note d`orientation 5

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NOTE D’ORIENTATION 5
Obtenir le « bon produit » et le « bon service »
Comment concevons-nous des latrines abordables et attrayantes que les
entreprises peuvent produire et vendre de manière profitable ?
Jeff Chapin et Danielle Pedi
Dans cette Note d’Orientation vous apprendrez :
 La définition de la pensée créatrice et comment réaliser les trois objectifs que sont la désirabilité, la viabilité
et la faisabilité pour la conception de latrines réussies
 Comment planifier et gérer le processus d’Inspiration-Idéation-Mise en œuvre pour la conception de
produitsetrelatifs
aux latrines
Jeff Chapin
Danielle
Pedi
 Qui engager dans le processus de conception
 Comment évaluer les produits relatifs aux latrines disponibles
 Comment approcher la réduction du coût des produits
1. Introduction
Le Marketing de l’Assainissement (SanMark) demande que les ménages investissent leur temps et leur argent pour
des latrines améliorées. Comme pour tout achat, le ménage consommateur pèsera les coûts et les avantages pour
prendre sa décision d’achat. La décision du consommateur est complexe et implique la prise en compte de besoins
fonctionnels, sociaux et émotionnels. L’UNICEF peut utiliser la pensée créatrice comme un outil pour mieux
comprendre l’ensemble des besoins du consommateur et pour développer les « bons » produits et les « bons »
services que les ménages veulent, achètent et utilisent réellement (voir la Note d’Orientation 2 : Comportement du
consommateur). La pensée créatrice aide également à élaborer les modèles économiques appropriés pour la
fourniture durable de ces produits et services d’assainissement (voir la Note d’Orientation 3 : Les chaînes
d’approvisionnement et modèles économiques de l’assainissement).
2. La pensée créatrice définie
Lorsque nous parlons de « conception » dans le cadre de SanMark, nous ne parlons pas seulement des
caractéristiques technologiques. Il nous faut appliquer une approche de conception (pensée créatrice) qui
s’intéresse à l’ensemble de l’expérience de l’utilisateur concernant le produit ou le service – y compris comment il
est acheté, conditionné, transporté, installé, utilisé et entretenu. En concevant les « bons » produits, nous devons
penser aux gens, aux technologies et aux entreprises. L’objectif n’est pas de créer les meilleures latrines
imaginables qui régleront les problèmes d’assainissement du monde, mais d’avoir les meilleures options de latrines
pour le contexte particulier d’un pays.
Nous devons nous poser trois questions clés (Figure 1) :
1) Que veulent les gens et de quoi ont-ils besoin ? (Désirabilité – voir Note d’Orientation 2)
````````
2) Qu’est-ce qui est techniquement possible de produire et de vendre ? (Faisabilité)
3) Qu’est-ce qui est financièrement possible pour les entreprises locales ? (Viabilité – voir Note d’Orientation 3)
Figure 1. Lorsque nous appliquons la « pensée créatrice » nous utilisons les informations portant
sur les désirs des personnes, les technologies potentielles et les besoins commerciaux pour
développer de nouvelles idées et créer de nouveaux produits et services.
3. Le processus de conception
Pour nous aider à penser à ces trois questions clés, nous utilisons un processus de conception simple en trois
étapes. Le processus de conception part de l’Inspiration pour aller à l’Idéation pour aller à la Mise en œuvre (Figure
2). Il ne se réalise généralement pas de manière linéaire comme cela est montré ci-dessous, mais plutôt à travers
de nombreux cycles et raccourcis qui permettent d’explorer et de développer les idées. Le processus de conception
est habituellement conduit par une Équipe de Conception (décrite plus loin) qui est dédiée au projet.
L’Équipe de Conception devrait impliquer les parties prenantes pertinentes à tous les stades du processus pour
compléter ses propres compétences. Dans le processus de la pensée créatrice, les bonnes idées peuvent provenir
et être inspirées de tout le monde, pas seulement des « experts techniques ».
