Etude multidisciplinaire des origines et manifestations de la violence

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Organisation des Nations Unies
pour l'éducation, la science et la culture
Conseil exécutif
ex
Cent vingt-sixième session
126 EX/14
PARIS, le 15 avril 1987
Original français
Point 5.2.2 de l'ordre du jour provisoire
ETUDE MULTIDISCIPLINAIRE DES ORIGINES ET MANIFESTATIONS DE
LA VIOLENCE DANS L'ACTIVITE SPORTIVE ET, EN PARTICULIER,
DE SES DIMENSIONS SOCIALES ET EDUCATIVES, AINSI QUE
DES MOYENS D'Y REMEDIER
RESUME
Conformément à la décision 5.2.1 adoptée par le Conseil
exécutif lors de sa 122e session (1985), le Directeur
général présente ci-après au Conseil exécutif une étude
multidisciplinaire des origines et des manifestations de
la violence dans l'activité sportive et, en particulier,
de ses dimensions sociales et éducatives ainsi que des
moyens d'y remédier. Le Conseil exécutif est invité à
décider s'il convient de soumettre cette étude à l'examen
de la deuxième Conférence internationale des ministres et
hauts fonctionnaires responsables de l'éducation physique
et du sport, dont la tenue est envisagée dans le Projet de
programme et de budget pour 1988-1989 (doc. 24 C/5), en
appelant l'attention des ministres sur deux propositions :
à savoir la création d'un observatoire mondial de la violence dans le sport et autour du sport et celle d'un
Comité international d'éthique du sport ainsi que sur la
coopération entre les autorités gouvernementales et les
organisations sportives dans ce domaine.
Décision paragraphe 9.
1.
Par sa décision 122 EX/2.1, le Conseil exécutif a recommandé au Directeur
général d'entreprendre, avec les organismes compétents, une étude multidisciplinaire des origines et des manifestations de la violence dans l'activité sportive, et en particulier de ses dimensions sociales et éducatives,
ainsi que des moyens d'y remédier, et de transmettre cette étude pour examen
au Conseil exécutif à l'occasion d'une de ses sessions de 1986.
126 EX/14
- page
2
2.
Dans son rapport oral à la 124e session du Conseil exécutif, le Directeur
général avait sollicité l'accord du Conseil pour reporter la présentation de
cette étude à la 126e session, c'est-à-dire en mai 1987. Ce délai devait permettre de consulter les organisations non gouvernementales et de recueillir
également les avis du Comité intergouvernemental pour l'éducation physique et
le sport.
3.
Le Comité intergouvernemental pour l'éducation physique et le sport au
cours de sa cinquième session (octobre 1986) a recommandé :
1.
de poursuivre l'étude en organisant une consultation d'experts de
différentes disciplines ;
2.
de prévoir dans l'étude des recommandations de mesures pratiques
pour la prévention de la violence pouvant être mises en oeuvre par
des éducateurs, des formateurs responsables d'institutions sportives
et des organisateurs de rencontres sportives au niveau national et
international.
4.
L a consultation d'experts de différentes disciplines s'est déroulée au
Siège de l'organisation les ler et 2 décembre 1986 et a examiné u n projet
préparé à la demande du Secrétariat par le Président de l'Association internationale pour u n sport sans violence (AICVS). L'étude présentée en annexe
s'appuie sur le document préparé par le Président de 1'AICVS à la suite de
cette consultation.
5.
Le manque de statistiques mondiales sur la violence dans le sport et la
violence associée au sport et les difficultés d'accès à des études sur ces
phénomènes dans d'autres régions que l'Europe de l'Ouest n'ont pas permis de
donner à cette étude toute l'ampleur souhaitée. Celle-ci envisage néanmoins
des actions pratiques à termes plus ou moins longs qui, dans les domaines de
compétence de l'Unesco, pourraient être suggérées aux pouvoirs publics et aux
Organisations sportives en matière de recherche, de sauvegarde des valeurs
éthiques et culturelles du sport, d'éducation, de coopération entre autorités
gouvernementales et organisations sportives.
6.
Une action a déjs été engagée en coopération avec le Mouvement sportif
olympique, en vue de l'élaboration de matériels didactiques pour l'enseignement de l'idéal olympique et des principes de la Charte internationale de
l'éducation physique et du sport. Les orientations adoptées par le Comité
intergouvernemental pour l'éducation physique et le sport à sa cinquième
session, pour le programme de l'Unesco pour 1988-1989 et pour le Plan à moyen
terme pour 1990-1995 dans le domaine de l'éducation physique et du sport,
donnent u n cadre à l'action de l'organisation relative à la sauvegarde des
valeurs éthiques et culturelles du sport et à la prévention de la violence
dans le sport.
7.
Deux propositions nouvelles méritent une attention particulière de
part du Conseil exécutif :
- celle
la
de la création, avec toutes les parties concernées, d'un observatoire mondial de la violence dans le sport, chargé entre autres de
publier un rapport annuel. Cette proposition permettrait de pallier
l'absence de statistiques et de mesurer le phénomène de la violence au
niveau
mondial
dans
le
cadre
d'une
approche
épidémiologique
(cf. 126 EX/14, annexe, par. 62) ;
I
126 EX/14
-
-
page 3
la création d'un Comité international d'éthique du sport. Cet organisme
aurait la charge de combattre toutes les formes de violence qui dénaturent le sport et de veiller, dans tous les domaines, au respect de
l'éthique sportive. Composé de personnalités indépendantes, il jouerait
le rôle d'une sorte de haute autorité d u sport mondial et devrait être
institué conjointement par l'Unesco
et les mouvements sportifs
(cf. 126 EX/14, annexe, par. 63).
8.
Le Conseil souhaitera peut-être également exprimer ses vues sur d'autres
parties de ce document.
9.
A la suite de l'examen de ce point de l'ordre du jour, le Conseil
exécutif souhaitera peut-être adopter le projet de décision ci-après :
"Le Conseil exécutif,
1.
Avant examiné le document 126 EX/14 relatif à l'étude multidisciplinaire des origines et manifestations de la violence dans
l'activité sportive et en particulier de ses dimensions sociales et
éducatives, ainsi que des moyens d'y remédier,
2.
Recommande au Directeur général d'inviter les Etats membres à lui
adresser toutes études en leur possession réalisées sur la violence
dans l'activité sportive ;
3.
Recommande en outre au Directeur général :
d'inscrire à l'ordre du jour de la seconde Conférence internationale des ministres et hauts fonctionnaires responsables de
l'éducation physique et du sport, si la Conférence générale à
sa vingt-quatrième session se prononce en faveur de sa tenue,
la question de la lutte contre la violence dans le sport et,
notamment, la proposition de la création d'un observatoire
mondial de la violence dans le sport et celle d'un comité
international d'éthique du sport, ainsi que la coopération
entre autorités gouvernementales et organisations sportives
dans ce domaine,
de transmettre cette étude aux organisations non gouvernementales compétentes en vue d'obtenir leurs vues à son sujet et
des propositions qui y sont faites,
de continuer et de renforcer, conformément aux orientations du
Comité intergouvernemental pour l'éducation physique et le
sport, l'action déjà entreprise pour la lutte contre la violence et la sauvegarde de l'éthique du sport en application de
la Charte internationale de l'éducation physique et du sport."
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Annexe
ANNEXE
LES ORIGINES ET LES MANIFESTATIONS DE LA
VIOLENCE DANS L'ACTIVITE SPORTIVE
ET LES MOYENS D'Y REMEDIER
TABLE DES MATIERES
Paragraphes
1.
Introduction
1-6
II.
La violence et les sociétés modernes
7-10
III.
La violence dans les activités sportives
11-22
IV.
Causes et facteurs contribuant à la
violence dans l'activité sportive
23-40
V.
Des responsabilités
41-45
VI.
Mesures prises sur le plan interrégional,
régional ou national
46-61
VII.
L'action à envisager
62-81
VIII.
Le rôle de l'Unesco
82-88
Appendices
Bibliographie
126 EX/14
Annexe
LES ORIGINES ET LES MANIFESTATIONS DE LA VIOLENCE
DANS L'ACTIVITE SPORTIVE ET LES MOYENS D'Y REMEDIER
1.
Introduction
1.
La présente étude porte sur la violence dans le sport et autour du
sport. Elle s'inscrit dans la longue lignée de travaux que l'Unesco, depuis sa
fon- dation, a entrepris sur la violence sous ses différentes formes et
manifes- tations qui affectent l'éducation, la science, la culture et la
communi- cation/l, et en particulier sur l'agressivité humaine, sur les
tensions qui mettent en danger la compréhension internationale, sur les
rapports entre la violence et sa représentation par les médias.
2.
Ces études visaient à faire le point sur la recherche internationale
concernant la violence, ses causes et ses conséquences dans les domaines de
compétence de l'Unesco. L'accent avait été mis au cours de ces travaux sur des
problèmes de méthodologie ; une approche transdisciplinaire et la notion de
"causalité configurative" ont paru un cadre théorique plus approprié qu'une
explication unidimensionnelle pour aborder l'examen des facteurs sociaux et
économiques, qui déterminent la violence aux différents niveaux de la société
contemporaine, et pour analyser les rapports entre la violence et les problèmes prioritaires pour l'Unesco qui sont le respect des droits de l'homme,
le développement de la compréhension internationale et le renforcement de la
paix.
3.
Ces travaux ne font pas de référence explicite aux problèmes de la
violence dans le sport. La raison en est que l'importance du sport dans la
société contemporaine et, par conséquent, dans le programme de l'Unesco, n'a
été reconnue que récemment. La première Conférence internationale des
ministres et hauts fonctionnaires responsables de l'éducation physique et du
1.
Il convient de signaler tout particulièrement les activités suivantes :
le colloque relatif à l'impact sur la jeunesse et les adultes de la
représentation de la violence dans les moyens d'information, juinjuillet 1970, réunissant des spécialistes des moyens d'information, de
sociologie, de psychologie, de criminologie, des services sociaux, de
l'éducation et des représentants d'un grand nombre d'organisations non
gouvernementales et dont les contributions ont été publiées sous le titre
"Les moyens d'information dans un monde de violence'' (1971) ; deux
réunions interdisciplinaires, en mai 1970 et en novembre 1975, qui ont
rassemblé des experts faisant autorité dans des domaines aussi divers que
l'anthropologie, la zoologie, la psychologie, l'éthologie, l'entomologie,
la sociologie, etc. Les interventions de ces experts ont été publiées
respectivement dans le numéro 1 du volume XII1 (1971) de la Revue internationale des sciences sociales sous le titre "Comprendre l'agressivité'',
et dans le numéro 4 du volume XXX (1978) sous le titre "La violence" ; un
ouvrage collectif, paru en 1980 sous le titre "La violence et ses
causes", rassemble des contributions de spécialistes recueillies à la
suite de la réunion de 1975. Enfin, dans le numéro 4 du volume XXXVIII
(1986) de la Revue internationale des sciences sociales, sous le titre
"Violence et sécurité collectives", il est fait une large place aux
approches anthropologique, juridique et politique des problèmes de sécurité au niveau mondial.
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Annexe - page 2
sport a eu lieu en 1976, et c'est le deuxième Plan à moyen terme qui voit
apparaître un programme entier, le programme V.4, consacré à la Promotion de
l'éducation physique et du sport. La Conférence générale a adopté à sa
vingtième session (1978) la Charte internationale de l'éducation physique et
du sport pour laquelle l'éducation physique et le sport, qui constituent une
dimension essentielle de l'éducation et de la culture, développent "les aptitudes, la volonté et la maîtrise de soi de tout être humain" et favorisent
"son intégration dans la société". La Charte recommande que l'éducation
physique et la pratique du sport, "langage universel par excellence", doivent
tendrent à promouvoir les rapprochements entre les peuples comme entre les
individus, ainsi que l'émulation désintéressée, la solidarité et la fraternité, le respect et la compréhension mutuels. Elaborée dans l'esprit de la
Charte, la présente étude représente le premier effort de l'organisation pour
saisir dans leur globalité et leur spécificité les différents aspects de la
violence qui menace les valeurs essentielles du sport et pour proposer des
moyens d'y remédier.
4. Pour réaliser la présente étude, le Secrétariat a collaboré avec 1'Association internationale pour un sport sans violence (AICVS). Une version préliminaire a été soumise, conformément à la Recommandation no 4 de la cinquième
session du Comité intergouvernemental pour l'éducation physique et le sport, à
une consultation d'experts de différentes disciplines, qui s'est déroulée au
Siège de l'organisation les ler et 2 décembre 1986/l. Le texte qui est
présenté au Conseil exécutif s'appuie sur le document établi, à la suite de
cette consultation, par le Président de l'Association internationale pour un
sport sans violence.
5.
Il convient de souligner d'entrée de jeu les limites de cette étude. Les
auteurs n'ont eu accès qu'à des recherches et des documents des pays occidentaux. Des statistiques mondiales sur la violence dans le sport comme sur la
violence associée au sport n'existent pas. Bien que de nombreux témoignages
crédibles fassent état d'incidents violents qui se seraient produits à l'occasion notamment de matches de football dans d'autres régions, ces événements
n'ont pas été reportés dans la presse et n'ont pas fait l'objet d'études, du
moins d'études publiées, dans les pays concernés. La remarquable bibliographie
Sport, Agression. Violence, élaborée en 1984, grâce à la Fondation de Backer
van Ocken, a sélectionné environ 2.100 références dans une base de
4.000 sources. La plupart des publications mentionnées sont américaines,
allemandes et anglaises, une minorité est française, belge et néerlandaise ;
une dizaine seulement de références viennent des pays socialistes. Cette étude
n'a donc pas pu prendre en compte les différences régionales, notamment
s'agissant des racines socio-économiques de la violence dans les pays démunis,
probablement fort différentes de celles que l'on trouve dans les pays de
l'Europe de l'ouest.
