l`intermédiation financière dans le contexte du nouveau paradigme

L’INTERMÉDIATION FINANCIÈRE DANS LE CONTEXTE DU NOUVEAU
PARADIGME COMMERCIAL :
EDC ET LE COMMERCE D’INTÉGRATION
Stephen S. Poloz
Premier vice-président, Affaires générales, et économiste en chef
Exportation et développement Canada
Ottawa, Canada
spoloz@edc.ca
Le 25 janvier 2007
Mise à jour : Le 5 janvier 2012*
*Le monde n’a pas cessé de bouger depuis que ce document a été rédigé en janvier 2007, quand l’auteur
était premier vice-président, Affaires générales, et économiste en chef d’EDC. Les entreprises
canadiennes ont fait de grands pas pour s’adapter à la réalité de la mondialisation, et EDC a approfondi
sa connaissance de la situation des entreprises canadiennes, grâce à son interaction quotidienne avec
elles et aux commentaires directs des lecteurs intéressés sur ce document. Il faut remercier spécialement
Elliot Lifson pour son intérêt et son soutien continu. L’auteur est maintenant président et chef de la
direction d’EDC. Les vues exprimées sont les siennes. Elles ne reflètent pas nécessairement le point de
vue d’Exportation et développement Canada.
Introduction
Notre planète se mondialise et un nouveau paradigme commercial apparaît. La compétitivité d’une
entreprise canadienne typique ne dépend plus seulement de son efficacité et de sa productivité à
l’échelle locale, mais aussi de son interaction avec des fournisseurs étrangers, des fournisseurs de
logistique et des intermédiaires financiers.
L’objet du présent exposé est d’examiner ce changement de paradigme, de déterminer sa dynamique et
d’en tirer les conséquences pour l’intermédiation financière internationale. La discussion portera ensuite
sur la façon dont EDC évolue pour s’adapter à ce nouveau monde du commerce international.
Le monde est plat
Dans son livre The World Is Flat, Thomas Friedman1
explique comment il y a plus de 500 ans, Christophe
Colomb a quitté l’Europe pour l’Inde en partant vers l’ouest. Son hypothèse était que la Terre était ronde
et que, par conséquent, on pouvait atteindre l’Inde par la mer en se dirigeant vers l’ouest ou par la terre
en se dirigeant vers l’est. Il a découvert l’Amérique au lieu d’arriver en Inde et il a appris que le monde
était beaucoup plus grand qu’il ne l’avait imaginé.
Aujourd’hui, dit M. Friedman, on va de l’Amérique en Inde, par avion, et on redécouvre l’Amérique : des
milliers d’Américains et d’Indiens travaillent ensemble pour des entreprises internationales, dans des
tours de bureaux de style américain, entièrement coordonnés en temps réel en Amérique et en Inde.
Puisque la distance géographique n’a presque plus d’importance aujourd’hui, M. Friedman estime que le
monde est redevenu plat.
Comment le monde est-il devenu si plat? Selon M. Friedman, cet aplatissement est le résultat
d’événements tels que la chute du mur de Berlin, l’invention de logiciels permettant aux ordinateurs de
communiquer entre eux, le développement de collecticiels permettant de répartir des tâches dans
l’espace et le temps et l’installation de milliers de kilomètres de fibres optiques reliant toutes les parties
du monde entre elles. Cette infrastructure a fait surgir diverses formes d’impartition, de délocalisation et
d’internalisation qui, aujourd’hui, sont prises pour acquises tant par les entreprises mondialisées que par
les petites entreprises branchées sur le monde.
M. Friedman soutient avec conviction que les forces qui ont été libérées sont loin d’être épuisées.
Certaines entreprises comme Wal-Mart et Hewlett-Packard sont à l’avant-garde et sont devenues des
expertes de la mondialisation. D’autres trouvent qu’elles ne peuvent pas soutenir la concurrence dans un
marché mondial parce qu’elles ne profitent pas encore pleinement de l’aplatissement du monde. Ce
1 Friedman, Thomas, The World is Flat: A Brief History of the Twenty-first Century, New York: Farrar, Straus and
Giroux, 2005.
processus de convergence dans lequel toutes les entreprises finissent par participer à l’aplatissement du
monde se poursuivra pendant un certain temps. Les entreprises devront s’y adapter ou périr.
