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article Cog sociale 2016-Maxime-Bertoux

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Cognition sociale
Article in EMC - Neurologie · May 2016
DOI: 10.1016/S0246-0378(16)65655-5
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Maxime Bertoux
French Institute of Health and Medical Research
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17-022-E-30
Cognition sociale
M. Bertoux
Les processus neurocognitifs qui nous permettent d’interagir avec autrui de manière adaptée composent
la « cognition sociale » qui se réfère spécifiquement à la manière dont nous percevons, traitons et interprétons les informations sociales. Composante non négligeable de l’intelligence humaine pourtant longtemps
négligée, elle jouit depuis une quinzaine d’années d’un intérêt croissant, proportionnel au développement des neurosciences sociales. Le bon fonctionnement de la théorie de l’esprit, de l’empathie et de
la reconnaissance des émotions (permettant d’inférer ce qu’autrui pense et ressent), de même qu’une
connaissance des normes sociales et une fine analyse des contextes nous permettent de vivre ensemble
en « harmonie » et de coopérer efficacement, deux éléments assurant la survie de l’espèce. Soutenues
par certains processus cognitifs transversaux, ces fonctions modulent drastiquement nos comportements
sociaux quotidiens et ont une influence déterminante sur notre bien-être et notre réussite sociale. Cet
article propose un aperçu des connaissances actuelles sur la cognition sociale et les fonctions qui y sont
associées. Il en présente les corrélats neuroanatomiques et évoque ensuite les maladies neurologiques et
psychiatriques fréquemment associées à – ou caractérisées par – une perturbation de la cognition sociale,
avant de terminer par un court inventaire des outils neuropsychologiques les plus fréquemment utilisés
pour son évaluation clinique. L’article souligne l’importance des fonctions de la cognition sociale dans
les comportements humains et l’adaptation à la société. Faisant écho à la reconnaissance de la cognition sociale comme étant l’un des six domaines cognitifs principaux au sein du manuel diagnostique et
statistique des troubles mentaux (cinquième édition), l’article plaide pour une évaluation quasi systématique de la cognition sociale en neurologie et en psychiatrie et pour le développement de nouveaux tests
cliniques permettant une évaluation rapide mais multidimensionnelle de ce domaine cognitif.
© 2016 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
Mots-clés : Cognition sociale ; Théorie de l’esprit ; Empathie ; Émotions ; Autisme ; Démence frontotemporale
Introduction
Plan
■
Introduction
1
■
Fonctions de la cognition sociale
Théorie de l’esprit
Empathie
Reconnaissance des émotions
Régulation émotionnelle
Sémantique sociale : normes conventionnelles et morales
Analyse contextuelle
Mécanismes aspécifiques de soutien de la cognition sociale :
fonctions exécutives et circuit de la récompense
2
2
2
2
2
2
3
■
Bases neurales
3
■
Maladies de la cognition sociale
4
■
Évaluation clinique
Théorie de l’esprit
Empathie
Reconnaissance émotionnelle
4
5
5
5
■
Conclusion
5
EMC - Neurologie
Volume 0 > n◦ 0 > xxx 2016
http://dx.doi.org/10.1016/S0246-0378(16)65655-5
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Vouloir définir ce qu’est la « cognition sociale » reviendrait
presque à définir ce qu’est la cognition tant l’humain est un animal social. La plupart de nos activités quotidiennes sont motivées
et/ou modulées par des buts et contextes sociaux. Il en est ainsi
depuis notre enfance [1] et il en sera de même tout au long de notre
vie [2] . L’essentiel de nos vies étant social, il est difficile de dire que
telle ou telle fonction cognitive n’appartient pas à la cognition
sociale ; notre cerveau, disproportionné pour notre taille, pourrait d’ailleurs être le pur produit d’une évolution nous permettant
de gérer des systèmes sociaux complexes [3] . La cognition sociale se
réfère spécifiquement à la manière dont nous percevons, traitons
et interprétons les informations sociales. La cognition sociale permet donc de reconnaître les émotions des autres, de deviner ou
d’interpréter leurs sentiments, croyances ou idées et d’y répondre
de manière appropriée. Elle est l’ensemble des processus qui nous
permet de comprendre et de se représenter les autres personnes
et groupes sociaux, de réguler nos émotions, d’établir des normes
sociales et morales et de coopérer ensemble. En bref, la cognition
sociale est la somme des processus neurocognitifs nous permettant de nous adapter à un groupe et à la société.