6.
En dépit de ces difficultés, l'étude présentée, comme l'a recommandé
d'ailleurs le Comité intergouvernemental pour l'éducation physique et le
sport, débouche néanmoins sur des "mesures pratiques pouvant être mises en
oeuvre par des éducateurs, des formateurs responsables d'institutions sportives et des organisateurs de rencontres sportives aux niveaux national et
international".
1.
La liste des participants à cette consultation figure à l'annexe no 1.
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Annexe - page 3
II.
La violence et les sociétés modernes
7.
Les études et les recherches récentes sur le thème de la violence sociale
sont nombreuses, complexes et souvent contradictoires. Plusieurs théories
s'affrontent, qui prétendent reconnaître dans la violence soit l'expression
spontanée d'un instinct, soit la réaction à une frustration préalable, soit la
conséquence d'un processus d'apprentissage et de conditionnement.
8.
Il est difficile, dans le cadre de cette étude, de trancher entre ces
différentes approches. Il ressort cependant que la violence est quotidienne et
universelle ; elle se manifeste dans les relations interpersonnelles et dans
la vie des groupes comme au niveau des nations. Les causes de la violence sont
à la fois sociales et individuelles ; si la disposition au comportement
agressif est peut-être ancrée dans la structure biologique de l'individu, les
difficultés économiques, La négation des droits civiques, la conscience de
l'injustice suscitent l'agressivité ; le besoin d'affirmation de soi et
l'adoption de certains modèles culturels l'orientent et l'entretiennent. Les
manifestations de violence sont favorisées par l'anonymat, celui de la foule
où l'on s e fond, celui des villes où l'on disparaît.
9.
Cette réalité complexe et mouvante de la violence sociale est également
influencée par l'image qu'en donnent les moyens de communication, et notamment
la télévision. L'étalement et la "mise en scène" de la violence peuvent avoir
une double conséquence. D'une part, ils risquent de faire croire que la violence constitue la réponse permise, normale aux situations de crise, ou une
solution aux conflits. D'autre part, l'omniprésence de la violence dans les
médias contribue à accréditer l'opinion que toutes les formes de violence vont
en s'intensifiant et augmente en conséquence le sentiment d'insécurité et de
peur.
10. Lutter contre la violence, c'est d'abord la reconnaître dans son contexte
individuel et social. Plusieurs sondages d'opinion ont montré que la grande
majorité des gens estiment n'avoir
eux-mêmes que peu de comportements
empreints de violence. Si l'on en croit une enquête réalisée en 1977 auprès de
1.000 jeunes de 15 à 22 ans par u n Comité présidé par l'ancien ministre français de la justice, M. Peyrefitte/l, dans leur grande majorité, ces jeunes
n e se considèrent pas comme des violents, mais ils sont indulgents envers ceux
qui le sont : 1 0 % seulement les jugent sévèrement. L a lutte contre la violence, individuelle et collective, apparaît donc comme une opération extrêmement délicate et multidimensionnelle. L a répression n e suffit pas toujours,
la tentation de la répression peut devenir à son tour la source de nouvelles
violences. Lutter contre la violence dans l'activité sportive, c'est aussi,
dans la mesure où ses manifestations peuvent être considérées comme spécifiques, prendre des dispositions appropriées pour les combattre.
1.
Réponses à la violence. Rapport du Comité d'études sur la violence, la
criminalité et la délinquance présidé par Alain Peyrefitte. L a Documentation française, Paris, 1977.
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Annexe
page 4
-
III. La violence dans les activités sportives
11. Le terme de violence associé à celui de sport est ambigu. L'affrontement
sportif et la recherche de la performance impliquent en effet, de la part du
compétiteur, qu'il mobilise toute son agressivité et ses forces physiques au
profit du résultat à obtenir. Certaines disciplines comme la boxe et les
sports de combat introduisent même l'agression, les coups et l'élimination de
l'adversaire parmi leurs règles. Il est donc nécessaire de définir la violence
dans l'activité sportive, de manière à la distinguer de l'agressivité/l qui
ne saurait être proscrite systématiquement sous sa forme dynamique et volontariste. D'une façon générale, on peut appeler violence toute utilisation abusive de la force (physique ou non) en négation de la loi, du droit ou de la
souveraineté de la personne. En matière de sport, la violence consiste donc en
une transgression des règles du sport de la part des pratiquants ou en une
atteinte à l'ordre public de la part des spectateurs. La violence ainsi
définie ne doit être confondue ni avec la combativité qui est une qualité
indispensable au sport, ni même, nous l'avons vu, avec l'agressivité qui peut
être positive lorsqu'elle se déploie sans brutalité dans le cadre des règles.
12.
La violence des sportifs comme celle des spectateurs a fait l'objet
depuis une dizaine d'années de nombreux travaux, recherches et colloques2.
Ces travaux sont en général fragmentaires et n'offrent pas une réflexion
d'ensemble sur le phénomène. De plus, ils sont dus le plus souvent à des
chercheurs et des équipes des pays occidentaux. S'ils témoignent, en tout cas,
d'un regain d'intérêt pour les problèmes de la violence associée à la pratique
sportive, ils ne sont pas nécessairement le fait d'un accroissement de cette
violence, qui apparaît dans l'histoire aussi loin que l'on remonte dans le
temps .
13. Depuis que le sport existe, et même dans la Grèce antique où l'on rattachait l'excellence physique à l'excellence intellectuelle et morale, la
violence est inséparable du sport. Des Jeux de la Grèce antique à ceux du
cirque romain, de la soule médiévale aux concours de balle précolombiens, des
combats d'animaux entraînant la mort à la boxe sans gants et au finish,
l'affrontement physique était souvent impitoyable et sanglant. Les autorités
religieuses et civiles ont à maintes reprises, au cours de l'histoire,
interdit par des excommunications, des édits royaux, etc., les anciennes
pratiques à base d'exercices physiques qui donnaient lieu à des déchaînements
violents.
1.
2.
Cette dernière notion ne manque pas d'ailleurs d'ambivalence dans
l'usage britannique ; agressif a une connotation violente et destructive, dans l'usage américain, le terme signifie plutôt énergique,
enthousiaste, entreprenant.
"Congrès violence et sport'' organisé en 1977 à bruxelles par la Fondation de Backer ; "La violence au hockey'' (rapport Néron, Québec 1977),
"Pour un sport sans violence", les entretiens de Rueil (1981) ;
"Approche culturelle et éducative au problème de la violence" (rapport
de la Commission de la culture et de l'éducation du Conseil de l'Europe,
1983) ; Message olympique sur "Sport et violence" (décembre 1983) ;
"Sport, violence, fair-play" (Association française pour un sport sans
violence et pour le fair-play, 1985). Analyse psychosociale de la
violence dans les stades de football et conclusions à en tirer (Louvain,
1985).
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Annexe - page 5
14. Georges Vigarello, un historien du sport, considère que "La violence du
jeu, celle des tactiques et des affrontements directs sur le terrain, celle
des gestes en particulier, est loin d'être plus intense et plus furieuse
qu'autrefois. Ce serait même le contraire. Le sport moderne est né d'une
euphémisation de la violence. Un jeu incomparablement moins abrupt que les
pratiques d'ancien régime. U n contact physique moins brutal, moins dangereux,
une conduite mieux contrôlée et surtout plus surveillée"/l. Le passage des
exercices brutaux aux sports modernes codifiés et contrôlés est bien mis en
lumière par Konrad Lorentz : "Le sport a une bien plus grande valeur que celle
d'ouvrir à l'agression ... une soupape de sécurité ... Il éduque l'homme à
contrôler, consciemment et d'une manière responsable, son propre comportement
au combat... Plus grande encore est la valeur éducative des limitations
qu'impose l'exigence de fair-play et de comportement chevaleresque - limitations qui doivent être respectées même en face des plus forts stimuli
déclencheurs d'agression''/2.
15. Ainsi, par comparaison avec ses origines, le sport moderne, tel qu'il
s'est codifié et régulé au XXe siècle, apparaît comme une volonté de rupture
fondamentale avec des pratiques brutales. L'histoire de la boxe est à ce sujet
démonstrative : l'utilisation obligatoire des gants depuis le milieu du
XIXe siècle, leur épaississement progressif, l'abandon de la boxe française
dans ses formules d'origine, la réduction progressive de la durée des combats
et la diminution du nombre des rounds, l'imposition du port de casque protecteur aux prochains Jeux olympiques sont autant de mesures qui visent à contrôler la violence. Le rugby a connu une évolution identique ; règle du hors du
jeu, réduction du nombre des joueurs de vingt à quinze, obligation de lâcher
la balle pour le joueur "plaqué", règlements successifs de la mêlée au début
du XXe siècle "Autant d'affaiblissements graduels des brutalités instinctuelles", autant de médiations dans les comportements agressifs que jalonne la
lente construction d'un
Le sport moderne s'est efforcé de répondre
à un certain nombre d'exigences communes : institutionnalisation rigide,
application de règles acceptées par tous, arbitrage omnipotent, etc. En même
temps, s'est développée comme contrepoids à la violence primitive la notion
d'esprit sportif ou de fair-play, qui impose un comportement fondé sur le
respect des règles et le jeu loyal, et pour lequel une victoire remportée de
manière illicite n'est pas une victoire.
16. S'il semble cependant que la violence demeure sous-jacente à l'activité
sportive et qu'elle est toujours prête à resurgir, il n'est pas possible
d'affirmer péremptoirement que les phénomènes de violence se sont multipliés
et généralisés au cours des dernières décennies. Aucune statistique ne permet
de le démontrer. En revanche, par suite de l'importance prise par le sport en
tant qu'activité de loisir et en tant que spectacle de masse et de sa mise en
valeur par les moyens de communication, l'opinion publique est beaucoup plus
sensible aujourd'hui à la violence dans l'activité sportive.
17. Il faut se garder de céder à la tentation d'établir des hiérarchies dans
le sport et de rejeter certaines de ses manifestations, sous prétexte qu'elles
sont plus menacées par la violence que les autres. Du sport pour tous et du
1.
2.
3.
Georges Vigarello : Les deux violences sportives dans la revue Esprit,
août-septembre 1985.
Konrad Lorentz. L'agression. Le Club français du livre. Paris, 1969,
page 307.
G. Vigarello "Les deux violences sportives", article cité.
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Annexe - page 6
sport de masse au sport de haut niveau, l'activité sportive apparaît comme
solidaire. Même si certaines compétitions paraissent déformées par leur aspect
professionnel ou commercial, elles peuvent demeurer sportives, pourvu que
soient préservées certaines conditions très strictes d'égalité, de régularité
et de loyauté. La Charte internationale de l'éducation physique et du sport
stipule que le sport de compétition jusque dans ses manifestations spectaculaires doit demeurer, selon l'idéal olympique, au service du sport éducatif
dont il est le couronnement et l'illustration.
18. Les spécialistes établissent à juste titre une distinction entre la
violence dans le sport (violence spécifique des sportifs) et la violence associée aux manifestations sportives (violence des spectateurs dans les tribunes
et en dehors). Cette distinction est une approche utile en ce qu'elle permet
une lutte contre la violence associée au sport en termes pratiques. Elle ne
doit pas masquer cependant les relations entre la violence sur le terrain et
la violence sur les gradins, dont l'interaction est d'autant plus intense que
le sport est spectacle. Les tableaux 1 et II rendent compte d'une façon
schématique des principales formes et causes de la violence analysées ci-après.
19. L'une des premières constatations que l'on peut faire sur la violence
dans le sport devrait porter sur les formes très diverses qu'elle revêt selon
la discipline considérée. On peut même dire que dans chaque sport, on ne donne
pas au concept de violence la même signification. On pourrait établir une
typologie des sports selon le degré de dureté qu'engendre leur déroulement.
Une description particulière de la violence telle qu'elle apparaît dans les
différents sports serait éminemment utile comme le montre l'étude exemplaire
réalisée en 1977, au Québec, sous l'autorité du Haut Commissariat à la jeunesse, aux loisirs et aux sports, sur Violence au hockey amateur au Québec,
connue sous le nom de "Rapport Néron", du nom du rapporteur. Il est regrettable que pour les autres sports, sports de ballon (football (soccer),
football américain, handball, rugby, basket-ball, volley-ball, base-ball,
tennis) et les sports de combat (arts martiaux, lutte, boxe), on ne dispose
que d'études moins systématiques dues la plupart du temps à des chercheurs
occidentaux. On ne peut que déplorer l'attitude des fédérations sportives qui
qui ont tendance à éviter d'établir des statistiques véridiques pour ne pas
donner une image défavorable de leur discipline.
