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Thème 4 : Les échelles de gouvernement du monde : L’échelle mondiale.
La gouvernance économique mondiale
depuis 1944
Introduction :
La question de la gouvernance mondiale se pose dans le contexte de la mondialisation.
La mondialisation se définit comme la mise en relation et l’interdépendance croissante
entre les territoires à l’échelle mondiale. A cause de cette interdépendance, il devient de
plus en plus nécessaire de définir des réglementations à cette échelle. Cela ne signifie pas la
mise en place d’un gouvernement mondial sur le modèle traditionnel des Etats mais la
mise en place de réglementations communes.
Ce chapitre porte sur la gouvernance économique mondiale, et donc sur la mise en
places de règles internationales visant à encadrer l’économie mondiale.
La ‘gouvernance’ se distingue du ‘gouvernement’ car elle est régie pas seulement par des
acteurs publics, mais également par des acteurs privés :
 Principaux acteurs publics : Etats, Organisations Internationales (FMI, OMC, G7,
G20, BRICS, toutes les organisations régionales…)
 Principaux acteurs privés : ONGs, Firmes Transnationales, associations, forums…
Plan du cours :
I.
L’économie mondiale régie par le système de Bretton Woods (1944-1971)
II.
Les crises de la gouvernance économique mondiale (1971-années 1990)
III.
La nécessité d’une nouvelle gouvernance économique mondiale (1990-aujourd’hui)
I.
L’économie mondiale régie par le système de Bretton
Woods (1944-1971)
a. Contexte de création du système de Bretton Woods
Le système de Bretton Woods constitue la première forme de gouvernance économique
mondiale. Il se met en place dans le contexte d’après guerre où l’économie mondiale est
désorganisée et à reconstruire :

Une des causes principales de la Seconde Guerre mondiale est la crise
économique de 1929 qui touche fortement l’Europe :
o Cette crise favorise l’instabilité politique et la montée des régimes
totalitaires (Allemagne nazie, Italie fasciste, URSS soviétique).
o Elle pousse les pays au protectionnisme. Le commerce entre les pays
diminue et ils sont moins interdépendants économiquement.
Au sortir de la guerre, les Occidentaux pensent donc que pour une paix durable, il
faut d’un côté assurer la croissance économique internationale, et d’un autre
l’interdépendance et la coopération économique entre les pays.
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
Par ailleurs, à l’issue de la guerre, la hiérarchie des puissances est chamboulée:
o Les pays européens perdent leur place dominante. Ils doivent assurer leur
reconstruction (infrastructures détruites, inflation, monnaies faibles).
o Les Etats-Unis se retrouvent au sommet de la hiérarchie des puissances, en
tant que première puissance économique mondiale.
o L’URSS est la seconde puissance majeure.

Les Etats-Unis dominent la formulation des nouvelles règles économiques
mondiales. Quels sont leurs objectifs ?
1. Les Etats-Unis sont alors la première puissance industrielle mondiale. En
1944, ils produisent 60% des produits fabriqués dans le monde. Ils
cherchent donc des débouchés pour ces produits.
2. Ils détiennent 2/3 du stock d’or mondial et cherchent à maintenir cette
puissance financière.
3. Ils veulent éviter la propagation du modèle communiste. Ils cherchent
donc à convaincre le reste du monde d’adopter le libéralisme. Par
exemple, ils prêtent de l’argent aux pays qui acceptent de libéraliser leur
économie (Plan Marshall). Du coup, ces pays s’ouvrent au libre-échange et
les Etats-Unis peuvent y exporter leurs produits industriels.
a. La mise en place du système de Bretton Woods
Les Accords de Bretton Woods et le Plan Marshall (1944) :
En 1944, les délégués de 44 nations se réunissent aux Etats-Unis lors de la Conférence
Monétaire Internationale de Betton Woods. Les Accords de Bretton Woods, signés à
cette occasion, réorganisent l’économie mondiale, à travers les mesures suivantes :
 Mise en place d’un Système Monétaire International (SMI). Le taux de change
de toutes les monnaies est calculé en fonction du cours du dollar, lui-même fixé en
or. Le dollar devient donc la monnaie de référence pour le commerce international.
