n°
9408
CROISSANCE ENDOGENE
ET
CROISSANCE DES REGIONS
Vers une
théorie
de la
croissance
endogène
spatialisce
Catherine BAUMONT*
octobre 1994
*Maître de Conférences, ENESAD,
Dijon
Chercheur,
LATEC,
Université
de Bourgogne
Cet article a fait
l'objet
d'une
communication au Colloque de l'Association
de Science Régionale de Langue Française consacré à
l'Intégration
des
espaces,
Université des Antilles et de la Guyane, Fort-de-France, 1-2
septembre 1994.
Résumé
L'objectif de cet article est de poser les différents principes préalables
à la construction
d'une
théorie spatiale de la croissance endogène. Dans ce
but,
plusieurs étapes sont présentées.
1/ L'analyse des théories macroéconomiques de la croissance endogène permet
de mettre en évidence le rôle clé des externalités d'agglomérations.
2/
Mettre en parallèle, les mécanismes de croissance endogène et de
croissance régionale permet d'identifier les composantes spatiales de la
croissance. A cet égard, le concept de capital spatial est défini.
3/ Enfin, les principes fondamentaux attachés à la dynamique de population,
à l'accumulation du capital spatial et à l'émergence des économies
d'agglomération sont présentés.
Mots
clés
Capital spatial, croissance endogène, espace, externalités d'agglomération,
facteurs de croissance, mobilité.
AVANT-PROPOS
Les analyses de la croissance régionale et les théories macroéconomiques de
la croissance endogène semblent trouver différents points de rencontre. Cet
article est consacré à leur mise en lumière et peut alors être considéré
comme la recherche des fondations
d'une
théorie spatiale de la croissance
endogène.
C'est
pourquoi, le lecteur y trouvera plusieurs pistes de
recherche plutôt qu'une direction précise à suivre. Certaines de ces pistes
m'ont été suggérées ou ont émergé au cours de différentes discussions de
travail et je remercie à cette occasion toutes les personnes qui m'ont
conseillée ou encouragée. Je reste, bien entendu, selon l'expression
consacrée, seule responsable des erreurs éventuelles contenues dans cet
article.
INTRODUCTION
Depuis le milieu des années quatre-vingts, l'analyse macroéconomique
de la croissance
s'est
considérablement renouvelée grâce aux théories de la
croissance endogène. Ce nouveau courant d'analyse
s'est
en particulier
développé pour pallier les insuffisances du modèle néoclassique de
croissance dans l'explication
d'une
part des trajectoires de croissance des
pays et d'autre part des écarts de croissance entre les
pays.
Parallèlement et face à l'intégration croissante des régions dans le
paysage économique, une partie importante de la Science Régionale
s'est
focalisée sur
l'étude
des déterminants de la croissance régionale, en
s'intéressant en particulier aux mécanismes de développement économique des
régions et au problème du développement inégal.
Posées en ces termes, les problématiques de la croissance endogène et
de la croissance régionale sont similaires, à l'échelle territoriale près :
la nation pour l'analyse macroéconomique, une portion de la nation pour la
Science Régionale. Il semble alors naturel de chercher à les rapprocher et
cela peut être fait de différentes manières, en fonction des objectifs que
l'on
s'est
fixés. Deux objectifs sont possibles.
1/ On peut vouloir transposer simplement les théories de la croissance
endogène à la croissance régionale, c'est-à-dire, pour simplifier,
travailler à l'échelon territorial plus fin. Pour atteindre cet
objectif, il faut justifier l'applicabilité des mécanismes de croissance
endogène aux régions et déterminer les conditions d'applicabilité.
On aboutira ici à la construction d'un modèle supplémentaire de
croissance endogène, pas fondamentalement différent de ceux utilisés en
Macroéconomie. L'enrichissement théorique sera surtout profitable à la
Science Régionale.
2/
On peut, a contrario, réfléchir davantage sur les déterminants spatiaux
de la croissance régionale et vouloir en conséquence introduire la
dimension spatiale dans les théories de la croissance endogène.
On aboutira maintenant à la construction d'un modèle spatialisé de
croissance endogène, apportant une dimension supplémentaire à l'analyse
macroéconomique de la croissance.
Il apparait finalement que l'on peut associer ces deux objectifs en
cherchant à analyser la croissance des régions à
l'aide
des mécanismes de
croissance endogène augmentés de facteurs spatiaux.
C'est
ce que nous
allons réaliser dans le travail présenté ci-après. Pour cela nous
aborderons successivement les trois points suivants :
dans la première partie, nous présenterons la problématique de la
croissance endogène,
dans une deuxième partie, nous montrerons comment les dimensions
régionales et spatiales peuvent être introduites dans les théories de la
croissance endogène,
enfin, dans la troisième partie, nous proposerons différentes démarches
de modélisation de la croissance endogène spatialisée.
I - LA PROBLÉMATIQUE DE LA CROISSANCE ENDOGÈNE
Le champ théorique de la Croissance Endogène recouvre en vérité un
ensemble interactif de plusieurs modèles, toujours en pleine évolution,
comme le témoignent les nombreuses contributions scientifiques ou
méthodologiques paraissant sur ce sujet dans les revues économiques
françaises ou anglo-saxonnes.
C'est
en présentant les enjeux de cette nouvelle analyse de la
croissance économique et par la réalisation de notre propre synthèse que
nous pourrons mettre en évidence les axes d'articulations nécessaires à la
construction
d'une
théorie de la croissance endogène spatialisée.
1.1.
POURQUOI UNE NOUVELLE THEORIE DE LA CROISSANCE ?
1.1.1.
La critique du modèle de croissance néoclassique
L'"ancienne théorie" s'articule autour du
modèle
de
croissance
néoclassique
dont un représentant pivot est le modèle de Solow
(1956).
Le
modèle de croissance néoclassique vise à transposer le cadre walrasien
statique de l'équilibre général au cadre dynamique de la croissance. A cet
égard, il repose sur les éléments suivants :
le produit est obtenu à partir de 2 facteurs de production
substituables : le capital qui est le facteur de production accumulable et
un facteur de production non accumulable (généralement le
travail).
La
fonction de production est à rendements d'échelle constants,
conformément aux hypothèses néoclassiques standards, la croissance
économique se manifeste par l'accumulation du capital. Mais plus le stock
de capital augmente, et plus le rendement du capital baisse, car les
facteurs sont rémunérés à leur productivité marginale qui est décroissante.
Il s'en suivra une baisse de l'accumulation du capital et donc une baisse
de la croissance. Ainsi le mécanisme au coeur de la théorie néoclassique
(la décroissance de la productivité marginale des facteurs) est celui qui
inhibe la croissance.
Les résultats du modèle de croissance néoclassique que nous retenons
sont les suivants.
L'économie tend vers une situation unique et stable de croissance
équilibrée de plein-emploi.
Le taux de croissance du produit par tête est nul à long terme :
l'économie tend vers une situation où la production par tête ne varie
plus.
C'est une situation de croissance bornée.
Pour l'économie internationale, si les facteurs de production sont
mobiles,
on obtient à long terme une convergence des productions par tête
1
Voir
par
exemple,
les
revues
de
synthèse
réalisées
par
Lordon
(1991),
Amable
et
Guellec (1992)
et
Artus
(1993).
2
Pour
une
présentation
plus
technique
et
plus
détaillée
consulter,
par
exemple,
Abraham-Frois,
1991, p
253-328.
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