aucune représentation de la Comédie-Française, quelque soin
qu’elle eût pris de faire passer la musique et la danse dans la
comédie3, ne gardait qu’un faible écho des divertissements qui ont
eu lieu dans les jardins et les châteaux princiers. Tout au plus,
s’approchait-on ainsi un petit peu du public du Palais-Royal qui
florentines ou fêtes d’apparat. D’un autre, opéra et comédie-ballet
sont nés au moment où la partie récitée se trouvera prolongée par
des intermèdes, intermèdes de musique, dans le premier cas, de
danse, dans le second. Pourtant leur évolution ultérieure ne suivra
pas les mêmes lignes. La constitution de l’opéra comme genre
suivra des étapes qui lui restent particulières: ampleur des
intermèdes de musique par rapport aux parties récitées,
changement de fonction de ces dernières dont le rôle est
maintenant de relier les parties chantées, continuité du récitatif
accompagné, enrichissement du livret par des scènes tragiques
tournant le récitatif du côté de l’expression pathétique, et
l’imposition du bel canto par quelques interprétations virtuoses
autour de 1600. À cela s’ajoute la présentation autonome et
unitaire au cours d’une seule soirée, sans se confondre avec
l’ordonnance générale d’une fête. Voir sur tous ces points les
remarques de Christophe Deshouliès dans L’Opéra baroque et la
scène moderne, Paris: Fayard, 2000, p. 58–63. La spécificité de la
comédie-ballet par rapport à l’opéra tient donc au développement
des ornements de danse, ainsi que le mentionne Molière dans la
notice des Fâcheux; ce qui maintient le spectacle à la fois dans le
cadre d’une fête et dans le registre de la comédie: ‘Le dessein était
de donner un ballet aussi. (...) De sorte que pour ne pas rompre
aussi le fil de la pièce par ces manières d’intermèdes, on s’avisa de
les coudre au sujet le mieux qu’on le put, et de ne faire qu’une
seule chose du ballet et de la comédie.’ Molière, Œuvres
complètes, éd. G. Couton, Paris: Gallimard, Bibl. de la Pléiades,
vol.1, p. 484.
3 Un exemple de référence reste la brillante représentation du
Bourgeois Gentilhomme mise en scène par Jean Meyer en 1951,
avec le concours, pour le décor et les costumes, de Suzanne
Lalique.