R e v u e d e ... Coordination : Philippe Beuzeboc et Stéphane Oudard (Paris)

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COMMENTÉES EN LIGNECOMMENTÉES EN LIGNE
Correspondances en Onco-Urologie - Vol. III - no 1 - janvier-février-mars 2012
9
Coordination : Philippe Beuzeboc et Stéphane Oudard (Paris)
Tumeurs germinales de mauvais
pronostic : intensifi er ou pas ? Maissurtout
inclure dans les essais cliniques
Les tumeurs germinales sont guéries par la chimio-
thérapie comportant du cisplatine et une chirurgie
seconde. Cependant, pour les patients de mauvais
pronostic (selon la classi fication internationale
IGCCCG), diff érentes approches thérapeutiques, dont
la chimiothérapie à haute dose (CTHD) avec support de
cellules souches hématopoïétiques, ont été étudiées
afi n d’améliorer les résultats (1, 2). Plusieurs études ont
testé l’intensifi cation en première ligne thérapeutique
sans constater de bénéfi ce en survie globale (SG).
Lessai de l’EORTC 30974 a récemment été publié par
G. Daugaard et al. (3, 4). Cet essai a inclus 131 patients
randomisés entre 4 cycles de BEP et un traitement par
VIP (étoposide, ifosfamide, cisplatine) suivi par une
CTHD comportant de l’étoposide et de l’ifosfamide
à hautes doses. Cette étude a dû être arrêtée préma-
turément en raison des diffi cultés d’inclusion. Il est
à noter que ces patients de mauvais pronostic sont
rares et quil est particulièrement diffi cile de réaliser
des études dans cette population. En termes d’effi -
cacité, cette étude n’a pas pu montrer de bénéfi ce de
la CTHD sur la survie sans progression (SSP) [44,8 %
versus 58,2 %, non signifi catif] ou de la SG dans cette
indication, avec, comparativement au bras BEP, un taux
de réponse complète de 44,6 % versus 33,3 %.
Commentaire
Cette étude n’a donc pas montré de bénéfi ce de la CTHD en
première ligne de traitement. Il faut souligner que d’autres
stratégies thérapeutiques sont en cours d’analyse, comme
l’utilisation d’un protocole de chimiothérapie dose-dense
qui utilise diff érentes chimiothérapies administrées à des
intervalles courts. Létude du GETUG-13, coordonnée par
K.Fizazi à l’institut Gustave-Roussy, est en cours d’inclusion
et permet d’adapter le traitement des patients ayant une
tumeur germinale de mauvais pronostic en première ligne
de traitement. De plus, une étude internationale (TIGER) fait
l’objet d’une réfl exion en cours afi n d’évaluer l’intensifi cation
avec CTHD en traitement des rechutes.
C. Massard, Paris
1. Droz JP, Kramar A, Biron P et al. Failure of high-dose cyclophosphamide
and etoposide combined with double-dose cisplatin and bone marrow
support in patients with high-volume metastatic nonseminomatous
germ-cell tumours: mature results of a randomised trial. Eur Urol 2007;51(3):
739-46.
2. Motzer RJ, Nichols CJ, Margolin KA et al. Phase III randomized trial of
conventional-dose chemotherapy with or without high-dose chemothe-
rapy and autologous hematopoietic stem-cell rescue as fi rst-line treatment
for patients with poor-prognosis metastatic germ cell tumors. J Clin Oncol
2007;25(3):247-56.
3. Daugaard G, Skoneczna I, Aass N et al. A randomized phase III study
comparing standard dose BEP with sequential high-dose cisplatin, eto-
poside, and ifosfamide (VIP) plus stem-cell support in males with poor-
prognosis germ-cell cancer. An intergroup study of EORTC, GTCSG, and
Grupo Germinal (EORTC 30974). Ann Oncol 2011;22(5):1054-61.
4. Daugaard G, Skoneczna I, Aass N et al. A randomized phase III study
comparing standard dose BEP with sequential high-dose cisplatin, etopo-
side, ifosfamide (VIP) plus stem-cell support in males with poor-prognosis
germ cell cancer. An intergroup study of EORTC, AUO and Grupo Germinal
(EORTC 30974) [abstract]. Proc Am Soc Clin Oncol 2010;28:S345.