TABLEAU 1
FORMES DE VIOLENCE DANS L'ACTIVITE SPORTIVE
~~
VIOLENCE PHYSIQUE
VIOLENCE PSYCHOLOGIQUE
VIOLENCE SOURNOISE
transgression des
règles
agression verbale
dopage
agression
discrimination
surentraînement
actes criminels
partialité
boycott
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Annexe - page 7
TABLEAU II
CAUSES ET FACTEURS CONTRIBUANT A LA VIOLENCE
DANS L'ACTIVITE SPORTIVE
VIOLENCE DANS LE SPORT
VIOLENCE AUTOUR DU SPORT
facteurs spécifiques
comportement des supporters pendant les matches
facteurs institutionnels
comportement des
supporters
sur le trajet
facteurs individuels
interactions sportif/
spectateur
panique provoquée par les
accidents survenus
dans le stade
FACTEURS COMMUNS
impact des médias
climat général
20. Malgré la spécificité de chaque sport, les incidents violents qui se produisent pendant le déroulement des rencontres sportives peuvent être répartis,
en fonction des conséquences juridiques qu'ils entraînent, entre les trois
catégories suivantes :
-
les transgressions des règles du jeu, qui relèvent de l'arbitrage
;
les agressions délibérées contre la personne d'autres joueurs. Selon le
rapport Néron sur la violence au hockey, 57 joueurs ont perdu la vue en
1975-1976, 44 en 1976-1977 au Québec. E n Colombie britannique, 1 % de
toutes les blessures le sont aux yeux. Aux Etats-Unis d'Amérique, sur
300.000 joueurs, 25.000 ont subi des blessures au visage ; on a noté en
même temps une augmentation alarmante des traumatismes occulaires
permanents. En Suisse, sur 2.680 accidents recensés pendant cinq ans,
on a constaté 1.460 blessures au visage, dont 740 fractures dentaires
(la perte des dents est souvent minimisée dans les milieux sportifs,
alors qu'elle peut avoir des conséquences graves sur la santé) ;
- les actes criminels, rares heureusement, et qui entraînent automatiquement un recours à la justice.
21. La violence dans le sport peut toutefois prendre d'autres formes. Celle
d'une violence psychologique, quand un athlète menace, insulte ou essaie d'intimider son adversaire ou l'arbitre, ou quand un entraîneur excite son équipe
et lui enjoint de gagner à tout prix. On peut aussi considérer qu'il y a gêne
psychologique lorsque les spectateurs se montrent délibérément partiaux en
faveur d'un seul joueur ou d'une seule équipe. A juste titre, le trophée du
fair-play a été décerné en 1975 pour récompenser le public de la coupe du
monde de volley-ball au Japon et des diplômes d'honneur ont été donnés en
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Annexe - page 8
1984, notamment au Football club de la Chaux de Fonds (Suisse) et au Comité
des supporters de l'Espérance sportive (Tunisie) pour le football. Il est
remarquable que des sports rarement confrontés à la violence physique par
absence de contact direct entre compétiteurs tels le tennis et le volleyball
et même les échecs, apparaissent aujourd'hui souvent menacés par cette autre
violence.
22. Le sport donne lieu aussi à d'autres formes d'abus et de pressions : le
dopage, le surentraînement, la compétition à outrance (sans récupération
suffisante et sans suivi médical adéquat, notamment lorsqu'il s'agit d'enfants), le boycott, etc. Cette forme de violence plus sournoise n'entre pas
directement dans le cadre de cette étude, plusieurs participants à la consultation multidisciplinaire ont émis l'opinion qu'il ne devait pas en être fait
état. Il ne semble cependant pas qu'elle puisse être totalement écartée, dans
la mesure où le dopage, par exemple, ou le surentraînement des jeunes, apparaissent comme des pratiques pernicieuses, qui comportent pour le sport les
mêmes dangers de perversion et de discrédit que la violence directe.
IV.
Causes et facteurs contribuant à la violence dans l'activité sportive
23. Dans l'examen des phénomènes de violence chez ceux qui pratiquent un
sport, il convient de distinguer des facteurs spécifiques, inhérents à tel ou
tel sport, des facteurs institutionnels qui ressortissent à la responsabilité
des organisations sportives et des facteurs individuels qui sont le fait des
joueurs eux-mêmes.
24. La recherche a mis en évidence l'influence directe de variables, telles
que le lieu - jeu à domicile ou à l'extérieur -, la catégorie de l'équipe, la
signification du match pour les joueurs, le moment dans le déroulement de la
partie, la position des joueurs, l'arbitrage, l'entraînement, sur la violence
au cours des matches, les plus importantes de ces variables étant la catégorie
et le lieu. Certaines d'entre elles s'exercent d'une façon différente selon
les divers sports : ainsi, dans le handball et le waterpolo, les infractions
sont commises plutôt par des équipes de première catégorie, alors qu'il en va
autrement pour le football.
25. Une analyse des actions agressives commises au cours des parties de
basketball, football, handball et waterpolo fait apparaître que la fréquence
des incidents serait due moins à l'état d'esprit des sportifs qu'aux différences structurelles des règles de chacun des sports considérés. Il y aurait
donc une relation fonctionnelle entre actions agressives et les conditions de
la pratique des sports.
26. Ainsi, lorsque les règles d'un sport comme le handball offrent une marge
d'interprétation aux arbitres, les athlètes qui le pratiquent sont davantage
enclins à s'écarter des normes de conduite et un accroissement des actes
violents s'ensuit. Au contraire, dans le football et le hockey sur glace, les
règles sont précises et, par conséquent, d'application aisée par les arbitres,
et les infractions impunies sont plus rares ; mais la structure particulière
de ces jeux, où il y a interaction et mêlée, donne lieu à des fautes qui
peuvent entraîner des conséquences corporelles plus graves. Par contre au
basket-ball, qui est un jeu extrêmement codifié joué sur une aire restreinte,
la fréquence des fautes est la moitié de celles du football qui se joue sur
une aire 30 fois plus grande. L'existence de contacts entre joueurs explique
l'apparition de violences physiques dans des sports tels que la lutte, la
boxe, les arts martiaux, le football, le rugby, le hockey, le handball et le
waterpolo, par opposition au volleyball et au tennis, par exemple, où il n'y a
pas ces contacts.
126 EX/14
Annexe - page 9
27. Le temps n'est plus où l'on disqualifiait un athlète qui avait accepté
une rémunération financière. Le sport est devenu une activité économique de
spectacle et de loisir, qui nécessite des investissements importants et participe au développement industriel et commercial. Impératifs économiques et
idéaux sportifs sont le plus souvent contradictoires. Le soutien financier de
firmes commerciales, et notamment dans les pays où les activités de sport ne
bénéficient pas de subvention des pouvoirs publics, doit être considéré comme
bénéfique dans la mesure où il respecte les valeurs prioritaires du sport.
Mais la commercialisation et le professionnalisme, lorsque l'appât du gain
devient la motivation principale des athlètes, détruisent les valeurs humanistes et la mission pédagogique du sport. Or, le sport de haute performance,
notamment, est de plus en plus souvent tributaire de groupes économiques
(publicité, subvention, sponsorat), qui n e se soucient guère de l'éthique du
sport et n'investissent que pour le succès. Dès qu'un sport prend de l'importance médiatique, les groupes économiques se ruent sur les champions. On
rapporte que les gains des professionnels s'élèvent dans des sports comme le
cyclisme, l'automobilisme, le golf, le football, le baseball, le basket-ball,
le tennis et la boxe, sur une période de cinq ans, à des sommes allant de 3 à
65 millions de dollars des Etats-Unis d'Amérique. L'argent, si nécessaire à
l'activité sportive pour son équipement, ses structures et son développement,
devient un facteur de mésentente quand il est inégalement distribué, quand il
établit des différences excessives entre pratiquants, quand il constitue la
principale récompense des vainqueurs.
28. Les psychologues ont cherché des traits de la personnalité susceptibles
d'entraîner des réactions génératrices de violence. Parmi ceux-ci, les plus
importants seraient un manque de stabilité émotionnelle ("on se sent perdu
quand on perd") ; un manque de tolérance aux frustrations (nombreuses en
sport) ; des troubles d'estimation de l'adversaire ; des troubles de caractère ; des insuffisances techniques (un joueur est souvent dangereux quand il
est maladroit).
29. De nombreux auteurs ont également mis en évidence que l'attitude agressive dans le sport était vécue comme un comportement socialement normal par
les athlètes. Les conduites violentes ont été acquises tout au long d'une
carrière sportive et sont mises en oeuvre en vue d'obtenir le succès. On peut
souvent observer que les règles officielles sont interprétées assez librement
par les sportifs de manière à couvrir les transgressions, les agressions, la
violence. L'accent mis sur la réussite à tout prix a pour effet, surtout à
l'école ou dans les associations sportives, de faire considérer par les jeunes
les règles comme un obstacle. Ces jeunes apprennent alors à les contourner
après avoir pris la mesure des risques encourus. Dans de nombreuses associations, les joueurs s'entraînent ainsi systématiquement à pratiquer des fautes
échappant à l'attention des arbitres. L'accent mis à l'école sur la réussite
plutôt sur sur la participation désintéressée à l'activité sportive renforce
la tendance des jeunes à considérer que la fin justifie les moyens. Le nombre
de fautes et agressions commises sciemment croît aussi avec l'âge des joueurs
aussi bien dans le sport scolaire que dans le sport association. Plus le
succès a d'importance pour un joueur, plus forte est sa propension à transgresser ies règles.
126 EX/14
Annexe - page 10
30. O n a pu mettre en évidence une interaction entre l'attente des spectateurs et l'attitude des joueurs, l'agressivité des joueurs et celle des spectateurs. Les spectateurs attendent que tous les moyens soient mis en oeuvre
pour la réussite ; si le sportif se montre en conséquence plus agressif, son
agressivité renforce celle des spectateurs. L'identification d'une partie du
public avec l'une des équipes entraîne des réactions subjectives et souvent
partiales : les fautes de l'équipe sont minorées, voire encouragées par les
cris et vociférations, et celles de l'adversaire dramatisées. Dans de telles
situations, le rôle de l'arbitre est capital : au football, les remous et les
tensions violentes chez les spectateurs constituent souvent une réaction à
l'arbitrage.
31. Depuis une dizaine d'années, on constate u n accroissement du nombre des
incidents violents provoqués par les spectateurs à l'occasion des matches de
football aussi bien pendant les compétitions nationales ou internationales,
que lors des rencontres locales : présence accrue des forces de l'ordre,
fouille et confiscation d'armes à l'entrée des matches sont devenues une
affaire de routine en Europe de l'ouest.
Cette violence, particulièrement spectaculaire, se propage souvent
au-delà des stades : dans les rues, dans les moyens de transport, etc. Si elle
a entraîné à partir de 1985 la suspension des clubs anglais des coupes européennes de football, l'exemple des hooligans a paru s e répandre en dehors de
l'Angleterre, aux Pays-Bas, en République fédérale d'Allemagne, en France et
en Italie ; o n a signalé des incidents survenus lors de matches de footaball
en Afrique, en Amérique latine, dans la région du Golfe, en Chine. L e football
est certes le plus concerné par la violence autour du sport, même s'il n'est
pas le sport collectif le plus dur (le football américain et le hockey sur
glace le sont davantage). Il n'a pas le monopole de la popularité. Il est
cependant de très loin le sport le plus menacé par les excès de ses
spectateurs. Voir tableau III. Différentes explications ont été avancées pour
ce phénomène : difficultés économiques des milieux formant la majorité des
spectateurs, processus d'identification joueurs-supporters, nombre particulièrement élevé des confrontations. A ce jour, il n'existe pas de réponse claire
à cette question.
32.
126 EX/14
Annexe
page 11
-
TABLEAU III
INCIDENTS GRAVES SURVENUS AU COURS DES MATCHES DE FOOTBALL
Causes
Date
Lieu
1946
1957
1959
1961
1964
1964
1966
1967
1968
1969
1969
1971
1974
1979
1979
1980
1981
1982
1982
1982
1985
1985
1985
1985
1987
Bolton
Florence
Naples
Chili
Lima
1stanbul
Le Caire
Kayseri
Buenos Aires
Kir ikhal a
Bahevu
Glasgow
Le Caire
Hambourg
Lagos
Calcutta
Athènes
Moscou
Colombie
Alger
Beijing
Bradford
Mexico
Heyse1
L a Haye
Emeu te
(Royaume-Uni)
(Italie)
(Italie)
(Chili)
(Pérou)
(Turquie)
(QYP te )
(Turquie)
(Argentine)
(Turquie )
(Zaïre)
(Royaume-Uni)
(Egypte)
(RFA 1
(Nigéria)
(Inde)
(Grèce)
(URSS)
(Algérie)
(Chine)
(Royaume-Uni)
(Mexique )
(Belgique)
(Pays-Bas)
Source : Conseil de l'Europe.
Accident
Tués
X
X
33
X
5
c. 350
X
-
X
X
X
X
X
X
X
X
(XI
X
X
X
X
X
X
X
X
?
X
X
X
X
X
c. 48
72
10
27
66
48
1
24
16
21
c. 60
24
8
53
10
38
Blessés
500+
120
65
300t
500+
84
300
602
113
47
15
27
100
54
50+
600+
?
?
30
200+
50
126 EX/14
Annexe - page 12
33. La grande majorité des supporters de football reste pacifique et non
violente. La recherche sociologique a établi qu'en marge du sport, et plus
particulièrement du footbal, et en dehors des cadres institutionnels, s'est
développée une sous-culture de jeunes qui s'est dotée de ses propres valeurs,
normes, symboles et rituels. Les groupes de "fans" constituent pour ces jeunes
un moyen d'intégration sociale et leur procurent un sentiment de sécurité et
d'appartenance au groupe ; la popularité des groupes de "fans" est à rapprocher de celle d'autres manifestations de la culture parallèle des jeunes,
comme les punks ou les rockers, le trait spécifique des groupes de supporters
étant leur intérêt pour le football et le soutien inconditionnel qu'ils
apportent à une équipe. Certains groupes marginaux utilisent le milieu des
supporters pour donner libre cours à l'agressivité verbale et la violence
physique dans le stade et autour du stade, en exploitant les aspirations des
jeunes supporters qui essaient d'exprimer leurs conceptions personnelles à
l'occasion de matches de week-end, quant à l'amitié, la virilité, l'aventure
et le risque. Il faudrait donc plutôt chercher à encourager ce besoin
d'expression et aider ces jeunes à affirmer leur identité pour les désolidariser des attitudes violentes. La croissance des effectifs de supporters
montre qu'il n e s'agit pas là seulement d'une minorité issue des milieux défavorisés, mais que l'on se trouve confronté 5 un phénomène qui concerne la
société toute entière, du moins dans les sociétés occidentales. On ne dispose
pas d'analyses comparables pour d'autres sociétés.