1
17-022-E-30 Cognition sociale
Représentation cognitive
Représentation affective
Théorie de l'esprit
Empathie
Théorie de l'esprit cognitive
Théorie de l'esprit affective / Empathie
cognitive
Empathie affective
Se représenter les pensées,
croyances des autres
Se représenter les
sentiments des autres
Ressentir les sentiments des
autres
Du fait de son importance cruciale dans les relations interpersonnelles et la psyché humaine, il est surprenant de voir
que l’essentiel des découvertes dans ce domaine s’est fait après
2000. Pionnière à vouloir décrire l’architecture cognitive de la
pensée, la psychologie de l’intelligence a toujours négligé les aptitudes relatives aux relations avec autrui et celles-ci n’ont jamais
été intégrées au modèle Cattell-Horn-Carroll, principal modèle
de l’intelligence [4] . Si l’engouement des neurosciences pour la
cognition sociale conduit progressivement à effacer l’arbitraire
distinction entre cognitif, émotionnel, social et comportemental, beaucoup reste à faire dans ce vaste champ si longtemps
négligé. Une fois n’est pas coutume, c’est de l’étude de ses troubles
que nous vient de nombreuses connaissances sur la cognition
sociale. La description des mécanismes autistiques, l’exploration
des séquelles des lésions cérébrales ou encore l’étude des maladies
neurodégénératives ont permis d’approfondir nos connaissances
sur les fonctions et régions cérébrales qui sous-tendent la cognition sociale [5, 6] . Certaines études dissèquent ses mécanismes et
essaient de comprendre leur architecture, leur spécificité ou la
nature de leurs interactions avec d’autres fonctions cognitives.
D’autres montrent à quel point l’évaluation de la cognition sociale
représente un intérêt clinique capital. Il est en effet bien établi que
les troubles de la cognition sociale sont à l’origine d’un handicap fonctionnel important : ils entraînent une baisse de la qualité
de vie et favorisent le chômage, l’isolement, la survenue de problèmes mentaux, et parfois, de comportements criminels [7–10] . Ils
sont également source de tensions et de ressentiment importants
pour les proches des patient(e)s, entraînant des conséquences dramatiques sur leur propre santé et qualité de vie. Au cours d’une
évaluation clinique, il apparaît ainsi crucial d’allouer un moment
pour évaluer les fonctions de la cognition sociale, que je décris ici
succinctement.
Fonctions de la cognition sociale
Théorie de l’esprit
La théorie de l’esprit est une fonction centrale de la cognition
sociale et donc un facteur déterminant dans les rapports sociaux et
l’adaptation à un environnement social. La théorie de l’esprit est
la fonction cognitive qui nous permet d’inférer les états mentaux
d’autrui. Elle est le plus souvent divisée en théorie de l’esprit cognitive et affective. La première permet la représentation mentale des
croyances, intentions ou pensées d’autrui et la deuxième la représentation mentale des émotions ou sentiments d’autrui. La théorie
de l’esprit affective est également appelée « empathie cognitive ».
La Figure 1 permet d’illustrer comment théorie de l’esprit et empathie s’articulent pour la majeure partie des théoricien(ne)s de la
cognition sociale [11] . L’une (théorie de l’esprit) traite les informations davantage cognitives tandis que l’autre (l’empathie) traite
les informations plus affectives.