PROSTATE
L’heure du profi lage génomique est-elle
aussi celle du retour auxautopsies ?
La compréhension des mécanismes moléculaires
conduisant à la dissémination et au développement
métastatiques se heurte à l’absence de matériels tissu-
laires adaptés. Leur connaissance constitue cependant
un élément majeur de la prise en charge des patients
souff rant d’un cancer prostatique en échappement (1).
Une équipe du Michigan (Howard Hughes Medical
Center et University of Ann Harbor) a récemment
présenté une technique d’autopsie dite à chaud” (dans
les 3 heures suivant le décès), qui permet d’obtenir
d’importantes quantités de matériels histologique et
tumoral (2).
Dans une série de 13 cas, les auteurs précisent leur
modus operandi, qui vise à extraire du tissu osseux
(vertébral, huméral et fémoral) et métastatique en de
multiples localisations. Ils proposent de réaliser des
prélèvements en sectionnant les os à l’aide de scies
motorisées de façon longitudinale. Ils précisent qu’ils
peuvent ainsi mettre en évidence des localisations
métastatiques non ostéocondensantes au voisinage
de tumeurs ostéocondensantes, et prélever du tissu
non tumoral à titre de témoin sain. Cette méthode de
prélèvement précoce permet de préserver la qualité de
l’ARN pour des études ultérieures.
Les premiers résultats obtenus sur cette série restreinte
ont permis la réalisation d’analyses histologiques,
génétiques et moléculaires assurant de la qualité des
matériels étudiés. Les prélèvements systématiques
confi rment la présence, à côté des lésions ostéocon-
densantes habituelles, de lésions osseuses non ostéo-
condensantes plus diffi ciles à mettre en évidence lors
des examens radiologiques. Les analyses moléculaires
ne permettent pas, à l’heure actuelle, d’apporter des
TUMEURS GERMINALES
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éléments nouveaux dans la compréhension
des mécanismes impliqués dans l’implan-
tation ou le développement métastatique.
Au sein de cette courte série, les auteurs
notent cependant, entre les localisations
métastatiques ostéocondensantes et non
condensantes, une diff érence d’expression
des gènes codant pour des cadhérines
(PCDHGA5, CDH17, PCDH11X, et PCDH15), un
régulateur transmembranaire de BMP riche
en cystéine (CRIM1) ainsi que le gène WHSC2
qui possède des fonctions de régulation des
polymérases des ARN.
Commentaire
Cette méthode semble donc prometteuse au
regard de l’obtention de matériels biologiques
in vivo (!) de qualité suffi sante pour une analyse
de l’ARN lésionnel. Cependant, la série demeure
encore trop petite pour que des conclusions sur
le métabolisme tumoral puissent être tirées.
Par ailleurs, il s’agit d’une technique lourde,
nécessitant des infrastructures et une organi-
sation administrative rapide afi n de permettre
la réalisation d’autopsies de façon précoce. Il est
aujourd’hui peu probable que cette technique
puisse être mise en application en France, où la
législation et les usages demeurent un frein à la
réalisation d’un acte, en eff et, de plus en plus rare.
P. Camparo, Suresnes
1. Jin JK, Dayyani F, Gallick GE. Steps in prostate cancer
progression that lead to bone metastasis. Int J Cancer
2011;128(11):2545-61.
2. Mehra R, Kumar-Sinha C, Shankar S et al. Characterization
of bone metastases from rapid autopsies of prostate cancer
patients. Clin Cancer Res 2011;17(12):3924-32.
Où l’on parle encore du profi lage
génomique
À côté du stade tumoral, le score de
Gleason demeure le meilleur élément
pronostique dans le cancer de la prostate.
