1.4. NORMES ET CONDITIONNEMENT D’UNE MATRICE CHAPITRE 1. SYSTÈMES LINÉAIRES
Ce résultat s’énonce de manière équivalente de la manière suivante : Soit une application linéaire de Edans E,
où Eest un espace vectoriel normé de dimension finie nsur Cl . Alors il existe une base (f1,...,fn)de Cl et une
famille de complexes (ti,j )i=1,...,n,j=1,...,n,jitelles que (fi)=ti,ifi+Pk<i tk,ifk.De plus ti,i est valeur
propre de et de Apour tout i2{1,...,n}.
Les deux énoncés sont équivalents au sens où la matrice Ade l’application linéaire s’écrit A=QT Q1, où T
est la matrice triangulaire supérieure de coefficients (ti,j )i,j=1,...,n,jiet Qla matrice inversible dont la colonne
jest le vecteur fj).
DÉMONSTRATION – On démontre cette propriété par récurrence sur n. Elle est évidemment vraie pour n=1. Soit
n1, on suppose la propriété vraie pour net on la démontre pour n+1. Soint donc Eun espace vectoriel sur Cl
de dimension n+1et une application linéaire de Edans Cl . On sait qu’il existe 2Cl (qui résulte du caractère
algébriquement clos de Cl ) et f12Etels que (f1)=f1et kf1k=1; on pose t1,1=et on note Fle sous
espace vectoriel de Esupplémentaire orthogonal de Cl f1. Soit u2F, il existe un unique couple (µ, v)2Cl ⇥Ftel que
(u)=µf1+v. On note ˜
l’application qui à uassocie v. On peut appliquer l’hypothèse de récurrence à ˜
(car ˜
est
une application linéaire de Fdans F, et Fest de dimension n). Il existe donc une base orthonormée f2,...,fn+1 de F
et (ti,j )ji2tels que
˜
(fi)= X
2ji
tj,ifj,i=2,...,n+1.
On en déduit que
(fi)= X
1jin
tj,ifj,i=1,...,n+1.
Dans la proposition suivante, nous montrons qu’on peut toujours trouver une norme (qui dépend de la matrice)
pour approcher son rayon spectral d’aussi près que l’on veut par valeurs supérieures.
Théorème 1.32 (Approximation du rayon spectral par une norme induite).
1. Soit k·kune norme induite. Alors
⇢(A)kAk,pour tout A2Mn(IR).
2. Soient maintenant A2Mn(IR) et ">0, alors il existe une norme sur IR n(qui dépend de Aet ") telle que la
norme induite sur Mn(IR), notée k·k
A,", vérifie kAkA,"⇢(A)+".
DÉMONSTRATION – 1. Soit 2Cl valeur propre de Aet xun vecteur propre associé, alors Ax=x, et comme k·k
est une norme induite, on a :
kxk=||kxk=kAxkkAkkxk.
On en déduit que toute valeur propre vérifie kAket donc ⇢(A)kAk.
2. Soit A2Mn(IR), alors par le théorème de triangularisation de Schur (théorème 1.31 ppécédent), il existe une base
(f1,...,fn)de Cl net une famille de complexes (ti,j )i,j=1,...,n,jitelles que Afi=Pjitj,ifj. Soit ⌘2]0,1[, qu’on
choisira plus précisément plus tard. Pour i=1,...,n, on définit ei=⌘i1fi. La famille (ei)i=1,...,n forme une base
de Cl n. On définit alors une norme sur IR npar kxk=(
Pn
i=1 ↵i↵i)1/2, où les ↵isont les composantes de xdans la
base (ei)i=1,...,n.Notons que cette norme dépend de Aet de ⌘. Soit ">0; montrons que pour ⌘bien choisi, on a
kAk⇢(A)+". Remarquons d’abord que
Aei=A(⌘i1fi)=⌘i1Afi⌘i1X
ji
tk,ifj=⌘i1X
ji
tj,i⌘1jej=X
1ji
⌘ijtj,iej,
Analyse numérique I, télé-enseignement, L3 63 Université d’Aix-Marseille, R. Herbin, 15 septembre 2015