I. La dynamique de change dans le contexte de « globalisation

Conclusion générale
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Conclusion générale
Dans cette thèse, nous avons examiné la dynamique de change, d’une part, sous l’angle
des trois aspects qui caractérisent le terme « change », et d’autre part, dans le contexte de
globalisation et de régionalisation qui a marqué l’essentiel de l’économie internationale au
cours des deux dernières décennies. Ces spécificités méthodologiques, qui constituent la
principale originalité de notre étude, nous ont permis au fil des chapitres de tirer de nouvelles
conclusions quant à la dynamique de change.
Les trois aspects du « change », défini comme étant « échange de devises » dans
l’introduction générale, ont été soulignés pour arriver à une meilleure appréhension du
phénomène de dynamique de change. Nous avons en particulier porté notre attention sur les
deux aspects « qualitatifs » du change, à savoir le « processus d’échange » de devises d’une
part, et la « cohésion monétaire » sous-jacente à cet échange d’autre part, car ceux-ci n’ont
pas été suffisamment pris en compte dans la théorie de la détermination des taux de change.
Cette théorie, qui constitue l’un des principaux paradigmes d’analyse de la dynamique de
change dans la littérature économique, ne s’intéresse en effet qu’au troisième aspect du
change, c’est-à-dire le « prix » fixé lors de l’échange de monnaies. C’est pour pallier cette
insuffisance que nous avons analysé dans cette thèse les différentes formes de dynamiques de
change actuellement en cours dans l’économie internationale. L’aspect relatif à la cohésion
entre monnaies nationales a été spécialement souligné dans les première et troisième parties
de la thèse, tandis que le processus d’échange de devises sur le marché des changes, ainsi que
l’aspect quantitatif du change, à savoir le prix, ont été mis en valeur dans la deuxième
partie. Grâce à l’adoption de cette approche analytique de nature pondérée, la présente étude a
pu produire des éléments nouveaux, et peut donc être considérée comme un complément aux
études sur la dynamique de change qui existent déjà dans la littérature économique.
Le contexte de « globalisation » et de « régionalisation » dans lequel nous avons placé
notre étude, nous a permis de mieux mettre en lumière le lien inséparable qui existe entre le
change relation de nature internationale liant des monnaies nationales et tous les
changements du paysage économique mondial. Ce faisant, nous avons pu mettre en évidente
les caractéristiques propres à la dynamique de change actuelle. Nous appuyant sur cette
spécificité méthodologique, nous avons disting d’abord dans la première partie de nature
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théorique, puis dans la troisième partie de nature empirique, deux formes de dynamiques de
change parmi les plus importantes dans notre économie aujourd’hui : le phénomène de
monnaie internationale dans le contexte de « globalisation », et le processus d’intégration
monétaire dans le contexte de « gionalisation ». Cette différenciation a favorisé l’adoption
d’une approche macroscopique qui, complétant l’approche microscopique essentiellement
utilisée dans la deuxième partie de la thèse, offre une dichotomie méthodologique alternative
plus souple au regard du choix des stratégies analytiques. L’incorporation dans notre analyse
de la coexistence de la globalisation et de la régionalisation a ainsi rendu possible une
appréhension globale de la dynamique de change.
Suivant la logique de la structure d’analyse générale de cette thèse, nous articulons les
principaux résultats obtenus autour de trois axes.
I. La dynamique de change dans le contexte de « globalisation »
Le « curriculum vitae monétaire » que nous avons établi dans le chapitre 1 a montré
que l’évolution internationale d’une monnaie nationale ne peut se séparer de celle qui
s’effectue sur son « territoire d’origine ». En effet, en vertu des schémas 1-1 et 1-2, nous
pouvons constater que la dynamique de change, sous l’aspect de « cohésion monétaire »,
représente l’ensemble des « substitutions monétaires » entre devises sur la scène
internationale. Rappelons que l’une des nouveautés dans notre étude réside dans une nouvelle
interprétation de cette notion de « substitution monétaire », à la fois dans une optique
concurrentielle, et dans une optique politico-économique. Certes, la notion de « substitution
monétaire » a été introduite dans l’une des « branches » appartenant à la « théorie de la
détermination des taux de change ». Il faut cependant souligner que la notion utilisée dans les
modèles « connexes » ne s’intéresse qu’au « prix relatif » de deux monnaies nationales, c’est-
à-dire à l’aspect quantitatif du change. Nous avons montré dans le chapitre 1 que le « prix
relatif », ou plutôt la « valeur relative » que possède le couple de devises en termes de qualité,
peut avoir une incidence décisive sur la dynamique de change, en particulier dans une
dimension temporelle de long terme. En effet, comme le niveau de cette « valeur intrinsèque
relative » entre deux devises dépend de leur degré de substitution, et que le degré de
substitution monétaire s’apparente au mode d’interaction entre la demande, c’est-à-dire les
agents privés sur le marché, et l’offre, à savoir les autorités monétaires, par conséquent, la
notion qualitative de « substitution monétaire » donnera une meilleure idée de l’évolution
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intertemporelle de la dynamique de change par rapport à ce que nous obtiendrions si nous
nous fiions à la seule notion quantitative.