Partant du fait que les patients souffrant
d’un cancer de la prostate avec un score de
Gleason inférieur ou égal à 6 avaient un risque
plus faible de présenter des complications
graves (métastases ou décès) que ceux avec
un score de Gleason supérieur ou égal à 8,
une équipe de la Harvard Medical School a
cherché à évaluer quelles voies métaboliques
étaient diff érentiellement exprimées parmi
ces tumeurs (1). Elle a pour cela étudié le profi l
d’expression génomique de 358 patients en
surveillance active et a comparé ces profi ls
à ceux de patients atteints d’un cancer
de haut grade. Lextraction des ARN a été
réalisée à partir de matériels de résection ou
d’adéno mectomies tumorales (2). L’analyse
d’expression a été réalisée sur une plate-forme
Illumina à partir de 6 100 gènes explorant
440 voies métaboliques (3). Après avoir
déterminé les profi ls d’intérêt au sein de la
population témoin, les auteurs les ont étudiés
au sein de la population de haut grade puis
ils ont poolé les populations pour valider
le pouvoir prédictif de leur modèle. Ils ont
enfi n analysé ces profi ls d’expression parmi
une population de patients dont le score de
Gleason était de 7 (3 + 4 et 4 + 3) [n = 223].
Selon leurs résultats, 107 gènes étaient signi-
cativement associés au score de Gleason
correspondant à 14 voies métaboliques
principalement impliquées dans le cycle
cellulaire (PI3K/AKT), le métabolisme de la
pyrimidine et des folates mono carbonés pour
les tumeurs de haut score de Gleason et le
métabolisme du propanoate dans les tumeurs
de bas score de Gleason. En élargissant leur
analyse à 157 gènes, la prédictivité de leur
modèle était de 91 % dans les populations
de bas et de haut score de Gleason (aire
sous la courbe IC95 : 0,86-0,99 %) [score de
Gleason ≤ 6 et SG ≥ 8]. En appliquant ce
modèle aux populations SG 3 + 4 et 4 + 3,
les auteurs démontrent que l’existence d’un
profi l moléculaire de mauvais pronostic est
signifi cativement corrélée à la probabilité
de développer une complication grave (OR :
1,46 ; IC95 : 1,09 à 1,95).
Commentaire
Ce modèle moléculaire présente donc un intérêt
certain. Sa puissance est intéressante mais
demeure faible à l’échelle des populations de
malades. En eff et, en établissant 3groupes de
population (profil de faible risque, de risque
intermédiaire et de haut risque), la différence
en termes de risque de décès entre les 2 groupes
extrêmes était de 16 % (29 % versus 45 %). Elle
permet en outre de souligner l’importance de
certaines voies métaboliques impliquées dans
la genèse des cancers de la prostate. Les auteurs
soulignent cependant que si les profi ls sont relati-
vement cohérents au sein des populations de bas
score de Gleason et de faible risque, ils sont plus
hétérogènes dans les populations de haut score
de Gleason et de haut risque.
Paraphrasant Tolstoï dans Anna Karénine, les
auteurs justifi ent ainsi ce polymorphisme : “Toutes
les familles heureuses le sont de la même manière,
les familles malheureuses le sont chacune à leur
façon.
P. Camparo, Suresnes
1. Penney KL, Sinnott JA, Fall K et al. mRNA expression signa-
ture of Gleason grade predicts lethal prostate cancer. J Clin
Oncol 2011;29(17):2391-6.
2. Bibikova M, Talantov D, Chudin E et al. Quantitative
gene expression profiling in formalin-fixed, paraffin-
embedded tissues using universal bead arrays. Am J Pathol
2004;165(5):1799-807.
3. Setlur SR, Mertz KD, Hoshida Y et al. Estrogen-dependent
signaling in a molecularly distinct subclass of aggressive
prostate cancer. J Natl Cancer Inst 2008;100(11):815-25.
TUMEURS UROTHÉLIALES
Actualisation des données
desurvie concernant l’étude
dephase III randomisée BA06-30894
(chimiothérapie néo-adjuvante
par CMV dans les tumeurs
urothéliales)
Cet article s’est attaché à présenter les
résultats de survie à long terme, avec un recul
médian de 8 ans, d’une large étude rando-
misée de phase III testant une chimio thérapie
néo-adjuvante (CNA) dans les tumeurs
urothéliales par 3 cycles de cisplatine +
métho trexate + vinblastine (CMV) compara-
tivement à l’absence de chimiothérapie (1).