Forces et catalyseurs de l’économie
Toutes les forces mentionnées par M. Friedman pourraient être mieux décrites comme des catalyseurs
car les véritables forces qui agissent sont encore plus fondamentales. En effet, notre compréhension de
ces forces remonte à l’origine même de la discipline de l’économie.
L’économie est l’organisation du processus de spécialisation. Celui-ci est la force fondamentale qui
sous-tend la description de l’histoire de l’économie de Jared Diamond intitulée Guns, Germs, and Steel2
.
Au début, l’homme passait tout son temps d’éveil à chercher de quoi se nourrir et à nourrir sa famille
immédiate. À un moment donné, la découverte d’une terre fertile a fait jaillir l’idée de la culture et l’homme
a commencé à voir les avantages de la sédentarité. Il s’est mis à cultiver la terre et à garder des animaux
domestiques, tout en s’immunisant contre les maladies (germs/microbes). À partir de là, les progrès de la
société sont devenus une affaire de spécialisation à mesure que les acteurs de l’économie ont assumé
un rôle de plus en plus étroit et se sont mis à faire des échanges ou du commerce entre eux afin de
satisfaire tous leurs besoins. C’est la spécialisation, combinée aux échanges commerciaux, qui a
engendré des surplus, ce qui a permis aux sociétés de financer leur gouvernement, la recherche
(steel/acier), la religion, l’armée (guns/armes), etc., bref tous les principaux ingrédients qui ont finalement
permis à l’Europe de dominer le monde moins développé.
La tendance à se spécialiser dans une activité économique est toujours aussi puissante aujourd’hui qu’il
y a 50 000 ans. C’est de cette façon que les gens deviennent plus productifs et les entreprises plus
rentables. Des exemples bien connus sont ceux de l’usine d’épingles d’Adam Smith et de la chaîne de
montage d’Henry Ford. C’est également grâce à la spécialisation que les économies ou les pays
réussissent. Toutes les tendances importantes de l’économie mondiale d’aujourd’hui peuvent être vues
dans cette perspective et les diverses barrières s’opposant aux progrès peuvent presque toujours être
considérées comme des obstacles à une spécialisation accrue dans l’activité économique. Cela veut dire
que le processus de la mondialisation ressemble à une force de la nature.
Un bon nombre de phénomènes que M. Friedman analyse dans son livre sont en fait des catalyseurs qui
facilitent l’accroissement de la spécialisation. Les découvertes technologiques, qui ont rendu le monde si
plat, ont également permis aux entreprises de couper leurs produits et procédés en petites tranches
toujours plus spécialisées. Ces tranches peuvent alors être exécutées là où la correspondance entre les
compétences des travailleurs, la productivité et les taux de rémunération est optimale. C’est ainsi qu’en
2 Diamond, Jared, Guns, Germs, and Steel: The Fates of Human Societies, New York, W.W. Norton & Company,
1999. - Traduction française : De l’inégalité parmi les sociétés.
raison des catalyseurs déterminés par M. Friedman, les processus qui exigent peu de compétences
peuvent être réalisés par une main-d’œuvre abondante qui ne coûte pas cher, même si elle se trouve très
loin du siège social.
La production peut donc être dispersée géographiquement, ce qui porte la spécialisation à un niveau
entièrement nouveau. Il en résulte essentiellement une désintégration verticale des entreprises.
L’entreprise intégrée verticalement était naguère une organisation d’avant-garde contenant une pléthore
de synergies et réalisant de nombreuses économies d’échelle et de gamme. Aujourd’hui, l’entreprise peut
rester virtuellement intégrée verticalement, mais ses emplacements physiques sont dispersés dans le
monde. La chaîne de montage d’Henry Ford se mondialise.
Pour illustrer cette évolution, prenons l’exemple d’une entreprise nationale dont l’usine et le siège social
se trouvent dans le même bâtiment. Pour produire, elle utilise des travailleurs qualifiés et non qualifiés
ainsi que des travailleurs super qualifiés ou « chevaliers jedi »3
. Son produit est ensuite vendu dans le
monde entier. Il s’agit d’une entreprise classique verticalement intégrée comme le montre le schéma
suivant.
