Livret du colloque - Centre d`Histoire du Droit de l`Université Rennes 1

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LES TRADUCTIONS DU DISCOURS JURIDIQUE
PERSPECTIVES HISTORIQUES
Colloque international pour jeunes chercheurs
Soutenu par
Rennes Métropole
L’Université de Rennes 1
Le Centre d’Histoire du Droit
L’Institut de l’Ouest : Droit et Europe
L’Association des Historiens du Droit de l’Ouest
La Faculté de droit et de science politique de l’Université de Rennes 1
L’École doctorale des Sciences de l’Homme, des Organisations et de la Société
Organisé par
Hugo Beuvant
Thérence Carvalho
Mathilde Lemée
La Pierre de Rosette, British Museum, Londres.
Cette fameuse stèle reproduit un décret promulgué
par le pharaon Ptolémée V en 196 av. J.C. La
traduction de ce décret, écrit en deux langues
(égyptien ancien et grec ancien) et trois écritures
(égyptien en hiéroglyphes, égyptien démotique et
alphabet grec), permit à Jean-François
Champollion de déchiffrer les hiéroglyphes
égyptiens en 1822.
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PREMIÈRE PARTIE
LES VISAGES DE LA TRADUCTION
JURIDIQUE
« Une traduction est mauvaise quand elle est plus claire, plus intelligible que l’original. Cela prouve qu’elle n’a pas su en
conserver les ambiguïtés, et que le traducteur a tranché : ce qui est un crime », Emil Cioran, Cahiers.
« Un traducteur ne doit pas seulement entendre la langue qu’il explique ; il doit en sentir les délicatesses et les beautés.
Comment nous donnerait-il l’équivalent d’une beauté qu’il n’aurait pas aperçue ? Il doit être bon écrivain dans sa langue,
car il faut se faire lire ; il doit même avoir un talent assez souple, pour prendre des formes analogues à celles de son
modèle, et savoir au besoin remplacer des expressions, des tours, des images, par d’autres plus convenables au génie de
sa langue, et qui réveillent dans l’esprit des lecteurs, des sensations pareilles à celles que l’auteur original a fait naître
chez les siens. Étonnez-vous après cela que les bonnes traductions soient si rares ! », Jean-Baptiste Say, Petit volume
contenant quelques aperçus des hommes et de la société.
Tite-Live ou son traducteur Pierre Bersuire écrivant, enluminure du
XVe siècle, Paris, Bibliothèque nationale de France, département des
Manuscrits, Français 273, folio 7.
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SESSION 1 : TRADUIRE LES GRANDS TEXTES
09h00 – 10h55
Présidence : Nicolas Cornu Thénard, professeur à l’Université de Rennes 1
Emmanuel Lazayrat, docteur de l’Université Jean Moulin Lyon III
Du latin au grec : le manuel du professeur Théophile (VIe siècle)
Patrizia Graziano, docteur de l’Université de Naples Federico II
Perspectives de traduction dans le Prologus à la Lectura Codicis de Bartolomeo da Saliceto
Constanza López Lamerain, doctorante à l’Université du Pays Basque – Max Planck
Institut für europäische Rechtgeschichte
The translation of the Tridentine Canon law into a local reality : the diocesan synods of
Santiago de Chile during the colonial period
Hanaa Beldjerd, doctorante à l’Université Charles de Gaulle Lille 3
La traduction du discours juridique dans deux espaces culturels et temporels : le cas de la
Charte des Nations Unies en arabe
Emmnauel Lazayrat est docteur en droit de l’Université de Lyon III. Il a soutenu une thèse en avril
2014 sur la définition de la « science du droit » (iuris prudentia) en droit romain sous la direction de
Louis-Augustin Barrière. ATER à l’Université de Lyon III, il collabore actuellement à un ouvrage
collectif sur la relation entre la personne et le patrimoine qui sera publié cet été.
Patrizia Graziano est docteur en histoire du droit de l’Université de Macerata. Elle enseigne, à
l’Université de Naples Federico II, l’histoire médiévale et moderne du droit et l’histoire de la justice.
Ses recherches portent sur la théologie politique médiévale et le rôle du discours juridique dans les
procédures de légitimation du pouvoir politique au Moyen-âge. Auteur de L’Arco di Alfonso.
Ideologie giuridiche e iconografia nella Napoli aragonese (Naples, Editoriale Scientifica, 2009), elle
prépare un ouvrage sur le Prologus à la Lectura Codicis de Bartolomeo da Saliceto.
Constanza López Lamerain a étudié l’histoire de l’Amérique latine au Chili. Ses recherches portent
sur l’histoire de l’Église au début de l’époque moderne et en particulier en Amérique du sud sous le
règne de la couronne espagnole. Son objectif est de connecter l’histoire européenne à celle de
l’Amérique latine dans le contexte d’un espace atlantique d’influences et d’interactions. Elle est
doctorante à l’Université du Pays Basque et fait actuellement ses recherches à l’Institut Max-Planck
pour l’histoire du droit européen à Francfort-sur-le-Main.
Hanaa Beldjerd est doctorante à l’Université Charles de Gaulle (Lille III) en lettres et arts. Elle
prépare actuellement une thèse sous la direction des professeurs Armand Héroguel et Hayssam Safar
sur la traduction de discours juridique à vocation internationale.
