
NOTE D’INTERVENTION DE L’
Numéro36/Novembre 2014
Le 10 octobre dernier,
l’IRÉC a déposé un mémoire
à la Commission d’examen
sur la fiscalité québécoise.
Avec près de cinquante
pages et une vingtaine
de recommandations, le
document dresse une large
palette d’enjeux de la fisca-
lité au Québec et d’ailleurs.
Pour en faciliter la diffu-
sion, nous avons choisi d’en
tirer une série de courtes
notes d’intervention sur des
thèmes précis, ce qui nous a
permis dans certains cas de
les bonifier avec de nouvel-
les données.
SOMMAIRE
Introduction
1. Un enjeu mondial de
régulation économique
2. La situation au
Québec
Conclusion
Inégalités et fiscalité : nous
faisons fausse route
1
Gilles L. Bourque1
Introduction
Développé au cours des trente dernières années à coup de libéralisation et dérèglementation des mar-
chés, le modèle économique actuel favorise l’augmentation systémique des inégalités, en aggravant
toujours davantage la situation de la classe moyenne et des moins favorisées. Les écarts de revenus et de
richesses ont beaucoup augmenté dans la quasi-totalité des pays développés. Certains s’y résignent avec fata-
lité, conséquence supposée de la mondialisation et de l’innovation technologique. Pourtant, des pays comme
le Canada, l’Allemagne et la Suède ont le même PIB par habitant, mais des taux d’inégalités, de pauvreté et
de concentration de richesse complètement différents. Dans cette note d’intervention, nous allons présen-
ter les liens étroits qui existent entre les inégalités et la fiscalité, ici et ailleurs, sur la base des nombreuses
réflexions qui ont vu le jour récemment. Nous montrerons que le Québec n’a pas échappé à ces tendances et
qu’il est donc urgent d’agir.
Un enjeu mondial de régulation économique
Contrairement à ce qu’on laisse croire trop souvent, le principal problème auquel fait face le Québec n’est
pas celui de dépenses pléthoriques qui plomberaient de façon dramatique les finances publiques. Le
véritable problème, celui qui risque de remettre en question les principales avancées socioéconomiques du
Québec depuis la Révolution tranquille, voire les bases de la démocratie, est la montée des inégalités avec ses
multiples impacts sur l’économie et la société québécoises. Ce problème n’est pas une spécificité québécoise. Il
a été créé de toute pièce par les politiques fiscales des trente dernières années, dans la foulée de la «révolu-
tion conservatrice» reaganienne, qui ont amoindri la progressivité des régimes fiscaux dans la plupart des
pays développés.
Un récent rapport de l’OCDE2, portant sur les inégalités dans les pays membres, est d’ailleurs très clair
à ce sujet: les tendances actuelles de croissance des inégalités coïncident avec, entre autres, le changement
graduel des normes sociales, notamment en matière d’impôt. Dans presque tous les pays industrialisés, on a
vu se réduire l’effet redistributif de la fiscalité. Le taux marginal d’impôt s’appliquant aux tranches supérieu-
res de revenus des particuliers est ainsi passé d’une moyenne de 66% en 1981 à 41% en 2008. Au Québec, le
taux maximum combiné d’impôt sur le revenu est passé de 69,8% en 1981 à 49,975% en 20133. Mais il s’agit
là de taux marginaux. Lorsqu’on calcule les taux effectivement payés, on constate par exemple qu’au Québec
1. L’auteur et chercheur de l’IRÉC tient à remercier France Bibeau pour sa précieuse collaboration.
2. OCDE, FOCUS on Top and Taxation in OECD Countries: Was the crisis a game changer? Avril 2014, [En
ligne]. http://www.oecd.org/els/soc/OECD2014-FocusOnTopIncomes.pdf
3. CENTRE QUÉBÉCOIS DE FORMATION EN FISCALITÉ, Les taux effectifs marginaux d’imposition [TEMI] - Qué-
bec 2013, [En ligne]. https://www.cqff.com/claude_laferriere/texte_explicatif_2013.pdf