Evolution de la prise en compte des interactions développement

27
PREMIERE PARTIE :
Evolution de la prise en compte des interactions développement
humain / environnement par les théories économiques … vers une
responsabilité sociétale des entreprises ?
Avec le temps, certaines certitudes peuvent être profondément remises en cause :
"Les richesses naturelles sont inépuisables, car sans cela, nous ne les obtiendrons pas gratuitement.
Ne pouvant être ni multipliées, ni épuisées, elles ne sont pas l'objet des sciences économiques"
Jean-Baptiste SAY
28
29
Les sciences sont souvent implicitement classées en deux catégories : les sciences dites « molles »
et les sciences dites « dures ». Les premières regroupent les champs de connaissance de domaines
tels que l’économie, la gestion, les sciences humaines… tandis que les secondes recouvrent la
physique, la biologie, l’environnement, notamment. Cette distinction, bien que pertinente pour
certains, semble également profondément réductrice. En effet, outre les avantages évidents qu'une
classification apporte en terme de compréhension des domaines les uns par rapport aux autres, elle
a, par contre, l’inconvénient de réduire les possibilités de compréhension, de collaboration voire de
convergence entre des problématiques qui se veulent aujourd’hui de plus en plus intégrées.
Néanmoins, penchons nous sur l'histoire de la prise en compte des interrelations entre économie et
écologie.
Le développement durable a pris ses racines dans différentes découvertes et prises de positions
du 20ième siècle. L'Histoire de ce concept peut être abordée selon de multiples points de vue, à
la lumière de différents champs de connaissance. L'approche choisie ici, est l'analyse des
évolutions de ce courant selon les acteurs, afin de mettre en évidence les positions des acteurs
économiques que sont les entreprises.
1.1 L'histoire d'une prise de conscience planétaire
L'histoire de l'écologie [ACOT 88], nous rappelle "l'origine de la pensée écologique et son
évolution, de la naissance des parcs nationaux américains au 19ième jusqu'à l'écologie militante
de la fin du 20ième". Cette histoire, sur laquelle nous ne reviendrons pas, met en évidence
l'opposition constante nature/culture, nature/croissance économique et plus globalement
nature/humanité [HUYBENS 04].
Mais quand certains sont partisans d'une nature à conserver à tout prix, d'autres réfutent
l'idée d'une "nature mise sous cloche" [TERASSON 97]. GENOT parle même de conservation
"contre nature" [GENOT 03]. Le courant de pensée conservationniste était, au début des
années 70, notamment dénoncé par les pays en développement qui revendiquaient la
possibilité de se développer comme les pays industrialisés, ainsi que par les populations
expulsées des aires protégées au nom de la biodiversité [DI CASTRI 02].
1.1.1 Scientifiques et ONG : les limites de la croissance
A l'inverse, certains scientifiques dénoncent au même moment (c'est-à-dire au début des
années 70), via le club de Rome, les limites liées au caractère fini des ressources, des
croissances économique et démographique dans leur rapport : "the limits of growth"
1 De la dénonciation des problèmes environnementaux à la contribution des entreprises à un
développement durable : quand l'économie se mêle d'écologie, quelques éléments de
contexte
30
[MEADOWS 72]. Leur conclusion résulte d'une analyse portant sur les interdépendances et
interactions ainsi que les évolutions prévisibles de 5 facteurs critiques : l'explosion
démographique, la production alimentaire, l'industrialisation, l'épuisement des ressources
naturelles et la pollution. Le modèle informatique, développé à l'époque par le MIT,
Massachussets Institute of Technology, permet des simulations à horizon 2100. Or tous les
scénarii envisagent des effondrements, qu'il s'agisse selon les cas, des ressources naturelles,
de l'économie, de la population… La solution radicale que proposent alors ces experts est
l'état stationnaire, modèle emprunté à Herman DALY, dont nous reparlerons dans le
chapitre 2 de cette première partie.
Ces courants divergents ainsi que des recherches menées pour l'UNESCO [UNESCO 70], ont
pu démontrer "l'importance de la conservation faisant place à l'activité humaine et à la
culture pour le maintien des écosystèmes" [HUYBENS 04].
La conférence des Nations Unies sur l'environnement, en 1972, est le lieu où les
scientifiques, suivis des ONG (Organisations Non Gouvernementales) lancent un cri
