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Résumé
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Résumé
La corne dorsale de la moelle épinière est une structure d’importance fondamentale
pour la réception, la modulation, l’intégration et la transmission des informations
somatosensorielles en provenance de la périphérie. Les neurones des laminae III et IV de la
moelle épinière reçoivent principalement des informations non nociceptives par les fibres
afférentes Aβ tandis que les neurones de la lamina II reçoivent essentiellement des
informations nociceptives transmises par les fibres afférentes de type Aδ et C. L’intégration
de ces informations implique des neurones excitateurs et des neurones inhibiteurs.
La transmission synaptique inhibitrice, qui joue un rôle essentiel dans l’intégration et
la modulation des informations somatosensorielles, met en jeu l’acide γ-aminobutyrique
(GABA) et la glycine par l’intermédiaire de récepteurs-canaux GABA
A
et de la glycine. La
transmission synaptique inhibitrice mettant en jeu les récepteurs GABA
A
est fortement
impliquée dans la modulation spinale de ces messages sensoriels. Les stéroïdes réduits en
position 3α et 5α sont des modulateurs allostériques positifs du récepteur GABA
A
qui peuvent
être synthétisés dans la moelle épinière.
A l’heure actuelle, alors que la transmission inhibitrice a été bien étudiée dans la
lamina II, très peu de choses sont connues sur les propriétés de l’inhibition synaptique dans
les laminae III et IV de la moelle épinière. Par ailleurs, il n’existe aucune donnée sur
l’éventuelle modulation de la transmission GABAergique dans les laminae III et IV par des
stéroïdes 3α5α-réduits endogènes. Par conséquent, le but de mon travail de thèse a été de
caractériser les propriétés de la transmission synaptique inhibitrice (GABA/glycine) dans les
laminae III et IV de la corne dorsale de la moelle épinière lombaire et de les comparer à celles
de la transmission inhibitrice dans la lamina II. Nous avons aussi cherché à déterminer
l’existence d’une modulation de la transmission GABAergique dans les laminae III et IV par
les stéroïdes 3α5α-réduits endogènes et de mettre en évidence d’éventuelles différences de
neuro-stéroïdogenèse entre les couches III-IV et II.
Nos résultats montrent que la transmission glycinergique est prépondérante dans les
laminae III-IV, alors que la transmission GABAergique domine dans la lamina II. D’autre
part, une fraction de synapses inhibitrices dans la lamina II co-libèrent du GABA et de la
glycine et la co-détection de ces deux neurotransmetteurs est possible dans des conditions où
il y a une synthèse endogène de stéroïdes 3α5α-réduits. En revanche, cette co-transmission
n’a jamais été détectée dans les laminae III-IV.
Notre étude nous a aussi permis de montrer que les neurostéroïdes endogènes jouaient
un rôle fondamental en facilitant de manière tonique la transmission GABAergique durant les
premiers jours postnatals. Puis au cours du développement postnatal, on observe une
réduction progressive de la synthèse de stéroïdes 3α5α-réduits dans la corne dorsale, d’abord
dans les laminae III-IV puis dans la lamina II. Ceci mène à une accélération des cinétiques des
CPSIm GABA
A
et à une disparition des CPSIm mixtes dans la lamina II. D’autre part, alors
que la neurostéroïdogenèse reste stimulable pharmacologiquement dans la lamina II après
avoir disparu, il est impossible de l’activer dans les laminae III-IV. Par contre, suite à une
inflammation périphérique, une synthèse locale de stéroïdes 3α5α-réduits est à nouveau
observée. Ce phénomène est lié à la restauration de la fonctionnalité de la TSPO dans les
laminae III-IV.
Ces résultats démontrent que les laminae III-IV, jusqu’alors considérées comme
n’intervenant pas dans les phénomènes nociceptifs, subissent des changements plastiques
importants lors d’une situation de douleur inflammatoire. Il est donc fortement envisageable
que ces laminae participent à la mise en place des états d’allodynie associés à un grand
nombre de douleurs.