 Création de deux Banques internationales dominées pas les Etats-Unis :
o Le Fond Monétaire International (FMI) prête de l’argent aux Etats en
difficulté.
o La Banque Internationale pour la Reconstruction et le
Développement (BIRD) plus connue sous le nom de Banque Mondiale
fait des prêts pour les projets de développement des Etats.
 La BIRD et le FMI sont rattachés à l’Organisation des Nations Unies (ONU), créée
en 1945, et dont la fonction centrale est le maintien de la paix. Ses fondateurs
considèrent que la coopération économique entre les Etats garantit la paix pour
deux raisons :
o La coopération économique assure le développement et donc la stabilité
politique interne des pays.
o L’augmentation des échanges rend les économies interdépendantes. Or, si
les Etats dépendent les uns des autres, ils ne vont logiquement pas se faire
la guerre.
En 1947, pour stimuler le libéralisme, les Etats-Unis mettent en place le Plan Marshall,
une aide de 13 milliards de dollars aux pays d’Europe occidentale. Il permet
 De fournir des débouchés aux produits industriels américains.
 De freiner l’influence soviétique en Europe : seuls les pays qui renoncent au
communisme peuvent toucher cette aide.
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Le GATT
 A Bretton Woods, la création d’une 4e institution est proposée : l’Organisation
Internationale du Commerce (OIC) pour réglementer le commerce. Mais le
Sénat américain refuse de ratifier sa création car il a peur de perdre sa souveraineté
sur son économie nationale.
 En 1947, on crée à la place le General Agreement on Tarifs and Trade (GATT)
ou Accord Général sur les Tarifs douaniers et le Commerce. Il est signé à Genève
par 23 pays qui à eux seuls effectuent 50% des échanges mondiaux. Le but du
GATT est de promouvoir le libre-échange sur les produits industriels. Il ne
s’occupe par contre pas de l’agriculture ou des services.
 Le GATT répond aux intérêts américains car en promouvant le libre-échange, il
assure des débouchés aux produits américains, tout en constituant un cadre de
négociation moins contraignant que l’OIC.
La croissance économique des Trente Glorieuses
 Les institutions de Bretton Woods stabilisent les monnaies et renlancent les
échanges de manière spectaculaire : c’est le début des Trente Glorieuses (19461975). La plupart des Etats adoptent le modèle de l’Etat-Providence. Ils
interviennent massivement dans l’économie pour la stimuler, puis encouragent les
améliorations sociales.
 Les Etats-Unis sont les piliers du système économique international de Bretton
Woods car ils dominent les nouvelles institutions qui fonctionnent selon leurs
intérêts (SMI, FMI, BIRD, GATT, ONU). Ils connaissent un âge d’or : leurs FTN
exportent massivement, leur mode de vie est diffusé sur toute la planète.
b. Les limites du système de Bretton Woods
La guerre froide :
 La gouvernance économique du système de Bretton Woods n’est pas « mondiale »,
car elle se limite aux Etats non communistes.
 L’URSS participe à la conférence de Bretton Woods et signe les accords en 1944.
Mais elle réalise rapidement que ces accords favorisent trop les intérêts des EtatsUnis, et se retire du système en 1946. Elle oblige par la suite les autres pays
communistes à en faire autant. Par exemple, la Tchécoslovaquie refuse le plan
Marshall dès 1947 et se retire du FMI en 1954.
Les pays du Tiers Monde
Le système de Bretton Woods favorise les Etats du bloc de l’Ouest, mais il est contesté par
les pays du Tiers Monde :
 Ces pays jugent que le nouvel ordre économique international va à l’encontre de
leurs intérêts et est très proche du colonialisme. En effet, ces pays, pas encore
industrialisés, participent au commerce international en tant qu’exportateurs de
matières premières. Les FTN occidentales transforment ces matières en produits
industriels à plus forte valeur ajoutée qu’ils exportent à leur tour. Les exportations
des pays du Tiers Monde valent donc moins que celles des pays occidentaux. Ainsi,
ces pays se libéralisent et ouvrent leur commerce, mais cela sert surtout à enrichir
les FTN occidentales…
 Dans les années 1950-1960, ces pays s’organisent pour peser un plus grand poids
dans la gouvernance économique mondiale :
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

o Lors de la conférence de Bandung (1955), de nombreux pays optent pour
le non-alignement. Ils refusent de s’aligner non seulement au bloc
soviétique, mais aussi au bloc occidental, et affirment donc leur volonté de
rester à l’écart d’un ordre économique mondial dominé par le libéralisme
américain.