Cette étude a recruté 976 patients de 1989
à 1995 souff rant d’une tumeur de la vessie
localisée de T2 à T4a Nx M0. Les résultats
sont positifs en termes de survie globale :
sont constatées une réduction du risque
lié au décès de 16 % (HR = 0,84 [0,72-0,99] ;
p = 0,037) et une augmentation de la survie
à 10 ans de 30 à 36 %. Avec un suivi médian
de 4 ans, ces résultats n’étaient pas signifi -
catifs. Par la suite, le choix entre traitement
radical ou traitement conservateur n’était pas
pris en compte dans la randomisation, à la
diff érence de ce qui a été pratiqué dans l’essai
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de Grossman et al. (2). Il est intéressant de
noter que les taux de survie globale chez les
patients traités par CMV + cystectomie versus
CMV + radiothérapie nétaient pas signifi ca-
tivement diff érents (p = 0,07) à l’inverse des
taux de survie sans rechute locorégionale
(p = 0,019). Cependant, ce travail ne permet
pas de mettre en évidence un bénéfi ce pour
un sous-groupe particulier. Les 2 méta-
analyses concluant à un bénéfi ce en survie
rapportaient 6,5 % de survie à 5 ans (HR = 0,87
[0,78-0,96]) concernant les 8 essais utilisant
une combinaison à base de cisplatine (3), et
5 % à 5 ans (HR = 0,86 [0,77-0,95]) [4].
Commentaire
Ces résultats confi rment ceux de l’essai du MRC
qui obtient un gain en survie à 10ans ! La compa-
raison avec l’essai du SWOG fait apparaître un
recul similaire avec des résultats devenus
positifs pour un protocole moins toxique que le
M-VAC(4) : il s’agit d’une donnée séduisante en
pratique clinique bien que les études ne soient pas
comparables en tous points et que le bénéfi ce en
survie du CMV reste inférieur (16 % versus 25 %).
G. Roubaud, Bordeaux
Smith et al. Lancet Oncol 2011.
1. Giffi th G et al. J Clin Oncol 2011.
2. Grossman HB, Natale RB, Tangen CM et al. Neoadjuvant
chemotherapy plus cystectomy compared with cystectomy
alone for locally advanced bladder cancer. N Engl J Med
2003;349(9):859-66.
3. Winquist et al. J Urol 2004.
4. Eur Urol 2005.
GEM : une signature
transcriptomique sélectionnant
les patients pouvant bénéfi cier
d’une CNA pour un carcinome
urothélial
La CNA apporte un bénéfi ce en survie dans
les tumeurs urothéliales (1, 2). Cependant,
seuls 2 % des patients bénéfi cient d’un tel
traitement, principalement pour 3 raisons :
absence d’outils de prédiction d’un bénéfi ce à
ce traitement ; toxicité du traitement dans une
population aux nombreuses comorbidités ;
exposition à un retard de prise en charge
radicale en cas de non-effi cacité. L’atteinte
ganglionnaire (pN) est un facteur prédictif
robuste de la rechute (3). Afi n de mieux sélec-
tionner les sujets pouvant bénéfi cier d’une
CNA, une équipe américaine a mis au point
une signature transcriptomique à l’aide de
puces Affymetrix® HU122 sur 2 premières
cohortes indépendantes (cohorte canadienne
[n = 90] et cohorte du Memorial Sloan-
Kattering Cancer Center [n = 66]) corrélée au
statut pN+ a posteriori. Cette signature trans-
criptomique, appelée GEM (Gene Expression
Model), contenait 21 sondes (méthode de
sélection progressive de la signature la plus
discriminante en calculant la meilleure aire
sous la courbe ROC). Tous les patients inclus
dans les 3 cohortes étaient N- avant chirurgie
ou curage et n’avaient pas bénéfi cié de chimio-
thérapie ou de radiothérapie avant l’utilisation
des échantillons. Les caractéristiques clinico-
pathologiques étaient comparables entre ces
3 cohortes. Cet outil a ensuite été validé sur
une troisième cohorte indépendante d’un
essai de phase III (cohorte allemande AUO) [4]
de 185 patients permettant la détermination
d’une sous-population de haut risque 1,75
(1,03-2,93) et une autre de bas risque 0,70
(0,51-0,96) d’atteinte ganglionnaire. En
analyse multivariée, le GEM constituait un
facteur prédictif indépendant, notamment
du stade et de l’atteinte lymphovasculaire :
9,81 (1,64-18) [p = 0,019]. Ces résultats sont
robustes car obtenus sur un grand eff ectif de
patients, reproductibles du fait de lexistence
de 3 cohortes indépendantes (sur 2 conti-
nents diff érents) et de la validation initiale du
transcriptome sur 2 modes d’extraction (tissu
congelé et inclus en paraffi ne). On pourrait
en attendre une validation prospective par
un essai randomisé.
