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de protéger les médias locaux. Une évolu-
tion sur ce point paraît aujourd’hui incertaine.
La personnalisation du message, qui
découle de cette adressabilité, est donc au-
jourd’hui impossible. Puisque nous recev-
ons tous le même ux, y compris la public-
ité, nous voyons alors tous les mêmes spots.
Enn, en ce qui concerne les enchères en temps
réel, il paraît peu probable que ce mode de com-
mercialisation soit un jour la norme, pour des rai-
sons d’optimisation du yield par les régies. L’espace
publicitaire TV reste relativement restreint et les
revenus sont très concentrés sur le prime time
(de 20h à la n de la première partie de soirée).
L’absence de visibilité sur la demande et donc l’in-
ventaire à déployer avec un système d’enchères en
temps réel et le risque technique de se retrouver
avec un écran noir si l’insertion en temps réel
ne fonctionne pas, ont des chances de dissuader
les régies de déployer un modèle RTB en télévi-
sion… Ce qui n’empêche pas de mettre en place
un système d’enchères plus en amont de la diu-
sion, et non plus en temps réel. France Télévisions
Publicité avait été précurseur, en lançant début
des années 2000 ce type d’ore (Mediaexchange).
En raison du cadre juridique, technologique et
stratégique actuel, je ne pense pas que la télévi-
sion programmatique, selon une dénition digi-
tale, soit réaliste même à moyen terme.
La technologie au service d’une meil-
leure segmentation de la télévision :
la “TV avancée”
Avant que le contexte juridique évolue en
faveur d’un plus grand ciblage par indivi-
dus, nous pouvons d’ores et déjà apporter
de la valeur ajoutée au marché publicitaire
TV, à travers le concept de la “TV avancée”.
Cette innovation consiste à disposer d’un échan-
tillon statistique susamment robuste pour per-
mettre de croiser des données d’audience avec
des données tierces (données on/o line) et ainsi
créer des cibles comportementales et intention-
istes, donc autres que les socio-démographiques
actuelles. Au-delà de pouvoir créer une grande
quantité de cibles, la promesse se fait également
sur la quantité des sources de données tierc-
es disponibles, la fraicheur de ces données, et le
fait de regrouper toutes ces analyses et optimis-
ations sur le même outil. Nous observons déjà
de très bonnes initiatives de certaines régies TV
pour dépasser la cible socio-démographique
et aller davantage vers des cibles “marketing”.
Mais les sources sont limitées, externes aux out-
ils d’achat, et rendent l’optimisation, toujours
faîte manuellement, complexe et coûteuse…
La technologie doit donc être capable d’intégrer
ces diérentes données et automatiser les optimi-
sations des plans TV. Le ux d’achat ne peut être
qu’automatisé pour pouvoir optimiser plusieurs
KPI et critères en même temps, quasiment en
temps réel et avec des outils d’analyses poussés.
L’exemple Australien
Avant Au-delà de ce qui existe aux USA, où le
cadre juridique et de marché est très diérent
du nôtre, l’Australie est un pays intéressant à
observer, dans le sens où les contraintes ju-
ridiques sur l’adressabilité sont exactement les
mêmes qu’en France. Ce qui n’a pas empêché
ce marché de se lancer dans la TV avancée.
AOL a travaillé avec MCN, une des princi-
pales régies TV australienne, à la mise en place
d’une plateforme de ce type. Cette régie réal-
ise déjà près de 5 % de son chire d’aaires
grâce à ce nouveau modèle, lancé en mai 2015.
MCN met à disposition une partie de son inven-
taire, de manière automatisée, via sa plateforme.
Les campagnes sont préalablement négociées avec
les acheteurs (pas de système d’enchères, encore
moins du RTB). Ces derniers utilisent la même
plateforme pour optimiser leur plan TV, selon
des cibles comportementales, intentionistes et/ou
socio-demographiques, selon leur problématique.
Ces données d’audience, remises à jour tous les
matins, proviennent d’un panel de 110 000 foyers,
clients de Foxtel (fournisseur de box), qui croise
la consommation TV et les comportements/in-
tentions du foyer, résultat de diérents partenar-
iats avec des fournisseurs tiers (des acteurs de la
grande distribution par exemple). Le panel actuel
propose à date plus de 1 500 cibles possibles. La
plateforme optimise donc les achats en fonction de
ces données d’audience de manière automatisée.
Ce marché a déjà la possibilité d’aller beaucoup
plus loin dans le ciblage des campagnes TV,
première étape d’un modèle qui pourra naturel-
lement évoluer très vite vers de l’adressabilité si
un jour le cadre juridique venait à évoluer. La
TV avancée est donc la première étape avant le
ciblage par foyer et le message personnalisé.
L’objectif pour MCN n’est pas de vendre plus d’in-
ventaire, mais de mieux le monétiser, avec des prix
plus élevés, justiés par un ciblage plus n. C’est
donc un produit très premium qui n’est pas là pour
remplacer la commercialisation au coût GRP Net,
norme sur ce marché. La régie prévoit de réaliser
environ 15 % de son CA en 2016 de cette manière.
Pour les acheteurs, au-delà du gain de productiv-
ité signicatif, cette innovation leur permet
Emmanuel Crego,
ONE by AOL
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La “TV avancée”
peut déjà apport-
er de la valeur
ajoutée au marché
publicitaire TV.”
RÉGIES & ADTECH
TRIBUNE
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