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EGORY GINOT
Cet argument simple, en revanche, ne suffit plus pour distinguer R2de S2ou R2de R3.
On va construire d’autres invariants g´en´eralisant cette notion dans la suite du cours et per-
mettant de g´en´eraliser l’id´ee pr´ec´edente. En un sens, cette id´ee simple consiste `a compter
des trous dans des espaces et d’en comprendre des versions en plus grande dimension.
Reprenons notre ´etude du slogan et de “classifier”. Si on veut, par ailleurs, pouvoir
non-seulement ´etudier les espaces topologiques mais aussi les transformations entre eux,
c’est-`a-dire les applications continues 3; il nous faut alors aussi consid´erer des transfor-
mations entre les invariants d’une mani`ere “coh´erente”. Ceci est la premi`ere des raisons 4
pour lesquelles on a introduit et d´evelopp´e le langage des cat´egories en topologie alg´e-
brique. Nous introduirons de fait petit `a petit diverses notions et outils cat´egoriques assez
universels tout au long de ce cours !
Et pour commencer nous allons en donner une
D´efinition 1.0.4 (Cat´egorie).Une cat´egorie Cest la donn´ee d’une collection d’objets, not´ee
obj(C) et pour tout couple (A, B) d’objets, la donn´ee d’un ensemble de morphismes, not´e 5
HomC(A, B) et dont on d´esignera souvent un ´el´ement fsous la forme f:A→B, pour
tout objet Ad’un morphisme appel´e identit´e de Adans A, not´e idA∈HomC(A, A) et
d’un op´erateur de composition, pour tout triplet (A, B, C) d’objets,
HomC(A, B)×HomC(B, C)◦
−→ HomC(A, C)
(not´e pour f:A→Bet g:B→Cpar g◦f) satisfaisant les propri´et´es suivantes :
(1) La composition est associative : (h◦g)◦f=h◦(g◦f) pour tout f:A→B,
g:B→C,h:C→D;
(2) la composition est unitaire : idB◦f=f=f◦idApour tout f:A→B.
´
Etant donn´e une cat´egorie C, un morphisme f∈HomC(A, B) sera appel´e un isomorphisme
s’il existe un morphisme g∈HomC(B, A) tel que f◦g=idBet g◦f=idA.
Une sous-cat´egorie de Cest simplement une sous-classe d’objets et des sous-ensembles
des morphismes entre ces objets qui contiennent les identit´es et est stable par composition.
Autrement dit, une cat´egorie est la donn´ee d’une famille d’objets et d’une famille “abs-
traite” d’applications entre ces objets.
Exemple 1.0.5 (La cat´egorie des espaces topologiques).Un exemple fondamental pour nous
sera bien sˆur la cat´egorie Top des espaces topologiques dont les objets sont les espaces
topologiques et les morphismes les applications continues. La composition et l’identit´e sont
simplement celles des fonctions usuelles.
En particulier les isomorphismes de Top sont pr´ecis´ement les hom´eomorphismes.
Exemple 1.0.6 (La cat´egorie des ensembles).La cat´egorie Ens sera celle dont les objets
sont les ensembles et les morphismes sont toutes les applications.
On peut bien entendu regarder plusieurs sous-cat´egories int´eressantes de Ens : par
exemple celle des ensembles finis (o`u on ne garde que les ensembles finis et conserve tous
les morphismes), celle des surjections (o`u on se restreint seulement aux applications qui
sont surjectives), celle des injections etc. Un isomorphisme dans n’importe laquelle de ces
cat´egories est simplement une bijection.
Exemple 1.0.7 (Mono¨
ıdes).On peut penser `a la d´efinition d’une cat´egorie comme celle
d’un mono¨
ıde “`a plusieurs objets”. En effet, si Mest un mono¨
ıde, alors on peut lui associer
3. ou diff´erentiables et bien d’autres variantes selon les cas
4. mais ce n’est pas forc´ement la plus fondamentale. L’ubiquit´e et les nombreuses m´ethodes et construc-
tions des cat´egories les rendent tr`es utile en topologie alg´ebrique, toutes ses g´en´eralisations et applications,
ainsi que dans plusieurs domaines des math´ematiques.
5. lorsque la cat´egorie Csera claire, il arrivera qu’on note simplement Hom(A, B) les morphismes de A
vers Bdans C.