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Mucinoses cutanées

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Mucinoses cutanées
dermatologie-pratique.com/journal/article/0013710-mucinoses-cutanees
January 6, 2015
T. AKHIATE*, Z. ALIOUA**, N. BABA**, H. LAMSIYAH**, M. GHFIR**, O. SEDRATI** *Hôpital Ibn Sina, Rabat, Maroc, **Hôpital militaire d’instruction Mohamed V, Rabat,
Maroc
Les mucinoses cutanées (MC) représentent un groupe de maladies hétérogènes
caractérisées par une accumulation focale ou diffuse de la mucine dans la peau ou
dans les follicules pileux. Elles sont provoquées probablement par des modifications du
métabolisme des glycosaminoglycanes. La classification des mucinoses a pris en
considération les résultats des études cliniques, histopathologiques et biochimiques sur
la mucine. Nous rapportons ici quatre formes cliniques.
Observations
1er cas
Un homme de 43 ans, présente depuis 1 mois, des lésions papuleuses d’allure cireuse,
dif- fuses à tout le corps, urticariformes, avec parfois un aspect pseudo-kystique.
L’apparition des lésions était insidieuse et progressive, sans être accompagnée de
maladies thyroïdiennes ou d’autres symptômes. C’était un scléromyxœdème (figure 1)
sans gammapathies ou autres manifestations systémiques. La dermatose a régressé
spontanément avec une totale disparition des lésions.
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Figure 1. Scléromyxœdème.
2e cas
Un homme de 50 ans, opéré il y a 10 ans pour goitre. L’examen dermatologique révèle
des lésions papuleuses diffuses, surtout de la face et des sourcils donnant un aspect
léonin (figure 2) au visage. Les examens biologiques révèlent une gammapathie
monoclonale sans maladie thyroïdienne associée. Ce patient a été perdu de vue.
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Figure 2. Aspect Léonin du scléromyxœdème.
3e cas
Un homme de 47 ans, diabétique, présente depuis 18 mois des lésions papuleuses,
cireuses, fermes, non prurigineuses sur les faces dorsales des mains et les faces
d’extensions des poignets. Ces lésions ne se sont pas modifiées après l’exposition au
soleil. C’était une mucinose papuleuse acrale persistante (figure 3).
Figure 3. Mucinose papuleuse acrale persistante.
4e cas
Un homme de 31 ans, suivi pour la maladie de Basedow est sous traitement médical
depuis 5 ans. L’examen clinique révèle un goitre diffus homogène, une exophtalmie et
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des lésions tumorales prétibiales bilatérales, rosâtres, sillonnées, cérébriformes avec un
aspect en peau d’orange. C’était un myxœdème prétibial (figure 4) et l’évolution était
stationnaire sans régression des lésions.
Figure 4. Myxœdème prétibial.
L’histopathologie est similaire dans les quatre cas : dépôts abondants et bien
circonscrits de mucine (figure 5), fibres de collagène dissociées, et élastorrhexie.
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Figure 5. Les dépôts de mucine à l’histologie.
Discussion
L’étiopathogénie des MC est inconnue. Il existe deux groupes : un premier groupe des
mucinoses cutanées spécifiques qui
se manifeste par des signes cliniques et un deuxième groupe où le dépôt de mucine est
un épiphénomène. Les quatre cas entrent dans le cadre des mucinoses cutanées
spécifiques.
Le scléromyxœdème(1) ou le lichen myxœdémateux généralisé est une maladie
chronique rare qui touche l’homme ou la femme d’âge moyen. Les lésions typiques
consistent en des papules lichénoïdes cireuses sur un fond érythémateux infiltré avec
perte de la mobilité surtout de la bouche et des doigts. Le scléromyxœdème avec
atteinte systémique (2) est possible, mais grave ; il s’associe le plus souvent à une
gammapathie monoclonale type lambda (IgG), à d’autres affections hématologiques(3),
à une atteinte musculaire(4), neurologique, articulaire, pulmonaire, cardiovasculaire,
ophtalmologique ou rénale.
