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Question d’actualité
Supplément à La Lettre de l’hépato-gastroentérologue - n° 2 - vol. VII - mars-avril 2004
Question d’actualité
2,9 % pour la période 1976-1987 à
8,0 % pour la période 1988-1999, mais
elle reste très inférieure à ce qui est
observé chez les patients plus jeunes
(44 % pour la période 1988-1999) (3).
Alors que l’intérêt et les bénéfices d’une
chimiothérapie palliative sont claire-
ment démontrés chez les sujets jeunes,
il n’existe pas aujourd’hui d’essai de
phase III ayant évalué de façon satis-
faisante l’intérêt d’une chimiothérapie
palliative en cas de cancer colorectal
métastatique chez des patients de 75 ans
et plus. Une étude de phase III, dispo-
nible seulement sous forme de résumé,
a montré qu’une chimiothérapie par
5FU + acide folinique augmente modes-
tement, mais significativement, la sur-
vie par rapport à un traitement seule-
ment symptomatique après 70 ans (19).
Une méta-analyse comparant une chi-
miothérapie palliative à un traitement
symptomatique n’a pas mis en évidence
de différence de survie avant et après
65 ans ,mais seuls 2,5 % des patients
étaient âgés de 75 ans et plus (20).
Si une chimiothérapie selon le schéma
LV5FU2 semble aussi bien tolérée et
efficace que chez les patients plus
jeunes (14, 21), peu de données sont
disponibles concernant l’utilisation de
l’oxaliplatine ou de l’irinotécan après
75 ans. Une étude italienne a comparé
la tolérance et l’efficacité d’une chimio-
thérapie par FOLFOX2 (qui n’est plus
utilisé actuellement) chez 19 patients
de moins de 65 ans et 15 patients d’un
âge médian de 70 ans (rang : 65-78) sans
mettre en évidence de différence d’effi-
cacité entre les deux groupes (22). L’ana-
lyse poolée des essais ayant évalué le pro-
tocole FOLFOX4 incluait 207 patients
âgés de 70 à 75 ans traités en première
ligne de chimiothérapie et 97 patients
du même âge traités en seconde ligne
(16). La survie sans progression et la
survie globale de ces patients n’étaient
pas différentes de celles des patients de
moins de 70 ans. Dans l’essai améri-
cain évaluant la place de l’irinotécan
en première ligne (selon le schéma IFL
qui n’est pas utilisé en Europe car plus
toxique que le FOLFIRI), les patients
avaient jusqu’à 87 ans et les patients
âgés de 65 ans et plus représentaient
environ 40 % des effectifs (23). Aucun
patient de plus de 75 ans n’a été inclus
dans l’essai comparant une chimiothé-
rapie par LV5FU2 à une chimiothéra-
pie par LV5FU2 + irinotécan (24), mais
la tolérance et l’efficacité de l’associa-
tion LV5FU2 + irinotécan n’étaient pas
différentes entre les patients âgés de 65
à 75 ans et ceux de moins de 65 ans (25).
L’analyse rétrospective de 33 patients
âgés de 75 à 88 ans traités par chimio-
thérapie à base d’oxaliplatine ou d’iri-
notécan a montré que ces protocoles
sont utilisables chez les patients âgés en
bon état général sans majoration de la
toxicité sévère et avec une efficacité pro-
bablement proche de celle observée chez
les patients plus jeunes (15). Le déve-
loppement des chimiothérapies par voie
orale (précurseurs oraux du 5-FU), qui
permet la réalisation de traitement en
ambulatoire ou à domicile, paraît impor-
tant chez ces sujets qui souhaitent sou-
vent privilégier leur confort et leur qua-
lité de vie, mais la toxicité potentielle
de ces drogues est importante et leur
utilisation doit être prudente et surveil-
lée de près.
Conclusion
Des progrès ont été réalisés dans le trai-
tement des cancers digestifs des sujets
âgés au cours des dernières années
(essentiellement pour le traitement chi-
rurgical), mais ces patients restent glo-
balement sous-traités et leur prise en
charge non optimale se traduit par un
moins bon pronostic. Les principes thé-
rapeutiques sont les mêmes que chez
les sujets plus jeunes mais doivent être
discutés de façon individuelle en fonc-
tion du terrain et de la demande du
patient. En pratique, l’âge physiologique
est plus important que l’âge chronolo-
gique, et si tous les patients âgés ne jus-
tifient pas d’un traitement actif de leur
maladie, il est indispensable que la
décision thérapeutique soit prise dans
le cadre d’une concertation multidisci-
plinaire oncologique et gériatrique après
réalisation d’une évaluation gériatrique
standardisée et non pas sur une impres-
sion personnelle souvent subjective. Si
un traitement actif de la maladie est
décidé, celui-ci doit être réalisé selon
les standards thérapeutiques. La réali-
sation d’essais thérapeutiques, spécifi-
quement dédiés aux sujets âgés, prenant
en compte les aspects oncologique et
gériatrique (11), est indispensable à
l’amélioration de la prise en charge des
cancers dans cette population. Plusieurs
essais sont actuellement en cours en
France, en particulier la phase II
FNCLCC-GERICO 02 évaluant une
chimiothérapie par oxaliplatine + capé-
citabine chez les patients de 70 ans et
plus, et l’essai randomisé de phase III
FFCD 2001-03, qui compare une chi-
miothérapie par LV5FU2 à une chimio-
thérapie par LV5FU2 + irinotécan. ■
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