Coronaires et Diabète :Ph.PASSA, P.DROUIN, M.ISSA

Quand effectuer une épreuve d’effort chez le diabétique ?
1. pourquoi cette question ?
Le diabète est un facteur de risque indépendant et majeur de mortalité
cardiovasculaire essentiellement liée à la maladie coronaire qui représente la cause
majeure de décès prématurés chez les diabétiques insulino-dépendants (DID) et les
diabétiques non insulino-dépendants (DNID). Différentes études ont montré que
chez les DNID d'âge moyen, de sexe masculin, le risque de décès d'origine
coronarienne est multiplié par 3 environ. Cette surmortalité est retrouvée chez les
sujets âgés de 65 à 75 ans, elle est encore plus marquée chez les sujets de sexe
féminin.
De plus, après un infarctus du myocarde, la mortalité à 8 jours, à 1 mois et à 1
an est chez les diabétiques environ le double de celle observée chez les non
diabétiques. Ces résultats sont retrouvés dans toutes les études réalisées depuis
20 ans.
2. - L'ischémie myocardique silencieuse (IMS)
Il en existe 3 types : celui qui nous intéresse est le type 1 : sujet totalement
asymptomatique sans antécédent d’infarctus du myocarde ou d’angine de poitrine.
Selon les études, cette IMS est de 2 à 7 fois plus fréquente chez les diabétiques
que dans la population générale, Ceci explique la relative fréquence des infarctus du
myocarde indolores et l'incidence élevée de la mort subite comme premières
manifestations de la maladie coronaire dans cette population .
La correspondance entre l’IMS et la (ou les) sténose(s) coronaire(s)
angiographique(s) significative(s) est incertaine et non obligatoire. En effet, dans
les courtes séries rapportées, l’exploration coronarographique d’une IMS objective
la présence d’une ou plusieurs sténoses angiographiques égales ou supérieures à 70
% dans 30 à 60 % des cas ,. L’altération de la réserve coronaire secondaire à la
micro-angiopathie intra myocardique, le trouble de la vasomotricité par dysfonction
endothéliale et le désordre de l’hémostase peuvent s’associer pour rendre compte
de cette discordance fonctionnelle et angiographique chez le diabétique. Toutefois,
il semble que le pronostic de l’IMS soit étroitement dépendant de l’existence ou non
de sténoses coronaires angiographiques.
En effet, deux études françaises ont récemment montré que la présence de
sténoses significatives est un facteur prédictif fort d’événements cardiaques
majeurs à 2 et 3,5 ans chez les patients avec IMS, alors que les patients avec
scintigraphie anormale mais sans sténose coronaire ont un pronostic voisin de celui
des sujets sans IMS .
La découverte d’une IMS justifie, raisonnablement aujourd’hui, la recherche de
sténoses coronaires par la pratique d’une coronarographie dans le respect des
règles de sécurité propres à ce type d’examen chez un diabétique .
3. qui dépister ?
Chez le diabétique, la prévalence de l’IMS varie largement de 10 à 30 % selon le
mode de sélection préalable des individus et selon l’acuité des examens de
dépistage. Elle est plus fréquente chez le diabétique ayant deux autres facteurs de
risque cardiovasculaire et peut être notée alors dans un tiers des cas . Cette grande
variabilité souligne la faible rentabilité d’un dépistage systématique de l’IMS chez
tout diabétique et met en lumière la nécessité d’une sélection préalable rigoureuse
des patients à partir de l’évaluation du RCV global de chaque diabétique.
Ce dépistage doit être mis en oeuvre auprès de sujets à haut risque
cardiovasculaire dont la probabilité d’avoir une IMS est élevée. La sélection idéale
devrait permettre d’identifier les sujets dont le RCV pourrait être compensé par un
bénéfice thérapeutique, au moins égal, obtenu par l’application de mesures
préventives et curatives appropriées. Cette relation risque/bénéfice n’est pas
encore établie. Aussi, la sélection reste empirique et vise à retenir les sujets dont
le risque potentiel est élevé et dont la probabilité de coronaropathie sténosante est
a priori forte.