Commentaire
Lavenir réside peut-être dans la combinaison des
modèles prédictifs pour une même pathologie,
comme celui de la réponse au traitement avec
celui de l’envahissement ganglionnaire(5). Enfi n,
l’expression du génome nest certainement pas le
seul paramètre à prendre en compte.
G. Roubaud, Bordeaux
1. Grossman et al. N Engl J Med 2003.
2. Cochrane database 2005.
3. Bochner et al. J Clin Oncol 2006.
4. Lehmann J et al. J Clin Oncol 2005.
5. Smith SC et al. Clin Cancer Research 2010.
Un phénotype épigénétique
corrélant avec la voie des CIS
dans les tumeurs de la vessie :
uneavancée clinique ?
Dans les tumeurs urothéliales, il existe
2 voies de progression tumorale (données
clinicopathologiques et moléculaires) : la
voie des Ta” et la voie des “CIS (carcinome
in situ), plus agressive (récidivant peu mais
progressant souvent vers des formes infi l-
trant le muscle c’est-à-dire ≥ pT2) [1]. D’autre
part, il existe des mécanismes de régulations
épigénétiques impliqués dans la cancéro-
genèse, qui naff ectent pas le génome mais
son expression, et qui sont potentiellement
réversibles (méthylation de l’ADN, modifi ca-
tions des histones, ARN non codants, etc.) [2].
Ces modifi cations épigénétiques s’étendent
plus à des régions chromosomiques qu’à un
gène isolé (3).
Une équipe française s’est attachée à déter-
miner des régions chromosomiques dont
l’expression était réprimée simultanément
dans un sous-groupe de patients atteints de
tumeurs urothéliales (4). Toutes les étapes
ont été eff ectuées par rapport à un groupe
témoin de tissu urothélial normal. La métho-
dologie a consisté à repérer les régions dont
la modifi cation d’expression sur puce trans-
criptomique (quantité d’ARN) nétait pas
corrélée à une modifi cation génomique par
hybri dation génomique comparative (CGH)
[gain ou perte de matériel génomique] (5).
Ainsi, le biais d’expression pouvait être dû à un
mécanisme épigénétique. Parmi les 10 régions
sous-exprimées, 7 ont été déterminées
comme étant régulées par des modifi cations
des histones : méthylation et hypoacéty-
lation, toutes 2 répressives. Ces régulations
ne faisaient pas intervenir la méthylation
de l’ADN. Cette extinction simultanée de
l’expression de ces 7 régions a défini un
nouveau phénotype épigénétique ou Minimal
Regional Epigenetic Silencing (MRES). Les
tumeurs MRES+ étaient fortement corrélées
à la voie des CIS (signature transcriptomique)
sans qu’il soit possible de déterminer préci-
sément le moment d’acquisition de MRES
dans cette voie de progression tumorale.
VESSIE
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Commentaire
La détermination d’un phénotype épigénétique
corrélant avec un sous-groupe de tumeurs
urothéliales agressives constitue une avancée
importante en clinique, notamment en raison
de la réversion possible de ce phénomène par
des inhibiteurs des histone déacétylases et des
histone méthyltransférases. Il reste notamment à
déterminer à quel moment MRES est acquis dans
la progression tumorale (au stade de la tumeur
superfi cielle ?). Il faudrait pouvoir travailler sur
un nombre conséquent d’échantillons de CIS, ce
qui est diffi cile en pratique.
G. Roubaud, Bordeaux
1. Dyrskjøt L, Kruhøff er M, Thykjaer T et al. Gene expression
in the urinary bladder: a common carcinoma in situ gene
expression signature exists disregarding histopathological
classifi cation. Cancer Res 2004;64(11):4040-8.