34. Les théories classiques de la violence n e suffisent pas pour expliquer ce
phénomène ; ainsi, les recherches n'ont pas pu mettre en évidence l'effet de
catharsis cher aux tenants de la théorie de l'instinct : les analyses font
état d'une augmentation et non d'une diminution de l'agressivité à l'issue des
matches de football. Certaines approches théoriques plus récentes, fondées sur
la théorie de l'apprentissage, semblent plus utiles ici en ce qu'elles permettent d'entrevoir des mesures pratiques susceptibles de réduire la violence
ou même d'empêcher ses manifestations.
35. Il est parfois difficile d'établir une distinction nette entre les formes
d'organisation sociale des groupes de "fans" et celle des bandes de rues ou de
quartiers. Des groupes primitifs de ce type développent une structure organisationnelle hiérarchisée, des normes et des modèles de comportement spécifiques et les membres y assument des rôles fonctionnels. On peut considérer
que les motivations des "fans" ne trouvent pas leur origine dans le stade,
mais dans la vie de tous les jours ; elles seraient dues à une réaction de
compensation devant la minoration de leur statut, soit en tant que jeunes,
soit en tant que groupe social. Il est à peu près établi que ces groupes
n'obéissent pas à des motivations politiques.
36. . L e s violences les plus graves ont lieu apparemment entre groupes qu'opposent une rivalité historique et une inimitié de longue date : l'agression
est alors considérée comme une vengeance ou une juste punition. Des actions
criminelles sont commises en premier lieu par ceux des "fans" qui agissent en
dehors des frontières de leur propre pays.
37. Les rencontres sportives peuvent servir parfois de détonateur à des
conflits latents, sociaux, ethniques ou tribaux. Ainsi, en 1969, la prétendue
"guerre du football" entre El Salvador et le Honduras a apparemment été
déclenchée par le match éliminatoire pour le championnat du monde
qu'El Salvador a remporté en terrain neutre à Mexico par trois buts à deux.
"De violentes échauffourées s'étaient déjà produites lors des deux parties
126 EX/14
Annexe - page 13
précédentes, au cours desquelles chacun des adversaires avait remporté un
match. Ce qui apparaissait comme une escalade classique de tensions, un
échauffement des esprits à l'occasion d'une rencontre sportive, aboutissant à
une guerre, était en fait le résultat d'une hostilité existant de longue date
entre les deux pays et s'expliquant notamment par le traitement discriminatoire dont faisaient l'objet les travailleurs migrants salvadoriens au
Honduras"/l . L 'organisation des compétitions sportives occupe aujourd 'hui
une place privilégiée dans les relations internationales. Si le sport et le
respect de l'idéal olympique sont un instrument essentiel de compréhension,
d'appréciation mutuelle et de tolérance réciproque, le sport peut également
devenir un enjeu dans les affrontements raciaux et politiques. Les médias
contribuent encore à mobiliser l'opinion publique ; certaines rencontres
sportives de haut niveau donnent lieu à une dramatisation excessive et à un
chauvinisme exacerbé. L'enthousiasme est honorable lorsqu'il s'exprime dans
des fêtes populaires, des communions d'hommes et de femmes porteurs des mêmes
identités nationales, culturelles ou qui, venant d'horizons différents,
souhaitent partager les mêmes émotions ; il peut donner lieu aux pires
dévoiements lorsque la fierté nationale devient chauvinisme, la passion
violence, la préférence haine et l'encouragement fureur.
38. En conclusion, il apparaît au stade actuel de la recherche que les
violences des spectateurs dans un stade et autour du stade constituent un
phénomène complexe, dans lequel interviennent de nombreuses variables, tant
internes qu'externes, et qui peuvent avoir un effet différent selon les
circonstances. Même lorsque les éléments perturbateurs sont minoritaires et
identifiables, les risques qu'ils font courir à l'ensemble du public (et du
sport) sont considérables. Le rôle de l'alcool, la situation en foule (anonymat, diminution de la responsabilité qui en découle, blocage de l'intelligence, exacerbation des émotions), une sollicitation nerveuse intense (bruit,
pétards, haut-parleurs, appels, chants, etc.),
l'inadaptation de certaines
enceintes sportives (compression de spectateurs debout, barrières, grillage,
fossés, etc.),
l'exercice d'une répression pouvant engendrer une contreviolence (comme si la violence se nourrissait d'elle-même), sont autant d'éléments qui requièrent une réflexion permanente.
39. Certaines retombées de violence parmi les spectateurs sont dues à la
panique consécutive à des accidents concernant les infrastructures :
incendies, écroulement des tribunes notamment. Les règles de sécurité qui
s'appliquent à la construction des stades ont précisément pour objet de
prévenir de telles catastrophes.
40. Les chercheurs se sont souvent interrogés sur les effets de la représentation de la violence comme facteur de déclenchement d'une attitude agressive
chez les spectateurs. Ce problème, qui ne concerne pas seulement la violence
associée au sport, mais d'une façon générale toutes les représentations de
violence à l'écran et leur impact sur l'agressivité des jeunes et sur le développement de la délinquance et de la criminalité, n'a pas reçu à ce jour de
réponse scientifique satisfaisante. Avant la deuxième guerre mondiale, on
était persuadé de l'effet nocif des moyens de communication de masse ; puis, à
la lumière de recherches conduites sur l'impact des émissions de télévision,
on a eu tendance à considérer leur effet comme négligeable et même plutôt
comme bénéfique dans le cadre d'une action cathartique ; depuis quelques
1.
G. Luschen "Le sport, les conflits et la solution des conflits". Revue
internationale des sciences sociales. Vol. XXXIV, no 2, 1982. Unesco.
126 EX/14
page 14
Annexe
-
années cependant, certains chercheurs attribuent une influence grandissante
aux moyens de communication de masse dans l'apparition des conduites agressives. L'espoir d'attirer l'attention des médias, celui de se voir à la télévision, peuvent parfois encourager certains à se livrer à des actes d'agressivité. E n conclusion, il n e semble pas qu'il y ait en la matière une réponse
unilatérale. L'impact des médias dépend de l'acculturation, des habitudes des
auditeurs et des téléspectateurs et de nombreuses autres variables individuelles et collectives.
V.
Des responsabilités
41. Une analyse sérieuse de la violence dans le sport doit s'accompagner
d'une recherche sans concession des diverses responsabilités. Tous les
secteurs concourant au contrôle, à l'organisation, à la pratique et à la
promotion du sport portent une part de responsabilité dans ses déviations.
Etablir la part prise par chacun dans le phénomène de la violence permettra de
mieux mesurer l'effort à fournir dans tous les domaines.
42. Les pouvoirs publics n e peuvent évidemment pas se soustraire à leur
responsabilité générale à l'égard d'une activité sociale touchant non seulement à la culture et à l'éducation, mais également à la sécurité, à la santé,
à la communication, à la représentation nationale. Même lorsqu'ils confient ou
abandonnent à l'institution sportive des pouvoirs étendus, ils ont la charge
d'en vérifier le bon emploi et gardent une compétence particulière en ce qui
concerne l'éducation, l'éthique et la sécurité. Les pouvoirs publics doivent
aussi veiller à ce que la violence fasse l'objet de mesures préventives et pas
seulement de mesures répressives. Les phénomènes de violence doivent être
appréhendés comme u n problème à la fois sportif et social, le sport étant
devenu un mode d'identification sociale et une forme de loisir de masse de
plus en plus répandue avec la prise de conscience progressive de l'importance
du corps dans les sociétés occidentales contemporaines. Enfin, la priorité
accordée par les pouvoirs publics au sport de haut niveau, parfois au détriment du sport éducatif, risque d'offrir u n terrain favorable à l'aggravation
de la violence.
43. L'institution sportive est la plus directement concernée puisqu'elle a la
charge complexe de former les pratiquants, les éducateurs, les arbitres, les
dirigeants ; d'organiser les compétitions à tous les niveaux ; d'établir et de
prononcer les sanctions ; d'assurer le bon déroulement des rencontres, en
liaison avec les pouvoirs publics et de faire appliquer les règlements.
Les fédérations sportives nationales et internationales n'apportent
pas toujours aux problèmes d'éthique et de formation le soin et la
rigueur nécessaires. L'absence de concertation et de participation
crée parfois au sein de chaque discipline des clivages regrettables.
Les dirigeants de clubs, dévoués, mais souvent mal préparés à leur
tâche, hésitent parfois à réprimer la violence de leurs joueurs quand
ils n e l'encouragent pas. Cependant, après la tragédie de Heysel,
l'Union des associations européennes de football (UEFA), tout en se
considérant comme victime d'événements extérieurs, n'en a pas moins
suspendu les clubs anglais et intensifié les mesures destinées à
assurer la sécurité.
126 EX/14
Annexe - page 15
- Si
les arbitres sont le
responsables de tous les
souci de leur protection
propres responsabilités
coupables.
plus souvent des boucs-émissaires tenus pour
désordres et de tous les excès du terrain, le
légitime ne doit cependant pas occulter leurs
ni les faiblesses dont ils sont parfois
- Les
entraîneurs-éducateurs ont théoriquement le devoir - parce qu'ils
sont à la source de la pratique sportive et qu'ils exercent une
influence fondamentale sur les jeunes gens et les jeunes filles qui
leur ont été confiés - d'écarter la violence des terrains de jeu et de
sévir contre ceux qui s'y laissent aller. Mais trop souvent placés sous
la contrainte de la victoire, il leur arrive de tolérer des habitudes
de violence ou, pire, de les encourager. Il est exceptionnel qu'une
équipe use systématiquement de violence sans la "permission" de son
entraîneur.
-
Quant aux pratiquants - joueurs et athlètes - leur comportement ne fait
le plus souvent que traduire la qualité du milieu où ils ont été formés
et où ils exercent leur activité. Ils se sentent peu responsables et
ont tendance à s'abriter derrière cette irresponsabilité. Le fair-play
ne devrait pas être regardé comme un précepte moral qui n'oblige à
rien, il devrait devenir une partie intégrante des programmes d'entraînement.
44. Les médias sont largement mis en cause, d'autant plus que si un milliard
de dollars des Etats-Unis est dépensé chaque année par la télévision et le
cinéma pour des productions où s'étalent des actes violents, presque rien
n'est fait par contre pour informer le public des études scientifiques objectives mettant en garde contre les conséquences préjudiciables de cette
violence. La presse écrite, la radio et, plus souvent encore, la télévision
sont habituellement accusées de dramatiser exagérément le spectacle et
l'affrontement sportifs, d'utiliser un langage tendant à assimiler le sport à
la guerre, de mettre en évidence les excès de violence (ou au contraire de les
passer sous silence), d'inciter au chauvinisme, voire au fanatisme, de donner
une image simplificatrice du sport (et du sportif) par ignorance de ses implications sociales, psychologiques, culturelles, de juger trop sévèrement les
arbitres, de méconnaître le sport éducatif et l'éthique sportive, etc. Cette
mise en cause, qui mériterait d'être nuancée, car elle ne prend pas en compte
certains aspects essentiels de la profession (liberté relative des journalistes, nécessités économiques, pressions diverses, rôle de la presse dans la
lutte contre la violence, etc.),
a fait l'objet d'examens approfondis/l
qu'il serait bon de prolonger.
~~~~
1.
Cf. Le rapport du CIEPSS de mars 1979, "Comment les journalistes sportifs
peuvent-ils aider à la compréhension internationale'' et le Livre blanc de
l'Union syndicale des journalistes sportifs de France : "Les responsabilités du journaliste dans les déformations du sport'', sans date.
126 EX/14
Annexe - page 16
45. La représentation de la violence dans les moyens de communication de
masse, et en particulier, la représentation de la violence dans le sport, tend
à se multiplier et à s'intenfier. Dans les nouveaux médias audiovisuels, on
note qu'une place croissante est faite à la brutalité. Bien que l'on n'ait pas
pu le prouver avec certitude, on présume cependant que la manière de rendre
compte d'un événement sportif et la représentation des actes de violence
peuvent influer sur l'attitude du public. C'est pourquoi une résolution du
19 mars 1986 du Comité permanent pour les sports du Bundestag de la République
fédérale d'Allemagne demande aux journalistes sportifs de prendre conscience
de leur responsabilité à l'occasion des reportages consacrés aux événements
sportifs et des comptes rendus des incidents violents qui peuvent s'y
produire. La même résolution demande aux organisations professionnelles d'établir des critères appropriés pour rendre compte de ces événements/l.
VI.
Mesures prises sur le plan interrégional, régional ou national
46. Les actions considérables entreprises depuis quelques années dans le but
de restaurer les valeurs du sport et de les protéger sont encore insuffisamment connues. Un recensement de ces initiatives suivi de leur promotion et
de leur soutien apparaît comme le moyen le plus urgent de faire oeuvre utile.