INSPIRATION
IDÉATION
MISE EN
ŒUVRE
Figure 2. Le processus de conception en trois étapes qui devrait servir de guide pour des
itérations de conception répétées. Les concepteurs sautent d’une étape à l’autre pour tester les
idées et développer les concepts.
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i) Inspiration
Le stade de l’Inspiration implique habituellement des interviews et des discussions approfondies et qualitatives avec
les parties prenantes pertinentes (typiquement les ménages, les maçons, les producteurs de béton, les détaillants,
les fabricants, les ONG, les travailleurs gouvernementaux et les autres personnes pertinentes pour le marché de
l’assainissement). Des entrevues individuelles exhaustives et de petites entrevues en groupe sont les meilleurs
moyens de s’informer sur ce que les gens veulent et sur ce dont ils ont besoin. Les enquêtes quantitatives utilisant
un questionnaire prédéterminé sont moins productives pour ce propos parce que nous voulons provoquer les
conversations qui nous permettent d’obtenir de nouvelles informations. Lorsque nous rencontrons et parlons aux
parties prenantes il est important de venir avec un état d’esprit de débutant. Nous avons besoin de poser des
questions ouvertes plutôt qu’orientées et d’écouter ce que les gens disent réellement plutôt que ce que nous
voulons entendre. Le Human Centered Design toolkit (voir Ressources) offre des informations sur la manière
d’approcher ces entrevues.
Tous les projets devraient commencer avec une phase d’Inspiration de plus ou moins 2-3 semaines, afin que
l’Équipe de Conception puisse interagir avec assez de parties prenantes dans la région ou le pays pour commencer
à comprendre les défis et opportunités clés. L’objectif de la phase d’Inspiration dans un projet de conception est de
déclencher de nouvelles idées, pas d’obtenir des données significatives statistiquement – quelques fois une seule
conversation peut aboutir à une grande idée. À ce stade, il est très utile de parler avec des gens qui font quelque
chose d’exceptionnel pour apprendre ce qui les rend différents des autres et pour comprendre comment nous
pouvons appliquer leur manière de penser et leurs actions à notre travail. Nous appelons ces personnes les
« déviants positifs ». Par exemple, au Cambodge, dans le cadre du Projet pilote dans le domaine du Marketing de
l’Assainissement, financé par le WSP et l’USAID et géré par l’iDE, plutôt que de réaliser des dizaines d’entretiens
avec des défécateurs à l’air libre typiques, nous avons recherché un villageois, dont nous avions entendu parlé, qui
avait réalisé lui-même des latrines à chasse d’eau à partir d’un tuyau en PVC coupé et déformé à large diamètre.
En lui parlant, nous avons commencé à avoir des informations essentielles en ce qui concerne le manque de
connaissance des villageois relatif à la plomberie des latrines, ce qui nous a donné les informations essentielles
pour les approches suivantes de la conception. (Pour plus d’information sur la déviance positive et comment y avoir
recours, voyez l’Initiative de Déviance Positive basée à l’Université de Tufts dans la section Ressources).
ii) Idéation
Lors de la phase d’Idéation, l’attention est portée sur la génération et le développement des idées. Au cours des
premières phases, les sessions de brainstorming et de sketch permettent de mettre rapidement de nombreuses
idées sur le papier. Une fois que l’Équipe de Conception a beaucoup d’idées, elle peut commencer à sélectionner
celles qui devraient être les plus à même d’être développées en prototypes sommaires à partager avec les
utilisateurs. Les prototypes doivent être considérés comme des outils permettant de provoquer les conversations et
de répondre aux questions.
Les prototypes devraient être partagés avec les parties prenantes pour obtenir leurs retours d’information sur ce
qu’elles en pensent. Qu’est-ce qu’elles aiment ? Qu’est-ce qui doit changer ? Les connaissances que nous
obtenons en testant nos prototypes de base sont utilisées pour élaborer de meilleures idées et des prototypes plus
élaborés dans un processus itératif. Les sessions d’idéation sont réalisées avec un petit groupe d’esprits divers (3-8
personnes issues d’un ensemble de disciplines). Elles doivent être courtes (1-2 heures pour le brainstorming et la
session de sketch ; 1-4 heures pour le prototypage de base) et avoir un objectif concret (par exemple : passer en
revue 100 idées ou construire 5 prototypes de base) centré sur un sujet spécifique (tel que : « comment transporter
un anneau en béton de manière sécurisée » ou « comment installer une dalle en plastique en toute sécurité »).
