Citoyenneté et empire à Rome (1er-3ème s. apr. J.-C.)

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Cours – Citoyenneté et empire à Rome
(1er-3ème s. apr. J.-C.)
[CA v1.5]
Note : correspond aux chap. du Livre Hatier 2nd p. 60-75
Sommaire
Introduction.........................................................................................................1
1. Être citoyen romain sous l'Empire...................................................................1
1.1. Droits et devoirs du citoyen romain..........................................................1
1.2. Acquérir la citoyenneté.............................................................................2
2. Deux exemples d'extension de la citoyenneté romaine..................................2
2.1. Les tables julio-claudienne en 48 apr. J.-C................................................2
2.2. L'édit de Caracalla en 212 apr. J.-C...........................................................3
Conclusion...........................................................................................................7
Introduction
A partir de - 27 av. J.-C., Auguste [biogr. Livre Hatier 2nd p. 65] transforme
l'oligarchique République romaine en Principat (Princeps), également appuyé
sur les notables. Cet empire s'étend sur 5 millions de km² et compte ~ 70
millions d'habitants. Livre Hatier 2nd p. 45 carte
Dans ce passage d'une cité d'Italie centrale, Rome, à un Empire, centré sur la
Méditerranée, que devient la citoyenneté ?
1. Être citoyen romain sous l'Empire
1.1.
Droits et devoirs du citoyen romain
•
Comme à Athènes, le citoyen est un homme libre né de parents citoyens
légalement mariés. Si, depuis la fin de la République romaine, le citoyen
ne participe quasiment plus à la vie politique (le peuple ne vote plus), la
citoyenneté romaine garde un grand prestige et accorde des avantages :
•
on est désigné par trois noms (Ex. : Caius Iulius Caesar).
•
être citoyen, c’est échapper aux impôts directs (Ex. : le tribut des
vaincus). Lors de grandes célébrations, les empereurs (Caesar)
distribuent même de l'argent aux citoyens.
•
Être citoyen, c’est appartenir à une catégorie juridique favorisée,
c’est-à-dire être justiciable devant les seuls magistrats romains et, en cas
d’appel, pouvoir demander le jugement de l’Empereur. Il ne doit pas être
condamné à une peine infâmante comme la crucifixion (= croix). Ex. : le
(13ème) apôtre Paul de Tarse dans le Nouveau Testament.
•
Le citoyen conserve des droits civils garantis par l’État, le conubium
(mariage permettant de transmettre le statut paternel aux fils), le
commercium (propriété), le testamentum (testament).
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•
Quels sont les devoirs du citoyen romain ?
– Fournir des soldats. En théorie, s’il est choisi, il entre dans la légion
romaine pour vingt-cinq ans.
– Il doit se conduire comme un Romain : porter la toge, parler latin (même
si dans les provinces orientales de l’Empire, on parle surtout le grec)...
– Acquitter des impôts indirects comme le 5 % sur les héritages.
– Participer à la religion - polythéiste - d’État et au culte impérial.
1.2.
Acquérir la citoyenneté
Il existe de nombreux exclus de la citoyenneté :
Les femmes, sont considérées comme d'éternelles mineures.
Les cités de droit latin
Les étrangers (ou pérégrins - peregrinus) : ce sont des hommes libres
vivant sur le territoire impérial mais ne jouissant ni du droit de
citoyenneté romain ni du droit latin. Les cités pérégrines sont majoritaires
dans l'Empire.
– Les esclaves : il est difficile d’évaluer leur nombre, vraisemblablement
entre 10 et 20 % des habitants d’une cité. En revanche, contrairement à
Athènes, les Romains font un recours massif à l’affranchissement :
c’est-à-dire que les maîtres peuvent accorder la liberté à leurs esclaves.
En tant qu’affranchis, ils deviennent citoyens romains même s’ils ont des
droits inférieurs. Mais leurs enfants acquièrent tous les droits de la
citoyenneté, y compris la possibilité de faire une carrière de magistrat.