47. L'Unesco marque depuis longtemps l'intérêt qu'elle porte à l'éducation
physique et au sport comme en témoignent notamment la création du Comité
intergouvernemental pour l'éducation physique et le sport (1978), la mise en
oeuvre du Fonds international pour le développement de l'éducation physique et
du sport (FIDEPS). Elle contribue à l'organisation annuelle depuis 1964, sous
la présidence effective du Directeur général de l'organisation, de la cérémonie de la remise solennelle des trophées internationaux du fair-play Pierre
de Coubertin. Elle encourage l'action des organisations non gouvernementales
dans la lutte contre la violence dans l'activité sportive.
48. Le Conseil de l'Europe a, dès 1978, exprimé sa détermination d'agir
contre l'aggravation de la violence sur les terrains de sport et en dehors
d'eux. Il a publié en 1983 une recommandation relative aux moyens culturels et
éducatifs de réduire la violence. Le Comité des ministres du sport du Conseil
de l'Europe a adopté en 1984 une recommandation sur la réduction de la violence des spectateurs lors des manifestations sportives. Après la catastrophe
du Heyse1 (mai 1985), les ministres responsables du sport de l'Europe occidentale ont adopté en juin 1985 le texte d'une "Convention européenne sur la
violence et les débordements des spectateurs lors des manifestations sportives
et notamment des matches de football". Cette convention prévoit des mesures
concrètes destinées à prévenir et à maîtriser ces débordements, ainsi que la
1.
La représentation de la violence dans le sport par les médias et ses
implications. Expertise de l'Institut fédéral de la science du sport,
(République fédérale d'Allemagne), 1986.
126 EX/14
Annexe
page 17
-
manière d'agir en vue de l'identification et du traitement des contrevenants/l. Au 20 mars 1987, neuf Etats avaient signé cette convention et
huit l'avaient ratifiée. Un Comité permanent est chargé d'en suivre l'application.
49. Le Parlement européen a mis à son ordre du jour le problème de la
violence dans le sport et adopté une résolution à son sujet. Sa Commission
exécutive travaille sur une directive destinée aux pays membres.
50. Le Conseil supérieur des sports en Afrique se préoccupe depuis de longues
années de la montée de la violence dans le sport africain, qui, "non seulement
dessert la cause du sport en tant qu'humanisme, mais compromet dangereusement
les fondements mêmes de l'unité africaine". L'Assemblée générale du CSSA de
décembre 1986 a adopté une étude de son Secrétaire général sur les causes, les
conséquences et les remèdes de la violence, et a demandé aux pays membres
d'organiser chaque année une semaine du fair-play et de faire des 4 e Jeux
africains de Nairobi, en août 1987, un exemple de fair-play et d'unité entre
les sportifs africains.
51. Plusieurs gouvernements ont institué des structures particulières afin de
lutter contre des excès inacceptables. C'est le cas du Québec où, après
l'important rapport déjà cité sur "la violence au hockey" en 1977, une Régie
de sécurité a été créée, chargée de "mieux réglementer et de mieux contrôler
l'exercice de l'activité sportive de masse et d'élite''. Des organismes du même
type ont été constitués aux Etats-Unis. En Angleterre, un "Conseil de guerre''
(encore que ce terme à consonnance guerrière soit mal choisi ici), directement
rattaché au Premier ministre, a été chargé du problème des hooligans, En République fédérale d'Allemagne, un groupe de travail établi auprès de l'Institut
fédéral de la science du sport a lancé une recherche pour analyser le comportement des supporters dans les stades, les tribunes et les terrasses et autour
des terrains. Ce groupe a établi des recommandations qui visent en premier
lieu le travail sociopédagogique à engager avec des groupes de supporters.
52. De nombreux pays ont mis en application les mesures préconisées par la
Convention européenne citée plus haut. La Belgique, la France, la République
fédérale d'Allemagne, la Grèce, le Luxembourg, l'Irlande, les Pays-Bas, le
Portugal et la Suède l'ont tous largement diffusée. La ville de Luxembourg est
en train de rénover son stade pour le rendre conforme aux normes de 1'UEFA et
1.
La Convention envisage notamment des dispositions telles que :
- la présence en nombre suffisant de services d'ordre dans les stades,
dans leur voisinage et le long des routes de passage empruntées par les
spectateurs ;
- la coopération étroite entre les forces de police concernées ;
- la condamnation des contrevenants et l'application des peines appropriées ;
- la séparation des supporters rivaux ;
- le strict contrôle des ventes des billets ;
- l'exclusion des stades des fauteurs de trouble, des personnes sous
influence de l'alcool et des drogues ;
- la restriction de la vente des boissons alcoolisées ;
- les contrôles de sécurité, pour éviter l'introduction dans le stade
d'armes, de feux d'artifice et autres objets dangereux ;
- la conception et la structure appropriées des stades pour empêcher la
violence et permettre un contrôle efficace et la sécurité de la foule.
126 EX114
Annexe
page 18
-
en Irlande, on envisage une législation exigeant de tels aménagements. Au
Royaume-Uni, une nouvelle législation interdisant les boissons alcoolisées et
relative aux dispositions en matière de transport a été promulguée ; il est
prévu d'étendre l'application de la loi de 1975 sur la sécurité sur les
terrains de sport à tous les grands terrains de football, de rugby et de
cricket ; et un projet de loi sur la détention d'armes offensives, y compris
de pétards, est en cours d'élaboration. La plupart des terrains de football
sont maintenant équipés de télévisions en circuit fermé.
53. La plupart des mesures prises par les gouvernements, les pouvoirs publics
et les collectivités locales, souvent en liaison avec les organisations sportives, sont cependant des mesures préventives et répressives, destinées à
maintenir l'ordre à l'occasion des manifestations sportives.
54. Le mouvement sportif, tant national qu'international, semble prendre une
conscience accrue des menaces qui pèsent sur l'activité sportive et tend à
organiser son autodéfense.
55. Le Mouvement sportif olympique/l a toujours été fidèle à sa mission de
répandre et d'expliquer les valeurs de l'olympisme. L'article premier de la
Charte olympique stipule que le sport "doit éduquer la jeunesse dans un esprit
de meilleure compréhension mutuelle et d'amitié, contribuant ainsi à construire un monde meilleur et plus pacifique". L'Académie internationale olympique organise des débats sur les idées de Pierre de Coubertin avec le
concoürs des associations qui se réclament directement de la pensée du rénovateur des Jeux ; les "Messages olympiques", régulièrement publiés à Lausanne,
s'emploient à mieux dégager la signification d'un "idéal" que le fondateur
définissait comme une aspiration au perfectionnement humain, dépassant en cela
l'esprit sportif qui doit animer tous les pratiquants, dirigeants, entraîneurs, etc. Si l'esprit sportif demeure la règle générale, l'esprit olympique
prétend lui ajouter une dimension humaniste et éducative, susceptible d'animer
les sportifs à tous les niveaux.
56. La lutte contre la violence et pour le fair-play proprement dite fait,
par ailleurs, l'objet des préoccupations permanentes du Comité international
olympique (CIO), qui a consacré à ce thème une session de l'Académie internationale olympique et qui soutient les efforts de l'Entente internationale
pour un sport sans violence et pour le fair-play. Le CIO étudie actuellement
un projet de Code de l'athlète mettant l'accent sur l'engagement des athlètes
qui vont participer aux Jeux à se comporter loyalement et pacifiquement. Cet
engagement tend à substituer la notion de fair-play à un concept de désintéressement financier et de sport non professionnel de plus en plus étranger à
la pratique réelle du sport de haut niveau dans le monde. Le CIO et l'Unesco
envisagent de promouvoir ensemble l'enseignement de l'idéal olympique et des
principes de la Charte internationale de l'éducation physique et du sport dans
les établissements scolaires et universitaires de chaque pays.
1.
Le Mouvement sportif olympique est composé du Comité international olympique, de l'Association des comités nationaux olympiques et des Fédérations internationales sportives.
126 EX/14
Annexe - page 19
57. L'Association des comités olympiques nationaux (ACNO) et l'Assemblée
générale des fédérations internationales de sports (AGFIS) ont à maintes
reprises évoqué ces questions ou participé à des colloques sur le thème de la
violence dans le sport. L'ACNO a par exemple examiné, lors de son Assemblée
générale de Los Angeles (1983), un programme d'action à l'intention des
Comités olympiques nationaux, dont plusieurs se sont engagés dans la voie
souhaitée. Quant à l'AGFIS, elle a mis le problème de la violence dans le
sport à l'ordre du jour de plusieurs de ses assemblées générales, et se
déclare prête à encourager les fédérations qui la composent à coordonner leurs
actions dans ce domaine.
58. Les fédérations internationales, se rendant compte du danger plus ou
moins grand que court la spécialité dont elles ont la charge, ont commencé à
réagir par des conseils donnés aux associations nationales, notamment sur
l'arbitrage, sur l'organisation de jeux éducatifs pour jeunes pratiquants
comme le minibasket ou sur l'amélioration des règles. La Fédération internationale de football association (FIFA) pour sa part, a créé en 1986, suivant
en cela une recommandation de l'Entente internationale, une Commission de la
sécurité et du fair-play. L'Union des associations européennes de football
(UEFA) a remanié de manière drastique le règlement de ses compétitions en
créant, notamment, une catégorie de "matches à risque élevé", pour lesquels
est prévue toute une série de mesures concernant la vente des billets, la
sécurité dans les stades, les communications au public et la coopération des
autorités publiques. De sévères sanctions ont été prises à l'encontre de clubs
sportifs considérés comme responsables de troubles.
59. Le Conseil international pour l'éducation physique et la science du sport
(CIEPSS) a publié, avec le concours de l'Unesco et en coopération avec le CIO,
un manifeste sur le fair-play intitulé "le fair-play". Organisateur des
congrès olympiques, le CIEPSS cherche à promouvoir une recherche scientifique
internationale sur les différents problèmes du sport et, entre autres, sur la
violence associée aux manifestations sportives.
60. Trois associations internationales qui composent "l'Entente internationale pour un sport sans violence et pour le fair-play" assument en commun
certaines actions, tout en conservant leur identité et leur originalité :
trophées, etc. ; des campagnes auprès des arbitres et des supporters, etc.
-
La Fondation de Backer-van Ocken contre la violence associée au sport
s'est fixé un vaste programme d'action, allant de l'inventaire de
toutes les initiatives prises dans le monde pour lutter contre la
violence, à l'étude de textes réglementaires à proposer aux pouvoirs
publics et au mouvement sportif. Travaillant en liaison étroite avec le
Conseil de l'Europe, la Fondation a élaboré plusieurs publications
indispensables (tel le compte rendu de son Congrès de 1977) et
l'importante bibliographie sport-agression-violence déjà citée.
61. L'Entente a par ailleurs compris qu'elle ne remplirait efficacement sa
mission que si son entreprise était relayée par des associations nationales
oeuvrant dans le même sens qu'elle. L'originalir-6 profonde de ces associations
nationales pour un sport sans violence et pour le fair-play est qu'elles
rassemblent les représentants de tous les secteurs concernés : fédérations,
éducateurs, arbitres, scolaires et universitaires, pratiquants, supporters et
journalistes. C'est ainsi qu'en France, l'Association française pour un sport
126 EX/14
Annexe - page 20
sans violence et pour le fair-play, l'AFSVFP, se livre à la recherche, organise des colloques, attribue des récompenses, sensibilise l'opinion, édite des
brochures. Le mouvement est également bien lancé en Suisse, en Belgique, en
République fédérale d'Allemagne, aux Pays-Bas. D'autres pays ont été pressentis pour se joindre à l'Entente.
Vïï.
L'action à envisager
62.
Bien que le manque regrettable de statistiques mondiales sur la violence
dans le sport et la violence associée au sport, l'absence d'études sur ces
phénomènes dans d'autres régions que l'Europe de l'Ouest n'aient pas permis de
donner à cette étude toute l'ampleur souhaitée, des actions pratiques peuvent
néanmoins être envisagées dans les domaines de compétence.
- Le
-
Comité international pour le faire-play (CIFP) met l'accent sur ce
qui est à ses yeux l'essence même du sport et la condition fondamentale de sa vertu éducative, le fair-play. La remise annuelle des
trophées internationaux du fair-play à la Maison de l'Unesco à Paris
est ainsi une cérémonie significative de ce que représente le sport à
travers le monde/l. Les trophées décernés récompensent non seulement
les gestes de loyauté réalisés au cours de l'année, mais aussi
certaines carrières exemplaires de sportifs et les organisations ou
les écrivains ayant apporté la meilleure contribution à la promotion
du fair-play. Le CIFP reçoit chaque année un nombre accru de candidatures et travaille en liaison étroite avec l'Unesco, le CIO et le
CIEPSS. Une trentaine de pays s'associent à son action et créent, sur
le modèle de ses trophées, des prix nationaux dont la devise unique
est : "le fair-play : mieux qu'une victoire".
