ANGER Aurélie
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Cours de métaphysique
N. CHARBONNEL
Ontologie, théologie et grammaire de l'être
La preuve ontologique de l'existence de Dieu
par Anselme de Cantorbéry, dit saint Anselme
(1033-1109)
[exposé présenté en cours le 9 février 2011]
Chronologie : Ecriture du Monologion entre 1070 et 1073.
Texte à commenter :
« Chapitre III. - Qu'il y a une nature source de tout ce qui est, n'existant que par
elle-même et sommet de tout ce qui est. [ Quod sit quaedam natura, per quam est, et
quae per se est, et est summum omnium quae sunt ]
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Ainsi non seulement tout bien est bon par un Principe unique et toute grandeur est
telle par une même raison mais tout ce qui est semble exister par un seul Principe.
En effet, tout ce qui est existe ou par quelque chose ou par rien ; mais rien ne vient
de rien. On ne peut en effet penser que quelque chose soit, autrement que par
quelque chose. Tout ce qui existe n'est donc que par quelque chose. S'il en est ainsi,
ce quelque chose est unique ou bien multiple. Mais s'il est multiple, ou bien ces
principes dépendent eux-même de quelque chose par quoi ils sont, ou bien chacun
d'eux existe par soi ou bien encore ils se causent mutuellement. Or si eux-même
viennent d'un seul (principe), tout ce qui existe ne vient pas d'eux mais plutôt de cet
Un, source d'eux-mêmes. Si chacun de ces principes existe par soi, c'est qu'il y a une
force ou nature d'exister par soi qui les fait exister par eux-mêmes. Il n'y a aucun
doute qu'ils ne soient pas ce Principe unique qui les fait être par lui-même. Il est
donc vrai que tout existe par un seul principe plutôt que par plusieurs qui, sans ce
Principe unique, ne peuvent être. Quant à ce que plusieurs se donnent l'existence
mutuellement, aucune raison ne peut en effet l'admettre, puisqu'il est irrationnel de
penser que quelque chose soit par ce à quoi il donne l'être, et que les relations elles-
mêmes s' engendrent ainsi mutuellement. Lorsque le maître et le serviteur par
exemple sont opposés par relation l'un à l'autre, ce sont les hommes eux-même qui
sont opposés et ils n'existent pas par réciprocité ; les relations elles-même qui les
lient ne s' engendrent pas mutuellement mais sont identiques aux sujets eux-mêmes.
Ainsi, puisque la Vérité exclut la pluralité du Principe par quoi tout existe, il est
nécessaire qu'il n'y en ait qu'un. Et puisque tout ce qui existe est par un Principe
unique, il est certain que cet Unique existe par lui-même, tous les autres étant par
autrui et lui seul étant par lui-même.
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Mais ce qui est par autrui est moindre que Ce qui seul est par soi et principe de tout
le reste. C'est pourquoi Ce qui est par soi est le sommet de tout. Donc il y a quelque
chose d'unique dans la grandeur et qui dépasse tout ; mais Ce qui dépasse tout et est
la source de tout ce qui est bon, grand, et de tout être, est aussi – et nécessairement –
le Bien suprême, la Grandeur suprême, et le Sommet de tout ce qui est. C'est
pourquoi il y a quelque chose, qu'on l'appelle essence, ou substance ou nature, qui
est le meilleur, le plus grand, le sommet de tout ce qui existe. »1
SOMMAIRE
I. INTRODUCTION
II. ANALYSE DU TEXTE
A. ligne 1 à 5 : l'hypothèse d'un Principe par lequel tout existe
B. ligne 5 à 24 (fin de paragraphe) : quelle peut être la nature de ce Principe
a. Unique ou multiple : examen de la multiplicité du principe (ligne 5 à 12)
b. Principe comme condition nécessaire de ce qui existe (ligne 12 à 14)
c. Retour sur le rejet de la troisième possibilité jugée « irrationnelle » (ligne 14 à 20)
d. Récapitulation et résultat de l'argumentation (ligne 21 à 24)
