
4
La volatilité de l'assiette se couple à un objectif de rendement. Ainsi, du fait de son
autonomie institutionnelle croissante, la Nouvelle-Calédonie se trouvera confrontée à moyen
et long terme à de nouveaux besoins, liés aux transferts de compétences : enseignement
secondaire, droit commercial, droit civil et compétences déjà transférées (droit des
assurances, règlementation économique, enseignement primaire, droit du travail, etc.). Ces
transferts de compétences seront une charge supplémentaire (coût du transfert en lui-même,
puis coût de l’exercice des compétences transférées). Cette charge ne sera que partiellement
compensée (les transferts de l’Etat diminueront, au moins par rapport aux besoins qui
augmenteront : baisse de la défiscalisation métropolitaine, diminution des contrats de
développement, etc.). Il apparaît donc nécessaire d’augmenter, de façon pérenne, le
rendement fiscal.
Le problème du cliquet se résumé à « que faire des bonnes surprises? ». Or, les cycles
politiques calédoniens rythment comme ailleurs la vie économique.
De façon générale dans la littérature sur le soutien politique, le parti au pouvoir utilise son
monopole de l’offre des biens publics pour atteindre ses objectifs. Dans le cas calédonien,
cette situation de monopole n’est limitée que par l’existence de partis d’opposition dans les
provinces, et par le système collégial et de représentation proportionnel au gouvernement.
La littérature de l’école des choix publics propose deux modèles concurrents basés sur
l’existence de cycles politico-économiques : le cycle opportuniste et le cycle partisan
2
. Au sein
de chaque cycle existe un postulat concernant d’une part le comportement des électeurs et
d’autre part celui des élus.
Le comportement des élus dans le cycle opportuniste
Dans le cycle opportuniste, la théorie des choix publics fait l’hypothèse que le comportement
des élus est une réponse au comportement des électeurs. Or, le résultat des votes dépend
essentiellement de la situation économique d’un pays au moment des élections. Il s’agit donc
d’un vote rétrospectif. Plus précisément, les électeurs ont tendance à sanctionner le candidat
sortant lorsque les performances de l’économie sont jugées défavorables. En revanche, le
candidat sortant sera reconduit si la conjoncture économique est jugé satisfaisante par les
votants.
Le comportement des élus dépend de la réaction des électeurs à la situation économique. Ils
vont donc tenter de manipuler les instruments de la politique économique de façon à
accroître la probabilité de leur victoire aux prochaines élections. Le gouvernement est ainsi
traditionnellement défini, dans l'approche des choix publics, par son comportement
« chercheur de réélection » (Austen-Smith et Wright 1992, p. 230, par exemple).
Pourtant l'homme politique peut avoir des objectifs autres que conserver et exercer le
pouvoir. Le premier d’entre eux est la formation et la mise en oeuvre de la politique
gouvernementale. La prise en compte d’objectifs premiers et seconds peut être relue à l'aune
de l'analyse de Breton (1981), selon laquelle l’objectif premier de l'homme politique est non
pas la réélection mais la maximisation du pouvoir (Breton 1981, p. 360).
Ce pouvoir (P) est défini comme la différence entre la probabilité de réélection (
π
) et la
probabilité seuil (
π
*), c’est-à-dire la probabilité suffisante pour que le gouvernement gagne
l’élection à venir (plus précisément, ce doit être la probabilité à partir de laquelle le
gouvernement n'envisage même pas de perdre l'élection).
2
Le cycle partisan signifie qu'une fois élu le gouvernant adoptera une politique quasi exclusivement tourné vers
ses soutiens ou ce qu'il considère comme son électorat. Dans ce cadre, la manipulation de l'économie intervient
après l'élection (avant dans le cycle opportuniste).