L'Association internationale pour un sport sans violence (AICVS) est
sensible au premier chef aux dangers concrets et permanents que la
violence sous toutes ses formes fait courir au sport. Mais au-delà de
cette préoccupation fondementale, ce sont toutes les déformations et
perversions du sport qu'elle entend dénoncer et combattre. Les principales actions
engagées par 1'AICVS sont : la recherche et la
réflexion sur la violence dans le sport, ses causes et ses remèdes,
par l'organisation de vastes colloques internationaux réunissant
toutes les parties concernées ; la rédaction et la diffusion d'une
Charte sur les principes qui guident son action ; l'établissement
d'une convention à passer avec les principales fédérations sportives ;
l'organisation de journées ou de semaines contre la violence ; une
action auprès des télévisions et des médias ; des initiatives destinées à sensibiliser l'opinion à l'occasion des grandes manifestations
internationales : engagement solennel des participants, serment des
athlètes, de l'organisation. Il s'agit d'actions à termes plus ou
moins longs qu'il conviendrait sans doute de suggérer aux Etats
membres, aux organisations non gouvernementales internationales et
touchant à la recherche, aux valeurs culturelles et éthiques du sport,
à l'éducation et à la formation, à la communication et la coopération
entre pouvoirs publics et organisations sportives.
1.
La liste des lauréats des trophées du fair-play figure à l'annexe no 2.
126 EX/14
Annexe - page 21
63. Les recherches touchant à la violence dans et autour du sport et au
fair-play ont été jusqu'ici le fait des pays occidentaux et ne couvrent que
certaines disciplines seulement. Les thèses et les travaux universitaires
existants n'ont pas été systématiquement exploités ; il y a de toute évidence
un manque d'études de synthèse interdisciplinaire sur les dimensions de la
violence dans l'activité sportive. Une première mesure consisterait à recenser
les travaux existants, à les réunir dans une banque d'information et à établir
une bibliographie raisonnée sur le sujet. Dans un deuxième temps pourraient
être stimulées des études nouvelles permettant de cerner le problème de la
violence associée au sport dans les autres régions. Enfin, il serait souhaitable de pouvoir mesurer le phénomène au niveau mondial dans le cadre d'une
approche épidémiologique. A cette fin pourrait être étudiée, en coopération
avec toutes les parties concernées, la création d'un observatoire mondial sur
la violence dans le sport, qui aurait pour mission, entre autres, de publier
un rapport annuel sur la question.
64. En ce qui concerne l'éthique sportive, la proposition faite par le
Président du CIO en vue de la création d'un comité international d'éthique
sportive mériterait d'être reprise. Cet organisme aurait la charge de
combattre toutes les formes de violence qui dénaturent le sport et de veiller,
dans tous les domaines, au respect de l'éthique sportive. Composé de personnalités indépendantes, il jouerait le rôle d'une sorte de haute autorité du
sport mondial et devrait être institué conjointement par l'Unesco et le mouvement sportif. Il aurait des antennes dans toutes les fédérations internationales.
65. Face à la banalisation du sport et à son exploitation commerciale dans
une société de consommation, les pouvoirs publics et les organisations sportives devraient multiplier leurs efforts pour promouvoir les valeurs éthiques
et culturelles véhiculées par le sport. A cet égard, une attention particulière devrait être accordée à la défense des sports traditionnels, témoins des
cultures propres à chaque communauté et dont souvent la pratique est abandonnée sous la poussée de sports importés, considérés comme universels parce
que consacrés par les Jeux olympiques. Les danses/l, jeux et sports de
tradition, dont la protection et le développement ont été souhaités par le
Comité intergouvernemental de l'éducation physique et du sport comme moyen de
préserver le patrimoine culturel, devraient être promus sous toutes les formes
appropriées, notamment à l'occasion de fêtes mondiales des jeux et sports de
tradition dans le cadre de la Décennie mondiale du développement culturel. La
défense des oeuvres du patrimoine naturel ou créé par l'homme est le moyen par
excellence de lutter contre le vandalisme et toutes les exactions.
66. Un rôle privilégié dans la lutte contre la violence associée au sport
revient à l'éducation. Dans cette perspective de développement de l'esprit
sportif, l'éducation et la formation, dès le plus jeune âge, sont essentielles
en milieu scolaire et universitaire, au sein des organisations sportives et
des mouvements de jeunesse. Ce sont là des actions permanentes qui n e peuvent
évidemment donner des résultats qu'à longue échéance. L'enseignement de
l'esprit sportif au fair-play, qui au-delà du sport lui-même est indispensable
1.
La première Conférence internationale des ministres et
naires responsables de l'éducation physique et du sport
déré que l'éducation et le développement physique
associés dans toute la mesure du possible à la musique,
d'autres formes d'art propres à enrichir la culture.
hauts fonction(1976) a considevraient être
à la danse et à
126 EX/14
Annexe - page 22
à la vie en société, est u n élément indispensable de toute éducation qui vise
à épanouir les facultés intellectuelles, esthétiques et physiques de l'individu et à promouvoir la loyauté, la tolérance, la solidarité, le respect
mutuel et la compréhension d'autrui. Mais c'est l'ensemble des pratiques
éducatives qui doit concourir à inculquer aux enfants des valeurs morales et
sociales conformes aux normes authentiquement démocratiques de la vie en
société. L'éducation sportive souffre parfois d'un divorce entre une conception de l'éducation qui se méfie du sport et de ses excès et u n milieu sportif
qui se méfie de l'éducation. Il est indispensable que l'école sache utiliser
le sport tout en respectant sa spécificité. L'école doit reconnaître le sport
comme une activité éducative et une discipline d'enseignement qui, avec ses
exigences propres (loyauté, fair-play, respect de l'adversaire, maîtrise de
soi) concourt, au même titre que d'autres disciplines, à l'épanouissement des
enfants et des adolescents. L'éducation pour le sport doit d'abord devenir une
éducation par le sport.
67. A l'école, le sport doit rester au service des élèves, ce qui exclut la
sélection, le choix prématuré d'une discipline, l'entraînement intensif, la
valorisation excessive de la performance. U n juste équilibre entre activités
sportives et motrices, activités pratiques et activités intellectuelles
devrait être réalisé dans les programmes scolaires et des passerelles prévues
pour permettre le passage du sport à l'école, au sport dans les associations
spécialisées, de façon à ce que "l'éducation physique et sportive de la jeunesse soit poursuivie conjointement en milieu scolaire et en milieu extrascoïaiie'*/l.
68. L a pratique du sport devrait être considérée par l'école comme u n apprentissage des valeurs sociales, d'autant plus formateur que les jeunes seront
associés à l'Organisation et à la conduite des rencontres. Des exercices systématiques d'observation et de commentaire des compétitions sportives pourraient contribuer à la formation de l'esprit critique. L'histoire des sports
et l'étude de la vie des grands champions pourraient faire l'objet d'un enseignement enrichissant. A signaler à cet égard les expériences américaine et
canadienne d'un programme d'explication et d'illustration de l'olympisme à
l'occasion du déroulement, dans ces pays, des Jeux olympiques d'hiver ou
d'été. Dans le cycle terminal pourrait être proposé u n programme plus ambitieux mettant en évidence les rapports entre le sport et la culture. Mais la
réussite d'une éducation par et pour le sport dépend essentiellement des
enseignants et de leur formation, dans laquelle une large place devrait être
faite à l'éthique du sport et de leur adhésion aux valeurs du sport.
69. L'éducation et la formation dans une optique d'éducation globale et
permanente n e se limitent pas aux milieux scolaire, universitaire et sportif.
Elles doivent être menées dans toutes les sphères d'activité reliées au sport,
et notamment dans les milieux de supporters. L a répression n e résoudra pas les
problèmes de la violence autour de l'activité sportive, elle risque même
parfois de faire basculer dans la violence des éléments simplement entraînés
1.
Recommandation no 3, de la première Conférence internationale des
ministres et hauts fonctionnaires responsables de l'éducation physique et
du sport, 1976.
126 EX/14
Annexe - page 23
ou enclins à s'insurger contre ce qu'ils considèrent comme une injustice. Les
supporters - même les plus excités d'entre eux
se conduiraient sans doute
mieux s'ils étaient compris et aidés. U n mouvement d'une grande importance est
en train de se développer dans les pays les plus touchés par la délinquance
sportive : Angleterre et République fédérale d'Allemagne. Des programmes
sociopédagogiques sont appliqués, qui permettent de créer un maillon culturel
entre la sous-culture des jeunes et la société. Les grands clubs sportifs
pourraient être sensibilisés à leurs responsabilités et invités à s'associer
aux autorités locales pour donner vie à des centres d'activité sociale et de
loisirs. Au lieu d'être essentiellement une occasion pour le déploiement de la
force et de la violence, le sport, s'il est mieux expliqué et utilisé,
pourrait servir d'instrument de socialisation. Outre les projets anglais et
allemand (à Manchester et à Hambourg notamment) qui mériteraient d'être mieux
connus et davantage encouragés, on peut signaler une action menée dans la
banlieue de Lille en France. Des éducateurs sportifs sont entrés en contact
avec les chefs de certaines bandes de HLM pour les amener à participer avec
eux à des activités sportives. Lorsque le chef de la bande s'est laissé
convaincre, le reste de la bande le rejoint.
-
70. L'intervention des pouvoirs publics pour mettre fin aux abus du sport est
devenue le fait marquant de la dernière décennie. Il reste maintenant à régler
le problème de la coopération entre autorités gouvernementales et organisations sportives. Un mécanisme de coordination renforcée devrait être mis en
place. Sur le plan juridique, les limites doivent être judicieusement tracées
entre les réglementations et compétences disciplinaires des fédérations et les
réglementations appartenant au domaine du droit public. La répartition des
compétences et leur mise en oeuvre pourraient éventuellement être réalisées au
sein d'un organisme national de discussion et de concertation réunissant les
délégués des autorités publiques et des disciplines sportives concernées,
selon une proposition faite lors du Congrès "La violence dans le sport" organisé en 1977 à Bruxelles (Belgique).
71. En ce qui concerne les influences commerciales qui nuisent au sport et
aux Organisations sportives, le Comité intergouvernemental pour l'éducation
physique et le sport a adopté à sa troisième session (1983) une recommandation
affirmant "la nécessité de sauvegarder les valeurs éthiques et morales du
sport des influences commerciales nuisibles et de veiller à ce que le soutien
financier privé ne devienne pas exploitation". Cette recommandation invite
également "les Etats membres à encourager les organisations nationales à faire
en sorte qu'une partie du soutien financier privé soit affectée au développement général du sport et des activités physiques''. Le Comité a souhaité aussi
que soit favorisée une concertation entre les organisations non gouvernementales responsables de l'organisation des compétitions sportives, les pouvoirs
publics à l'échelon national et local et les entreprises commerciales pour
maintenir l'aide commerciale dans les limites souhaitées.
72. Chaque discipline sportive présente, confrontée aux dangers de violence,
une situation particulière qui doit être examinée en son sein. Mais si l'on
considère qu'aucun sport n'est à l'abri de certaines menaces, l'effort de
sensibilisation des fédérations responsables et des comités nationaux olympiques doit être intensifié, dans le but de les aider à mieux maîtriser des
problèmes qui n e connaissent pas de frontières. Chaque association nationale
et internationale pourrait créer une commission d'éthique et de sécurité,
laquelle pourrait devenir une antenne du Comité international d'éthique sportive, dont la création a été envisagée ci-dessus. Ces commissions auraient
126 EX/14
Annexe
page 24
-
pour chaque sport un rôle de prévention et de proposition. Leur tâche première
serait d'élaborer un code de conduite qui s'imposerait aux dirigeants et aux
entraîneurs aussi bien qu'aux athlètes et aux arbitres.
73. Les recommandations que ces commissions d'éthique et de sécurité seraient
amenées à faire, compte tenu des spécificités propres à chaque discipline,
pouvaient porter sur les points suivants :
-
recherche et instauration de procédés destinés à engager les athlètes
et les équipes à se comporter loyalement au cours d'une compétition
déterminée. Ainsi, avant la Coupe du monde de football, les présidents de fédération, les entraîneurs nationaux et les capitaines
d'équipe des pays qualifiés s'engagent par écrit à respecter les
règles, l'arbitre et l'esprit du jeu. Un serment est prononcé dans le
même esprit par un représentant des joueurs au cours de la cérémonie
d'ouverture ;
-
examen périodique des règles du jeu, en concertation avec tous les
intéressés (notamment joueurs, entraîneurs, arbitres), dans le but de
les rendre plus efficaces contre la violence ;
- revalorisation matérielle et morale de l'arbitrage ; responsabilités
plus grandes accordées aux arbitres en ce qui concerne la discipline
générale et l'éthique ;
-
renforcement de
disciplinaires.
l'indépendance
et
de
l'autorité
des
organismes
74. Les associations et les clubs sportifs devraient également encourager une
participation accrue des pratiquants - jeunes et moins jeunes - à la gestion
et à la vie du sport de façon à favoriser une meilleure compréhension entre
les divers niveaux de responsabilité - dirigeants, entraîneurs, arbitres,
sportifs - et promouvoir une démocratisation du mouvement sportif. Dans les
programmes de formation, une priorité devrait être donnée, comme c'est le cas
déjà dans certains pays, au perfectionnement des dirigeants et des administrateurs bénévoles, et les programmes de formation des entraîneurs devaient
insister sur l'éthique du sport.
75. Une attention particulière devrait être accordée à l'esprit sportif tant
au cours de l'entraînement des sportifs que pour l'évaluation de leurs résultats. Le fair-play devrait être intégré aussi dans les critères de classement
des compétitions réservées aux jeunes et même de celles disputées par des
adultes, à l'instar du judo qui prend en compte le comportement pour le
passage des grades. A l'intention des plus jeunes pourraient être mis en place
des minisports utilisant des règles spéciales et prenant en considération la
façon de jouer. Une première expérience en ce sens a été tentée avec succès
par la Fédération internationale de basket-ball.
