
I. INTRODUCTION
Démarche : Anselme est un moine qui met ses réflexions à l'écrit à la demande d'autres moines avec
lesquels il réfléchit et prêche à l'abbaye du Bec. Le Monologion fut composé entre 1070 et 1073,
tandis que le Proslogion est daté de 1077.
Son œuvre est le chemin d'un raisonnement, d'une parole, portée que lui confère de surcroît le
choix des titres de ses deux ouvrages principaux que sont le Monologion et le Proslogion2. Saint
Anselme avait d'abord intitulé le Proslogion en latin Fides quaerens intellectum, autrement dit « la
foi cherchant la raison ».
Le but de son œuvre est de comprendre ce qu'il croit (et non l'inverse, ou croire ce qu'on comprend)
et met en valeur le primat incontournable de cette succession temporelle avec dans un premier
temps (soit t1) : la croyance, et dans un second temps (soit t2) : la compréhension3.
L'extrait que nous commentons constitue le chapitre III du Monologion : « Qu'il y a une nature
source de tout ce qui est4, n'existant que par elle-même et sommet5 de tout ce qui est » [« Quod sit
quaedam natura, per quam est, et quae per se est, et est summum omnium quae sunt »].
REMARQUES DE TRADUCTION : Nous nous permettons de rectifier la traduction proposée dans
l'exemplaire du texte que nous avions en premier lieu et de lui substituer des termes plus littéraux
afin d'obtenir plus de clarté. Ici, « source » sera remplacé par « par » pour traduire le « per » latin ;
« sommet » pourra utilement être rendu par « suprême » ou « suréminent »6. On portera une
attention particulière à la traduction des termes esse, ens et essentia pour lesquels le texte original
latin doit être mis à profit le plus fréquemment possible.
II. ANALYSE DU TEXTE
Nous développons notre analyse dans le sillon des trois mouvements du texte que nous intitulons de
la manière suivante :
A. L'hypothèse d'un Principe par lequel tout existe (ligne 1 à 5) ;
B. Quelle peut être la nature de ce Principe (ligne 5 à 24 soit la fin du paragraphe) ;
C. « Un Principe au superlatif » (ligne 24 à ligne 31 soit la fin du texte).
A. ligne 1 à 5 : l'hypothèse d' un
un Principe par lequel tout
tout existe
–Le texte commence par un élargissement du principe du bon et du grand à tout ce qui existe :
le fait que le bon et le grand soient par un principe est valable pour tout ce qui existe ; tout
est par un principe. C'est en tout cas un postulat que saint Anselme pose comme une
hypothèse qu'il va examiner dans la suite du texte comme le montre l'emploi du verbe
« sembler » à la ligne 2.
–Saint Anselme admet certaines prémisses logiques sans les développer outre mesure, comme
des propositions évidentes de la raison : une chose ne vient pas de rien, il y a un principe
d'origine, une cause première, ce qui pose directement la question de l'origine et d'un
premier principe.
B. ligne 5 à 24 (fin de paragraphe) : quelle peut être la nature de ce Principe
2 Cf : Les titres du Monologion et du Proslogion : ces termes, grecs, signifient respectivement « monologue » et
« allocution [à Dieu]».
3 voir Proslogion, chapitre II
4« par laquelle tout ce qui est est »
5 « suréminente » ou « suprême »
6 traduction CORBIN
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