C. ligne 24 à ligne 31 (fin du texte) : « Un Principe au superlatif »
III. COMMENTAIRE
A. Le problème de saint Anselme
B. Traitement du problème
C. Enjeux du problème / Élargissement
D. Le commentaire de Karl BARTH
1. Le nom de Dieu
2. La question de l'existence de Dieu
IV. CONCLUSION
V. ANNEXES
1) Version latine du texte commenté, Monologion, III
2) Extrait de Monologion, LXV
3) Sommaire du Monologion
4) Sommaire du Proslogion
5) Extrait du Proslogion, II
6) Psaume 13, Bible TOB
7) Exode 3, 14, Bible traduction TOB
VI. BIBLIOGRAPHIE
1 Voir le texte latin en annexe 1), page 13.
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I. INTRODUCTION
Démarche : Anselme est un moine qui met ses réflexions à l'écrit à la demande d'autres moines avec
lesquels il réfléchit et prêche à l'abbaye du Bec. Le Monologion fut composé entre 1070 et 1073,
tandis que le Proslogion est daté de 1077.
Son œuvre est le chemin d'un raisonnement, d'une parole, portée que lui confère de surcroît le
choix des titres de ses deux ouvrages principaux que sont le Monologion et le Proslogion2. Saint
Anselme avait d'abord intitulé le Proslogion en latin Fides quaerens intellectum, autrement dit « la
foi cherchant la raison ».
Le but de son œuvre est de comprendre ce qu'il croit (et non l'inverse, ou croire ce qu'on comprend)
et met en valeur le primat incontournable de cette succession temporelle avec dans un premier
temps (soit t1) : la croyance, et dans un second temps (soit t2) : la compréhension3.
L'extrait que nous commentons constitue le chapitre III du Monologion : « Qu'il y a une nature
source de tout ce qui est4, n'existant que par elle-même et sommet5 de tout ce qui est » [« Quod sit
quaedam natura, per quam est, et quae per se est, et est summum omnium quae sunt »].
REMARQUES DE TRADUCTION : Nous nous permettons de rectifier la traduction proposée dans
l'exemplaire du texte que nous avions en premier lieu et de lui substituer des termes plus littéraux
afin d'obtenir plus de clarté. Ici, « source » sera remplacé par « par » pour traduire le « per » latin ;
« sommet » pourra utilement être rendu par « suprême » ou « suréminent »6. On portera une
attention particulière à la traduction des termes esse, ens et essentia pour lesquels le texte original
latin doit être mis à profit le plus fréquemment possible.
II. ANALYSE DU TEXTE
Nous développons notre analyse dans le sillon des trois mouvements du texte que nous intitulons de
la manière suivante :
A. L'hypothèse d'un Principe par lequel tout existe (ligne 1 à 5) ;
B. Quelle peut être la nature de ce Principe (ligne 5 à 24 soit la fin du paragraphe) ;
C. « Un Principe au superlatif » (ligne 24 à ligne 31 soit la fin du texte).
A. ligne 1 à 5 : l'hypothèse d' un
un Principe par lequel tout
tout existe
Le texte commence par un élargissement du principe du bon et du grand à tout ce qui existe :
le fait que le bon et le grand soient par un principe est valable pour tout ce qui existe ; tout
est par un principe. C'est en tout cas un postulat que saint Anselme pose comme une
hypothèse qu'il va examiner dans la suite du texte comme le montre l'emploi du verbe
« sembler » à la ligne 2.
Saint Anselme admet certaines prémisses logiques sans les développer outre mesure, comme
des propositions évidentes de la raison : une chose ne vient pas de rien, il y a un principe
d'origine, une cause première, ce qui pose directement la question de l'origine et d'un
premier principe.
B. ligne 5 à 24 (fin de paragraphe) : quelle peut être la nature de ce Principe
2 Cf : Les titres du Monologion et du Proslogion : ces termes, grecs, signifient respectivement « monologue » et
« allocution [à Dieu]».