o Dès 1963, 77 pays du Tiers Monde s’organisent pour fonder le G77
(Groupe des 77), pour défendre leurs intérêts au sein de l’ONU, alors
dominée par les puissances occidentales.
Les années 1950-1960 marquent l’apogée des luttes de décolonisation. De
nombreux Etats obtiennent leur indépendance. Pour éviter qu’ils ne basculent dans
le communisme, les Occidentaux sont obligés d’accéder à une partie des requêtes
du G77.
Un compromis est trouvé. De nouvelles institutions sont créées au milieu des
années 1960, pour favoriser l’aide au développement des pays du Sud :
o La Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement
(CNUCED)
o Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).
Ces organismes prêtent donc de l’argent aux pays du Sud pour qu’idéalement, ils se
développent, s’industrialisent et sortent de leur statut de dominés.
 Le contexte d’après-guerre marque une étape majeure dans la construction d’une
gouvernance mondiale. On met en place des institutions internationales au
sein desquelles les Etats peuvent négocier et réglementer la mondialisation
(fonctionnement intergouvernemental).
 Le fonctionnement intergouvernemental est toutefois limité car tous les Etats ne
négocient pas d’égal à égal : les Etats-Unis dominent la gouvernance mondiale.
II.
Les crises dans la gouvernance économique mondiale
(1971-années 1990)
a. La fin du système de Bretton Woods




A la fin des années 1960, la croissance économique occidentale ralentit.
Toutefois, la crise économique révèle son ampleur dans les années 1970. Les
Etats-Unis n’arrivent alors plus à financer la conquête spatiale, l’Etat-providence et
la guerre du Vietnam. Leur économie entre en déficit.
Pour payer ses importations, le pays fabrique donc de plus en plus de dollars, si
bien qu’en 1971, les dollars en circulation dans le monde représentent 5x la
valeur de l’or conservé aux Etats-Unis. Ainsi, dès la première moitié des années
1960, des pays comme la France convertissent leurs dollars en or, car ils n’ont plus
confiance dans le dollar. Le stock d’or américain diminue encore plus.
Pour garder son or, le 15 août 1971, le président Nixon annonce la fin de la
convertibilité du dollar en or (du jour au lendemain on ne peut plus changer les
dollars en or !).
Cet épisode marque la fin du SMI et du système de Bretton Woods, qui s’officialise
en 1976 lors des Accords de Kingston. A partir de cette date, on instaure un
système de change flottant. La valeur des monnaies fluctue librement en
fonction de l’offre, de la demande, des décisions des Etats, de leur convertibilité,
etc., ce qui entraîne une forte insécurité monétaire mondiale.
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
Comme ils ne peuvent plus convertir les dollars qu’ils ont gagnés en or, les
principaux pays exportateurs de pétrole décident d’augmenter fortement les prix
des barils à deux reprises. Lors du choc pétrolier de 1973, le prix double, et en
1979, le prix triple. Ces deux chocs pétroliers aggravent la crise.
b. L’émergence du néolibéralisme
La crise favorise le triomphe d’une version radicale du libéralisme, le néolibéralisme. Ce
courant naît dans les pays anglo-saxons. Il est promu par Ronald Reagan (EUA, 19811989) et Margaret Thatcher (Royaume-Uni, 1979-1990) au début des années 1980.
 Cette théorie affirme que les marchés s’autorégulent naturellement. Ils
fonctionneraient parfaitement sans les règles fixées par les Etats ou les
organisations internationales. Le néolibéralisme promeut la déréglementation des
échanges pour encourager la compétitivité des entreprises.
 Ces politiciens attribuent la crise économique aux interventions des EtatsProvidence dans l’économie. Pour combattre la crise, ils mettent donc en place des
politiques de rigueur : ils augmentent les impôts et diminuent les dépenses
publiques dans le social, la culture ou encore l’environnement.
