mars 2004[8]. Ce rapport rend le FPR et ses alliés - sur base d’une recherche poussée et
de témoignages étonnants - responsable de l’attentat du 6 avril 1994. Le rapport n’a
longtemps pas été publié, mais le contenu n’a pas été démenti par le juge. Enfin, le 17
novembre 2006 Bruguière, premier vice-président du tribunal de grande instance de Paris,
a signé une ordonnance demandant au Procureur de la République le lancement de
mandats d’arrêts internationaux contre 9 personnes et de saisir - à cause de l’immunité
d’un chef d’Etat respectée par la France - le Secrétaire Général des Nations Unies en vue
d’une accusation du Général Paul Kagame par la justice internationale. Cette ordonnance
de 64 pages est un fait majeur et devrait amener le TPIR à entreprendre une enquête
approfondie sur cet événement fatidique.[9]
Le présent rapport se situe dans la ligne d’argumentation que j’ai développée dans
les expertises soumises au TPIR en 2003 et 2005[10].
Les hypothèses de travail y contenues se résument ainsi :
- la responsabilité du FPR pour l’attentat du 6 avril 1994
- la non-existence d’une planification générale de ce génocide par les
accusés du TPIR
- la création et le maintien d’un vide au niveau étatique par le FPR et une
partie de la communauté internationale pour empêcher le gouvernement
intérimaire de mettre de l’ordre et de faciliter la victoire militaire des rebelles,
- l’existence de massacres généralisés dans les territoires dominés par le
FPR à partir de 1992/1993 provocant la généralisation d’une haine ethnique
anti-tutsi,
- la caractérisation de Jean-Pierre Turatsinze comme agent du FPR
- la mise en doute de la plus grande partie des documents anonymes
présentés comme preuves pour la thèse de la planification par le Procureur
et Alison Des Forges.
Je peux constater maintenant que ses hypothèses de travail se sont avérées justes.
Par comparaison aux rapports antérieurs soumis au TPIR, cette troisième expertise
approfondit le fait de la provocation intentionnée par les agresseurs d’inciter « les hutu » à
commettre des crimes en vue de la justification ex-post de la conquête militaire du
Rwanda par le FPR. Par ce fait, ce mouvement de guérilla voulait faire oublier que cette
conquête était une infraction au principe de partage du pouvoir régissant les Accords
d’Arusha signés le 4 août 1993.
Le présent rapport approfondit également les remarques critiques[11] concernant la
neutralité et la qualité des innombrables témoignages d’Alison Des Forges. Elle peut
désormais être considérée, de par sa coopération étroite avec Rakiya Omaar[12], comme
ayant déjà appartenu, en 1993, à une sorte de « network » inavoué du FPR[13].
L’accomplissement le plus important de Madame Des Forges avant la publication du livre
« Leave none to tell the story – élaboré au nom de Human Rights Watch et de la
Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme (FIDH) - est l’organisation de
la « Commission Internationale d’Enquête» (CIE) de janvier 1993. Pierre Péan a le mérite
d’avoir découvert l’étroite collaboration de Mme Des Forges avec Jean Carbonare qui –
membre du FPR - était le « mastermind » derrière cette action de propagande pro-FPR.
[14] Pour dénigrer le livre de Péan, Alison Des Forges a dit le 5 octobre 2006 devant le
TPIR : « Pierre Péan, as I understand it, made 65 errors of fact in his book, including the
astonishing assertion that the French national assembly inquiry had paid no attention to
the shooting down of Habyarimana's air plane when, in fact, the published reports of that
inquiry include an entire chapter on the subject. On that basis, I find Mr. Péan's research
methodology lacking and would not be inclined to rely upon him, unless he were to put