3 voir Proslogion, chapitre II
4« par laquelle tout ce qui est est »
5 « suréminente » ou « suprême »
6 traduction CORBIN
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a. Unique ou multiple : examen de la multiplicité du principe (ligne 5 à 12)
Saint Anselme examine trois possibilités logiques pour soit les conserver soit les refuser selon leur
cohérence ou non avec son système logique :
soit les principes sont eux-mêmes dépendants de quelque chose par quoi ils sont ;
soit chacun des principes existe par soi ;
soit les principes se causent mutuellement dans une causalité circulaire.
Suite à l'épreuve logique, les 2 premières possibilités aboutissent à l'existence d'un Principe unique,
« force » ou « nature » (ligne 16) et la troisième est purement et simplement rejetée par invocation
du principe de non contradiction.
b. Principe comme condition nécessaire de ce qui existe (ligne 12 à 14)
Les deux postulats conservés ci-dessus aboutissent à un principe unique qui se singularise en
s'avérant être la condition unique de ce qui existe (c'est-à-dire de ce qui ne peut pas exister par soi
seul ) et dont il est la cause.
c. Retour sur le rejet de la troisième possibilité jugée « irrationnelle » (ligne 14 à 20)
Saint Anselme propose ici la conception d'une causalité qui se déroule dans une temporalité
linéaire :
Ce qui naît ne peut pas être engendré par ce à quoi il donne naissance entraîne une identité
entre les termes et dote la relation causale d'une nature fixe, immuable.
Cette conclusion est étayée par l'exemple du maître et du serviteur (ligne 17 à 20) employé à
des fins analogiques : deux termes qu'une relation oppose sont rendus contradictoires l'un à
l'autre en eux-mêmes7.
7Monologion, XXIX (extrait) : « Rien assurément ne peut se faire par soi-même, puisque tout ce qui est fait est
postérieur à ce par quoi il est fait, et que rien n'est postérieur à soi. » Elargissement possible notamment en se
référant à Monologion, XXXIX.
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Formulation positive de la causalité ( x )
cause B
Formulation négative de la causalité ( - x )
est causé par
Les termes sont isolés les uns des autres
Identité inaltérable de la relation des termes
Les relations sont identiques aux termes
CONCLUSIONS :
[A = la cause]
[B = l'effet]
Voir Monologion XXIX : « Rien assurément ne peut se faire par soi-même, puisque tout
ce qui est fait est postérieur à ce par quoi il est fait, et que rien n'est postérieur à soi. »
Ceci ne vaut pas pour la Parole, qui n'est pas la créature ou de la créature mais qui est
l'esprit suréminent : elle lui est consusbtantielle et reste ainsi simple.
A
A
B
d. Récapitulation et résultat de l'argumentation (ligne 21 à 24)
A la fin du paragraphe, saint Anselme récapitule son développement logique et en donne le
résultat :
tout ce qui est existe par un principe unique ;
ce principe est lui-seul par lui-même : il est l'exception de l'être8.
Remarquons que cette proposition est prononcée sur le mode d'une vérité nécessaire et certaine.
C. « Un Principe au superlatif » (ligne 24 à ligne 31 - fin du texte)
Les remarques à faire à propos de cette dernière partie du texte sont de différents types :
Saint Anselme introduit une nouvelle prémisse d'ordre logique : ce qui est par autre chose est
8 Il est l'être et n' « ex-iste » pas car l'existence signifie multiplicité et hétérogénéité, le fait d' "être" par autre chose
que soi.
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Pluralité
Unicité
Un principe
par lequel tout
existe
qui est par lui-même
Tout existe
par cet
« autre »
Est le seul à être
par lui-même
Renversement de la relation de causalité pour dégager la formulation de l'exception divine et de sa
suprématie : parmi tout ce qui existe, seul Dieu est par soi.
Tout ce qui est
Tout ce qui est existe
existe
par quelque chose
par quelque chose
par rien
d'unique
d'unique
de multiple
Chaque
élément
existe par
soi
Chaque
élément
existe par
quelque
chose
Les
éléments se
causent
mutuellemen
t, tel que A
cause B, B
cause C, et
C cause A
C'est une
NATURE
NATURE
d'exister
par soi
C'est un
PRINCIPE
PRINCIPE
un
Causalité
irrationnelle
refusée
Proposition
refusée car
« rien ne
vient de
rien »
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