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GLOBALISATION FINANCIERE, VIEILLISSEMENT ET CONVERGENCE MONDIALE
UNE EXPLORATION DE QUELQUES SCENARIOS
Michel Aglietta, Jean Chateau, Jacky Fayolle, Michel Juillard, Jacques Le Cacheux,
Gilles Le Garrec et Vincent Touzé (équipe INGENUE)
Conçu pour analyser les conséquences sur les évolutions économiques mondiales et
sur les flux internationaux de capitaux des phénomènes de vieillissement
démographique et d’éventuelles réformes des régimes publics de retraite dans les pays
développés, le modèle INGENUE est un modèle d’équilibre général calculable à
générations imbriquées de l’économie mondiale divisée en six grandes zones,
distinguées selon leurs grandes caractéristiques démographiques et économiques :
trois zones développées au vieillissement déjà avancé (Europe, Japon et Amérique du
Nord-Océanie) ; et trois zones en développement dont le processus de vieillissement
est soit déjà largement entamé (Chine, etc.), soit à peine entamé (Inde, Brésil, etc.),
soit encore à venir (Afrique, Amérique centrale, etc.). Son scénario central décrit, pour
le XXIe siècle, un monde où les populations des grandes zones, immobiles, connaissent
des processus décalés de vieillissement, qui engendrent des opportunités d’échanges
mutuellement avantageux, suscitant des mouvements de capitaux de grande ampleur,
en dépit d’une diffusion internationale lente du progrès technique.
L’article propose ensuite une exploration détaillée de scénarios typés de convergence
institutionnelle des systèmes de retraite par répartition, d’abord limitée aux seules
zones développées de la planète, puis étendue à l’ensemble du monde. Nous montrons
que ces scénarios engendrent des évolutions économiques mondiales sensiblement
différentes, et surtout, des flux de capitaux d’ampleurs très diverses selon les cas, donc
aussi des répartitions très différentes de la richesse mondiale.
INVESTISSEMENTS DIRECTS A L’ETRANGER ET STRATEGIES DES ENTREPRISES
MULTINATIONALES
Sandrine Levasseur
Les investissements directs à l’étranger constituent certainement l’un des aspects les plus
visibles de la mondialisation. Les entreprises multinationales représentent une part
croissante de la production, de l’emploi et des échanges commerciaux dans le monde. La
production, si elle devient de plus en plus internationale, tend aussi à s’organiser selon un
mode bien spécifique. Les différentes étapes du processus de production sont réparties sur
un nombre croissant de sites, localisés dans différents pays. Le bien final vendu aux
consommateurs dans un pays donné est de plus en plus issu d’un assemblage de composants
fabriqués dans plusieurs pays. Si la fragmentation internationale de l’activité productive n’est
pas un phénomène récent, l’ampleur du phénomène est, elle, bien nouvelle. Elle accroît, tout
en les modifiant, les interdépendances entre les pays : ceux-ci sont liés via l’activité des
multinationales le long de la chaîne des valeurs. Un nombre croissant de pays en
développement participe au processus d’intégration verticale de la production. Toutefois, ces
pays ne sont pas seulement des récipiendaires de l’investissement direct étranger. Des
multinationales originaires de pays en développement, certes de taille modeste pour la