3
?
PROTOTYPAGE
Qu’est-ce qu’un prototype ?
• Un prototype peut être tout ce qui représente une idée – des modèles physiques, un dessein fait à la main,
un rendu, un scénario-maquette d’un dessin animé, une fausse publicité ou même un produit existant.
Quel prototype ?
• Les gens ont plus de facilité à répondre à des idées concrètes, visuelles, qu’à des descriptions verbales.
• À travers les retours d’information sur les prototypes, vos idées s’amélioreront, plus rapidement
qu’autrement.
• Les prototypes laissent vos utilisateurs faire partie du processus créatif.
Règles à suivre au moment du prototypage
• Toujours montrer au moins trois options afin que les utilisateurs puissent les comparer et confronter.
• Présentez des prototypes de qualité équivalente – sinon les gens prendront le prototype le mieux dessiné
ou le mieux réalisé.
• Testez votre prototype avant de le montrer aux utilisateurs ; vous ne voulez pas qu’il se brise/casse la
première fois qu’il est testé.
• Les prototypes sont construits pour répondre à des questions – sachez à l’avance ce que vous voulez
apprendre quand vous élaborez le prototype.
iii) Mise en œuvre
Au cours de la phase de Mise en œuvre, nous transformons les idées en réalité. Cette phase implique de travailler
avec des fabricants et la chaîne d’approvisionnement pour comprendre comment les produits peuvent réellement
être réalisés et quels peuvent en être les coûts. Nous devons inclure ces parties prenantes tôt dans le processus
pour nous assurer que nous ne concevons pas quelque chose qui ne peut pas être réalisé ou qu’il serait trop difficile
ou couteux de distribuer ou d’installer (voir la Note d’Orientation 3 : Les chaînes d’approvisionnement et les
modèles économiques de l’assainissement). La mise en œuvre devrait débuter lors de la phase de conception du
projet, mais continuera vraisemblablement pendant quelques mois au fur et à mesure que le secteur privé adoptera
et adaptera les idées qui résulteront du travail.
Pour la phase de conception d’un produit d’un projet de Marketing de l’Assainissement, l’Équipe de Conception
devrait prévoir de revoir l’ensemble des trois étapes (Inspiration, Idéation, Mise en œuvre) entre quatre et huit fois
avant de finaliser un produit ou un service. À chaque fois que vous revoyez les étapes de conception, vous affinez
de plus en plus votre approche jusqu’à ce que vous obteniez un ensemble final de produits ou de services dont
vous pensez que les gens puissent vouloir et que les entreprises puissent techniquement produire et vendre de
manière profitable.
4. Évaluer les produits relatifs aux latrines disponibles
Un bon endroit par où commencer avec tout programme SanMark (parfois même avant d’engager une Équipe de
Conception) est de comprendre quels sont les produits relatifs aux latrines (ou services) disponibles sur le marché
localement ou régionalement (comme Étape 1 de la Note d’Orientation 1 : Analyse de la situation, décrite plus en
détail dans la Note d’Orientation 4 : Développement du secteur privé). À travers les conversations avec les experts
des ONG, du gouvernement et les experts locaux, ainsi qu’avec les consommateurs et les entreprises de la chaîne
d’approvisionnement, vous pouvez élaborer une base de données de ce qui est déjà disponible, y compris des
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échantillons et des images des composants. Cette partie essentielle de l’étude de marché de l’assainissement
devrait être conçue pour répondre aux questions clés telles que montrées en Figure 3.
