
commander aux hommes et aux machines (très souvent acquis avec l'argent des autres, c'est-à-dire de l'État), les
patrons restent ce qu'ils étaient auparavant : des capitalistes.
Travailleurs et organisations ouvrières ne doivent prendre aucune parcelle de responsabilité pour la
gestion des entreprises capitalistes.
Des idéologues naïfs, partisans de la conciliation, rétorquent: « Vous, méchants marxistes, plaidez la cause de la
lutte des classes à outrance, alors que les capitalistes, assagis, sont prêts à faire des concessions et à mettre leur
lutte de classe en sourdine. » Il n'en est évidemment rien.
En cherchant à entraîner les organisations ouvrières et les travailleurs dans le guet-apens de la collaboration de
classes, le patronat poursuit de son côté une lutte de classe imp1acable. Il conserve intégralement ses armes: la
richesse financière, la propriété capitaliste des entreprises et des banques, la subordination de la vie économique
à ses impératifs de profit.
Mais en même temps il paralyse ou cherche à détruire la seule arme dont disposent les travailleurs: leur capacité
de s'organiser et d'entamer un combat commun pour leurs intérêts de classe, c'est-à-dire le fonctionnement des
organisations des travailleurs au profit des travailleurs. En cherchant à soumettre ces organisations à «l'intérêt
général », alors que l'économie est plus que jamais dominée par le profit capitaliste, le patronat obtient une victoire
éclatante dans sa lutte de classe contre les salariés-appointés.
C'est pour cette raison que les syndicats et les travailleurs doivent refuser de faire la moindre concession à «
l'esprit d'entreprise » répandu par le patronat. Ils doivent refuser systématiquement de prendre la plus petite
parcelle de responsabilité pour la gestion d'entreprises et de l'économie capitalistes. Contrôler pour contester, oui ;
participer ou partager la gestion : non; tel est l'intérêt des travailleurs.
Deux arguments sont souvent opposés à cette thèse traditionnelle du mouvement ouvrier, qu'André Renard
défendait encore avec force dans « Vers le Socialisme par l'Action ». D'abord on affirme que les travailleurs ont,
malgré tout, un intérêt dans la survie des entreprises; la disparition d'une grande entreprise n'implique-t-elle pas la
suppression de milliers d'emplois, l'extension du chômage?
L'argument oublie qu'en régime capitaliste, la concurrence et la concentration capitalistes sont inévitables. En «
associant » le sort des travailleurs à celui des entreprises, on ne risque pas seulement de les lier à des perdants
dans une lutte féroce. On transporte aussi la concurrence capitaliste au sein de la classe ouvrière, alors que
l'expérience a démontré que c'est seulement par leur organisation et unité de classe que les travailleurs ont une
chance quelconque de se défendre contre le système du Capital.
Le même argument n'a pas plus de valeur lorsqu'il est appliqué aux régions. «Nous ne voulons pas socialiser des
cimetières. Il faut donc s'associer aux patrons pour sauver « nos » industries, disent certains syndicalistes.
Le malheur, c'est que ces industries ne sont point « nôtres » mais capitalistes, même si le capital provient à neuf
dixièmes de subsides d'État. Ces industries sont soumises aux lois de la concurrence capitaliste. Entraîner les
travailleurs dans cette voie, c'est se soumettre aux impératifs de la rentabilité et du profit. C'est acquiescer à la «
rationalisation », à l'accroissement de la productivité, à l'accélération des cadences, à une exploitation plus intense
des travailleurs.
C'est également accepter la réduction de l'emploi. De là à accepter les licenciements, voire les réductions des
salaires, il n'y a qu'un pas. Dès qu'on met le premier pas sur cette voie, le chantage patronal devient tout-puissant.
Pour le briser, il faut de prime abord refuser la collaboration, et engager l'action pour imposer le maintien du
volume de l'emploi, par les réformes de structure anticapitalistes.
«Contrôle ouvrier» et «participation» s'opposent bel et bien l'un à l'autre.
Ensuite, il y a un argument plus subtil: « Pour pouvoir contrôler, il faut être informé, pourquoi ne pas participer dans
le seul but de glaner les informations?» Un sophiste ajoute qu'il n'y a pas de distinction absolue entre la
participation et le contrôle. La réponse est très simple: tout dépend de l'objectif de l'action et de la pratique qu'on
suit. « Participer » sans accepter la moindre responsabilité pour la gestion, est-ce de cela qu'il s'agit?
Mais qu'attend-on dès lors pour divulguer les fameuses « informations » glanées à tous les travailleurs? C'est
interdit, les patrons se refuseront de poursuivre ce jeu qui deviendrait pour eux un jeu de dupes! A la bonne heure!
Mais n'admet-on pas ainsi que sans pareille divulgation, en acceptant le secret, «la concertation» et des parcelles
de «co-responsabilité», on entre précisément dans le jeu des capitalistes? En pratique, la différence entre