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Dans les économies mixtes contemporaines, la nécessité de l’intervention de l’Etat
dans l’économie n’est plus remise en question. Le débat porte, en revanche, sur l’étendue de
cet interventionnisme. En fonction de la réalité politique du moment, la tutelle de l’Etat est
plus ou moins affirmée. Ainsi, dans la tradition libérale, actuellement prédominante en
France, le marché demeure l’élément central, gage de l’efficacité dans l’allocation des
ressources.
Mais la crise qui sévit actuellement a contraint les Etats libéraux à se raviser et à mettre en
place des mesures d’aides aux secteurs économiques en difficulté. Ce spectaculaire retour de
l’Etat dans l’économie n’aurait pu se faire si le contexte n’avait été si alarmant.
L’épicentre de la dépression mondiale est à situer aux Etats-Unis, à la fin de l’année
2006, avec la crise des crédits hypothécaires des « subprimes ».
Outre-atlantique, l’essentiel de la consommation est financé par l’endettement. Les conditions
d’accès à l’emprunt y sont très souples de sorte que la plupart des ménages même les plus
défavorisés ont la possibilité de recourir aux crédits. Ainsi, la dette brute de ces foyers était
estimée, au dernier semestre 2008, à 133% de leurs revenus selon la Réserve Fédérale
américaine. L’octroi de prêts immobiliers à taux variable aux ménages américains à risque
(les fameux subprimes) témoigne bien de cet engouement inconsidéré pour l’achat à crédit.
En effet, en dépit du fait que les emprunteurs étaient des foyers à faibles revenus, les banques
qui leur consentaient des prêts se satisfaisaient de la simple constitution d’une hypothèque sur
le bien acheté pour leur délivrer les fonds. Mais l’efficacité de cette garantie n’était assurée
que si les défauts de remboursement étaient peu significatifs…
Or consécutivement à des défaillances de paiement en chaîne, les biens immobiliers
hypothéqués ont été saisis puis proposés à la vente. L’arrivée massive de ces maisons sur le
marché a donc provoqué l’inéluctable écroulement de leur prix, de sorte que les banques se
sont trouvées dès lors dans l’impossibilité de se rembourser sur la valeur du collatéral.
L’ampleur du problème fut révélée le 8 février 2007 lorsque la banque HSBC fit l’annonce,
dans un « profit warning », que d’importantes provisions avaient été comptablement passées
par anticipation de ce risque. Puis, en juin 2007, les besoins d’informations exprimés par les
marchés se faisant de plus en plus pressants, des chiffres plus précis sont publiés et annoncent
une spectaculaire augmentation du taux de défaut des derniers crédits subprimes consentis.
Ces créances douteuses étant difficilement identifiables, une gigantesque défiance commença
à s’installer, grippant ainsi le marché interbancaire et provoquant alors un assèchement des