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RÉSUMÉS
EMMANUEL LAZAYRAT
Du latin au grec : le manuel du professeur Théophile (VIe siècle)
Sous Justinien, la traduction offrait-elle à l’interprète un moyen pour contourner l’interdiction
impériale de commenter le droit romain ? Telle est la question que l’on peut se poser au sujet de la
Paraphrase de Théophile. Car pour préserver l’intégrité de son œuvre juridique, Justinien en avait
rigoureusement interdit tout commentaire, y compris de ses Institutes, dont la langue originale était le
latin. Or, l’Empire de Justinien parlait surtout grec. Dès lors, si une traduction s’avérait
indispensable, elle devait être extrêmement fidèle, sans la moindre trace de commentaire. Tel fut
l’enjeu de la Paraphrase attribuée à l’un des plus grands professeurs de droit ayant participé à la
compilation justinienne : Théophile. Cette entreprise d’hellénisation du texte latin met en exergue le
problème de la traduction juridique et cela au seuil de la plus grande synthèse de droit romain
antique qui nous soit parvenue. Le couple ambigu traduction-interprétation doit donc être envisagé
non seulement sous l’angle philologique mais également sous l’angle juridique. Selon le premier
point de vue, nous tenterons de mesurer la valeur littéraire et historique de la Paraphrase. Qu’est-ce
qu’une paraphrase en général ? Que doit-on penser de celle de Théophile ? A quoi sert-elle ? A quel
genre appartient-elle ? Théophile en est-il vraiment l’auteur ? Quelles furent les circonstances de sa
rédaction ? Etc. Autant de questions qui n’ont cessé d’être posées depuis que le premier manuscrit
fut retrouvé au début du XVIe siècle dans la bibliothèque du Cardinal Bessarion à Venise.
L’évocation de ces difficultés nous conduira à examiner le problème de la transmission des textes
anciens et plus spécifiquement les textes de droit romain ; intéressante rencontre entre philologie,
traduction et droit. Or, la Paraphrase de Théophile constitue sans doute un des meilleurs exemples
pour s’interroger sur les rapports entre transmission du texte et traduction juridique. Mais, au-delà de
cette perspective historique, se pose la question de la valeur technique du texte de Théophile.
Autrement dit, en quoi le texte grec peut-il permettre au romaniste d’améliorer sa compréhension des
concepts juridiques du droit romain ? Par exemple, en nuançant le sens de certains termes par
comparaison entre la source latine et sa traduction grecque. La paraphrase se présente alors elle-
même comme une véritable source du droit romain « reconstitué », droit savant qui a profondément
nourri notre tradition juridique.
L’empereur Justinien, mosaïque de la Basilique
San Vitale de Ravenne.
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PATRIZIA GRAZIANO
Perspectives de traduction dans le Prologus à la Lectura Codicis de Bartolomeo da Saliceto
La contribution théorique donnée par le mouvement de l’école critique du droit dans les
années 1970 et 1980 a produit un intérêt croissant envers les méthodologies élaborées au sujet de la
traduction. Celle-ci est désormais envisagée non seulement comme une opération de passage d’une
langue à une autre mais également comme un parcours interprétatif. La redéfinition de la notion de
traduction, d’une correspondance formelle entre textes de langues différentes à une relation
intertextuelle, permet de considérer la traduction comme une forme de connaissance historiquement
déterminée et appropriée à rendre intelligible une série de phénomènes.
Cette intervention entend examiner le Prologus à la Lectura Codicis du juriste bolonais
Bartolomeo da Saliceto († 1411). Le paradigme stylistique et littéraire de ce texte offre la possibilité
de déplacer l’enquête de l’identité des mécanismes linguistiques et didactiques produits par l’école
des glossateurs et des commentateurs à l’altérité formelle d’un genre qui n’est pas exclusif de la
culture juridique médiévale. Cette œuvre s’avère d’autant plus remarquable si l’on considère le
technicisme croissant produit par la science juridique qui rend plus intéressant le détour sur une
pratique d’écriture littéraire.
Le Prologus, construit autour du récit d’une vision active dans la représentation allégorique
de la Lex domini immaculata, constitue un processus métaphorique pertinent. À travers le jeu
linguistique, celui-ci montre un effet de complexité et d’imprécision qui n’a de sens et ne se
comprend que par rapport aux pratiques sociales dans lesquelles il est enraciné. Les effets produits
par le discours du Prologus sont examinés selon les méthodes de la traduction qui, selon une
perspective stylistique, détermine le processus de communication d’une correspondance entre le
contenu et la forme. En fonction de la langue retenue, ce texte produit une dialectique originale dans
les rapports communicatifs.
Dès lors, ce document marque l’émergence au XIVe siècle d’une tendance à établir le
discours juridique sur des bases morales et religieuses. L’utilisation des concepts qui font ressortir le
transfert d’un code linguistique à l’autre crée ici un effet inhabituel. Dans le cadre d’un phénomène
d’appropriation, la traduction s’affranchit d’une règle d’équivalence entre les systèmes pour
reproduire, sur un plan dynamique et fonctionnel, les relations entre les différents registres de la
normativité occidentale.
Tombeau de Bartolomeo da Saliceto,
Musée du Moyen-âge, Bologne.
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