Empathie
L’empathie est la capacité de partager et de comprendre les
sentiments des autres. C’est une fonction fondamentale de
l’expérience émotionnelle et son rôle est majeur dans les interactions sociales puisqu’elle permet la communication affective et
motive les individus à agir de manière prosociale, notamment
2
Figure 1. Représentation schématique du chevauchement entre
théorie de l’esprit et empathie.
en favorisant l’attachement [12] . L’empathie peut être divisée en
deux composantes, une « empathie cognitive » superposable à la
théorie de l’esprit affective, qui permet la représentation mentale
des émotions ou sentiments d’autrui et une « empathie affective », qui permet une réponse émotionnelle aux émotions ou
sentiments d’autrui. L’empathie affective est donc la capacité à
ressentir ce qu’autrui ressent (e.g. ressentir de la tristesse lors
du chagrin d’un(e) proche), aussi appelée « contagion émotionnelle », ou encore de ressentir un sentiment différent en réaction
à ce qu’une autre personne ressent (e.g. de l’embarras devant
une personne trop joviale) [11, 13] . Notons que cette distinction
entre « cognitif » et « affectif » est ici une pure distinction de langage puisqu’il s’agit bien, dans un cas comme dans l’autre, de
représentations cognitives véhiculant, dans le deuxième cas, une
information émotionnelle.
Reconnaissance des émotions
L’émotion peut être définie comme une expérience psychophysiologique résultant d’une confrontation entre stimuli internes
(pensée, représentation, interprétation) et environnementaux.
Elle se traduit par une réaction interne psychologique et génère
une réaction externe motrice (e.g. tonus musculaire, tremblements, fuite, etc.) et physiologique (e.g. pâleur, rougissement,
augmentation du rythme cardiaque, etc.). Pour Darwin déjà [14] ,
l’émotion avait fonction d’adaptation, de communication et de
rétrorégulation. Les travaux d’Ekman [15] ont permis d’identifier
sept émotions dites « canoniques » ou universelles, indépendantes
des origines culturelles : la colère, le dégoût, la joie, la neutralité, la
peur, la surprise et la tristesse. Malgré les débats qui accompagnent
cette théorie [16] , la majorité des auteur(e)s s’inspirent aujourd’hui
de ces travaux.
D’autres
travaux
nous
ont
permis
de
concevoir
l’émotion comme une réponse cérébrale à des stimuli récompensant ou punissant [17] . Dans cette optique, les émotions sont donc
des renforçateurs qui ont par ailleurs une fonction de communication spécifique [18] . La reconnaissance des émotions serait donc
la traduction, par un autre individu, de cette communication [19] .
Régulation émotionnelle
Notre capacité à réguler nos émotions en fonction des situations
auxquelles nous faisons face a une valeur adaptative évidente,
en nous permettant par exemple de rester calme face au danger
ou encore de positiver pour finir une tâche laborieuse [20] . S’il ne
s’agit pas là d’une fonction sociale per se, cette capacité à supprimer la réponse physiologique externe d’une émotion (suppression
émotionnelle) ou à modifier la manière dont nous évaluons une
situation pour en changer notre ressenti (réévaluation cognitive)
a une valeur évidente d’adaptation sociale [21] (ou in [22] ).
Sémantique sociale : normes
conventionnelles et morales
Savoir interagir normalement avec les autres dépend également
d’un ensemble de règles, établies pour permettre aux humains de
vivre en harmonie [23] . Ces normes sociales sont un ensemble de
croyances partagées de tous sur ce qui constitue un comportement
EMC - Neurologie
Cognition sociale 17-022-E-30
approprié ou non dans une situation particulière [24] . Elles sont à
l’origine des lois et de la moralité [25, 26] et peuvent être partagées
au sein d’une culture particulière (e.g. dire bonjour en entrant
dans une boulangerie), ou sont plus universelles et à forte valeur
morale (e.g. ne pas jouer avec la nourriture), et parfois codifiées
et établies en loi (e.g. ne pas tuer). Bienséance, étiquette, conventions sont d’autres appellations de ce stock de normes sociales que
nous possédons et appliquons tous au quotidien sans même nous
en rendre compte.
