
Introduction :
Dans toutes les juridictions à travers le monde, la notion de bonne foi est fréquemment utilisée pour
atténuer la rigueur de l’application stricte des règles de droit. Cette disposition d’ordre public,
présente dans la plupart des systèmes juridiques, vise à garantir que les comportements et décisions
des acteurs de la vie juridique respectent des normes de loyauté et d’honnêteté.
Dans ce contexte, les administrateurs de sociétés par actions, qu'elles soient régies par la LCSA
ou la LQSA
, jouent un rôle central dans la gestion et la surveillance des affaires internes de
l'entreprise. En tant que mandataires fiduciaires ou quasi-fiduciaires de la société, ils disposent de
pouvoirs à la fois explicites et implicites, leur permettant de prendre des décisions stratégiques et
de veiller à la bonne marche de l’organisation. Cependant, l’exercice de ces responsabilités expose
les administrateurs à des risques importants, notamment ceux liés aux conflits d’intérêts, à la fraude
et aux malversations. Leur position privilégiée au sein de la société les amène parfois à devoir
arbitrer entre les intérêts de la société et leurs propres intérêts personnels, ceux des actionnaires ou
même d’entités affiliées, telles que des filiales. Le Code civil du Québec (articles 321et suivants)
impose aux administrateurs une obligation de loyauté et d’honnêteté, les contraignant à éviter toute
situation de conflit d’intérêts. Cette obligation fiduciaire se traduit, par exemple, par l’exigence de
divulguer toute situation où leurs intérêts personnels pourraient interférer avec ceux de la société,
comme le précisent les articles 325
et 326
du Code civil. Ainsi, un administrateur doit toujours
agir dans l’intérêt supérieur de la société, et non à des fins personnelles, sous peine de sanctions en
cas de fraude, de malversation ou d’autres comportements déloyaux.
Toutefois, il ne suffit pas d'éviter les comportements frauduleux ou malhonnêtes, il est tout aussi
essentiel pour les administrateurs d’agir de bonne foi. Ce principe fondamental du droit civil,
souvent présumé chez tout administrateur, constitue une balise protectrice, surtout lorsqu’il s’agit
de démontrer l’absence d’intentions malveillantes dans la gestion des affaires de la société. La
bonne foi est également liée à la notion de l’effet de l’apparence, selon laquelle les tiers peuvent
légitimement se fier aux actes de l’administrateur, tant que ces derniers semblent réguliers et
conformes à ses fonctions. En conséquence, la bonne foi joue un rôle atténuateur lorsque des doutes
surgissent quant à la conformité des actions d’un administrateur avec les règles légales.
Pour illustrer les enjeux liés aux conflits d’intérêts, à la fraude et aux malversations dans la gestion
des sociétés par actions, nous examinerons trois arrêts pertinents. Ces décisions permettront de lier
les principes directeurs qui encadrent les administrateurs aux conséquences juridiques qu’ils
encourent en cas de manquement à leurs obligations fiduciaires.
Loi canadienne sur les sociétés par acons L.R.C. (1985), ch. C-44, Dernière modicaon le 1 janvier 2020
CCQ‑1991, C‑12, C‑25.01 et P‑34.1, à jour au 8 juin 2024.
CCQ-1991, 2009, c. 52, a. 325.
CCQ-1991, 2009, c. 52, a. 326.