Dans le contexte de « globalisation » la libre circulation des capitaux est de plus en
plus rapide et quasiment sans limite, notre analyse du phénomène de substitution monétaire
montre que seule une coopération volontaire et sérieuse des autorités monétaires en matière
de politiques monétaires peut aider ces dernières à maintenir leur influence sur l’évolution
de leurs monnaies dans l’économie internationale. En effet, rappelons que les agents privés
qui représentent le côté « demande » de ces monnaies, et qui se rassemblent de manière
implicite grâce à la « globalisation », jouent grâce aux forces du marché un rôle de « décideur
clé », et donc un rôle de véritable « gagneur », vis-à-vis des « offreurs » monétaires. Les
études théorique et empirique de l’évolution de la monnaie internationale, réalisées
respectivement dans les chapitre 2 et 6, ont confirmé ce fait. Si jamais un pays ne bénéficie
plus d’hégémonie politico-économique incontournable vis-à-vis du reste du monde, le statut
privilégié de la monnaie qu’il émet connaîtra un déclin exponentiel, en raison de l’abandon
brutal de cette monnaie, et à l’échelle mondiale, par ses « consommateurs internationaux » sur
le « marché international des monnaies nationales ». C’est ainsi que l’évolution de la livre
sterling en tant que devise clé internationale, et celle du dollar dans une moindre mesure, ont
été les meilleurs exemples possibles du fonctionnement de la dynamique de change
internationale tout au long du siècle dernier.
Cependant, la « globalisation » peut aussi servir de facteur favorable à la position
internationale des autorités monétaires, et cela à deux niveaux. D’une part, la globalisation a
pour effet de rendre plus acharnée la concurrence entre ces autorités au niveau international,
et d’offrir en conséquence aux « consommateurs monétaires » une plus large « gamme » de
choix sur ce « marché international des monnaies nationales ». C’est pourquoi, si une banque
centrale nationale maintient sa crédibilité internationale en termes de pouvoir d’achat à la
fois interne (niveau d’inflation) et externe (volatilité du cours de change) de manière
cohérente au fil du temps, elle profitera par « mimétisme » à l’échelle mondiale d’une
expansion de sa « base clientèle », et bénéficiera donc de gains implicites mais non
négligeables tels que le « seigneuriage international ». D’autre part, une fois que la position
internationale dominante détenue par une autorité monétaire est acquise, cette dernière, grâce
à la « globalisation », profite d’un autre avantage qui consiste à renforcer cette position en
jouant le jeu du « temps », par le biais de « l’effet d’inertie » affectant le choix que font les
agents privés sur le « marché de l’habitat monétaire international ».
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La « globalisation » en tant que facteur renforçant le rôle joué par une autorité
monétaire dans une telle concurrence à l’échelle mondiale semble, à cet égard, l’élément clé
en ce qui concerne l’avenir de l’euro sur la scène internationale. En effet, ce mouvement
pouvant créer un « cycle vertueux » au regard de certaines des conditions nécessaires à
l’émergence d’une devise clé, par exemple la profondeur du marché financier ou le mode
de commerce extérieur (voir le chapitre 6), un maintien sans réserve de la « crédibilité
internationale » de la Banque centrale européenne (BCE) en matière de politiques monétaires,
ainsi que des mesures stimulant l’émergence rapide de « l’habitat monétaire » en faveur de la
monnaie unique européenne dans l’économie internationale, garantiront à long terme une
prédominance internationale de l’euro si tel est l’objectif de la BCE.