 Pour attirer des IDE, les Etats-Unis et le Royaume-Uni augmentent les impôts de
la population, mais ils baissent ceux des entreprises. Ils réduisent les avantages
sociaux des salariés: c’est la fin de l’Etat-Providence.
Dans les années 1980, le néolibéralisme s’impose dans les institutions de la gouvernance
économique mondiale :
 Le GATT organise deux cycles de négociations pour réduire toutes les formes,
de protectionnisme (quotas, taxes douanières, normes): le Tokyo Round (1973-1979)
et l’Uruguay Round (1986-1994).
 Le FMI et la Banque Mondiale mettent de nouvelles conditions à leurs prêts.
Pour en obtenir un, les pays doivent adopter des mesures néolibérales
(abaissement des barrières douanières, réduction des dépenses publiques,
privatisations, etc.)
 La généralisation des politiques néolibérales permet une augmentation des échanges
de biens, services et capitaux entre les pays. Les Etats contrôlent de moins en
moins l’économie, les flux sont de plus en plus nombreux, la mondialisation
s’intensifie. Profitant des dérèglementations, les FTN multiplient les délocalisations.
a. Les déséquilibres de la gouvernance mondiale
Les pays du Nord :
Le néolibéralisme est un système qui reproduit les inégalités entre les pays. Dans les
années 1980, les inégalités Nord-Sud sont croissantes. Les grands bénéficiaires du
néolibéralisme sont les pays du Nord, en particulier ceux de la Triade. Pour assurer la
persistance de leur domination, les pays riches s’allient pour renforcer leur coopération
économique :
 En 1975, la France, la RFA, l’Italie, le Royaume-Uni, le Japon et les Etats-Unis
fondent le G6, transformé en G7 en 1976 avec l’arrivée du Canada, puis en G8 en
1998 avec l’adhésion de la Russie.
o Il s’agit d’un groupe de discussion et de partenariat économique qui se
réunit chaque année. Il cherche à promouvoir le libéralisme et à lutter
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


contre l’instabilité financière provoquée par la fin des Accords de Bretton
Woods.
o Ce groupe très critiqué. Les grandes puissances y orientent la gouvernance
économique mondiale, sans se soucier des intérêts des autres pays. C’est
une sorte de club de riches qui travaillent ensemble à rester les plus riches.
Les principales puissances économiques mondiales dominent également le GATT.
Elles y créent des règles contre le protectionnisme, qu’elles imposent aux pays plus
pauvres, mais n’appliquent pas dans leurs propres Etats... Par exemple, elles
pratiquent les quotas d’importations, c’est-à-dire qu’elles limitent l’importation de
certains biens et services dans leurs pays pour protéger leurs industries ou
agricultures nationales de la concurrence internationale, et leur assurer des
débouchés internes. Ces quotas sont interdits par le GATT mais cette organisation
ne dispose d’aucun moyen de sanction…
En 1957, les pays d’Europe de l’Ouest créent la Communauté Economique
Européenne (CEE) pour défendre leurs intérêts économiques dans le monde.
Les acteurs des Etats du Nord qui bénéficient le plus du néolibéralisme ne sont
toutefois pas les Etats mais les FTN. Elles délocalisent leur production,
notamment vers les pays du Sud où le coût de la main-d’œuvre est faible. Elles
constituent des groupes de pression qui agissent auprès des gouvernements et des
institutions internationales. Grâce à leur puissance économique, elles ont parfois
plus de pouvoir et de moyens de pression que les Etats !
Les pays du Sud
Les pays du Sud sont globalement moins favorisés par le néolibéralisme :
 Le G77 prend de l’importance dans les années 1970. La première rencontre
importante entre ces pays est la conférence d’Alger en 1973. Ces pays qualifient le
système économique international de néocolonialisme. En effet, l’ordre
économique néolibéral les maintient dans une situation de dépendance aux grandes
FTN du Nord qui exploitent leurs matières premières.
 Pour peser un poids plus important dans la gouvernance économique mondiale,
certains pays du sud créent des organisations régionales, comme l’ASEAN en 1967.