Grâce à cela et aux questions auxquelles vous aurez répondu dans votre étude de marché, vous commencerez à
voir si l’un quelconque des produits disponibles a le potentiel de faire partie de votre programme SanMark. Vous
pouvez évaluer si les produits existants peuvent être améliorés à travers le processus de conception du produit et
l’élaboration du modèle économique (voir la Note d’Orientation 3 : Les chaînes d’approvisionnement et les modèles
économiques de l’assainissement) et/ou le marketing et la promotion (voir Note d’Orientation 7 : Promotion et
marketing de la demande) ou bien si vous devez développer de nouveaux produits pour votre marché.
Astuces
Figure 3 : Questions clés pour les enquêtes initiales sur les produits
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Quels sont les produits disponibles ? Quelles sont leurs caractéristiques ? En quoi sont-ils pertinents dans
le contexte local ?
Est-ce que les ménages ruraux sont au courant de ces produits ? Est-ce que vous pouvez trouver des
ménages dans lesquels ces produits sont installés ? Quelles sont leurs expériences ? Sont-ils contents
avec ? Comment ont-ils adapté ou altéré ces produits ?
Dans quelle mesure est-ce facile pour un ménage rural d’acheter ces produits et de les avoir installés ?
Quelle expertise, et de qui, est nécessaire pour l’installation ?
Est-ce que ces produits sont disponibles partout, ou sont-ils difficiles à trouver ?
Comment les produits sont-ils promus ? Quelles techniques de vente sont-elles employées ?
Quels sont les taux de vente ?
Quels sont les prix de détail ? Quelle est leur variabilité ? Quel est le coût total pour les installer (détailler
en fonction du produit, du transport et de l’installation) ?
5. Planifier, budgétiser et gérer le processus de conception
L’UNICEF aura sans doute besoin d’embaucher une Équipe de Conception, le plus souvent un petit groupe de
consultants ayant des compétences et une expérience dans la conception. L’Équipe de Conception devrait proposer
un plan détaillé du projet et gérer les activités au jour le jour. Ci-dessous sont détaillées cinq étapes clés que
l’UNICEF devrait mettre en œuvre pour gérer le processus de conception afin que vous obteniez les résultats que
vous souhaitez.
Étape 1: Créer un énoncé de projet
Un projet de conception réussi commence avec un bon énoncé qui décrit les résultats désirés du projet (Figure 4).
Cela prendra du temps à réaliser, mais cela vaut la peine dans la mesure où il servira de point de référence à
travers tout le projet. Cela dépendra de l’UNICEF d’écrire l’énoncé de projet et de concentrer les efforts de l’Équipe
de Conception. Présentez clairement le problème, le calendrier et les contraintes et laissez les concepteurs
répondre avec une proposition décrivant comment ils mèneront le projet. Vous devrez être confortable avec un
certain niveau d’ambiguïté de la part des concepteurs, dans la mesure où ils auront besoin de temps pour s’habituer
au processus de conception et ne connaîtront pas les résultats exacts du processus en avance. Notez que les
meilleurs concepteurs voudront modifier et améliorer l’énoncé avec vous, et les informations obtenues du terrain
peuvent vous mener (et eux aussi) à changer l’énoncé, mais après que le projet ait commencé.
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?
Figure 4 : Qu’est-ce qu’un énoncé de projet?
Contexte: Quel est l’historique de votre organisation ou le problème que vous essayez de résoudre? Est-ce
qu’il y a des cadres qui valent la peine d’être partagés?
Énoncé du problème: Quel est le problème sur lequel vous voulez que l’Équipe de Conception se
concentre?
Objectifs: Quels prix et segments du marché devez-vous atteindre? Quelles technologies devez-vous
incorporer?
Jalons: Quels critères temporels l’Équipe de Conception doit-elle viser?
Critères de réussite: Qu’est-ce que serait un projet réussi? Quels résultats attendez-vous?
Étape 2 : Délimiter l’effort
La phase centrale de la conception d’un programme SanMark devrait avoir une durée de 10 à 16 semaines, selon la
complexité du projet et l’expérience (et la taille) de l’Équipe de Conception. C’est important de prendre en compte le
budget pour ce travail, y compris les dépenses nécessaires au travail de terrain de l’équipe et toutes les phases du
processus (Inspiration, Idéation, Mise en œuvre).
