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P. Gorwood L’Encéphale, 2007 ; 33 : 709-12, cahier 4
S 710
tés pour un épisode dépressif majeur par IRS durant trois
mois (6). Les 300 répondeurs sous traitement ont ensuite
été randomisés, avec poursuite de l’IRS ou passage sous
placebo durant un an. Les facteurs liés au taux de rechute
(qui a été élevé, même dans le groupe maintenu sous IRS)
ont été analysés. Les résultats montrent que la rapidité
de la réponse n’était pas prédictive d’un moindre risque
de rechute. En revanche, outre la sévérité initiale du
tableau, le sexe féminin, et la présence de symptômes
neuro-végétatif, on retrouve un impact important du temps
passé en dépression, puisque la chronicité du tableau est
associée à un plus fort taux de récidive.
Ainsi, plus un sujet est traité précocement, moins il
existe de risques de rechute et de récidive : une réponse
plus rapide, de meilleure qualité, permet de réduire la
rechute et la récidive.
Les courbes de survie illustrant le délai avant récidive
selon le nombre d’épisodes antérieurs (4) montrent bien
l’augmentation du risque de récidive (figure 1). Une étude
danoise sur la population nationale, donc exhaustive,
montre que le risque de récidive après un premier épisode
dépressif majeur est d’environ 50 % après vingt ans de
suivi, et que l’on passe, entre le deuxième et le troisième
épisode, de 50 à 65 % de taux de récidive, la fréquence
augmentant au fur et à mesure de la répétition des épiso-
des. Il existe donc une accélération des cycles des épiso-
des dépressifs majeurs dans le cadre de l’évolution du
trouble unipolaire. Ainsi, il est important de mettre en place
rapidement, dès le deuxième ou troisième épisode, des
traitements non plus curatifs, mais aussi préventifs, pour
éviter l’accélération des cycles, et la restriction de l’inter-
valle intercritique d’épisode en épisode.
Une étude importante de Judd sur plus de 500 sujets
unipolaires (2) portant sur le décours de l’épisode dépres-
sif majeur, montre que les symptômes résiduels ont éga-
lement tendance à s’accumuler d’épisode en épisode. Le
temps passé en rémission complète est limité (50 %), et
décroît avec le nombre d’épisodes.
Mises en parallèle avec le travail précédent, ces don-
nées suggèrent que cette accélération des épisodes
puisse provenir de la persistance des symptômes rési-
duels.
En dehors de la rechute et de la récidive, la préoccu-
pation principale dans l’épisode dépressif majeur est le ris-
que suicidaire. Une étude publiée en 2005 (10), a suivi
durant un an et demi 200 patients, tous traités pour
dépression, dont 8 % ont présenté une récidive. En fixant
à 1 le risque relatif de suicide pour les patients en rémis-
sion complète, les auteurs retrouvent un risque relatif de
7,5 pour les patients qui conservent ou ont de nouveau,
après un an et demi, les critères d’épisode dépressif
majeur. Et surtout, les répondeurs, (qui ont été en rémis-
sion et qui n’ont pas eu de récidive dépressive), ont un
risque relatif suicidaire de 2,5 si leur rémission est incom-
plète. Dans cette étude, le réseau social, les antécédents
de tentative de suicide, et le temps cumulatif de dépres-
sion, faisaient partie des facteurs prédictifs intermédiaires
impliqués.
L’évaluation des patients après un épisode dépressif
doit donc aller au-delà de la simple estimation d’une
réponse au traitement, pour rechercher l’ensemble des
symptômes dépressifs, conduisant le cas échéant à modi-
fier la stratégie thérapeutique. On vise ainsi à améliorer
l’état du patient, mais aussi à réduire le risque de rechute
et de récidive, à atténuer l’impact sur la qualité de vie ou
sur des événements de vie négatifs, et à réduire le risque
de tentatives de suicide.
LE DESTIN DU PSYCHIATRE
DANS L’ÉPISODE DÉPRESSIF MAJEUR
La densité de psychiatres est moins importante dans
les autres pays européens qu’en France, ce qui conduit
à des propositions de réseau de soins dans lequel le psy-
chiatre est moins directement impliqué avec le patient.
Une publication récente du BMJ (20 janvier 2006) décrit
un réseau composé d’un psychiatre coordinateur joigna-
ble par téléphone, auquel sont rattachés 200 référents
infirmiers, travailleurs sociaux… et qui gèrent, en ce qui
concerne la prévention et le traitement, 2 000 personnes
âgées présentant un épisode dépressif majeur. Les infir-
miers et les travailleurs sociaux se rendent chez les
patients ou dans les institutions, et rendent compte de
l’état du patient à un médecin généraliste, qui, lorsqu’il ren-
contre une difficulté sortant de la conduite hiérarchique
proposée sur les arbres décisionnels, contacte téléphoni-
quement le psychiatre pour élaborer des solutions théra-
peutiques alternatives adaptées. Ces structures, articu-
lées autour du psychiatre, apparaissent très efficaces,
avec pour les patients traités une meilleure réponse au
traitement : jusqu’à un suivi de deux ans, les taux de
rechutes et de récidives sont moindres, et le fonctionne-
ment est meilleur.
S’il faut éviter le destin de la récidive et de la rechute,
il est également important d’évaluer si les traitements anti-
dépresseurs prescrits par le psychiatre permettent une
FIG. 1. — La récidive comme destin ? (d’après 4)
Trouble unipolaire
0 5 10 15 20
25
0,0
0,1
0,2
0,3
0,4
0,5
0,6
0,7
0,8
0,9
1
Survie
Fréquence (an)
• 50 % après 1 épisode
• 70 % après 2 épisodes
• 90 % après 3 épisodes
• Agency for Health Care
Policy and Research
• NIMH 431 EDM
• 60 % à 5 ans
• 85 % à 15 ans
Fréquence de la récidive du trouble affectif unipolaire