2. Jones PA, Baylin SB. The epigenomics of cancer. Cell
2007;128(4):683-92.
3. Smith JS, Costello JF. A broad band of silence. Nat Genet
2006;38(5):504-6.
4. Vallot C, Stransky N, Bernard-Pierrot I et al. A novel
epigenetic phenotype associated with the most aggressive
pathway of bladder tumor progression
.
J Natl Cancer Inst
2011;103(1):47-60.
5. Stransky N, Vallot C, Reyal F et al. Regional copy number-
independent deregulation of transcription in cancer. Nat
Genet
2006;38(12):1386-96.
Carcinomes urothéliaux
etsyndrome de Lynch
Le syndrome de Lynch est un syndrome
de prédisposition génétique majeure aux
cancers colorectaux mais également à
d’autres types de cancers : endomètre et
ovaire principalement ; estomac, voies
excrétrices urinaires, voies biliaires et
intestin grêle dans une moindre mesure. La
transmission est autosomique dominante
et l’altération causale correspond à une
mutation constitutionnelle inactivatrice d’un
gène de réparation des mésappariements
de l’ADN, MLH1 ou MSH2 principalement.
L’augmentation du risque de carcinome
urothélial concerne le haut appareil urinaire,
bassinet et uretère. Son amplitude est varia-
blement appréciée.
Lobjectif du travail de D.G. Crockett et al.
était de préciser les caractéristiques des
carcinomes du haut appareil urinaire
diagnostiqués dans un contexte de syndrome
de Lynch chez 39 patients (19 hommes et
20 femmes) issus du registre des cancers
héréditaires de l’université de Creighton
(Omaha, Nebraska). La mutation causale
était identifiée chez 33 patients inclus.
Elle intéressait le gène MSH2 dans 29 cas
et le gène MLH1 dans 4 cas. Lâge moyen
au moment du diagnostic était de 62 ans ;
la localisation tumorale correspondait
au bassinet dans 15 cas (soit 38,5 % de
l’effectif) et à l’uretère dans 20 cas (soit
51,3 % de l’eff ectif). Trois patients (7,7 % de
l’eff ectif) présentaient une double localisation
tumorale (du bassinet et de l’uretère) et dans
un cas, la localisation nétait pas précisée. Le
grade tumoral était le plus souvent élevé
(haut grade pour 23 des 26 cas pour lesquels
cette information était disponible, soit 88 %
des cas). Les taux de stades TaTis/T1/T2 et
T3-T4 étaient de 30,8 %, 26,9 %, 19,2 % et
23,1 % respectivement. Un cancer de la vessie
a été diagnostiqué chez 9 patients de cette
série, le plus souvent après un cancer du haut
appareil urinaire (7 cas). Létude de l’expo-
sition à diff érents facteurs environnementaux
a été réalisée par le biais de l’examen rétro-
spectif des dossiers médicaux et par l’envoi de
questionnaires. Il nexistait pas d’exposition
signifi cative au tabac dans 48 % des cas et
aucun patient noccupait de profession à
risque ou n’avait suivi de traitement antérieur
par cyclophosphamide. Un antécédent d’irra-
diation abdominopelvienne a été rapporté
dans 4 cas pour cancer de l’ovaire (n = 2) ou
du rectum (n = 2).
Les caractéristiques sociodémographiques
et tumorales des patients inclus ont été
comparées à celles de 783 patients atteints
d’un carcinome du haut appareil urinaire a
priori sporadique, diagnostiqués entre 1971
et 1998 et inclus dans les registres de cancers
suédois. Lâge médian au diagnostic des
cancers sporadiques était signifi cativement
plus élevé (70 ans versus 62 ans [p < 0,0001])
et la localisation au niveau du bassinet était
significativement plus fréquente dans le
groupe témoin que dans le contexte du
syndrome de Lynch (64,5 % versus 38,5 %
[p = 0,0013]). Enfi n, il existait une prédomi-
nance masculine caractérisée par un sex-ratio
hommes/femmes de 1,52 contrastant avec
un sex-ratio de 0,95 chez les patients atteints
d’un syndrome de Lynch. Il n’existait pas de
diff érence manifeste entre les 2 groupes à
l’égard de l’exposition aux facteurs environne-
mentaux, sous réserve des limites méthodo-
logiques inhérentes à la nature rétrospective
de cette étude en ce qui concerne l’évaluation
de ce paramètre.
