
8 | La Lettre du Pharmacologue • Vol. 24 - n° 1 - janvier-février-mars 2010
DOSSIER THÉMATIQUE
Pharmacologie
des troubles du sommeil Sommeil normal et neurobiologie
de type 1 et de type 2 (hcrt), également nommés
Orx A et Orx B, qui se lient à deux récepteurs. Ces
neurones reçoivent des afférences du tronc cérébral,
notamment du locus cœruleus. L’administration
d’hypocrétine directement dans le locus cœruleus du
rat éveillé entraîne une augmentation des quantités
d’éveil, et surtout une suppression quasi totale du
SP. Cet effet est régulé par le récepteur de type 1,
dont la stimulation accroît l’activité des neurones
du locus cœruleus (7). Le contrôle des états de vigi-
lance étant sous-tendu par des ensembles complexes
de réseaux neuronaux, le locus cœruleus ne peut
pas être la seule structure responsable des effets
induits par l’hypocrétine. Les neurones hypocréti-
nergiques stimulent l’activation corticale et l’éveil
comportemental en se projetant sur les régions du
cerveau connues pour être d’une importance capi-
tale dans le contrôle des états de vigilance (noyau
réticulaire du thalamus, le télencéphale basal, le
noyau tubéro-mamillaire, le locus cœruleus, les
noyaux mésopontins, les noyaux du raphé et le
système dopaminergique du mésencéphale) [9-11].
Le système à hypocrétine apparaît bien comme un
régulateur du cycle veille-sommeil, d’abord via la
stimulation de l’éveil, mais aussi via la modulation
du SP. Chez l’animal, la lésion neurotoxique ou
génétique provoque un phénotype narcoleptique.
Chez l’homme, l’implication de ces neurones dans
la narcolepsie est largement admise, même si les
mécanismes sont encore mal connus (7).
◆◆Le◆sommeil◆lent
Le sommeil lent apparaît avec la disparition des
effets cholinergiques de l’éveil et l’inhibition du
système permissif (3). L’activation du système
exécutif libère les neurones pacemakers du noyau
réticulaire thalamique. Ceux-ci vont alors entraîner
à leur rythme les neurones thalamo-corticaux, qui
vont à leur tour induire leurs “ondes lentes” dans
tout le cortex (figure◆3) [12].
Ces neurones du thalamus peuvent en effet être
considérés comme des oscillateurs neuronaux à un
seul neurone, puisque ces neurones ont une activité
rythmique spontanée. C’est grâce à un ensemble
particulier de canaux ioniques dépendants du poten-
tiel de membrane que ces cellules sont capables
d’émettre des potentiels d’action selon un certain
rythme, sans être obligées de subir une quelconque
influence extérieure (13).
Mais comment certains neurones du thalamus,
lorsqu’ils s’activent de façon rythmique, peuvent-ils
représenter un “pacemaker” puissant pour l’en-
semble du cortex ? La puissance de cette influence
thalamique vient du fait que l’activité rythmique
spontanée des neurones du thalamus se synchro-
nise par des mécanismes d’association semblables à
ceux des oscillateurs à plusieurs neurones. Ainsi, une
population de neurones du thalamus relativement
limitée réussit, par l’entremise de riches projec-
tions thalamo-corticales, à entraîner un groupe
de neurones corticaux beaucoup plus important à
osciller au rythme de la mesure thalamique (14).
Des lésions thalamiques peuvent d’ailleurs réduire
ou abolir complètement ces oscillations corticales.
Les neurones du thalamus, qui projettent leur
axone vers le cortex, ont une autre propriété élec-
trophysiologique importante. Ils peuvent basculer
entre deux états stables : cette activité oscillatoire
spontanée que l’on vient de décrire, et qui leur est
intrinsèque, et une activité tonique qui survient
lorsqu’ils sont dépolarisés. Cette dépolarisation,
qui survient durant l’éveil, est induite par le système
réticulaire activateur du tronc cérébral. C’est dans
cet état de décharge tonique durant l’éveil que les
neurones thalamo-corticaux peuvent transmettre
au cortex des informations sur les stimuli périphé-
riques. À l’inverse, l’hyperpolarisation des neurones
thalamiques stabilise leur état oscillatoire. Ce sont
les neurones GABAergiques du noyau réticulaire
du thalamus, grâce à leurs contacts synaptiques
inhibiteurs avec les neurones thalamo-corticaux,
qui provoquent l’hyperpolarisation de ceux-ci. Ces
neurones GABAergiques reçoivent des projections
à la fois du tronc cérébral et du cortex. Lorsqu’ils
émettent des potentiels d’action, ils hyperpolarisent
les neurones thalamo-corticaux, ceux-ci entrant dès
lors en activité oscillatoire (figure◆3). Lorsqu’ils sont
dans cet état d’activité oscillatoire, les neurones
thalamo-corticaux synchronisent, pour ainsi dire,
les neurones corticaux avec eux, entraînant ainsi
une déconnexion du cortex par rapport au monde
extérieur. Cette déconnexion est évidemment au
maximum durant le stade III du sommeil à ondes
lentes (15).
Le fonctionnement du système exécutif dépend de
l’activité du noyau préoptique ventro-latéral (VLPO)
qui est le système permissif du SL (= système anti-
éveil). Son activation aurait un effet inhibiteur sur
l’activité du noyau tubéro-mamillaire de l’hypo-
thalamus postérieur et sur les autres structures
responsables de l’éveil (figure◆2).
Ainsi, pendant le SL, les neurones GABAergiques de
la VLPO et les neurones GABAergiques et glutama-
tergiques du thalamus ont une activité électrique
régulière, alors que les neurones du système ascen-
dant activateur de l’éveil ont une activité quasi-