76. Pour soutenir ces efforts des organisations sportives, pourrait être
envisagée, au niveau national et au niveau international dans chaque
discipline, l'organisation permanente de challenges du fair-play destinés non
seulement aux athlètes et aux équipes, mais également aux dirigeants, aux
entraîneurs et aux associations et clubs sportifs.
126 EX/14
Annexe - page 25
77. S'il paraît difficile à la lumière des opinions souvent contradictoires
de bien mesurer l'influence des médias sur le développement de la violence
dans l'activité sportive, on ne peut nier leur rôle sur le plan de l'information. L'importance de la victoire, avec ses incidences sur les circuits commerciaux ou sur le prestige national, devrait être ramenée à de plus justes
proportions par des commentateurs éclairés et sans parti pris. Les programmes
télévisés peuvent de surcroît être d'un secours inappréciable dans la promotion et l'explication de l'éthique sportive et des efforts réalisés à son
bénéfice.
78. Comme le souligne la Charte internationale de l'éducation physique et du
sport "sans préjudice du droit à la liberté d'information, toute personne
s'occupant de moyens de grande information doit être pleinement consciente de
ses responsabilités devant l'importance sociale, la finalité humaniste et les
valeurs morales dont l'éducation physique et le sport sont porteurs".
79. Dans l'esprit de la Charte pourrait être envisagée l'élaboration d'un
code conforme aux principes des droits de l'homme et respectant la liberté
d'expression (encore que celle-ci soit souvent invoquée au profit d'intérêts
commerciaux). La Charte insiste également sur les rapports entre les personnes
s'occupant de moyens de grande information et les spécialistes de l'éducation
physique et du sport, qui doivent être étroits et confiants pour assurer avec
objectivité une information documentée. Elle souhaite que la formation du personnel responsable des moyens de grande information comporte des aspects
touchant à l'éducation physique et au sport,
80. La formation des journalistes qui a fait l'objet d'un rapport à
1'Unesco/l apparaît en effet comme insuffisante en quantité et en qualité.
Cette formation devrait mettre l'accent sur la compétence technique du journaliste (connaissance des lois du jeu notamment), et sur la "culture sportive",
mais aussi sur sa responsabilité à l'égard du sport et sur sa formation générale, de manière à replacer le sport dans son contexte social et culturel. Le
journaliste de sport, s'il est un spécialiste, est aussi un journaliste à part
entière.
81. La connaissance des langues étrangères est nécessaire aux journalistes
sportifs car elle favorise la communication internationale. C'est la conclusion d'un rapport du CIEPSS auquel l'Unesco avait demandé d'organiser en 1971
et 1973 des séminaires sur le rôle des journalistes sportifs dans l'amélioration de la compréhension internationale. Le chapitre consacré à la formation
professionnelle précise notamment que "les journalistes sportifs doivent être
des linguistes pour faciliter les contacts directs avec leurs collègues
étrangers. De tels contacts peuvent favoriser les reportages impartiaux qui,
ainsi, contribueront à l'entente internationale"/2. Les échanges de pays à
pays et les stages internationaux de recyclage et de réflexion sont à encourager et à organiser. On peut même rêver d'une "Université mondiale d'été'',
qui accueillerait des journalistes de tous horizons venus se perfectionner
dans la connaissance du sport et de ses problèmes déontologiques. La mise en
1.
La formation et le perfectionnement des journalistes sportifs. Rapport
2.
rédigé par Jacques Marchand, président de l'Union syndicale des journalistes sportifs de France (USJSF), 1986.
Comment les journalistes sportifs peuvent-ils aider à la compréhension
internationale ? CIEPSS, Conseil international pour l'éducation physique et la science du sport, mars, 1979.
126 EX/14
Annexe - page 26
valeur des actions journalistiques réalisées dans le monde en faveur d'un
sport-culture pourrait être assurée par l'octroi d'une récompense annuelle
internationale de grande valeur au journaliste ayant apporté la meilleure contribution à la lutte pour u n sport sans violence et pour le fair-play.
VIII.
L e rôle de l'Unesco
82.
L e rôle de l'organisation est considérable dans des actions généralisées contre la violence dans la pratique sportive et autour de cette pratique, surtout par le rôle d'intermédiaire qu'elle peut jouer entre les gouvernements et les organisations internationales n o n gouvernementales. Son
action dans le domaine du sport, d'abord timide à sa création, s'est accrue
considérablement depuis la création du Comité intergouvernemental pour l'éducation physique et le sport et du Fonds international pour le développement de
l'éducation physique et du sport (FIDEPS). L'Organisation a acquis une solide
réputation dans ce domaine qui en fait un partenaire de plus en plus sollicité
par les grandes organisations sportives internationales. Ses recommandations
par l'entremise du Comité intergouvernemental pour l'éducation physique et le
sport, et surtout de la Conférence internationale des ministres et hauts fonctionnaires responsables de l'éducation physique et du sport, devraient avoir
u n important retentissement tant auprès des organismes gouvernementaux que des
organisations sportives.
83.
L'intervention de l'Unesco semble devoir porter essentiellement sur une
prévention à long terme par l'action éducative, notamment au sein du sport
scolaire et universitaire et auprès des mouvements de jeunesse et par l'action
culturelle destinée à sauvegarder les valeurs du sport dans le cadre de la
Décennie mondiale du développement culturel. Cette intervention s'inscrit plus
généralement dans le cadre des actions entreprises pour la promotion des
valeurs morales et sociales (grands programmes IV et V contre les préjugés et
l'intolérance (grand programme XII) et en faveur de la compréhension, la
coopération et la paix (grand programme XIII).
84.
Les orientations pour la préparation du troisième Plan à moyen terme
l'organisation en matière d'éducation physique et de sport adoptées par
Comité intergouvernemental pour l'éducation physique et le sport à
cinquième session (1986) tracent à cet égard u n cadre pour l'action future.
recommandation No 1 prie le Directeur général de promouvoir en formulant
programme :
de
le
sa
La
ce
-
"l'échange d'expériences, d'informations,
et de programmes entre tous les pays ;
-
la coopération entre l'Unesco et les organisations gouvernementales
et non gouvernementales, aux niveaux national, régional et interrégional, conformément aux dispositions statutaires et réglementaires
qui régissent l'organisation ; ...
-
la mise en oeuvre, par tous les moyens appropriés, de la Charte
internationale de l'éducation physique et du sport et de l'idéal
olympique tel qu'il se reflète dans la Charte olympique ;
-
la recherche et les études sur l'éducation physique et le sport en
général, en tenant compte des aspects sociaux, économiques et
culturels qui influent sur leur développement ;
de méthodes, de techniques
126 EX/14
Annexe - page 27
-
la protection et le développement des jeux, danses et sports traditionnels dans le cadre de la promotion de l'éducation physique et du
sport, comme moyen de préserver le patrimoine culturel ; ...
-
la sauvegarde des valeurs éthiques du sport et la prévention des
influences préjudiciables telles que le dopage et la violence ;
-
la coopération entre l'Unesco, les Etats membres et les organisations
non gouvernementales afin de préparer, au plan international, la mise
en place d'un mécanisme d'échange de données automatisées, dans le
domaine de l'éducation physique et du sport.''
85.
Une action a déjà été engagée en coopération avec le Mouvement sportif
olympique, en vue de l'enseignement de l'idéal olympique et des principes de
la Charte internationale de l'éducation physique et du sport. L'éthique du
sport et sa défense pourraient être proposées comme objectif aux Etats membres
qui souhaiteraient participer à l'organisation d'une deuxième Semaine de la
condition physique et du sport pour tous conformément à la recommandation
adoptée à ce sujet par le Comité intergouvernemental pour l'éducation physique
et le sport à sa cinquième session. La Semaine pourrait être l'occasion d'une
mobilisation massive des jeunes autour du thème du fair-play à travers des
compétitions sportives, des démonstrations et des activités culturelles et
artistiques associées au sport telles que des concours de dessins d'enfants ou
des compositions en relation avec la fraternité par le sport et le fair-play.
L'Organisation pourrait aussi d'ores et déjà suggérer aux Etats membres qui
offrent des stages de formation de cadres sportifs au titre de leur contribution au Fonds international pour le développement de l'éducation physique et
du sport (FIDEPS) d'inclure dans les programmes de ces stages une formation à
l'éthique sportive et aux moyens de lutter contre la violence.
86.
Le Comité intergouvernemental pour l'éducation physique et le sport, à
sa cinquième session, dans sa recommandation relative à la préparation de la
deuxième Conférence internationale des ministres et hauts fonctionnaires
responsables de l'éducation physique et du sport dont la tenue est proposée
pour l'exercice 1988-1989, a recommandé au Directeur général d'établir l'ordre
du jour de cette conférence en accordant une priorité à des thèmes qui
concernent directement la lutte contre la violence tels que :
"... la mise en oeuvre de la Charte internationale de l'éducation
physique et du sport ;
... la prévention des
dopage et la violence ;
influences préjudiciables au sport, tels le
..."
87.
La Conférence internationale pourrait examiner certaines des propositions mentionnées au cours de cette étude et plus particulièrement :
-
la création d'un observatoire mondial de la violence
sport (par. 62) ;
-
la création d'un comité international d'éthique sportive (par. 63).
associée au
88.
La Conférence internationale devrait également préciser le rôle de la
coopération internationale dans la lutte contre la violence dans le sport et
autour du sport. L'action à poursuivre se situe essentiellement, semble-t-il,
dans la coordination des efforts déjà entrepris, dans l'information qui fait
souvent défaut et dans l'aide à apporter aux initiatives relevant de l'éducation et de la culture.
126 EX/14
Annexe - page 29
Appendice No 1
PARTICIPANTS
à la Consultation des experts sur Sport et violence
Paris, ler-2 décembre 1986
1.
M. ANDREWS (John)
Président de la Fédération internationale
d'éducation physique
2.
M. BRISSON (J.-François)
Journaliste (France)
3.
M. BROMBERGER (Christian)
Professeur d'ethnologie à
d'Aix-en-Provence (France)
4.
M. FERRAN (Jacques)
Président de l'Association internationale
pour un sport sans violence
Vice-Président
de
l'Entente
internationale pour un sport sans violence
Journaliste
5.
Mme le Dr GOUJON (Marcelle)
Psychiatre
Médecin-chef à l'hôpital
Ville-Evrard (France)
l'Université
spécialisé
de
6.
M. HAHN (Erwin)
Conseil international pour l'éducation
physique et la science du sport
Psychologue du sport à l'Institut fédéral
de la science du sport (République fédérale d'Allemagne)
7.
M. JEU (Bernard)
Président de la Fédération française de
tennis de table
Professeur de philosophie à l'Université
de Lille III, Président de l'UER-EPS de
Paris V (France)
8.
M. le Dr KAMUTI (Jeno)
Président de la Commission médicale de la
Fédération
internationale
d'escrime
(Hongrie )
Chirurgien
9.
M. LANDRY (Fernand)
Vice-président pour l'Amérique du Nord du
Conseil international pour l'éducation
physique et la science du sport
Professeur à l'Université de Laval
Québec (Canada)
10.
M. LEYENS (J.-Philippe)
Psychologue social
Louvain (Belgique)
11.
Mme MEUNIER (Liliane)
Secrétaire général adjoint du Conseil
international pour l'éducation physique
et les sciences du sport
12.
Me SILANCE (Luc)
Juriste. Avocat au barreau de Bruxelles.
Chargé de
cours
à l'Université de
Bruxelles (V.U.B.) (Belgique)
à
l'Université
\
de
126 EX/14
Annexe - page 30
Membres du Secrétariat
1.
M. BRUNSWIC (Etienne)
Directeur p.i.
de la Division des
sciences de l'éducation, contenus et
méthodes
2.
M. NARAGHI
Consultant
de
1 'Unesco,
anc i en
Directeur de la Division de la jeunesse.
3.
M. RANDRIAMANANTENASOA (Charles)
Spécialiste de programme
Education physique et sport
4.
Mme LALLART (Marie-José)
Secrétaire
126 EX/14
Annexe - page 31
Appendice No 2
LAUREATS DES TROPHEES DU FAIR PLAY
1964-1985
1964
Eugénio Monti
Italie
Bobsleigh
1965
Willye White
West Ham United
Munich 60
Isztvan Zsolt
Etats-Unis
Angleterre
République fédérale d'Allemagne
Hongrie
Saut en longueur
Football
Football
Football
1966
Stevan Horvat
Yougoslavie
Lutte
1967
Istvan Gulyas
Hongrie
Tennis
1968
Equipe nationale
japonaise
Japon
Football
1969
Pedro Zaballa
Francisco Buscato
Espagne
Espagne
Football
Basket-ball
1970
Ryszard Szurkowski
Pologne
Cyclisme
1971
Meta Antenen
Suisse
Saut en longueur
1972
Stan Smith
Emiliano Rodriguez
Etats-Unis
Espagne
Tennis
Basket-ball
1973
Yan Hallam
Will Moore
Mick Bennett
Rick Evans
Royaume-Uni
Cyclisme
Bobby Charlton
Royaume-Uni
Football
1974
Claude Ravonel
Lia Manoliu
Suisse
Roumanie
Karaté
Lancer de disque
1975
Victor Niederhoffer
Bob Mathias
Emile Zatopek
Etats-Unis
E tats-Unis
Tchécoslovaquie
D 6cathlon
1976
Jeno Kamuti
Hongrie
Escrime
1977
John Naber
Le public de la
Coupe du monde
de volley-ball
Gustav Killian
Et ats-Unis
Japon
Nat a t ion
Vo 11ey-bal1
République fédérale d'Allemagne
Cyclisme
1978
Tamas Wichmann
Gareth Edwards
Hongrie
Royaume-Uni
1979
Philippe Roux
Sven Thoffelt
Suisse
Suède
)
)
)
)
Squash Racquets
Course de fond
Automobile
Pentathlon
126 EX/14
Annexe
page 32
-
1980
Giacinto Facchetti
Sir Stanley Rous
Italie
Royaume-Uni
Football
Football
1981
Mohamed Gammoudi
Klaus Steinbach
Tunisie
République fédérale d'Allemagne
Athlétisme
Nat at ion
1982
Mats Wilander
Suède
Tennis
1983
1smet Kar ababa
Alexandre Medved
Turquie
URSS
Football
Lutte
1984
Mohammed Ali Rashwan
Dariusz Zawadski
Egypte
Pologne
Judo
Haltérophilie
1985
René Bazennerye
John B. Kelly Jr.