Étape 3 : Trouver les concepteurs
Des concepteurs expérimentés peuvent être difficiles à trouver dans la communauté du développement. Le plus
souvent, vous travaillerez avec des concepteurs qui viennent de sortir de l’université ou des écoles supérieures.
Dans tous les cas, il vous faut absolument vérifier les portefeuilles des concepteurs. Les portefeuilles sont plus
importants que les CV. Demandez-vous à vous-même si vous aimez leur travail et si cela vous impressionne quand
vous le regardez. Est-ce que les concepteurs ont travaillé auparavant dans un contexte de pays en voie de
développement ? Ont-ils une expérience pertinente dans l’assainissement ? Montrent-ils un processus de
conception clair ? Expriment-ils clairement l’historique de leur travail ?
Cherchez à engager une équipe de 3 à 5 personnes plutôt qu’un seul individu – la conception est un processus
créatif, par conséquent, une équipe générera de meilleures idées qu’un individu seul. C’est acceptable d’avoir
seulement un concepteur expérimenté dans l’équipe. Le reste de l’équipe peut être composé de personnes ayant
une connaissance pertinente du secteur dans le pays ou la région, y compris des personnes locales ayant une
compréhension existante de la culture et de la langue locale et qui peuvent faciliter, coordonner et construire des
relations avec les parties prenantes clés du secteur privé et public. Il est préférable que l’équipe inclue des
personnes ayant des compétences différentes et de différentes disciplines.
Étape 4 : Évaluer la proposition
En plus d’évaluer le portefeuille des concepteurs, il vous faudra également évaluer l’approche qu’ils proposent.
Cherchez à voir une claire description de leur processus de conception. Qui prévoient-ils de rencontrer ? Quels
types de questions vont-ils poser ? Comment vont-ils élaborer et itérer des idées ? Comment vont-ils planifier la
mise en œuvre de ces idées ? Est-ce qu’ils se donnent assez de temps pour entreprendre une certains nombre de
cycles de conception et de prototypage ? Répondent-ils correctement à l’énoncé de projet ?
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Étape 5 : Fournir le soutien
Bien que votre personnel puisse ne pas faire partie de l’Équipe de Conception centrale, l’UNICEF devrait être
activement impliquée dans le processus. L’UNICEF peut aider à organiser un groupe consultatif composé de
plusieurs parties prenantes issues du gouvernement, des ONG et d’autres experts du secteur pour qu’ils se
rencontrent de manière régulière avec l’Équipe de Conception pour partager et évaluer les retours d’information
provenant du processus de conception. L’UNICEF devrait également activement rechercher des mises à jour,
même courtes, sur une base hebdomadaire. Demandez des réunions d’étape toutes les 3 à 5 semaines. Et offrez
une opinion informée lors du processus de décision.
Étape 6 : Obtenir le bon résultat
Les projets de conception devraient fournir des résultats à la fois pour les consommateurs et les entreprises. Les
produits et les services conçus devraient satisfaire les besoins et désirs clairement articulés des utilisateurs –
fonctionnels, émotionnels et financiers. Ils devraient faciliter le processus d’achat et d’installation et devraient
développer et renforcer les forces du secteur entrepreneurial et fournir une source de revenus profitable que les
entreprises veulent poursuivre sur le long terme (voir la Note d’Orientation 3 : Les chaînes d’approvisionnement et
les modèles économiques de l’assainissement). L’UNICEF devrait rendre l’Équipe de Conception responsable de la
fourniture de solutions qui répondent à ces critères.