 Dans les années 1980 et 1990, la situation des Pays En voie de Développement
(PED) est critique.
o Dans les années 1960-1970, ils se sont endettés auprès du FMI pour créer
des programmes de développement qui se sont souvent avérés être des
échecs (corruption, projets trop ambitieux, pas adaptés au contexte).
Incapables de rembourser leurs emprunts, ils affrontent des crises
économiques importantes dès les années 1980.
o Le FMI leur prête alors de nouveaux fonds en échange de réformes
brutales, les Plans d’Ajustement Structurel (PAS), des politiques
d’austérité favorisant la déréglementation, la privatisation et la
libéralisation du commerce extérieur. Le FMI oblige ces pays à adopter une
économique néolibérale, et à abandonner leurs politiques sociales. Les PAS
aggravent la pauvreté et provoquent des révoltes dans de nombreux pays.
 Il ne faut toutefois pas schématiser la division Nord riche/Sud pauvre. Portés par le
dynamisme du Japon, les Quatre Dragons d’Asie (Hong-Kong, Singapour, Corée
du Sud, Taïwan) jouent un rôle croissant dans l’économie mondiale. La Chine
s’ouvre aux investissements étrangers en 1979 et initie une période de grande
croissance économique.
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 Les années 1970-début 1990 marquent la victoire du néolibéralisme : la
gouvernance économique mondiale se concentre sur les règles de la concurrence
et le libre accès aux marchés plus que sur la stabilité économique.
 De plus en plus d’acteurs interviennent dans la gouvernance économique
mondiale (Etats, organisations internationales, FTN, organisations régionales), ce
qui concurrence la domination américaine.
I.
La nécessité d’une nouvelle gouvernance économique
mondiale (1990-aujourd’hui)
a. Le modèle libéral gagne la Guerre Froide
La fin de la guerre froide marque le triomphe du libéralisme économique :
o La mondialisation et la gouvernance économique peuvent désormais véritablement
opérer à l’échelle mondiale (avec la Russie, l’Europe de l’Est et la Chine).
o Les échanges internationaux augmentent une nouvelle fois, et presque tous les pays
du monde adoptent le libéralisme.
o Les grands bénéficiaires de cette nouvelle phase sont à nouveau les Etats-Unis. Ils
renforcent encore leur poids dans les organisations internationales.
Du coup, le néolibéralisme connaît un nouvel essor dans les années 1990 :
 Le FMI continue à mettre en place des PAS pour forcer les autres pays à se
libéraliser : Mexique (1994), Asie (1997), Russie (1998).
 Le GATT est remplacé par une organisation plus puissante, l’Organisation
Mondiale du Commerce (OMC) en 1995 :
o Comme le GATT, l’OMC fixe les règles du commerce international. Elle ne
concerne plus que le secteur industriel, mais aussi les domaines agricoles et
des services.
o Elle promeut la réduction des tarifs douaniers, la libéralisation et la libreconcurrence.
o Contrairement au GATT, l’OMC peut infliger des sanctions
économiques aux pays qui ne respectent pas les règles.
o Officiellement, l’OMC œuvre entre autre pour que le commerce
international bénéficie d’avantage aux pays en développement. Tout
Etat membre de l’OMC compte donc pour une voix, ce qui permet à des
pays pauvres de porter plainte contre des pays industrialisés. Mais les
procédures sont longues, complexes et coûteuses, ce qui maintient le
déséquilibre. En plus, les pays riches préfèrent souvent payer une amende
qu’appliquer une règle qui ne les arrange pas…
 Dans les années 1990, les organisations régionales sont de plus en plus
nombreuses : MERCOSUR (1991), UE (1992) ALENA (1994), projet
d’ASEAN+3. Elles promeuvent une gouvernance économique à l’échelle régionale,
et non mondiale.