“ Point fort
Exemple quotidien du respect des normes sociales
et de la manière dont elles façonnent notre
comportement
Déjeunant au restaurant, ce sont les normes sociales qui
me font : attendre que chacun soit servi à ma table avant
d’entamer mon plat, mettre mes mains et non mes coudes
sur la table, étendre ma serviette sur mes cuisses et non
l’attacher à mon col, me tenir droit sur ma chaise, garder
une conversation « de bon ton », servir les autres ou leur
proposer de les servir quand je me sers de l’eau, dire pardon quand mon bras passe devant un convive, attendre
que chacun ait terminé pour demander l’addition, payer
l’addition équitablement et me lever sans fracas. D’autres
normes peuvent encore m’encourager à laisser ou non
un pourboire sur la table ou directement lors du paiement. Je peux également me conformer à d’autres normes
sociales me faisant entrer dans le restaurant avant ma partenaire, tirer sa chaise pour qu’elle s’asseye et lui tenir la
porte en sortant. D’autres encore peuvent me pousser ou
m’empêcher de renvoyer un plat s’il n’est pas chaud, à
accepter ou refuser le vin qu’on me sert si son goût n’est
pas à ma convenance, à exiger que l’on change mon couvert si celui-ci est d’une propreté discutable, à exiger le
changement ou le remboursement d’un plat ou d’une
boisson si elle n’est pas à la hauteur de mes attentes.
Politesse, bienséance, galanterie, l’ensemble de ces
comportements est modulé par ma propre culture, mon
genre, mon âge, mon éducation, mon environnement
socioculturel et économique et l’endroit dans lequel je
déjeune. Un cadre supérieur, habitué à déjeuner au restaurant et à un certain niveau d’exigence sera plus à l’aise
avec l’idée de renvoyer une bouteille plutôt qu’une étudiante issue d’un milieu défavorisé ; de même, il n’aura
pas la même exigence dans un restaurant étoilé que dans
une pizzeria de quartier.
Le respect des normes et leur réciprocité sont renforcés par la
punition sociale (le rejet) ou la menace de cette punition et permettent in fine la coopération humaine [27] . D’un point de vue
cognitif, l’application de ces normes implique leur apprentissage,
la capacité à prédire les conséquences d’une action impliquant le
respect ou non de ces normes, la prise en compte de ces prédictions
pour prendre des décisions correctes et guider son comportement,
l’évaluation des états mentaux des autres dans le contexte de ces
normes et, éventuellement, d’agir en conséquence suite à une
transgression de ces normes [26] .
Analyse contextuelle
Le contexte joue un rôle important dans nos propres attitudes et
représentations cognitives ou affectives mais module également
les inférences et interprétations que nous avons des états mentaux ou émotionnels de nos congénères. L’attitude d’autrui ne
peut être interprétée efficacement que si elle est contextualisée.
De même qu’un visage surpris pourra être perçu comme effrayé
EMC - Neurologie
dans un contexte effrayant, ce que nous savons de l’histoire de certaines personnes est un contexte qui modulera nos actions envers
eux. La régulation émotionnelle ou l’adaptation sociale pourraient aussi être considérées comme des mises à jour constantes
et volontaires du contexte [28] . L’intégration des informations
contextuelles sert donc la cognition sociale et modulerait ses
fonctions [29, 30] . Elle pourrait être imaginée comme une boucle
interprétant et réinterprétant sans cesse un stimulus. À chaque
boucle, l’analyse viendrait s’enrichir d’informations contextuelles
d’abord évidentes puis plus élaborées [31, 32] . À terme, l’analyse
contextuelle permettrait d’effectuer des prédictions, basées sur des
informations plus abstraites telles que la nature de nos relations
avec les autres et les expériences passées [29] .
Mécanismes aspécifiques de soutien
de la cognition sociale : fonctions exécutives
et circuit de la récompense
Comme toute fonction de haut niveau, la cognition sociale
repose sur des systèmes de plus bas niveau et implique des fonctions cognitives transversales comme le langage, la mémoire
et les fonctions exécutives [33, 34] . Le lien entre fonctions exécutives et théorie de l’esprit est particulièrement discuté dans la
littérature (pour une revue [35] ). Certain(e)s plaident pour une
dépendance stricte, considérant la théorie de l’esprit comme une
fonction exécutive [36] , quand d’autres plaident pour une relative
indépendance [37] . Il semblerait que cognition sociale et fonctions exécutives soient des dimensions bien distinctes de l’esprit
humain, mais en interaction [38] . Certaines fonctions exécutives
soutiendraient en effet certains aspects de la cognition sociale,
en permettant par exemple d’inhiber notre propre état mental ou émotionnel (inhibition cognitive) avant de changer de
perspective (flexibilité mentale) pour inférer celui d’autrui [39, 40] .