L’entreprise voit une occasion d’impartir la production de la composante 1 car d’autres entreprises se
spécialisent exactement dans ce travail. Le monde aplati élargit considérablement l’ensemble des
éventuels partenaires de production, qui n’inclut plus seulement des sous-traitants du pays, mais aussi
des fabricants étrangers à faible coût. Dans le passé, le recours à un fournisseur étranger pouvait
imposer la nécessité de stocker de grosses quantités pour parer à toute éventualité de rupture
d’approvisionnement. Dans un monde plat, la technologie informatique et un soutien logistique solide
peuvent faire fonctionner une chaîne d’approvisionnement mondiale pratiquement juste à temps. Par
conséquent, l’entreprise se réorganise comme suit.
3 Le mot « jedi » est emprunté à la populaire série de films La guerre des étoiles.
Composante 3
Composante 2 (travailleurs
qualifiés)
Composante 1 (travailleurs
non qualifiés)
Produit final
Productivité moyenne faible,
coûts élevés, marchés
étrangers et national
menacés par la concurrence
Tous les
travailleurs
Processus no 1 : Tous les travailleurs font le même produit du début à la fin
L’entreprise se spécialise maintenant dans les composantes 2 et 3 tandis que le fournisseur étranger se
spécialise dans la composante 1. Cela se traduit par une hausse de la productivité dans les opérations
nationales, une baisse des coûts dans l’ensemble et la capacité de déterminer le prix du produit plus
audacieusement et d’augmenter les ventes à l’échelle internationale.
Dans ce modèle simple, l’entreprise a délocalisé la production d’une composante. La réalité est
cependant beaucoup plus complexe. La décision de délocaliser un maillon de la chaîne
d’approvisionnement à l’étranger dépend de nombreux facteurs. Ainsi, les activités à forte intensité en
capital plutôt qu’en main-d’œuvre coûtent peut-être aussi cher à l’étranger qu’au pays. Il peut également
y avoir des coûts liés à la gestion de longues chaînes d’approvisionnement par rapport aux chaînes
courtes. En réalité, il existe un continuum le long duquel l’entreprise choisira divers degrés de
délocalisation, en fonction de sa structure de capital et des endroits où se trouvent ses clients. Et si la
situation change par exemple, parce que la technologie avance et rend le processus plus capitalistique,
ou qu’un client déménage et veut que son fournisseur se rapproche de lui, ou que les coûts du transport
augmentent la délocalisation optimale d’une entreprise donnée peut changer elle aussi. Autrement dit, il
serait légitime qu’une entreprise délocalise un jour une partie de ses activités et renverse cette décision
par la suite, sans que cela signe l’arrêt de mort de la mondialisation.
Qu’advient-il de la main-d’œuvre dans l’entreprise nationale? Il y a une tendance naturelle à se
concentrer sur la perte immédiate potentielle d’emplois peu qualifiés au pays, attribuable à la
mondialisation de l’entreprise. Cette préoccupation est légitime, mais il ne faut pas perdre de vue le
tableau d’ensemble. Premièrement, si la restructuration rend l’entreprise plus compétitive, ses ventes
augmenteront. Il faudra donc importer encore plus de composantes du fournisseur étranger, mais il
faudra également employer plus de travailleurs qualifiés et de chevaliers jedi (emplois bien rémunérés)
au pays. Idéalement, les travailleurs peu qualifiés au pays auront la possibilité de recevoir la formation
Commerce
international
Produit final
Productivité moyenne plus élevée, coût plus faible,
ventes mondiales accrues, croissance de l’emploi
à l’échelle nationale dans les catégories à
rémunération élevée (travailleurs qualifiés et
chevaliers jedi)
Assemblage
final
Processus n
2 : La production mondialisée permet une plus grande spécialisation
Composante 3
Composante 2 (travailleurs
qualifiés)
Composante 1 (travailleurs
non qualifiés)
Travailleurs
étrangers
Produit intermédiaire
- Plus grande productivi
Produit
intermédiaire
Travailleurs
nationaux
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