 En 2001, à Doha (Qatar), 145 pays se mettent d’accord pour engager des
discussions sur la suppression des subventions aux exportations agricoles.
o Le cycle de Doha se solde par un échec car l’UE et les Etats-Unis veulent
continuer à subventionner leurs agriculteurs, ce qui va à l’encontre de la
libre concurrence. En effet, les agriculteurs européens et américains
reçoivent des subventions de l’Etat. Du coup, ils peuvent produire, vendre
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et exporter leurs produits à des prix plus bas que les agriculteurs des pays en
développement.
o De leur côté les pays en développement ne peuvent subventionner leurs
agriculteurs, à cause des PAS que le FMI leur a imposé. Du coup, les pays
riches imposent aux pays pauvres des règles qu’ils ne suivent pas !
o Le renforcement du libéralisme des années 1990 ne réduit donc pas les
déséquilibres de la gouvernance économique mondiale.
b.
Les crises des années 2000
La crise des subprimes :
En 2007 commence la crise des subprimes aux Etats-Unis :
 Les banques américaines ont accordé des prêts à des ménages américains aux
revenus modestes pour qu’ils s’achètent des biens immobiliers. Ces crédits
s’appellent les subprimes. Ils sont à taux variables, ça veut dire que les intérêts ne
sont pas fixes, mais dépendent de l’évolution du marché de l’immobilier.
 Comme les banques accordent trop de subprimes, la demande de logements devient
supérieure à l’offre (tous les ménages veulent une maison et peuvent en avoir une
donc il n’y a plus assez de maisons). Du coup, le marché de l’immobilier augmente
et les intérêts des subprimes sont en hausse.
 Comme ces intérêts ont un rendement élevé, les banques les transforment en titres
financiers (actions en Bourse) et les vendent à des investisseurs du monde entier.
 Comme les intérêts ont trop augmenté, les ménages ne peuvent plus rembourser
leurs emprunts et cessent de payer leurs échéances. Ils sont donc contraints de
revendre leurs biens immobiliers.
 Du coup, de nombreuses maisons sont en vente simultanément et la valeur du
marché de l’immobilier baisse. Les subprimes, désormais transformées en titres
financiers qui circulent sur le marché des capitaux mondial, perdent de leur valeur.
En 2008, la chute de la valeur boursière des subprimes entraine une crise financière
mondiale.
 Les pays développés entrent en récession (diminution de la croissance
économique), le chômage augmente et la consommation doit être réduite.
 Cette crise est attribuée à la financiarisation de l’économie: de plus en plus de
transferts de capitaux ne se font plus avec de l’argent mais à travers la finance
(actions boursières qui ont des taux changeants, pays en faillite qui impriment des
nouveaux billets, banques qui prêtent de l’argent qu’elles n’ont pas…)
 (C’est dans ce contexte que Barack Obama décide de combattre les paradis
fiscaux et oblige la Suisse à livrer les noms des fraudeurs américains qui transfèrent
une partie des fonds publics sur leurs comptes privés).
La crise de la zone euro (2010-2011)
 En 2009, le premier ministre grec, Georges Papandréou, révèle que le déficit de
son pays est plus de deux fois supérieur à ce qui avait été déclaré par le précédent
gouvernement. En effet, pour faire partie de la zone euro, un des critères est d’avoir
un déficit budgétaire faible, c’est pour ça que le gouvernement grec précédent avait
menti. La Grèce ne peut plus rembourser sa dette.
 Les pays de l’UE n’arrivent pas à se mettre d’accord pour apporter à la Grèce un
soutien financier. Certains pays riches, comme l’Allemagne, ne veulent pas
s’endetter pour racheter la dette de la Grèce. Finalement, un plan est adopté qui
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

prévoit prêter 110 milliards d’euros pour racheter la dette grecque (fournis par
les Etats de la zone euro et par le FMI).
A partir de mai 2010, la zone euro traverse une crise monétaire grave à cause de la
crise des subprimes, des déficits commerciaux de tous les Etats européens qui sont
très endettés, et du remboursement de la dette grecque.
Pour que les pays moins riches (Espagne, Irlande, Roumanie, Portugal et Grèce)
participent au remboursement des dettes publiques européennes, l’UE leur impose
des politiques d’austérité. Les dépenses dans le domaine publiques sont
drastiquement réduites. Les avantages sociaux sont remis en cause partout dans la
zone euro. Par exemple, en Grèce, les salaires sont baissés, ils ne peuvent plus être
augmentés pendant trois ans, l’âge de la retraite passe de 60 à 65 ans, les impôts
sont augmentés…
c. La multiplication des acteurs de la gouvernance mondiale
Des acteurs à l’échelle mondiale ou nationale ?