En 1995, l’ALFEDIAM avait recommandé la recherche d’une IMS auprès de
diabétiques asymptomatiques ayant soit un cofacteur vasculaire associé au diabète,
soit un âge supérieur à 60 ans, soit une néphropathie, ou encore une artériopathie
des membres inférieurs . L’application ultérieure de ces recommandations dans
plusieurs études françaises n’a permis l’identification d’une IMS que dans 18 à 30 %
des cas, et la découverte d’une coronaropathie dans 10 % des cas. La sélectivité
insuffisante de ces précédentes recommandations a donc conduit le groupe
d’experts en 2004 (ALFEDIAM/SFC) à renforcer les critères de sélection des
diabétiques asymptomatiques relevant d’une stratégie de dépistage.
Cette sélection, qui vise à retenir les diabétiques présentant une forte probabilité
d’IMS, passe d’abord par l’âge des sujets et l’ancienneté du diabète, ensuite par la
mesure des autres facteurs de risque et enfin par l’existence éventuelle d’une
atteinte vasculaire périphérique ou d’une néphropathie.
o Patient diabétique de type 2 âgé de plus de 60 ans ou ayant un diabète
reconnu depuis plus de 10 ans et ayant au moins deux facteurs de risque
traditionnels parmi les suivants :
dyslipidémie avec cholestérol total > 2,5 g/L et/ou cholestérol LDL > 1,6
g/L, cholestérol HDL < 0,35 g/L, triglycérides > 2 g/L et/ou traitement
hypolipidémiant (prescrit dans le cadre d’une dyslipidémie et non dans celui
de la seule prévention primaire).
pression artérielle > 140/90 mmHg ou traitement hypotenseur ;
tabagisme actif ou interrompu depuis moins de trois ans ;
accident cardiovasculaire majeur avant l’âge de 60 ans dans la parenté du
premier degré.
o Patient diabétique de type 1 âgé de plus de 45 ans et traité depuis plus de 15
ans et ayant au moins deux autres facteurs de risque traditionnels.
o Patient diabétique de type 1 ou 2 ayant, quels que soient l’âge ou le niveau
des facteurs de risque traditionnels :
soit une artériopathie des membres inférieurs et/ou un athérome
carotidien ;
soit une protéinurie.
o Patient diabétique de type 1 ou 2 ayant, quel que soit l’âge, une micro-
albuminurie avec au moins deux autres facteurs de risque traditionnels.
o Reprise d’une activité sportive par un sujet sédentaire âgé de plus de 45 ans.
4. comment dépister
L'épreuve d'effort doit être proposée en première intention. . Les quelques études
réalisées spécifiquement chez des diabétiques ont montré qu'elle possédait une
sensibilité et une spécificité de l'ordre de 70 % et surtout une excellente valeur
prédictive négative de l'ordre de 85 %. Ainsi, chez les diabétiques ayant une
épreuve d’effort négative, un événement majeur ne survient que dans 4% des cas
dans un délai de 3 ans.
Cependant pour être interprétable, l'épreuve d'effort doit être maximale, c'est à
dire que la fréquence cardiaque du sujet doit atteindre la fréquence maximale
théorique : 220-âge. Elle doit être démaquillée, en l'absence de contre-indication à
l'arrêt des médicaments anti-ischémiques. Les dérivés nitrés ou les antagonistes
calciques de brève durée d'action ne doivent pas être pris le jour de l'examen. Les
antagonistes calciques de plus longue durée d'action doivent être interrompus 48
heures avant l'épreuve d'effort. Les bêtabloquants doivent être diminués
progressivement et cessés pendant les 48 heures précédant l'examen. Il n'existe
pas de consensus sur la suppression éventuelle des IEC.
La scintigraphie myocardique couplée à l’épreuve d’effort et/ou l’administration de
dipyramidole a une sensibilité et une spécificité divergente selon les études, son
coût est plus élevé ( X 6) et son interprétation plus opérateur dépendant.
Les autres épreuves seraient actuellement plus du domaine de la recherche.
Proposition de prise en charge :
Bilan annuel :
Interrogatoire attentif
Examen clinique cardio-vasculaire complet
Bilan biologique avec EAL et HbA1C
Recherche de protéinurie et si - : micro albuminurie
ECG de repos
Faible risque haut risque ECG ischémique
Recherche d’une ischémie myocardique silencieuse
Epreuve d’effort possible EE impossible
Négative + faible + forte
Scinti de perfusion
Ou echocardio de stress
gative positive
suivi clinique Nouvelle évaluation du risque à 2 ans coronarographie
annuel
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