d'alarme à la communauté internationale concernant l'état d'épuisement de la planète, en
parallèle des travaux du club de Rome. Cet événement a débouché sur la création du PNUE,
Programme des Nations Unies pour l'Environnement et de ministères de l'environnement
dans plusieurs pays.
Depuis les préoccupations environnementales n'ont cessé de croître. Le développement
industriel, l'augmentation de la production, de la consommation et de l'urbanisation,
découlant notamment de la croissance démographique, engendrent des impacts de moins en
moins réversibles. Ces impacts environnementaux, à l'échelle planétaire, se traduisent par
la réduction de la diversité biologique (au cours des 30 dernières années, l'épuisement
progressif des ressources côtières telles que les ressources halieutiques, les forêts de
palétuviers et les récifs coralliens est devenu un problème critique), une pression toujours
plus forte sur certaines ressources (les forêts tropicales disparaissent à raison de 11,3
millions d'hectares par an), une augmentation et une globalisation de la pollution de l'air
mais également de l'eau et des sols (l'eutrophisation marine et côtière résultant de
l'importance des apports d'azote est une tendance préoccupante, qui n'était pas perçue il y
a 30 ans) [UNEP 02]… Cependant les conséquences sont aussi sociales : les inégalités entre
les différentes régions du monde, mais aussi au sein de chaque pays, se creusent [PNUD 01],
3,5 milliards d'habitants des pays à faible revenu se partagent moins de 20% du revenu
mondial, tandis que le milliard d'habitants des pays développés s'en partage 60% [ONU 00-2]
et l'espérance de vie dans certaines régions de la planète diminue [UNEP 02].
Se pose donc la question de la réconciliation nécessaire de l'environnement et du
développement.
Une des causes de l'opposition entre économie et écologie résulte des différents paradigmes
les caractérisant. D'un côté, le paradigme de l'économisme tend à externaliser les
31
phénomènes naturels et considère que les ressources sont substituables, la substituabilité
signifiant que le capital naturel peut être détruit dans la mesure ou cette destruction crée
un capital technique et culturel légué aux générations futures. De l'autre, l'écologisme
exprime l'association de l'homme et de la nature : l'homme doit s'adapter à la nature dont il
est une espèce parmi d'autres. Le paradigme de l'écologisme repose sur trois
caractéristiques [ACOT 88] :
- La conservation de la nature
- Le biologisme social
- La sacralisation objective d'une nature mythique
L'idée de réussir à réconcilier l'environnement et le développement, en se situant de façon
intermédiaire entre ces paradigmes, et par delà, l'économie et la nature, devient le mot
d'ordre.
Face à notre mode de développement actuel, à ses excès et limites, il devient nécessaire de
trouver un nouvel équilibre entre l'homme et son environnement. C'est ce que l'on prétend
faire, au nom du développement durable.
1.1.2 La prise de position des gouvernements : le développement durable
En 1987, la commission mondiale pour l'environnement et le développement, dite
commission Brundtland du nom de sa présidente Madame Gro Harlem Brundtland, a introduit
et défini le développement durable dans son rapport Our Commun Future selon les "deux
piliers" environnement et développement, comme :
Un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des
générations futures à répondre aux leurs.
Deux concepts sont inhérents à cette notion :
Le concept de besoin et plus particulièrement des besoins essentiels des plus
démunis, à qui il convient d'apporter la plus grande priorité
Et l'idée des limitations que l'état de nos techniques et de notre organisation
sociale imposent sur la capacité de l'environnement à répondre aux besoins
actuels et à venir
Définition du développement durable
[CMED 89]
Il est important de noter que même si la définition de la commission Brundtland est la plus
citée aujourd'hui, elle est aussi précisée par d'autres approches. Ainsi la définition de la
francophonie [FRANCOPHONIE 04] considère les "cinq piliers" : l'environnement, l'économie,
1 / 20 100%
La catégorie de ce document est-elle correcte?
Merci pour votre participation!

Faire une suggestion

Avez-vous trouvé des erreurs dans linterface ou les textes ? Ou savez-vous comment améliorer linterface utilisateur de StudyLib ? Nhésitez pas à envoyer vos suggestions. Cest très important pour nous !