•
–
–
–
Contrairement à Athènes, il est largement possible d’accéder à la citoyenneté
romaine. La citoyenneté romaine peut être acquise par le sol, par le sang, ou
octroyée : il suffit de naître n’importe où d’un père citoyen romain ou d’un
homme libre sur le sol d’une colonie romaine ; on peut aussi l’obtenir de la
générosité d’un empereur, par le service militaire ou encore en servant comme
magistrat sa cité provinciale : Livre Hatier 2nd p. 61 texte 6
Mais si elle se gagne, la citoyenneté romaine peut également se perdre : c’est
le châtiment subi par un homme condamné en justice ou par un soldat qui s'est
rendu à l’ennemi.
2. Deux exemples d'extension de la citoyenneté
romaine
2.1.
Les tables julio-claudienne en 48 apr. J.-C.
Livre Hatier 2nd p. 66-67 dossier
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•
L'empereur Claude : Claude règne de 41 à 54, il est né à Lyon et a donc
des attaches gauloises.
•
Les notables gaulois réclament, en plus d’être citoyens romains (ce qui
est fait par la voie de la magistrature), le droit d’avoir tous les droits des
Romains y compris celui de siéger au Sénat de Rome comme les citoyens
de la Narbonnaise (autre province gauloise).
•
Claude, en réponse à cette requête, a fait un discours (en 47-48) devant
les sénateurs romains, et ce discours nous est connu par deux fragments
d’une table de bronze retrouvée à Lyon. Les sénateurs romains se sont
montrés hostiles à cette requête mais progressivement au cours de ce
siècle, les notables gaulois ont pu avoir le droit de devenir sénateurs
romains.
2.2.
L'édit de Caracalla en 212 apr. J.-C.
Livre Hatier 2nd p. 68-69 dossier
•
L’empereur Caracalla (188-217), empereur de 211 à 217 :
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Buste en marbre - Paris, musée du Louvre
Livre Hatier 2nd p. 69 doc. 5 portrait
Il n’est pas sûr que Caracalla lui-même soit à l’origine de cette décision, car il
ne semble pas avoir été très porté sur les spéculations intellectuelles. Elle lui a
sans doute été soufflée par l’un ou l’autre des juristes qui l’entouraient.
•
En 212 après J.-C., l’empereur Caracalla promulgua une loi qui octroyait
la citoyenneté romaine à tous les habitants de l’empire. Appelée «
constitution antonine » parce que le souverain prétendait se rattacher à
la dynastie antonine, elle est imparfaitement connue par plusieurs
auteurs, le juriste Ulpien (Digeste, I, 5, 17), l’historien Dion Cassius
(LXVII, 9) et saint Augustin (Cité de Dieu, V, 17). Mais c’est un papyrus
qui en a livré le texte complet (Papyrus Giessen, 40) :
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Constitution Antoniniana - Allemagne, Giessen, Universitätsbibliothek, P.Giss.
inv. 15 Ce papyrus à deux colonnes contient trois édits de Caracalla, datant de
212 et de 215, en langue grecque. La loi dite « constitution antonine », dont il
ne reste qu’un fragment, figure sur ce papyrus qui remonte approximativement
à l’an 215
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•
Texte de l'édit de 212 = Livre Hatier 2nd p. 69 texte 6
« [L'Empereur César] Marc Aurèle Sévère Antonin Auguste proclame : [Il faut
donc...], après avoir reçu des pétitions (?) et des [requêtes], [chercher] avant
tout comment je pourrai rendre grâces aux dieux [immortels] de m'avoir sauvé
par une telle [victoire (?) ...]. Voilà pourquoi j'estime pouvoir accomplir de
manière si [magnifique (?) et si pieuse (?)] un acte qui convienne à leur
majesté en ralliant [aux cérémonies de leur culte (?)] [les pérégrins], toutes les
fois qu'ils viendront se joindre à mes hommes. Je donne donc à tous [les
pérégrins qui sont dans] l'Empire le droit de cité romaine, étant entendu [que
sont maintenues les cités de toute sorte] excepté celles des déditices. Il se doit
en effet que [la multitude... non seulement...] ... tout, mais qu'elle soit dès
maintenant associée aussi à la victoire. Et le présent édit augmentera (?) la
majesté du [peuple] romain, ...