Juha Mieto
Balbir Singh
Mokhtar Aly Mokhtar
France (posthume)
Etats-Unis (posthume)
Finlande
Inde
Egypte
Athlétisme
Aviron
Ski de fond
Haltérophilie
Football
126 EX/14
Annexe - page 33
BIBLIOGRAPHIE
sur Sport et violence
Hanh, E., Mercy, M. et Remans A.
Bibliographie sport - agression violence. Fondation internationale de BackerVan Ocken pour la lutte contre la violence associée au sport, Bruxelles, juin
1985, 247 p.
Liste
alphabétique
des
auteurs
(2.100 références
dans
une base de
4.000 sources).
Bibliographie de textes n e figurant pas dans le précédent ouvrage
Allison, L., "Gotcha!" New Societv (London), Vol. 73, No 1185, 1985, 380 p.
Analyse psychosociale de la violence dans les stades de football et conclusion
à en tirer, Louvain, 1985.
Association française pour un sport sans violence pour le fair-play. Sport
violence fair-play, Rassemblement contre la violence dans le sport et autour
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Beumler, C., Liabilitv in professional sports: an alternative
Arizona L a w Review (Tucson, AZ), Vol. 22, No 3, 1981, 919 p.
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Brunner, R., An evaluation of proceedings against 149 football fans, with
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Jupendrecht (Cologne), Vol. 71, No 5, 1984, 224 p.
Burnet, M., Les moyens d'information dans un monde de violence, Paris, Unesco,
1971, 49 p. (Etudes et documents d'information, 63) (en annexe, déclaration
sommaire du colloque sur l'impact de la violence dans les moyens d'information
organisé sous les auspices de l'Unesco du 29 juin au 7 juillet 1970).
Carlsen, C.J. and Walker, M.S., The Sports Court: a private system to deter
violence in professional sports, Southern California Law Review (Los Angeles,
Ca.), Vol. 55, No 2, 1982, 399 p.
Charte internationale de
1978, 11 p.
l'éducation
physique et du sport, Paris, Unesco,
Comité intergouvernemental pour l'éducation physique
final de la 3ème session, Paris, Unesco, 1983.
Comité intergouvernemental pour l'éducation physique
final de la 5ème session, Paris, Unesco, 1986.
Comprendre
l'agressivité.
Revue
internationale
Vol. XIII, No 1, Unesco (Paris), 1971.
et
le
sport,
et
le
sport, Rapport
des
sciences
Rapport
sociales,
Conférence internationale des ministres et hauts fonctionnaires responsables
de l'éducation physique et du sport, Ire session, Paris, Unesco, 1976.
Conseil de l'Europe, Convention européenne sur la violence et les débordements
des spectateurs lors des manifestations sportives et notamment des matches de
football. Série des traités européens, No 120 (Strasbourg), 1985, 1 4 p.
126 EX/14
Annexe - page 34
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violence, Strasbourg, 1983, 30 p., Rapport de la Commission de la culture et
de l'éducation.
Conseil de l'Europe, Vandalism in urban milieux. Sianificance, scope and
background of the phenomenon as well as possible measures for its prevention,
by Kube, E. and Schuster, L., Strasbourg, European committee on crime
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Comment les iournalistes sportifs peuvent-ils aider à la compréhension internationale ?, Paris, 1979.
Dolling, D., The criminal law social control system approach to bodily injury
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(Tübingen), Vol. 96, No 1, 1984, 36 p.
Domenach, J.M.,
et al., La violence et ses causes, Paris, Unesco, 1980, 287 p.
Dunning, E., Maguire, J. and Murphy, P., If you think you are hard enough,
Society (London), Vol. 57, No 980, 1981, 342 p.
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Entretiens de Rueil, Pour un sport sans violence, Points de vue médicaux et
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Gulotta, S.J. Jr., "Torts in sports-deterring violence in professional
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Harrel, W.A., Verbal aggressiveness in spectators at professional hockey
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Healey, A., Not cricket Prison Service Journal, London, No 34, 1979, p. 9 à 15.
Hellbrunn, R.,
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Hilliard, B. Chelsea at home, Police Review, London, Vol. 89, No 4601, 1981,
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126 EX/14
Annexe - page 35
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Kube, E. and Schuster, L., Vandalism - State of knowledae and Dossibilitv to
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Marchand, J., La formation et le perfectionnement des iournalistes sportifs,
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publication contient des références bibliographiques sur le sujet).
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persistent offender - Bramshill, Police staff college, 1984.
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the
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Morris, T., Deterring the hooligans, New Society, London, Vol. 72, No 1170,
1985, 326 p.
Néron, G. et Bilodeau J.N., Comité d'études sur la violence au hockey amateur
au Québec. Rapport final. Québec, 1977, 326 p.
Peyreffitte, A., Réponses à la violence t.1 Rapport général. t.2 Rapport des
groupes de travail
annexe, v.2 Recherches sur les aspects psychologiques et
biologiques de la violence - annexe, v.3 Recherches sur l'urbanisation,
l'habitat et la violence - annexe, v.5 Recherches sur la protection de la
jeunesse. Paris, Comité d'études sur la violence, la criminalité et la
délinquance. Paris, Presses Pocket, 1977.
-
Pickering, P., Fathers tell sons about
Vol. 71, No 1161, 1985, 472 p.
the police,
New
Pilz, G. et al., Sport und gewalt, Bundesinstitut fÜr
Verlag Karl H o f m a m (Schorndorf), Vol. 42, 1982, 264 p.
Society,
London,
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-
Polic, M., Aggressiveness in sports events
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kriminalistiko in kriminolonijo (Ljubljana), Vol. 37, No 1, 1986, 21 p.
Policy coordinator for police and district prosecutorial offices,
Alpemen Politieblad, The Hague, Vol. 133, No 1, 1984, 14 p.
za
in Dutch,
Poupart, J., Violence among hockey-players. A contingency of career and
organizational imperatives - in French Déviance et Société, Geneva, Vol. 3,
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126 EX/14
Annexe
page 36
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Vol. 73, No 1181, 1985, 225 p.
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Redmond-Cooper, R., The legal aftermath of the Heysel
Journal, London, Vol. 135, No 6222, 1985, 957 p.
disaster, New Law
Rimé, B. et al., Eléments pour l'analyse des événements du Heysel survenus le
29 mai 1985 à Bruxelles. Document de travail communiqué aux autorités civiles
et militaires concernées et à la presse, 1985.
Rimé, B. et al., Analyse psychosociale de la violence dans les stades de
football et conclusions à en tirer. Rapport d'experts effectué à la demande du
Ministère de l'intérieur belge, 1985.
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No 4, 1985, 57 p.
41,
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inter-
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Andrews, 1984, 203 p.
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Dutch Jeuad en SamenlevinK (Utrecht), Vol. 15, No 6, 1985, 446 p.
Trivizas, E., Disturbances associated with football matches, Types of
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Trivizas, E., Offences and offenders in football crowd disorders,
Journal of Criminoloav (London), Vol. 20, No 3, 1980, 276 p.
Trivizas, E.,
Sentencing the "football hooligan",
Criminoloav (London), Vol. 21, No 4, 1981, 342 p.
British
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sport et les responsabilités des journalistes", Paris, 1975.
Vigarello, G., "Les deux
(Paris), 1985, p. 15 à 19.
Violence (la),
No 4, 1978.
violences
sportives",
Revue
British
Journal
of
déformations du
Esprit,
No 104-105
Revue internationale des sciences sociales, Unesco, Vol. XXX,
Violence et sécurité collective, Revue internationale des sciences sociales,
Unesco, Vol. XXXVIII, No 4, 1986.
Organisation des Nations Unies
pour l'éducation, la science et la culture
Conseil exécutif
ex
Cent vingt-sixième session
126 EX/14 Corr.
PARIS, le 7 mai 1987
Français/russe seulement
Point 5.2.2 de l'ordre du jour provisoire
ETUDE MULTIDISCIPLINAIRE DES ORIGINES ET MANIFESTATIONS
DE LA VIOLENCE DANS L'ACTIVITE SPORTIVE ET, EN PARTICULIER,
DE SES DIMENSIONS SOCIALES ET EDUCATIVES,
AINSI QUE DES MOYENS D'Y REMEDIER
<
CORRIGENDUM
Une erreur s'est glissée dans l'ordre de présentation des textes aux
pages 19 et 20, paragraphes 60 et 62 du document 126 EX/14.
Il convient de lire comme suit :
60. Trois associations internationales qui composent "l'Entente internationale pour u n sport sans violence et pour le fair-play" assument en commun certaines actions, tout en conservant leur identité et leur originalité :
- Le
Comité international pour le fair-play (CIFP) met l'accent sur ce
qui est à ses yeux l'essence même du sport et la condition fondamentale
de sa vertu éducative, le fair-play. La remise annuelle des trophées
internationaux du fair-play à la Maison de l'Unesco à Paris est ainsi
une cérémonie significative de ce que représente le sport à travers le
monde/l. Les trophées décernés récompensent non seulement les gestes
de loyauté réalisés au cours de l'année, mais aussi certaines carrières
exemplaires de sportifs et les organisations ou les écrivains ayant
1.
L a liste des lauréats des trophées du fair-play figure à l'appendice no 2.
126 EX/14 Corr.
- page
2
apporté la meilleure contribution à la promotion du fair-play. Le CIFP
reçoit chaque année un nombre accru de candidatures et travaille en
liaison étroite avec l'Unesco, le CIO et le CIEPSS. Une trentaine de
pays s'associent à son action et créent, sur le modèle de ses
trophées, des prix nationaux dont la devise unique est : "Le fairplay : mieux qu'une victoire".
- L'Association
internationale pour un sport sans violence (AICVS) est
sensible au premier chef aux dangers concrets et permanents que la
violence sous toutes ses formes fait courir au sport. Mais au-delà de
cette préoccupation fondamentale, ce sont toutes les déformations et
perversions du sport qu'elle entend dénoncer et combattre. Les principales actions engagées par 1'AICVS sont : la recherche et la réflexion sur la violence dans le sport, ses causes et ses remèdes, par
l'organisation de vastes colloques internationaux réunissant toutes
les parties concernées ; la rédaction et la diffusion d'une Charte sur
les principes qui guident son action ; l'établissement d'une convention à passer avec les principales fédérations sportives ; l'organisation de journées ou de semaines contre la violence ; une action
auprès des télévisions et des médias ; des initiatives destinées à
sensibiliser l'opinion à l'occasion des grandes manifestations internationales : engagement solennel des participants, serment des
athlètes, trophées, etc. ; des campagnes auprès des arbitres et des
supporters, etc.
- La
Fondation de Backer-van Ocken contre la violence associée au sport
s'est fixé un vaste programme d'action, allant de l'inventaire de
toutes les initiatives prises dans le monde pour lutter contre la violence, à l'étude de textes réglementaires à proposer aux pouvoirs publics et au mouvement sportif. Travaillant en liaison étroite avec le
Conseil de l'Europe, la Fondation a élaboré plusieurs publications indispensables (tel le compte rendu de son Congrès de 1977) et l'importante bibliographie sport-agression-violence déjà citée.
61. L'Entente a par ailleurs compris qu'elle n e remplirait efficacement sa
mission que si son entreprise était relayée par des associations nationales
oeuvrant dans le même sens qu'elle. L'originalité profonde de ces associations
nationales pour un sport sans violence et pour le fair-play est qu'elles
rassemblent les représentants de tous les secteurs concernés : fédérations,
éducateurs, arbitres, scolaires et universitaires, pratiquants, supporters et
journalistes.. C'est ainsi qu'en France, l'Association française pour un sport
sans violence et pour le fair-play, l'AFSVFP, se livre à la recherche, organise des colloques, attribue des récompenses, sensibilise l'opinion, édite des
brochures. Le mouvement est également bien lancé en Suisse, en Belgique, en
République fédérale d'Allemagne, aux Pays-Bas. D'autres pays ont été pressentis pour se joindre à l'Entente.
Vïï.
L'action à envisager
62.
Bien que le manque regrettable de statistiques mondiales sur la violence
dans le sport et la violence associée au sport, l'absence d'études sur ces
phénomènes dans d'autres régions que l'Europe de l'Ouest n'aient pas permis de
donner à cette étude toute l'ampleur souhaitée, des actions pratiques peuvent
néanmoins être envisagées dans les domaines de compétence de l'organisation.
Il s'agit d'actions à termes plus ou moins longs qu'il conviendrait sans doute
de suggérer aux Etats membres, aux organisations non gouvernementales internationales et touchant à la recherche, aux valeurs culturelles et éthiques du
sport, à l'éducation et à la formation, à la communication et la coopération
entre pouvoirs publics et organisations sportives.
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