Les capacités d’abstraction et la mémoire de travail pourraient
également être impliquées dans la création et le maintien de
cette nouvelle représentation [37] . Enfin, l’inhibition et la flexibilité
seraient également à l’œuvre dans la régulation émotionnelle [31] .
Le système de la récompense est un autre système transversal
impliqué dans la cognition sociale. Nos échanges et interactions
sociales sont façonnés par la poursuite de récompenses sociales :
attractivité, approbation, acceptation, reconnaissance, réciprocité, qui vont elles-mêmes influencer notre statut social et notre
réputation. Ces récompenses sont d’une importance critique dans
notre connaissance d’autrui et le développement de relations
non superficielles, deux nécessités à l’adaptation et à la survie de
l’espèce. Au sein d’un réseau social réel (mais aussi « en ligne »,
sur internet), elles permettent de solidifier les liens sociaux et de
réaffirmer ou de caractériser des relations (e.g. relation amicale,
romantique, etc.) [41] . Elles modulent et sont modulées par des facteurs tels que la proximité, la confiance et le soutien et sont traitées
par le cerveau de la même manière que les récompenses primaires
(i.e. nourriture ou sexe) via le circuit de la récompense, impliquant notamment le cortex préfrontal médian/ventromédian et
le striatum ventral [42] .
Bases neurales
Du fait de son implication centrale dans des processus tels que
les jugements d’intentionnalité, le jugement moral, l’attribution
d’actions, de traits de caractère, de personnalité et l’anticipation
des actions d’autrui, le cortex préfrontal médian constituerait le
noyau de la cognition sociale et servirait de module d’intégration
des informations sociales plurimodales [43, 44] . De nombreuses
études lésionnelles et d’imagerie fonctionnelle montrent le rôle
crucial du cortex préfrontal médian dans la théorie de l’esprit (cf.
les méta-analyses [45–47] ) et l’empathie [48, 49] . Le cortex cingulaire
antérieur, du fait de son implication dans les aspects exécutifs de
la cognition (e.g. supervision, contrôle, inhibition), serait aussi
impliqué dans les processus de régulation émotionnelle [20] et
d’apprentissage probabiliste, à l’œuvre dans l’intégration de nouvelles normes et récompenses sociales.
3
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Le cortex orbitofrontal semble également capital pour évaluer
la valence émotionnelle d’un stimulus en contexte et pour déterminer la justesse d’une possible réponse envers lui [21, 50] . Cette
région, centrale dans le codage des valeurs et dans l’évaluation
des contingences, permettrait d’éviter la transgression des normes
lors de la réalisation d’une action [51, 52] . Cette région est en outre
importante pour la reconnaissance de la colère, une expression
généralement associée à la transgression d’une règle [18] .
La jonction temporopariétale est impliquée dans de nombreux
processus à l’œuvre dans la théorie de l’esprit, notamment pour
inférer ou prédire les états mentaux d’une personne à partir des
diverses informations disponibles sur celle-ci [30, 47] .
L’insula assurerait la coordination entre les informations des
milieux internes et externes [29] , une étape essentielle de l’analyse
contextuelle et de l’apprentissage par renforcement, deux fonctions capitales de l’intégration des normes sociales [53, 54] . Cette
région est aussi capitale pour la reconnaissance du dégoût [55] .
Le pôle temporal effectuerait l’association entre les stimuli
(situation, inférence, etc.) et le contexte [29] . Il serait également impliqué dans les tâches de théorie de l’esprit [56] . Plus
globalement, le lobe temporal pourrait permettre le stockage
et l’indexation des normes ou caractéristiques sociales invariantes [57] .
L’amygdale, impliquée dans la reconnaissance de la peur [58] ,
permet plus généralement la détection des stimuli à valeur émotionnelle et jouerait ainsi un rôle important dans la régulation
émotionnelle.
Ces régions, représentées sur la Figure 2, sont les principales
régions impliquées dans les divers processus de la cognition
sociale [43, 45–47] .
