
des sols et des matières non reproductibles. Les situations de rareté extrême
s’accommodent rarement de l’évolution inégalitaire des variables écono-
miques à l’intérieur et au-delà des frontières et favorisent l’expression de
profonds bouleversements politiques, économiques et sociaux.
De manière générale, en l’absence d’un effort d’innovation conséquent,
l’allongement de l’espérance de vie et l’évolution régressive des taux
d’activité devrait conduire inéluctablement à une baisse de la croissance
du revenu par habitant, de l’ordre de 20 % pour les pays de l’OCDE entre
2000 et 2050. En outre, les finances publiques vont connaître une phase
de crise pour prendre en compte le vieillissement de la population, avec
la mise en place de structures adaptées pour contrôler la dépendance, les
coûts croissants des versements de pensions de retraite et les nouvelles
demandes à satisfaire par la santé publique. Le vieillissement de la
population modifiera inévitablement la structure du corps électoral en faveur
des personnes âgées, lesquelles obtiendront une part importante des
transferts publics au détriment des plus jeunes, créant ainsi une situation
de tensions entre les générations.
Pour la Chine, la question démographique restera au centre des débats.
Les liens entre la croissance de la population et le développement
économique sont étroits, parfois à leur avantage, mais bientôt à leur
désavantage mutuel. La population est à la fois une force et une faiblesse
et les politiques démographiques doivent définir clairement leurs objectifs,
même si ceux-là peuvent évoluer dans le temps. Quelles sont alors les
réponses stratégiques que la Chine peut choisir face à l’accumulation des
obstacles à la croissance à venir ?
L
A POPULATION DE LA
C
HINE
,
UNE FORCE SUSCEPTIBLE DE DEVENIR UNE FAIBLESSE
D’abord, fière d’être le pays le plus peuplé du monde, la Chine va, dès
l’horizon 2050, être dépassée par l’Inde. En 2050, la population de l’Inde
devrait passer de 853 millions en 1990 à, selon les estimations, de 1,5 à
1,65 milliard d’individus, celle de la Chine de 1,14 milliard à 1,3-1,5
milliard (2) et celle du reste du continent asiatique pourrait plus que doubler
par rapport à son niveau de 1990, passant de 1,1 milliard à 2,4 milliards
d’individus (3). En 2000, la population de la Chine était presque aussi
importante que celle des Etats-Unis, de l’Indonésie, du Brésil, du Pakistan,
du Nigeria, du Bengladesh et de la Russie. En 2050, elle sera inférieure
de plus de 300 millions d’habitants à celle de l’Inde et elle ne représentera
(2) United Nations, Department of Social and Economic Affairs, Population : China Profile, Analyses,
tables, figures, disponibles sur le site Internet www.china-profile.com/data/fig_Pop_WPP2006.htm.
(3) Les pays en développement connaissent la phase initiale de la transition. Ensuite, dans un second
temps, la natalité diminue et le rythme d’accroissement de la population se ralentit. C’est dans la catégorie
des pays les moins avancés que le boom démographique sera donc le plus fort. La population de l’Afrique devrait
ainsi passer de 642 millions en 1990 à 2 milliards en 2050.
ANTIPAS TOUATAM ET MAXENCE FONTANEL704