Le scléromyxœdème est imprévisible, un décès secondaire est possible. Les deux cas
correspondent aux caractères épidémiologiques et cliniques de la littérature avec un
cas de gammapathie, mais sans autres manifestations systématiques. L’évolution
imprévisible vers la régression spontanée a été rapportée dans d’autres observations
sans recours à la chimiothérapie (surtout melphalan) ou à une corticothérapie
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systémique surtout en l’absence de retentissement(5). Des traitements à base de
radiothérapie ou de puvathérapie ou de rétinoïdes ou de photophorèse, ont donné des
résultats variables.
En ce qui concerne le cas de mucinose papuleuse acrale persistante (6), il est typique
(sauf qu’il y a une prédominance féminine) avec une disposition symétrique et localisée
des papules sur le dos des mains et les faces d’extension des poignets avec absence de
dysglobulinémie. C’est une maladie de bon pronostic, mais les lésions persistent sans
régression(7).
Enfin, le quatrième cas était un myxœdème prétibial (MP) développé deux ans après un
traitement de la maladie de Basedow (avec un goitre et une exophtalmie).
Le myxœdème prétibial peut survenir après thyroïdectomie, thyroïdite d’Hashimoto et
même lors d’une hypothyroïdie ou une euthyroïdie. En général, il apparaît en plaques ou
en nodules érythémateux bruns, infiltrés en peau d’orange surtout sur les faces antérolatérales des jambes ou des pieds.
La particularité de notre cas est l’aspect pseudo-tumoral exceptionnel(8) et l’association
du myxœdème prétibial, l’exophtalmie et l’hippocratisme digital, réalisant le syndrome
de Diamont. Le MP est d’étiologie inconnue, certains auteurs parlent d’un facteur
sérique : LATS (Long Acting Thyroid Stimulator) , qui stimulerait la production par les
fibroblastes d’une grande quantité de mucine, mais son rôle n’est plus admis dans la
genèse du MP(9). La régression spontanée peut se voir dans 50 % des cas, mais très
lentement. Sur le plan thérapeutique, les dermocorticoïdes en occlusion peuvent aider ;
la photothérapie est inefficace, l’élastocompression a été utilisée avec succès en
augmentant le confort des patients, et la chirurgie a fait ses preuves mais les récidives
sont fréquentes(8,10).
Conclusion
L’étiopathogénie des MC est toujours inconnue. Leur classification prend en
considération les études cliniques, histopathologiques et biochimiques ainsi que
l’association à d’autres lésions cutanées.
1. Dinneen AM, Dicken CH. Scleromyxedema. J Am Acad Dermatol 1995 ; 33 : 37-43.
2. D’Incan M et al. Mucinose papuloscléreuse (scléromyxœdème) cutanéo-systémique.
Ann Dermatol Venereol 2001 ; 128 : 38-41.
3. Stoebner PE et al. Mucinose cutanée primitive diffuse associée à une anémie
réfractaire avec excès de blastes. Ann Dermatol Venereol 2000 ; 127 : 201-4.
4. Marteau N et al. Mucinose papuleuse avec myopathie. Ann Dermatol Venereol 2000 ;
127 : 289-91.
5. Boffa MJ, Ead RD. Spontaneous improvement of scleromyxedema. Clin Exp Dermatol
6/7
1995 ; 20 : 157-60.
6. Podglajen-Wecxteen O et al. À propos d’une mucinose papuleuse : mucinose
papuleuse acrale percistante ou forme mineure de scléromyxoedème. Ann Dermatol
Venereol 1992 ; 119 : 834-6.
7. Rongiolelli F et al. Acral persistent papular mucinosis: a new entity? Arch Dermatol
1986 ; 122 : 1 237-9.
8. Bénéton N et al. Myxœdème prétibial.
9. Derrik EK, Tanner B. Successful surgical treatment of grave pretibial myxoedema. Br
J Dermatol 1995 ; 133 : 317-8.
10. Fatoucherchi V et al. Dermopathy of Graves disease (pretibial myxoedema). Review
of 150 cases. Medicine (Baltimore) 1994 ; 73 : 1-7.
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