D’autres régions sont également impliquées dans la cognition
sociale, à des degrés divers de spécificité et d’importance. Le striatum, central dans l’apprentissage associatif (entre un stimulus
et sa valeur) et prédictif (quand l’association précédente n’est
pas constante mais probable) [17] aurait un rôle important dans
l’apprentissage et l’adaptation aux normes sociales [53, 54, 59] et dans
la poursuite des récompenses sociales [41] . Citons aussi le précunéus, impliqué dans l’imagerie mentale [60] , le cervelet [61] dont le
rôle dans les aspects les plus abstraits de la cognition sociale a été
démontré et encore les régions prémotrices, ou plus généralement
le système des neurones miroir [62] , impliqué plus spécifiquement
dans la perception de la douleur.
Maladies de la cognition sociale
Toute atteinte cérébrale peut potentiellement avoir un impact
sur la cognition sociale à des degrés divers. Ces troubles peuvent
s’observer après une lésion cérébrale causée lors d’un accident
vasculaire ou d’un traumatisme crânien et peuvent être les symptômes précoces de certaines maladies neurodégénératives [63, 64] .
Elle est particulièrement affectée dans les maladies suivantes :
• l’autisme est un des troubles neurodéveloppementaux les plus
fréquents, caractérisé par un trouble de la communication et
de l’interaction sociale et des comportements restreints et répétitifs [65] . En plus d’un déficit intellectuel fréquent, on peut
4
6
Figure 2. Localisation des corrélats neuroanatomiques de la théorie de l’esprit. 1. Jonction temporopariétale ; 2. pôle temporal ; 3. cortex orbitofrontal ; 4. insula ; 5. amygdale ; 6. cortex préfrontal médian ; 7. cortex préfrontal ventromédian.
7
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•
•
•
observer dans l’autisme un déficit de reconnaissance émotionnelle (in [66] ), une baisse de l’empathie affective et une atteinte
variable de la théorie de l’esprit [67] ;
la schizophrénie est un trouble neuropsychiatrique survenant
habituellement entre 15 et 30 ans avec une prévalence de 1 %.
Les patient(e)s atteint(e)s de schizophrénie présentent des difficultés à identifier les émotions faciales [68] et un déficit variable
de théorie de l’esprit [69] ;
la démence frontotemporale est la deuxième maladie neurodégénérative du sujet jeune après la maladie d’Alzheimer ; elle
est caractérisée par de nombreux troubles du comportement
associés à l’atrophie corticale préfrontale, insulaire et temporale. Les patient(e)s présentent un trouble de la reconnaissance
émotionnelle [6, 64, 70] , un trouble général et sévère de la théorie de l’esprit [37, 64, 71] , de la régulation émotionnelle [72] ainsi
qu’une baisse de l’empathie [73] et une perturbation du circuit
de la récompense [74, 75] ;
la maladie d’Alzheimer, maladie neurodégénérative la plus fréquente, entraîne un trouble de régulation émotionnelle [76] , des
difficultés de théorie de l’esprit [77] et un trouble de la reconnaissance des émotions [70] . Ces troubles seraient toutefois liés à la
sévérité de l’atteinte cognitive globale [70, 78] ;
la maladie de Parkinson : un trouble de la reconnaissance émotionnelle peut s’observer dans la maladie de Parkinson [79] de
même qu’une dysfonction de certains aspects de la théorie de
l’esprit et de l’empathie, corrélés à la dégradation cognitive globale [80] ;
autres maladies : on observe également une atteinte variable de
la cognition sociale dans la dépression (liée à la sévérité des
symptômes dépressifs et à l’altération exécutive [81] ), dans le
trouble bipolaire (plus sévère en phase aiguë mais également
présente chez les patient(e)s euthymiques [82] ), la maladie de
Huntington (atteinte sévère) [83] , le trouble de l’attention avec
ou sans hyperactivité (atteinte légère) [84] , la sclérose latérale
amyotrophique (où les troubles seraient liés à l’atteinte exécutive) [85] , la démence sémantique [86] mais aussi la sclérose en
plaques, les syndromes de Williams, de Prader-Willi, de Turner,
de Rett et d’Angelman et l’alcoolodépendance [87] .
