Alexandre Matheron ÉTUDES SUR SPINOZA ET LES

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Librairie
film « contre » la mémoire, dont l’objet
n’est pas tant « de nous apprendre
quelque chose sur le passé que de nous
rendre nous-mêmes, spectateurs présents, problématiques à nos propres
yeux » (p. 116).
À la lumière de ces échanges fructueux entre le philosophe et ces
cinéastes, on regrette que le corpus de
textes n’inclue pas d’autres écrits de
Foucault (par exemple sur le Corps utopique et les Hétérotopies) qui, moins
directement intéressés à la pensée du
cinéma, contribueraient à nourrir ce
dialogue. L’ouvrage de Dork Zabunyan
et Patrice Maniglier entame sans nul
doute une réflexion qui en appelle beaucoup d’autres et nous engage à explorer plus avant ces chemins de traverse
où la pensée critique foucaldienne rencontre le cinéma.
passés. Le spinozisme n’est pas une doctrine dont on peut aisément retenir tel
ou tel aspect : avec elle, on entre dans
une logique du « tout ou rien1 ».
Il y a de nombreuses raisons à cette
actualité persistante, mais elles tiennent toutes à la radicalité de Spinoza.
Voilà un philosophe qui, en plein
XVIIe siècle, affirme l’identité de Dieu
et de la nature, rejette toutes les formes
de transcendance, envisage le désir
comme puissance et non comme
manque, proclame la séparation entre
la philosophie et la théologie, défend
une conception tout à fait originale de
la démocratie, énonce que le bonheur
est accessible par la connaissance. La
fascination ne provient pas seulement
de ces thèses, mais du fait qu’elles tiennent en un système déposé dans un seul
livre (l’Éthique) écrit suivant un ordre
démonstratif emprunté à la géométrie
d’Euclide. Si Spinoza transforme en profondeur notre manière de penser le réel,
il le fait dans un style d’une rigueur
implacable. En philosophie, il est l’artisan d’une révolution tranquille qui n’a
pas encore fini de produire ses effets.
Ce livre d’Alexandre Matheron vise
à nous faire redécouvrir Spinoza derrière les spinozismes. Non que l’auteur
se tienne à l’écart des interprétations
contemporaines (il en a même inspiré
plusieurs), mais il s’attache d’abord à
restituer la cohérence d’une œuvre en
l’inscrivant dans son contexte (« l’âge
classique ») et en clarifiant ses thèses
les plus difficiles. Ancien professeur à
l’École normale supérieure de SaintCloud, A. Matheron a consacré une
grande partie de sa vie à Spinoza : le
présent recueil d’articles constitue le
meilleur hommage que l’on puisse
Alice Leroy
Alexandre Matheron
ÉTUDES SUR SPINOZA
ET LES PHILOSOPHES
DE L’ÂGE CLASSIQUE
Lyon, ENS Éditions, 2011, 742 p.,
35 €
Depuis le début des années 1960,
Spinoza n’a jamais quitté la scène philosophique française. Parmi les penseurs classiques, il est certainement le
plus étudié, en tout cas le plus souvent
cité par les philosophes, comme si
l’épaisseur des siècles n’avait nullement altéré son actualité. Il y eut un
spinozisme de Deleuze, un spinozisme
d’Althusser, plus récemment un spinozisme de Toni Negri. Nous disons bien
un « spinozisme », et pas simplement
un « Spinoza » : cette philosophie produit de l’adhésion chez les contemporains qui l’abordent, tout comme elle a
pu produire du rejet dans les siècles
1. Parmi les dernières tentatives d’appropriation de Spinoza hors du champ strictement
philosophique, citons le livre du sociologue et
économiste Frédéric Lordon, Désir et servitude.
Spinoza et Marx, Paris, La Fabrique, 2010.
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