6. Comment abaisser les coûts des produits relatifs aux latrines
Comme nous l’avons souligné dans la Note d’Orientation 3 (Les chaînes d’approvisionnement et les modèles
économiques de l’assainissement), le caractère abordable (l’accessibilité financière) des produits est l’une des
barrières clés pour les ménages, par conséquent, résoudre le problème du coût des produits est essentiel dans un
programme SanMark. Lorsque vous développez de nouveaux produits ou évaluez des produits existants, il y a un
certain nombre de techniques classiques de conception pour réduire les coûts tout en maintenant (ou en
accroissant) la désirabilité du produit :
Reconcevoir le produit : La plupart des composants des latrines sont gravement surdimensionnés. Au Kenya,
certains maçons construisent des dalles de béton avec une épaisseur de 8 pouces ( 20 cm) qui ont une envergure
de 3 pieds (90 cm) et qui sont assez solides pour supporter le poids d’un camion – ce qui est cher et sans
nécessité. Les maçons et fabricants des zones rurales n’utilisent habituellement pas les méthodes convenables de
construction et les normes de sécurité pour la conception des composants des latrines, ce qui accroit le coût initial
des matériaux ainsi que les coûts et les difficultés de transport. Souvent cela se fait ainsi en raison du manque de
connaissances ou pour surcompenser la faible qualité de la fabrication. En appliquant les principes de construction
pendant le processus de conception du produit il est souvent possible de réduire la quantité de matériaux et le poids
et la taille du produit, tout en accroissant les taux de production. Au Cambodge, une bonne conception technique du
produit et du processus de fabrication a représenté 40% du coût des composants des latrines et a multiplié par trois
le taux de production. Au Kenya, les dalles de latrines en plastique ont été réduites de 7 à 4 kilogrammes, ce qui a
également entrainé une augmentation du taux de production.
Comme avec les artisans et les fabricants locaux, les ingénieurs de développement sont quelques fois coupables
d’excès dans la technique. Souvent, faits avec de bonnes intentions, ces excès peuvent rendre les produits
inaccessibles financièrement et étouffer le marché. Les produits de latrines en milieu rural devraient être adaptés
pour leur utilisation – les efforts de conception devraient être centrés sur la réduction des matières premières
utilisées et sur la simplification des modèles sans compromettre la sécurité. Si les standards développés au niveau
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mondial doivent être appliqués aux produits, assurez-vous qu’ils soient pertinents et nécessaires – nombre de ces
standards sont souvent non appropriés pour un contexte de pays en voie de développement.
Faire plus petit : La plupart des ménages vous diront probablement
qu’ils veulent la plus grande dalle de béton possible pour les latrines,
jusqu’à ce qu’ils voient le prix. Rappelez-vous que la quantité de
matériaux nécessaires augmente dans la proportion du carré de la
dimension du produit. Un mètre de dalle est seulement 25% plus
large que 0,8 mètre de dalle mais nécessite presque 60% de plus de
matériaux pour sa construction. Les larges dalles, les abris et les
toilettes à fosses sont un luxe, pas une nécessité. Tandis que les
prototypes sont développés pour tester les nouvelles idées, assurezvous que les ménages aient conscients des coûts prévus au détail
afin qu’ils puissent comparer les coûts par rapport aux bénéfices
lorsqu’ils fournissent leurs retours d’information.
Faire des fosses à la bonne taille : Dans certains pays, le coût
principal de la construction des latrines réside dans le creusement de
la fosse. Par exemple, au Kenya, les taux du creusement des fosses
peut être plus élevé que 10 USD par pied (30 cm), et les ménages
voudront souvent creuser des fosses de 30 pieds (9 m) ou plus.
Souvent ces fosses s’effondreront avant d’être remplies. Proposer
une fosse ayant une taille plus raisonnable aidera à réduire
grandement les coûts d’installation.
Figure 5. Le portefeuille de produits offerts
en tant que partie du programme de Vente
de l’Assainissement : (à partir du haut)
petit collier, grand collier, petite dalle,
grande dalle.