 La victoire du modèle libéral accroit donc les déséquilibres politiques et
économiques entre les pays du monde. Ce modèle favorise la libre concurrence et
les dérèglementations, au détriment de la protection sociale des populations. Les
critiques sont nombreuses, mais aucune solution ne fait consensus.
 De nombreux acteurs affirment que les crises du libéralisme sont dues aux
organisations supranationales qui limitent la souveraineté des Etats. Ils souhaitent
que les Etats récupèrent la souveraineté sur leurs économies.
 Des acteurs pensent au contraire que les crises économiques sont dues à l’absence
de règlementations strictes du commerce mondial. Ils pensent qu’il faut renforcer
les organisations économiques supranationales pour qu’elles puissent faire des
règles plus contraignantes.
De plus en plus d’acteurs privés
 Actuellement, de nouveaux enjeux globaux apparaissent qui nécessitent une
coopération entre les Etats. C’est le cas de l’environnement. La gestion des
ressources naturelles et lutte contre le réchauffement climatique sont des problèmes
globaux, qui doivent faire l’objet d’une réponse concertée de tous les Etats.
 Pour les résoudre problèmes, la gouvernance mondiale associe de plus en plus
d’acteurs. Un exemple ancien est le Sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992,
organisé par l’ONU et associant des acteurs publics et privés: Etats, ONG, FTN,
experts scientifiques, etc.
 Les FTN sont des acteurs de plus en plus important de la gouvernance mondiale.
Elles se réunissent chaque année lors du Forum économique mondial de Davos,
en Suisse, pour défendre leurs intérêts et fixer une stratégie globale.
 Les ONG gagnent aussi en importance :
o Elles se présentent comme les porte-paroles des citoyens à l’échelle
mondiale. Elles cherchent à représenter les intérêts des populations,
négligés dans une gouvernance mondiale dominée par les Etats et FTN.
o Les ONG altermondialistes se réunissent régulièrement depuis 2001 lors
du Forum Social Mondial (le titre est une allusion au forum de Davos)
pour réclamer une gouvernance économique mondiale égalitaire et juste.
o Les altermondialistes dénoncent ce qu’ils considèrent comme une
mauvaise gouvernance mondiale. Ils organisent des manifestations lors
des conférences de l’OMC, du G8 ou du FMI.
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L’affirmation des pays émergents
 Si le modèle néolibéral actuel préserve les déséquilibres entre le Nord et le Sud, au
Sud, les pays émergents ont un poids économique de plus en plus important. Du
coup, ils souhaitent augmenter leur poids politique dans la gouvernance mondiale.
 C’est pourquoi, en 1999, les pays du G8 et les principaux pays émergents fondent le
G20. Il regroupe 20 pays qui à eux seuls concentrent 90 % du PIB mondial et les
deux tiers des échanges mondiaux. Le G20 a un rôle croissant dans la gouvernance
économique mondiale.
 En 2009, le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine, rejoints en 2011 par l’Afrique du
Sud s’unissent pour former les BRICS. Ce groupe réclame une meilleure
représentation des Suds dans les organisations internationales.
 La revendication majeure des pays émergents dans la gouvernance mondiale est la
restructuration du Conseil de Sécurité de l’ONU. En effet, ses membres
permanents ne sont actuellement pas forcément les principales puissances
économiques ou démographiques mondiales.
 L’économie mondiale néolibérale provoque une financiarisation de l’économie,
de nombreuses crises économiques et l’endettement des Etats.
 Du coup, les déréglementations sociales et environnementales se multiplient, les
politiques d’austérité aussi, et de plus en plus d’acteurs critiquent la domination de
l’économie sur tous les autres secteurs de la société.
 Le modèle néolibéralisme perpétue les déséquilibres économiques Nord-Sud.
Toutefois, la montée en puissance des pays émergents remet en cause l’idée selon
laquelle le néolibéralisme ne favoriserait que les pays du Nord.
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