Commentaire
Le diagnostic de syndrome de Lynch doit être
évoqué chez tout patient atteint d’un carcinome
du bassinet ou de l’uretère à un jeune âge
(<60ans) et/ou en cas d’antécédents personnels
ou familiaux de cancers colorectaux ou d’autres
cancers du “spectre” du syndrome de Lynch
(endomètre, ovaire, estomac, intestin grêle,
voies biliaires). La recherche d’une instabilité
des microsatellites au niveau tumoral est une
étape clé dans la stratégie diagnostique de ce
syndrome.
B. Buecher, Paris
Crockett DG, Wagner DG, Holmäng S et al. Upper urinary
tract carcinoma in Lynch syndrome cases. J Urol 2011;
185(5):1627-30.
Détection des cellules tumorales
circulantes chez les patients
souff rant d’un cancer de la vessie
avancé
La détection des cellules tumorales circu-
lantes (CTC) a été faite dans cette étude
selon la technique classique CellSearch™,
agréée par la Food and Drug Administration.
Quinze des 50 patients non métastatiques
(30 %) et les 5 patients métastatiques
présentaient des CTC. Chez les sujets
métastatiques, le nombre moyen de CTC
était de 33,7 (extrêmes : 1-372, médiane : 2).
Il était de 3,1 chez les sujets non métasta-
tiques (extrêmes : 1-11, médiane : 1). Il n’a
pas été trouvé de corrélation avec des
paramètres histopathologiques autres que
l’infi ltration vasculaire en analyse univariée
(p = 0,047). Après un suivi médian de 1 an,
10 des 19 patients présentant des CTC
étaient décédés de leur cancer. Les patients
ayant des CTC avaient, de façon signifi cative,
une survie globale (p = 0,001), une survie
sans progression (p < 0,001) et une survie
spécifi que (p < 0,001) plus mauvaises.
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Commentaire
Ces données suggèrent que la présence de CTC
pourrait être prédictive d’une maladie systémique
précoce.
P. Beuzeboc, Paris
Rink M, Chun FK, Minner S et al. Detection of circulating
tumour cells in peripheral blood of patients with advanced
non-metastatic bladder cancer. BJU Int 2011;107(10):1668-75.
Étude prospective évaluant le rôle
pronostique et l’expression d’HER2
des CTC avant cystectomie
Les données préliminaires précédentes
suggèrent la valeur pronostique des CTC
chez les patients présentant un cancer
urothélial de la vessie non métastatique.
La même équipe a mené une recherche de
CTC avec analyse de leur statut HER2 sur
une série plus importante de 100 patients
non métastatiques, consécutifs et traités
par cystectomie. Le statut HER2 était étudié
dans le même temps au niveau de la tumeur
primaire et des métastases ganglionnaires
par FISH. La présence de CTC (médiane :
1 CTC) a été mise en évidence dans 23 %
des cas. Elle était corrélée de façon signi-
cative à un plus haut risque de récidive
ainsi que de mortalités globale et spécifi que
(p ≤ 0,001). Après ajustement aux caracté-
ristiques clinico biologiques, elle restait un
facteur pronostique indépendant. Une surex-
pression forte d’HER2 a été retrouvée chez
3 patients sur 22 (14 %), avec une discor-
dance entre la surexpression dans les CTC
et la mise en évidence par FISH d’une ampli-
fication du gène au niveau de la tumeur
primitive dans 23 % des cas. En revanche,
une concordance de 100 % a été retrouvée
si l’on considérait aussi le statut HER2 au
niveau des métastases ganglionnaires.
Commentaire
Le prochain essai randomisé néoadjuvant du
GETUG devrait intégrer la recherche prospective
des CTC.
P. Beuzeboc, Paris
Rink M, Chun FK, Dahlem R et al. Prognostic role and HER2
expression of circulating tumor cells in peripheral blood of
patients prior to radical cystectomy: a prospective study.
Eur Urol 2012 (Epub ahead of print).
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