Offrir des prix multiples : Pensez à votre portefeuille de produits
comme si c’était une « échelle d’assainissement », avec laquelle les
ménages peuvent investir un petit peu au début et ensuite
progressivement réaliser des améliorations en augmentant l’attractivité de ce qu’ils ont. Au fur et à mesure que vous
développez (ou sélectionnez) les produits, cherchez à offrir un petit ensemble d’options semblables à des prix
différents. Il est utile que chacun de ces produits aient une certaine relation avec les autres – cela rend le marketing
plus facile et permet aux clients de voir ce qu’ils obtiennent (ou n’obtiennent pas). Au Kenya, dans le cadre du
programme commun SFI-WSP-Ministère de la Santé Publique intitulé Selling Sanitation program, les fabricants
offriront des dalles à quatre prix différents qui partageront des types de trous identiques, les mêmes couvercles, les
mêmes repose-pieds et la même configuration géométrique générale (Figure 5). Au Cambodge, les producteurs
offrent l’option d’ajouter des carreaux aux dalles de béton, ce qui accroit de 5 USD le coût du produit mais donne le
choix aux villageois (la plupart choisissent de dépenser le montant additionnel).
Faire la partie difficile : Les ménages comprendront rarement comment les latrines sont supposées fonctionner
(particulièrement les latrines à chasse d’eau) et ce qui est sensé se passer dans le sol. Dans de nombreux cas, un
projet SanMark peut réussir s’il se contente de résoudre ce problème. Les latrines de base proposées dans les
programmes au Cambodge fournissent une solution unique et basique à la plomberie des latrines que les gens
peuvent facilement comprendre, acheter et installer.
Choisissez votre propre abri : Les abris peuvent coûter beaucoup ou un peu, mais ils offrent en général le même
bénéfice dans une perspective d’assainissement quelque soit le coût. De nombreux programmes SanMark offrent
des solutions pour la dalle et la fosse, mais laissent l’abri à la charge des villageois. Cela sera normalement
acceptable parce que les abris requièrent les mêmes connaissances que pour la construction des logements et les
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ménages sont familiers et sont à l’aise avec l’idée de les construire eux-mêmes. Les ménages sans argent peuvent
être encouragés à commencer avec un simple abri naturel pour l’améliorer par la suite.
Réduire la main-d’œuvre : Dans certains pays, les coûts de la main-d’œuvre peuvent représenter jusqu’à 70% du
coût d’installation des latrines. Les ménages doivent souvent utiliser des maçons parce qu’ils ont des outils uniques
indispensables ou les compétences en maçonnerie nécessaires pour construire des latrines. Les maçons ont aussi
une connaissance unique de la plomberie souterraine des latrines (tout particulièrement des latrines humides) et
savent quels composants doivent être achetés. En simplifiant et en démystifiant le processus d’achat et de
construction, nous pouvons accroitre la connaissance du consommateur et aider à réduire la dépendance des
ménages envers les maçons.
Consolider les produits pour réduire le poids de la vente au détail et des transports : L’achat et le transport des
produits peuvent représenter un poids logistique et financier sur les ménages. Dans la plupart des pays, les
ménages auront normalement besoin d’aller à deux ou plus de deux magasins de vente au détail et devront
organiser le transport des produits pour obtenir tout ce dont ils auront besoin pour construire leurs latrines. Combiné
avec les nombreux voyages à destination de la ville où se situe le marché principal pour la planification et l’achat,
simplement acheter les composants des latrines et les ramener chez soi peut s’avérer un fardeau coûteux. En
conditionnant les composants des latrines en un seul achat au détail, ce fardeau peut être grandement réduit. En
Asie du Sud, cela est souvent réalisé grâce au pré-moulage et à la préfabrication des composants en béton et en
vendant des kits complets de latrines. Encourager les entreprises à offrir des services de livraison à domicile
comme une partie intégrante de l’offre du produit est une autre manière de réduire le fardeau pour les ménages.
Trouver le juste prix, pas le prix le plus bas : Essayer d’atteindre le prix le plus bas possible peut quelques fois être
contreproductif. Les latrines représentent un investissement significatif pour un ménage rural et signifie quelque
chose pour les voisins et les autres membres de la famille. Au Kenya, un grand-père explique avec émotion qu’un
prototype de dalle en plastique dont il s’occupait était « quelque chose qu’on doit avoir… C’est quelque chose que
l’on transmet à ses petits-enfants et à leurs enfants…c’est quelque chose dont ils se souviendront que vous avez
acheté. » En cas de succès, SanMark déclenche une décision d’achat qui est partiellement dirigée par l’émotion et
par les aspirations. Les gens seront prêts à payer plus pour avoir quelque chose de mieux.
