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I Introduction
L’architecture du système neurophysiologique et biomécanique responsable de la commande
motrice humaine et de son apprentissage est d’une grande complexité. Les principes qui
président à la réalisation des mouvements dans des structures nerveuses spécifiques (cortex
moteur, cervelet, ganglions de la base) sont encore mal compris et les modèles sont très
nombreux. Parmi les hypothèses étudiées par les chercheurs, un ensemble de travaux sont
fondés sur l’idée qu’il existe au sein de ce système un répertoire de « postures » qui
pourraient coder pour des « buts » moteurs.
En effet, des études neurophysiologiques chez la grenouille (Giszter et al. 1993) ont montré
qu’en stimulant sa moelle épinière, les membres inférieurs de l’animal se disposaient dans des
configurations spatiales précises indépendamment de leur configuration initiale. Par ailleurs,
des stimulations intracrâniennes chez le singe (Graziano et al. 2002a, 2002b, 2003, 2004)
entraînent également le mouvement de l’animal jusqu’à une posture donnée. Graziano et son
équipe affirment l’existence d’un répertoire de postures dans le cortex moteur primaire et le
cortex prémoteur du singe.
L’aire stimulée dans ces études se situe dans le gyrus précentral. Elle englobe en partie le
cortex moteur primaire (M1), la partie caudale du cortex prémoteur dorsal (PMdc), et le
cortex prémoteur ventral (aires F4 et F5 chez le singe), tel que schématisé sur la figure 1. Des
études de Wise et al. (1997) semblent montrer que la partie rostrale du cortex prémoteur
dorsal (PMdr) est impliquée dans la planification et la sélection de l’action, tandis que la
partie caudale permet l’exécution et la correction du mouvement. Les deux populations de
cellules du cortex prémoteur reçoivent aussi des inputs différents en provenance du cortex
pariétal. Par ailleurs, seules les cellules du PMdr reçoivent de l’information provenant du
cortex préfrontal dorsolatéral. De son côté, l’activité du cortex préfrontal fournit une
information sur les récompenses liées à la sélection d’une action motrice dirigée vers un but
(Matsumoto et al. 2003). Le PMdc, qui projette sur M1 et la moelle épinière, serait plus
directement impliqué dans la préparation et l’exécution du mouvement. Seule une stimulation
de la partie caudale du cortex prémoteur dorsal déclenche un mouvement vers une posture but
(Graziano et al. 2002a, 2002b).
Figure 1. Schémas des aires motrices du cerveau de primate : aire motrice primaire et aire prémotrice et ses
divisions. [ D’après Graziano, 2006]
Ultérieurement, à travers des enregistrements de l’activité neuronale chez le singe lors de
mouvements libres des membres supérieurs, Aflalo et Graziano (2006a) ont montré que les