Évaluation clinique
Considérant l’importance de la cognition sociale dans les
comportements humains, l’étendue et la complexité des mécanismes impliqués dans son bon fonctionnement et le nombre
de maladies qui peuvent les affecter, l’évaluation de la cognition
sociale est capitale en neurologie et en psychiatrie. Son importance a d’ailleurs été reconnue dans la cinquième édition du
manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM5) qui considère désormais la cognition sociale comme l’un des
six principaux domaines cognitifs [65] . Les raisons de conduire une
évaluation de la cognition sociale sont évidentes pour quantifier
et caractériser les troubles d’un(e) patient(e), orienter son diagnostic et apprécier l’efficacité d’une intervention thérapeutique.
Lors de cette évaluation, il est également important d’identifier
si les troubles observés sont à imputer à un trouble spécifique de
EMC - Neurologie
Cognition sociale 17-022-E-30
la cognition sociale ou s’ils reflètent une atteinte cognitive plus
globale ou aspécifique (comme un trouble perceptif ou mnésique
sévère). Si l’utilisation d’inventaires ou de questionnaires comportementaux subjectifs permet d’identifier des troubles observables
au quotidien tels que les changements de personnalité, la perte
d’empathie ou la désinhibition, une évaluation plus fine et objective de la cognition sociale est incontournable, particulièrement
suite à une lésion acquise ou une suspicion de maladie neurodégénérative.
Un panel de tests conséquent existe pour les clinicien(ne)s souhaitant évaluer les fonctions de la cognition sociale [87] , même si
tous ne prennent pas en compte les limites de la pratique clinique
dans leur conception (notamment le temps limité et la sensibilité/spécificité des mesures). En voici une liste non exhaustive.
Théorie de l’esprit
• Les tâches de fausses croyances sont parmi les plus répandues
pour évaluer la théorie de l’esprit. Elles évaluent l’habileté d’une
personne à comprendre qu’une autre personne possède une
croyance différente de la leur, et qui est contraire à la réalité [88] .
• Les évaluations de sarcasmes, ou plus généralement de la
pragmatique du langage (ambiguïté, humour, ironie), sont également répandues [89] .
• Le test des histoires étranges implique d’évaluer la compréhension d’une histoire nécessitant l’attribution d’un état mental
particulier au personnage principal [90] .
• Dans le Reading the Mind in The Eyes Test, les patient(e)s
doivent juger l’état mental ou sentimental d’une personne à
partir de photographie de leur regard [91] .
• Le test des faux pas se compose de courtes saynètes écrites qui
contiennent ou non une gaffe que le ou la patiente doit identifier et expliquer en comprenant les croyances, les intentions,
le contexte et les sentiments des personnages [92] .
Empathie
• Le quotient d’empathie est un auto/hétéroquestionnaire évaluant la capacité à comprendre et à prédire le comportement des
autres et la nature des réponses émotionnelles envers autrui [93] .
• L’index
de
réactivité
interpersonnelle
est
un
auto/hétéroquestionnaire évaluant l’intérêt et la préoccupation
envers autrui [94] .
• Le test multifacette d’empathie évalue objectivement les
réponses empathiques des patient(e)s face à des photographies
émotionnelles [95] .
Reconnaissance émotionnelle
• Le test des visages d’Ekman est le test le plus couramment utilisé. Son principe repose sur le choix, parmi sept propositions,
de l’étiquette émotionnelle correspondant à l’émotion exprimée par un visage [15] .
• Les tests basés sur le morphing permettent d’évaluer le niveau
des patient(e)s à des seuils d’intensité modifiables, rendant ainsi
ce protocole sensible aux modifications longitudinales ou thérapeutiques [96] .
