurones ont besoin d’autrui pour fonctionner car notre cerveau est neurosocial. Nos
circuits neuronaux sont faits pour se mettre en phase avec ceux des autres. Nous n’avons
donc pas le même cerveau, et donc pas la même vie, selon les relations que nous
entretenons avec autrui. Nos neurones ont absolument besoin de la présence physique des
autres et d’une mise en résonnance empathique avec eux. Les contacts cybernétiques,
virtuels en augmentation croissante, vont donc poser un gros problème.
Nos neurones attrapent les émotions des autres. Au moindre sourire, au moindre
affrontement, nous sommes en résonnance. Ainsi, notre cerveau n’est pas le même selon
que nous trouvons notre interlocuteur plus ou moins sympathique, drôle, suspect, stupide,
dangereux, tonique… Un long baiser amoureux a des effets positifs profonds : baisse du taux
de cortisol (indicateur du stress), montée en flèche des anticorps… A l’inverse une dispute
conjugale met aussi les protagonistes en phase, avec des effets négatifs tout aussi
mesurables. Et si répétition pendant des années, les dommages sont cumulatifs.
Hommes et femmes ne réagissent pas de la même façon aux interactions. Au repos, les
neurones des femmes ont tendance à ressasser, ruminer leurs derniers échanges
relationnels. Ceux des hommes le font avec beaucoup moins d’énergie et de détails. Le
cerveau de la femme est plus « social » que celui de l’homme, et donc plus dépendant de la
qualité de la relation. Tout cela fonctionne, entre autres, grâce aux neurones miroirs,
découverts, comme on l’a vu par RIZZOLATTI. C’est un mécanisme qui fait que dès la
naissance, notre cerveau « mime » les actions qu’il voit accomplir par d’autres, comme si
c’était lui qui agissait. Selon le type de relations que nous avons l’habitude de vivre, nos
réseaux de neurones ne sont pas structurés de la même façon. Nous avons donc intérêt à
développer notre « intelligence relationnelle ».
La voie basse et la voie haute de l’intelligence relationnelle
L’intelligence relationnelle repose sur un processus fulgurant de rapidité. Notre cerveau
peut capter, en quelques millièmes de secondes, quantité d’informations simultanées (air
sympathique, odeur, aspect, amical ou menaçant…) sur la personne en face de nous. C’est
notre mécanisme de survie qui nous le permet, grâce à de grosses cellules nerveuses
appelées « neurones en fuseau ». Elles mettent en branle des processus archaïques, qui se
déroulent hors de toute conscience, à la vitesse éclair d’un réflexe. Si le rire est le processus
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