Aller de l’avant
La réflexion sur la conception assure que le marketing de l’assainissement 1) promeuve les produits et les services
que les personnes veulent, peuvent s’acheter et utiliseront et 2) renforce l’écosystème (la production, le marketing,
les ventes et la distribution) nécessaire pour fournir ces produits et services. Il s’agit d’un processus itératif, inspiré
par des conversations renouvelées avec les clients et les entreprises d’assainissement et nourri de multiples essais
de prototypage. Chaque projet de marketing de l’assainissement devrait comporter une phase de conception, même
s’il s’agit seulement d’une simple évaluation de ce qui est disponible sur le marché pour voir comment il s’insère
dans un effort de marketing de l’assainissement.
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Ressources supplémentaires à consulter (en anglais)
Articles
1. Wyatt et Brown (2010) Design Thinking for Social Innovation. Stanford Social Innovation Review, Winter 2010.
http://bit.ly/eYsWLR
2. WSP (2012) Sanitation Marketing Lessons from Cambodia: A Market-Based Approach to Delivering Sanitation.
Field Note. http://bit.ly/TaT79G
3. Rosenboom et al (2011) Sanitation Marketing in Cambodia, Waterlines, vol 30, No 1, Jan 2011.
Sites web
1. HCD Connect : www.hcdconnect.org
2. Positive Deviance Initiative : www.positivedeviance.org
Outil
Gates/IDEO Human Centered Design Toolkit: http://bit.ly/TPQvTk
Conversations
Jeff Chapin on Design as a Tool for Conversation, http://bit.ly/HYnjQT
À propos de la Série d’apprentissage de l’UNICEF sur le Marketing de l’Assainissement
Cette Note d’Orientation fait partie de la Série d’apprentissages de l’UNICEF sur le Marketing de l’Assainissement, une initiative
d’apprentissage conçue par l’Université de Californie à Davis (UCD) pour améliorer la connaissance et la pratique du Marketing de
l’Assainissement au sein de l’UNICEF. La Série d’apprentissage est réalisée par Mimi Jenkins (UCD et London School of Hygiene
and Tropical Medicine), Danielle Pedi (Consultante, WASH Catalyst), Jeff Chapin (Consultant, IDEO), et Mike Rios (17 Triggers
Behavior Change Lab).
Les dix Notes d’Orientation peuvent être téléchargées à l’adresse suivante : http://uni.cf/Xo2o2I
Analyse de la Situation : Comment puis-je savoir si le Marketing de l’Assainissement fonctionnera dans mon pays ?
Comportement du Consommateur – Comment appréhendons-nous les consommateurs de l’assainissement dans les marchés
cibles ?
3. Les chaînes d’approvisionnement et les modèles économiques de l’assainissement – Comment pouvons-nous améliorer les
systèmes de marché ?
4. Développement du secteur privé – Comment améliorons-nous les capacités des entreprises d’assainissement locales ?
5. Obtenir le « bon produit » et le « bon service » – Comment concevons-nous des latrines abordables, désirables que les
entreprises peuvent produire et vendre de manière profitable ?
6. L’environnement favorable – De quels rôles et fonctions a-t-on besoin dans le nouveau marché ?
7. Promotion de la demande et marketing – Comment atteignons-nous les cibles rurales des marchés avec SanMark ?
8. L’équité dans le Marketing de l’Assainissement - Comment pouvons-nous soutenir le marché pour qu’il atteigne les plus
pauvres ?
9. Suivi et Évaluation – Comment mesurons-nous les progrès du Marketing de l’Assainissement ?
10. Le Marketing de l’Assainissement et l’ATPC – Comment nous lions les approches ?
1.
2.
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