1. [L'Empereur César] Marc Aurèle Sévère Antonin Auguste proclame : [D'une
manière générale, c'est à la divinité qu'il faut] avant tout [reporter et] les
causes et les raisons ( des choses ) ; [et moi aussi, comme il se doit], je
voudrais rendre grâces aux dieux [immortels] pour m'avoir sauvé d'un tel
[complot tramé ( contre ma vie )]. Voilà pourquoi j'estime pouvoir accomplir de
manière si [magnifique et si digne des dieux] un acte qui convienne à leur
majesté, en ralliant [à leur culte, comme Romains], [autant de fois de dizaines
de milliers ( de fidèles )] qu'il en viendra chaque fois se joindre à mes hommes.
Je donne donc à tous [ceux qui habitent] l'Empire le droit de cité romaine, étant
entendu [que personne ne se trouvera hors du cadre des cités], excepté les
déditices. Il se doit en effet [que la multitude soit non seulement associée] aux
charges qui pèsent sur tous, mais qu'elle soit désormais aussi englobée dans la
victoire. [Et le présent édit] augmentera la majesté du [peuple] romain : [il est
conforme à celle-ci] que d'autres puissent être admis à cette même [dignité
que celle dont les Romains bénéficient depuis toujours], alors qu'en étaient
exclus... de chaque... »
(trad. J. Modrzejewski dans : Girard et Senn, Les Lois des Romains, Naples, 1977, p. 478-490, n. 21).
déditices : ils étaient probablement les descendants de peuples qui avaient été
vaincus par les armes et qui n’avaient pas bénéficié de la générosité des
vainqueurs.
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Pourquoi ?
• Il peut y avoir aussi des mobiles religieux : offrir aux dieux de Rome
l’unanimité d’un peuple unifié. Une préoccupation personnelle, car Caracalla
étant malade, c’était une façon de rendre grâce aux dieux et de les supplier
pour qu’il recouvre la santé.
•
Motif fiscal très certainement : Livre Hatier 2nd p. 69 doc. 7
• Les auteurs anciens, contemporains de Caracalla, n’en ont pas beaucoup
parlé, ce qui veut dire que le processus était déjà bien avancé.
•
Jadis, les historiens se sont extasiés devant la générosité de Caracalla.
•
En réalité, on considère de nos jours, et à juste titre, que cet empereur
n’a fait qu’achever un processus et que les bénéficiaires ont dû en être
peu nombreux. Ce n’est que l’aboutissement final d’une politique
progressive d’octroi du droit de cité.
Conclusion
[en classe, par la classe]
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La citoyenneté romaine est, dans l'ensemble, très
comparable à la citoyenneté athénienne. Mais, elle s'en
différencie par la possibilité, assez large, d'accéder à la
citoyenneté. Cela a été une des sources fondamentales
de la puissance romaine (ex. : démographique et donc
militaire...) et cette possibilité motive, au service de
l'Empire, les habitants des provinces (à commencer par
les notables).
Devenir romain passe, également, par la romanisation
(ex. : latin/grec, toge, thermes...), processus culturel qui
a été un grand succès (ex. : langues latines, droit civil).
L'édit de Caracalla (212 apr. J.-C.) en étendant très
largement la citoyenneté romaine, probablement pour
des raisons fiscales, retire cette motivation aux
provinciaux. Cela a, probablement, contribué aux
difficultés de l'Empire romain à partir du 3 ème s. apr.
J.-C.
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