II. La dynamique de change dans le contexte de « régionalisation »
Dans cette thèse, la dynamique de change a été analysée non seulement dans le contexte
de « globalisation » (chapitres 2 et 6), mais aussi dans le contexte de « régionalisation »
(chapitres 3, 7 et 8), afin de mettre en évidence deux cas distincts de dynamique de change
régionale présents à l’heure actuelle dans l’économie internationale. Il s’agit du processus
d’intégration monétaire, d’un côté principalement conduit par les institutions au sein des
pays d’Europe, et de l’autre côté essentiellement poussé par les « forces du marché »
représentées par les agents économiques privés en Asie orientale. Ces études ont permis à la
fois de gager des spécificités inhérentes à la dynamique de change au sein de ces processus
de régionalisation, et d’effectuer une comparaison dans une optique globale.
En ce qui concerne le cas européen, nous avons dans un premier temps proposé un
cadre d’analyse incorporant à la fois la « théorie de la zone monétaire optimale » et
l’approche de « lanalyse coûts-bénéfices ». Ce cadre, qui a été synthétisé dans les schémas
3-1 et 3-2 (chapitre 3), constitue une autre nouveauté méthodologique proposée dans cette
thèse. Ce bilan analytique nous a permis d’effectuer une évaluation globale et pondérée de la
préparation du passage à la monnaie unique européenne, et de son fonctionnement dans le
futur (chapitre 7). D’après notre analyse, la réussite globale à long terme de la mise en place
de l’euro dépend, outre la « volonté politique » des gouvernements de la zone euro, de trois
facteurs : (a) le facteur « gradation », qui s’apparente à un arbitrage inéluctable entre les
bénéfices tirés de l’adoption de l’euro d’un côté, et les coûts transitoires pour la création de
cette monnaie de l’autre, chacun étant fonction croissante de la profondeur du processus
d’intégration monétaire ; (b) le facteur « dynamisme » qui met en valeur l’hétérogénéité du
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comportement intertemporel des gains nets ; et en particulier (c) le facteur « dualisme ». Ce
troisième facteur, qui fait écho à ce que nous venons de souligner à propos de l’influence
décisive que peuvent exercer les agents privés sur la dynamique de change dans le contexte de
globalisation, semble aller à l’encontre de la nature essentiellement institutionnelle de la mise
en place de l’euro. Son impact sur la réussite de l’euro est pourtant non négligeable, si nous
insistons sur l’un des résultats clés de notre étude (chapitre 7) : la détermination de l’ampleur
des coûts transitoires et des bénéfices macroéconomiques à long terme est fonction de
l’interaction intertemporelle entre, d’une part, la BCE, et d’autre part, ses « clients » à la fois
régionaux et internationaux. En d’autres termes, l’approche de marché ne peut être en tout
état de cause séparée de l’approche institutionnelle, même si les institutions européennes ont
contribué, en grande partie, à la réalisation du « projet euro ». Cette conclusion confirme, de
nouveau, l’importance d’une prise en compte de la concomitance des phénomènes de
régionalisation et de globalisation dans une analyse de la dynamique de change au sein de
l’économie actuelle.
Outre les trois facteurs évoqués ci-dessus, notre étude (chapitre 7) a relevé un autre
élément clé pour la réussite du processus d’intégration monétaire européenne : la
convergence institutionnelle au sein des pays de la zone euro. En effet, ces pays ont certes
tous rempli, dans une certaine mesure, les cinq « critères de convergence » imposés dans le
cadre du Traité de Maastricht pour rejoindre la zone monétaire. Cependant, notre analyse a
démontré que cette « convergence à la Maastricht » est loin d’avoir pour effet d’accélérer une
véritable réforme dans les institutions européennes, en particulier dans le domaine de la
finance publique. Or, dans ce domaine, la convergence s’avère pourtant nécessaire dans une
optique de long terme, pour produire des gains à la fois microéconomiques et
macroéconomiques au sein de ces pays. En d’autres termes, dans le cas d’une convergence
institutionnelle insuffisante à long terme, l’ampleur nette des bénéfices du processus
d’intégration monétaire européenne risquera d’être minime, voire négative, parce que cette
non-convergence institutionnelle est susceptible d’engendrer des coûts supplémentaires qui
s’ajouteront aux coûts indépendants de la réforme institutionnelle européenne.
Le cas asiatique, exemple de processus d’intégration monétaire essentiellement conduit
par les « forces du marché », a quant à lui été examiné dans le chapitre 8 de cette thèse sous
un angle différent de celui adopté pour l’étude du cas européen, dans le souci de mettre en
valeur les spécificités régionales. Nous avons employé une stratégie analytique alternative par
rapport à celles utilisées dans des études similaires, proposant ainsi une autre nouveauté
méthodologique. En partant de l’hypothèse que seule la cohésion commerciale « intra-
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