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permettrait aux personnes concernées de ne rien faire pour s’en sortir. La conviction, implicite
ou explicite, que les « assistés » sont responsables de leur sort, valorise l’individu méritant au
détriment du groupe irresponsable. Dans une société de plus en plus indifférente au malheur
des autres, les travailleurs sociaux sont déstabilisés. Ils n’ont pas le profil de la modernité
économique. Ils ne sont ni compétitifs, ni productifs, ni performants. Ils n’obtiennent pas des
résultats mesurables. Ils refusent tout travail participatif, ne travaillent pas en mode projet. Et
surtout, ils coûtent trop cher !
B- L’image incertaine de la Prévention Spécialisée
Il y a des explications spécifiques qui tiennent à la nature même de la Prévention Spécialisée.
Ce travail de nuit et de rue sans contraintes ni mandat nominatif, basé sur la confidentialité, ne
rentre pas dans le cadre conventionnel normé de l’aide sociale. Les jeunes accompagnés
n’accèdent pas aux dispositifs mis en place à leur intention ni aux institutions éducatives et
sociales de droit commun. Dés lors la Prévention Spécialisée a mauvaise presse. Si cette
jeunesse ne répond pas aux structures imaginées pour elle, c’est qu’elle est celle de
délinquants, trafiquants, drogués, qui refusent les codes de la vie sociale et dont la place est en
prison ou en placement et non pas dans l’espace public . La seule réponse efficace serait de
remplacer les travailleurs de rue par des policiers et de mettre dans les mains des juges les
jeunes qu’ils accompagnent.
C- Le poids des contraintes budgétaires
Se pose aussi une question de coûts dans le contexte financier difficile des collectivités
territoriales en général et des conseils départementaux en particulier. La loi de progression des
dépenses publiques pour les années 2014-2019 arrête un plan d’économie de 50 milliards d’€
sur 3 ans alors que les dépenses sociales des conseils départementaux continuent d’augmenter
à un rythme soutenu de plus de 4% par an ; celles du RSA progressent chaque année de plus
de 9%. Les dotations de l’Etat diminuent régulièrement alors que la situation sociale du pays
se détériore, engendrant de nouvelles dépenses obligatoires pour les conseils départementaux.
Ils doivent faire des économies. Ce sont principalement les dépenses sociales non obligatoires,
et notamment celles de la Prévention Spécialisée, qui en font les frais ; d’autant plus
fréquemment qu’elles sont difficiles à évaluer. Mais d’autres associations d’aide aux étrangers,
aux demandeurs d’asile, aux droits des femmes, aux précaires…sont aussi dans la même
situation. Cette restriction est d’autant plus paradoxale que la politique nationale de la ville, la
politique de lutte contre le décrochage scolaire, la stratégie nationale de prévention de la
délinquance pour ne citer que quelques exemples ont mis clairement en évidence la capacité
de la Prévention Spécialisée à faciliter la cohérence des parcours éducatifs envers un public
marginalisé et à promouvoir leur capacité d’agir. La mise en concurrence des associations,
dans le cadre d’appels d’offre censés permettre des économies de fonds publics, est
incompatible avec le temps long de l’accompagnement.
D- Les « spécificités méritoires » du travail de rue
Les « spécificités méritoires » du travail de rue méritent d’être soulignés, tant la Prévention
Spécialisée ne rentre pas dans le cadre des politiques sociales classiques. Ses modes
opératoires sont spécifiques
:
ADDAP 13- Présentation générale de la prévention spécialisée.