
CHARLES DE KONINCK
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Generatione et Corruptione, des choses qui viennent à l’être et qui périssent
au terme d’un mouvement selon la qualité, appelé altération. Cependant le
traité de l’âme étudie d’emblée non pas le mobile animé, le corps vivant, mais
résolument ce qui n’est en somme qu'un principe des vivants naturels : leur
principe propre et intrinsèque que nous convenons d’appeler l’âme. Ne
conviendrait-il pas de considérer et de définir en premier lieu le vivant naturel
en général, et de montrer ensuite quelle est la caractéristique de sa forme ?
Les propriétés générales des corps vivants comme tels une fois bien établies,
on chercherait en second lieu celles de l’âme en particulier.
Cependant, c’est dans l’ordre inverse qu'on doit procéder, comme
saint Thomas le soutient expressément. l’étude du vivant doit partir de
l’étude de l’âme en elle-même, et ce n’est qu'en dernier lieu qu'on peut
aborder la considération générale du vivant : « Ultimo autem ordinantur libri
qui pertinent ad communem considerationem viri.. ».
. Tel est l’ordre qu'il
faut suivre, et pour cause.
Dès le début de son commentaire sur le De Anima, saint Thomas dit
qu'il faut considérer d’abord les choses qui sont communes à tous les êtres
animés ; or ce qui est d’abord commun à tous les êtres animés, c’est l’âme : « in
hoc enim omnia animata conveniunt »
. Et pourtant, à première vue, cette
raison laisse un doute. En effet, ne pourrait-on pas dire tout aussi bien, sinon
mieux : ce que toutes ces espèces de vivants ont en commun, c’est d’être
vivants ? n’oublions pas cependant que nous sommes ici en philosophie de la
nature : nous étudions les choses naturelles. Or, parmi celles-ci, « il en est qui
sont simplement corps et grandeurs, comme les pierres et les autres choses
inanimées ; d’autres ont corps et grandeur, comme les plantes et les animaux,
et leur partie principale est l’âme – aussi est-ce davantage selon l’âme que
selon le corps que ces choses sont ce qu'elles sont »
. Donc, ce par quoi les
corps vivants sont ce qu'ils sont, ce n’est pas l’attribut commun de vivant, mais
cela-même en vertu de quoi ils sont corps et vivants et qui est aussi la raison
pour laquelle nous les disons, plus précisément, des choses animées.
Mais voilà qui augmente la difficulté. Afin de n’être pas obligée de
In de Sensu et Sensato, lect. 1 (éd. Pirotta), n° 6.
« Sicut docet Philosophus in undecimo de Animalibus, in quolibet genere rerum necesse est
prius considerare communia et seorsum, et postea propria unicuique illius generis : quem
quidem modum Aristoteles servat in Philosophia prima. In Metaphysicae enim primo tractat
et considerat communia entis inquantum ens, postea vero considerat pr opria unicuique enti.
Cujus ratio est, quia nisi hoc fieret, idem diceretur frequenter. Rerum autem animatarum
omnium quoddam genus est ; et ideo in consideratione rerum animatarum oportet prius
considerare ça quae sunt communia omnibus animatis, postmodum vero illa quae sunt
propria cuilibet rei animatae. Commune autem omnibus rebus animatis est anima : in hoc
enim omnia animata conveniunt. Ad tradendum igitur de rebus animatis scientiam,
necessarium fuit primo tradere scientiam de anima tamquam communem e is. Aristoteles
ergo volens tradere scientiam de ipsis rebus animatis, primo tradit scientiam de anima,
postmodum vero determinat de propriis singulis animatis in sequentibus libris ». - In I de
Anima, lect. 1 (éd. Pirotta), n° 1. Le commentaire de ce prem ier livre est un reportatum des
leçons orales de saint Thomas par son secrétaire et ami intime, Raynald de Piperno. Cf.
Iviandonnet, S. Thomae... Opuscula Omnia, Paris, 1927, Introduction, pp. IV-VII, XXI-XXII.
« Eorum quae sunt secundum naturam, quaedam sunt corpora et magnitudines, sicut
lapides et alia inanimata ; quaedam habent corpus et magnitudinem, sicut plantae et
animalia, quorum principalior pars est anima (unde magis sunt id quod sunt secundum
animam quam secundum corpus) ; quaedam vero sunt principia habentium corpus et
magnitudinem, sicut anima, et universaliter forma, et materia » - In I De Caelo, lect.1, n°2.