Tous ces tests possèdent des propriétés psychométriques différentes et évaluent un éventail de processus dont le nombre varie
considérablement. Leur utilisation peut donc dépendre de la question clinique posée. Les tests de « fausses croyances » sont par
exemple très sensibles aux perturbations de la théorie de l’esprit
mais manquent de spécificité lors du diagnostic différentiel entre
démence frontotemporale et maladie d’Alzheimer (puisque déficitaires dans les deux cas). Également très sensible, le test des
faux pas permet en revanche de discriminer les deux maladies
efficacement du fait de sa multidimensionnalité (le test est sévèrement déficitaire dans la démence frontotemporale) [71, 74] . Enfin,
bien d’autres outils évaluant les fonctions de la cognition sociale
existent ou sont en développement, notamment ceux qui évalueront la compréhension des normes sociales ou l’analyse du
contexte en situation sociale. Citons enfin l’existence de rares
batteries d’évaluation de la cognition sociale, parfois longues
EMC - Neurologie
et comportant une évaluation des fonctions exécutives et des
processus impliqués dans la prise de décision (Executive and
Social Cognition Battery [97] ), ou courtes mais impliquant toutefois une évaluation multidimensionnelle de la cognition sociale
(Mini-Social Cognition & Emotional Assessment [mini-SEA] validée en français [98] ). Pour clore cette partie liée à l’évaluation,
notons que l’effet supposé du genre sur les capacités en théorie
de l’esprit/empathie n’a jamais été vérifié de manière fiable dans
la littérature [99] .
Conclusion
Cet article présente les fonctions de la cognition sociale,
ses bases neuroanatomiques, les maladies où son altération est
fréquemment observée et également les outils actuellement disponibles pour l’évaluer en contexte clinique. Le champ des
neurosciences sociales est dynamique et les avancées y sont
fréquentes ; un point positif pour ce sujet longtemps négligé.
Néanmoins, la pratique clinique doit suivre et évoluer elle aussi :
l’évaluation de la cognition sociale devrait être systématique
en neuropsychologie et de nouveaux tests cliniques doivent
être développés pour permettre une évaluation plus objective,
précise et spécifique des nombreux processus de la cognition
sociale. Cette avancée clinique passe par des progrès expérimentaux. En effet, pour en avoir une meilleure compréhension
et, à terme, une meilleure évaluation, la cognition sociale doit
être auparavant déconstruite, comme tout autre domaine cognitif [37, 100] . Il serait aussi souhaitable que neuroscientifiques et
psychologues s’accordent pour considérer ce large domaine cognitif comme crucial dans l’intelligence et les relations humaines,
ce qui enrichirait notre conception de l’intelligence et en optimiserait sa mesure. À terme, cette démarche aiderait peut-être
à revaloriser au sein de notre société des fonctions telles que
l’empathie. La qualité de vie des futures générations n’en serait
que meilleure. Enfin, d’importantes avancées dans le champ de la
cognition sociale pourraient avoir lieu prochainement grâce aux
réseaux sociaux sur internet, terrain d’expérimentation évident
pour l’étude de la proximité ou de l’influence à grande échelle.
Mais en ce domaine, les intérêts financiers que ces firmes tireront
de l’exploitation de ces données prévaudront malheureusement
toujours sur l’enrichissement de la connaissance humaine.
“ Points essentiels
• La cognition sociale est une dimension cruciale de
l’adaptation sociale et de l’intelligence humaine.
• Elle dépend pour beaucoup d’un réseau temporoinsulo-préfrontal.
• Elle est altérée dans beaucoup de maladies neurologiques ou neuropsychiatriques, notamment l’autisme, la
schizophrénie et la démence frontotemporale.
• Elle devrait être systématiquement évaluée suite à un
accident vasculaire cérébral ou à un traumatisme crânien.
• Des tests neuropsychologiques sont validés et traduits
pour son évaluation en français, ou des batteries rapides
comme la « mini-SEA ».
Déclaration d’intérêts : l’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts en relation avec cet article. L’auteur est également l’auteur principal de la « mini-SEA ».
Remerciements : cet article a été écrit dans le respect de la Charte Universcience
pour l’égalité des femmes et des hommes dans le domaine des sciences et des
technologies et utilise ainsi un vocabulaire épicène et inclusif autant que possible.
Je remercie Noémie Moreau, docteure en neurosciences, pour la relecture critique
de ce manuscrit.
5
17-022-E-30 Cognition sociale
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Addenbrooke’s Hospital, Herschel Smith Building, Forvie Site, Hills Road, Cambridge CB2 0QQ, Royaume-Uni.
Toute référence à cet article doit porter la mention : Bertoux M. Cognition sociale. EMC - Neurologie 2016;0(0):1-7 [Article 17-022-E-30].
Disponibles sur www.em-consulte.com
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